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    *

     

    Une fois seule dans le petit studio de son petit ami, et après avoir enfilé la chemise de nuit qu'elle laisse pliée toujours sous son oreiller, Eva se traine jusqu'au téléphone fixe accroché au mur et grâce à une acrobatie digne de Néo de Matrix, elle réussit à le décrocher pour le ramener avec elle, sur le lit.

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    Sans attendre et d'une main fébrile, elle se dépêche ensuite d'y composer le numéro de portable de son frère jumeau.

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    Une tonalité. Deux tonalités. Trois tonalités....

    Huit tonalités.

    Un répondeur automatique qui se lance automatiquement.

    Blasée, la jeune fille raccroche alors sans laisser de messages. Son frère a surement déjà dû retourner sur Paris et ne peux donc clairement rien pour elle. Quelle idiote décidément d'avoir pensé à lui pour demander de l'aide...

    Désespérée, elle sanglote alors et laisse s'écraser sur les touches du téléphone de nombreuses larmes. Elle ne sait plus quel numéro composer. Vers qui pourrait-elle se tourner désormais qu'elle se sent si seule, impuissante et terrorisée.

    Raphaël? Non, surement pas. Il est bien le dernier à qui elle doit parler d'une pilule du lendemain à prendre parce qu'elle a eu un rapport non désiré avec Terry, la veille.

    Erwan? encore moins. Il a déjà assez souffert récemment et n'a vraiment pas besoin de soucis supplémentaires.

    Alors, finalement, une demie heure plus tard et à force de pleurer à chaudes larmes en faisant défiler tout le répertoire de ses connaissances qu'elle a inscrites dans le téléphone de son petit ami, la jeune fille ose enfin se décider a cliquer sur le contact intitulé "maman".

    Une tonalité. Deux tonalités...

    — Allo?

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    — Je, je, je... essaie de bafouiller la concernée en entrecoupant ses mots de nombreux sanglots, déglutissant en même temps avec honte et douleur, - je, je..

    — Eva??! Tu pleures?!

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    — S'il s'il... s'il te plaît, maman... Viens me chercher..

    — Où ça?!?! Tu m'appelles d'un fixe, là, non?!?

    — A.. A l'appartement de Terry... je, je, je..

    — J'arrive dans dix minutes !

    Ce mot, le premier que les enfants prononcent et le dernier que murmurent les soldats mourants sur les champs de bataille : Maman. [Guy de maupassant]

      

     

    * 

     

     

    Un peu plus de dix minutes plus tard, la Mercedes noire de Vanessa se gare enfin devant l'appartement où la concernée est censé récupérer son enfant et c'est deux par deux qu'elle va grimper les escaliers de l'immeuble pour sonner nerveusement a la porte.

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    Que s'est-il passé ici pour que sa fille, en pleurs, l'appelle à l'aide, elle?! qu'elle songe avec effroi en patientant.

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    Son instinct de mère lui tord les boyaux avec frénésie pour lui répondre implicitement, quand la porte de l'appartement s'ouvre enfin, laissant apparaitre derrière...

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    ... Sa fille, penaude, terrifiée, toujours en chemise de nuit et avec les cheveux -enfin, la perruque, plutôt- complètement emmêlée et en vrac. Les yeux rougis de la brunette trahissent de nombreuses crises de larmes et cela n'échappe pas à sa mère.

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    — Eva, que t'est-il arrivé?! panique alors aussitôt celle-ci devant l'allure de son enfant en se jetant sur elle pour enlacer nerveusement, tout en lui caressant ensuite affectueusement sa perruque sale,

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    — Il t'a fait du mal, cet enfoiré ?! Mon bébé, ose me dire qu'il t'a fait du mal et je le fais boucler pour le restant de ses jours !!!

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    — N.. Non.. Mais il, il était saoul, et on l'a fait sans protection, balbutie en pleurant de nouveau la jeune fille, — maman je t'en prie, il me faut la pilule du lendemain, et je pensais que...

    — Il t'a forcé, ce sale chien ?! ne me dis pas qu'il t'a forcé !!! Dans ton état !!! en a les mains qui tremblent de rage Vanessa en recoiffant les cheveux de sa fille de ses doigts tandis que celle-ci, à bout, lui bafouille avec désespoir,

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    ...la tête désormais enfouie dans ses bras et en serrant les dents, —maman, je t'en pries, ramène-moi quelques temps à la maison...

    — Tout de suite mon bébé, dis-moi ce qui est à toi dans ce misérable appartement et on le quitte sur le champ!! se redresse d'un bond Vanessa pour commencer a inspecter la pièce du regard.

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    — Mais je ne veux pas tout prendre... Ça lui ferait très mal.. Je veux juste le ballon de jeff, désigne Eva du doigt la balle de basket-ball de son frère, posée à terre près de la porte, — sa souris, que tu dois reconnaitre, qu'elle retrouve ensuite le sourire en désignant l'objet, — et mon porcinet ...

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    — Humpff, d'accord, si c'est tout ce que tu veux.. En soupire de dépit Vanessa avant d'ajouter nerveusement, — et ou sont tes vêtements, que je t'habille vite afin qu'on détale d'ici ?! La voiture nous attend en bas.

    — Dans l'armoire de la salle de bain.. répond en baissant les yeux Eva, désespérée d'avoir presque pris la décision de fuir son petit ami qui était pourtant bouleversé par ce qui s'est passé la veille.

    — Relève les yeux, Eva, la gronde sans attendre sa mère, — tu n'as pas à être malheureuse, car quoiqu'il se soit passé ici, tout ça fait désormais partie du passé !

    — Aujourd'hui, tu rentres à la maison et je vais m'occuper de toi, qu'elle reprend en filant vers la salle de bain d'un pas nerveux pour récupérer de quoi habiller son enfant.

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    — D'a.. D'accord, se contente de répondre Eva en ravalant un sanglot, mais sans aucune conviction cependant. Lorsque l'on a déjà touché le fond depuis bien longtemps, l'on a souvent du mal à continuer de croire que la surface existe encore...

     

     

     

     

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    Trente minutes plus tard, Vanessa et sa fille sont enfin déposées dans le parking souterrain de la résidence familiale -elles sont passées à la pharmacie juste avant afin d'envoyer acheter une pilule du lendemain à ce vieux chauffeur familial qui travaille pour elles depuis plus de quinze ans maintenant : il n'y a pas plus fiable, fidèle, et honnête que lui!-.

    Reconnaissant très vite cet endroit chaleureux où leur voiture vient de se garer, Eva se surprend à sourire de bonheur. La maison... Chez elle. Elle est enfin de retour, chez elle... à la maison. Entre les murs les plus protecteurs qu'elle n'a jamais connus.


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    — Bonjour, salut très poliment Erwan aujourd'hui alors qu'il vient enfin de se décider a rappeler sa jolie interne en chirurgie afin de l'inviter au restaurant, — comme promis, je vous appelle, qu'il poursuit, taquin, — parce que je sentais que vous en rêviez ! Vos fantasmes sont arrivés à mes oreilles ! Qu'il l'embête très vite, testant ainsi son éventuelle répartie, voire sens de l'humour.

    — Totalement, et je n'en pouvais plus d'attendre! Mon sex toy et ma petite culotte vous le confirmeront! Bonjour! Beau brun! s'exclame son interlocutrice à l'autre bout du fil, joyeuse, taquine, coquine, comme à son habitude dès qu'elle n'est plus entre les murs de l'hôpital ou la rigueur est reine et qu'elle sent qu'avec un homme le courant passe, — alors? où est-ce que l'on peut se voir ?

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    — Humm... Vous savez parler aux hommes, vous, dis donc! Et est-ce qu'un soir de cette semaine-là vous irait mieux qu'un autre? s'amuse Erwan d'une voix suave en s'armant de tout le charme qu'il possède.

    — Eh bien ce soir, je ne suis pas de garde!

    — Humm.. Et bien va pour ce soir, alors! Je passe vous prendre? Je connais un très bon restaurant japonais pas très loin.

    — C'est encore mieux qu'un café, un restaurant! Et ça me va pour ce soir, j'ai hâte d'y être ! J'habite aux 14 rues des fougères enflammées, près de la station DiezelCayMwainCher.

    — C'est noté, ma belle! Je vous dis donc, à ce soir!

     

     

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    Aujourd'hui est le plus beau jour de la semaine, depuis peu, pour Tiphanie et Kurt Cobain. Et pour cause.. Depuis l'incarcération du brun inculpé pour meurtre avec préméditation et vol d'identité, les amants ne se voient évidemment plus très souvent.

    Mais aujourd'hui est le jour de la visite conjugale du couple et c'est lovés l'un contre l'autre qu'ils se câlinent sur ce petit lit branlant, dans cette petite pièce puante, dans laquelle on les a enfermés pour qu'ils puissent passer ensemble quarante-cinq minutes de bonheur.

    Encore heureux que les amoureux eussent prévu le coup en s'épousant de nouveau via un mariage rapide à la mairie, peu avant l'incarcération de l'époux Cobain. Ainsi, et pour cette unique raison, ils ont droit à ce jour merveilleux dont bénéficient tous les couples séparés par un long emprisonnement.

    Du sexe? Bien évidemment que la majorité des couples qui se retrouvent ici en abusent encore et encore, vidant ainsi leur libido en retrouvant enfin leur amour.

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    Mais pour le couple Cobain, le sexe est devenu plus qu''accessoire ces derniers mois... et pour cause. Tiphanie Cobain est tout de même enceinte de sept mois pleins et sur son gros bidon est inscrite l'interdiction formelle de leur fils de faire des cochonneries en sa présence!

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    Eh oui. Tiphanie Cobain est enceinte d'un garçon.

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    — Il faut qu'on se mette d'accord sur un nom, rappelle avec taquinerie l'épouse dans le creux des bras de son amant, — il ne nous reste que deux mois, Kurt! Il faut qu'on se décide!

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    — Raaah, je sais, mais t'es jamais d'accord avec mes propositions aussi, chaud!

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    — Pas de ma faute si tu me proposes que des trucs qui feront honte au choupinet! Je suis bien obligée de penser à son avenir et aux conséquences qu'aura son futur prénom sur ses futures relations amoureuses!

    — Gné ?

    — Bah quoi? Je suis désolée, mais Joakim par exemple, c'est orgasmique comme prénom, mais Ursel par contre, c'est, c'est.... hummm... Argh! Mon amour pour toi m'empêche de te l'avouer, tu ne m'en veux pas trop, j'espère?!

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    — N'importe quoi !!!! Bon, puisque c'est comme ça, et si on laissait les lecteurs décider?

    — Ça roule ! Mais s'ils lui votent un nom à coucher dehors, c'est toi que je tue, mon coeur!

     =======> SONDAGE xD <=======

     

     

     

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    ♪ Sia - Breathe me ♪

      

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    Alors que la nuit tombe lentement sur la capitale allemande, Eva s'offre une petite sieste sur son lit, dans la chambre où elle a grandi et qu'elle a si longtemps partagé avec son frère jumeau, pour se remettre de ses émotions récentes qui l'ont plus que bouleversée,

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    Mais alors qu'elle somnolait, elle se fait soudain réveiller par une douce mélodie qu'il semble provenir de la pièce a coté, le salon...

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    Sans attendre, elle se traine alors jusqu'a sa chaise, en pyjama toujours, pour s'y asseoir et rouler doucement jusqu'à la porte de sa chambre. La mélodie est chantonnée et c'est bien la voix de sa mère qu'elle reconnait d'ici. Cela l'intrigue au plus haut point.

    Discrètement, elle ouvre alors la porte de communication, et sitôt qu'elle apparait dans la grande salle, sa mère interrompt sa chanson pour se retourner vers elle, un large sourire esquissé sur les lèvres.

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    — Tu es déjà réveillée? Tu as bien dormi? qu'elle lui fait affectueusement.

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    — Qu'est-ce que c'est que cette chanson? ne perd pas le nord Eva en se rapprochant de sa mère, assise sur le canapé du salon, — elle est.. De toi?

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    — La mélodie au piano est d'Erwan! Ça fait très longtemps qu'il l'a composé et je me suis amusée à l'illustrer de paroles, oui... mais juste pour patienter en t'attendant ma puce !

    — Elle est trop triste, ta chanson.. Marmonne Eva en arrivant près du canapé, tandis que sa mère l'aide à quitter sa chaise roulante pour s'y asseoir à ses côtés.

    — J'ai perdu beaucoup de choses récemment et cela m'a rendu triste, oui.. Mais je vais changer maintenant mon bébé, je vais devenir une bonne maman, je te le promets!

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    — J'ai menti.. Marmonne honteusement Eva les larmes aux yeux, — je t'ai menti quand je t'ai dit que quand je m'étais teinte en blonde c'était pour être une garce, parce que toi tu étais blonde... Je voulais te faire du mal, c'est tout...

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    — Ce n'est pas grave ma chérie.. Je ne veux plus repenser à tout ça ..

    — Alors qu'en fait c'est parce qu'au fond tu es un modèle.. Alors, je voulais te ressembler. Parce que tu es ma maman...

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    — Eva, arrête!! commence à en sangloter la mère de famille, — on va se mettre à pleurer comme des vieilles loques là, et ça va pas être un beau spectacle a voir !!

    — Mais quoi, c'est vrai, tu es ma maman et je t'aime.. Et je m'excuse d'avoir été si méchante avec toi .. Continue Eva sur ce même ton penaud et honteux, de grosses larmes lui déferlant le long des joues.

    — J'ai été beaucoup plus méchante que toi mon bébé, mais une chose est sure je n'ai jamais cessé de t'aimer, même si je n'ai pas toujours su te le montrer comme il aurait fallu... en pleure maintenant clairement Vanessa, — Et je ne réalise pas que tu m'aies appelé à l'aide aujourd'hui ... Je pense que ce jour restera gravé comme le meilleur de ma vie toute entière.. Qu'elle continue, serrant désormais fort son enfant contre elle, — plus jamais on ne se détestera hein, mon bébé ? Car ça fait vraiment trop mal de se séparer... Et j'espère que tu me pardonneras d'avoir été aussi odieuse à Paris, je m'en veux tellement...

    — C'est oublié maman... rassure Eva en ravalant un sanglot et en s'essuyant les yeux d'une main tremblante pour reprendre avec optimisme,

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    - On va faire revenir Erwan et Jeff à la maison, tout ira bien! Qu'elle sourit, prenant la main de sa mère pour la serrer fort.

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    — Les garçons sont vraiment très déçus par moi Eva et j'ai peu d'espoir qu'ils me pardonnent un jour, surtout Jeff... n'a pas du tout l'air convaincu Vanessa dans un soupir.

    — Tu as fait ça pour son bien.. Tu pensais bien faire, n'est-ce pas ?

    — Non ma chérie.. Je l'ai fait par rancoeur, car j'ai jugé que sa copine était responsable de tous nos maux.. Vu que c'est elle qui lui a tourné la tête, l'a fait changer puis fuir de la maison... Alors, je l'ai fait par méchanceté, et uniquement par méchanceté.. Je.. je.. je voulais qu'elle sorte de sa vie à tout prix... Car l'idée que Jeff vive quelque chose avec cette femme qui nous avait causé tellement de tort me rendait malade, alors.. je.. je...

    — Je comprends... moi aussi je l'ai détesté Ana, tu sais.. Alors, je te comprends...

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    — Bref, assez parlé de ton frère, je voudrais que tu me dises ce qu'il en est avec ton blond méprisable et, et.. Et ton petit chouchou là... Raphaël Bauer, c'est ça ?

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    — Que, que?! en a soudainement les joues cramoisies la jeune fille, — mais, mais n'importe quoi!! Où est-ce que tu es allée chercher ça!!!

    — Arrête ma chérie, le prend avec le sourire Vanessa pour taquiner sa fille, — n'oublie pas que je n'ai pas raté une seule de tes chansons, et je sais qui sont tes deux derniers petits amis... Ne me prend pas pour une idiote non plus !! Je suis ta maman, tout de même.. Et je sais lire entre les lignes de "printemps", et "comme des enfants", par exemple !!

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    — Arrête de te moquer, méchante!! humpf!! Et puis c'est, c'est... c'est fini depuis très longtemps avec Raphaël, alors tu te chuteeuhh !

    — Pourquoi est-ce que tu es rouge comme une tomate alors ?! rit maintenant clairement Vanessa, joyeuse, — pas à moi Eva, pas à moi ! Car aimer deux hommes à la fois, je sais ce que c'est, crois-moi... qu'elle reprend aussitôt après, la mine soudainement assombrie, — et je sais que c'est dur de vivre, très, très dur... Alors, j'espère que toi tu, tu...

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    — Et comment est-ce que tu as fini par choisir papa, en fait .. ? ose timidement Eva, sachant très bien qui étaient les deux hommes de la vie de sa mère.

    — Je, je... eh bien disons que... répond Vanessa en déglutissant péniblement, - disons que.. Que ton père c'était euh.. Disons le seul, l'unique, en quelque sorte le grand amour que l'on rencontre qu'une fois dans sa vie et pour lequel l'on pourrait tout faire, l'amour irrationnel, la passion folle... Et Erwan, à côté il représentait l'amour sage, stable... La raison... Alors moi, sans vraiment réfléchir, j'ai choisi mon unique... -ma divine, idylle...- Parce que cet amour là, l'unique, tu le reconnaît sans hésiter.. Il est celui qui te déchire le coeur dès qu'il n'est plus dans la même pièce que toi? tu vois ce dont je parle..?

    — Je, je.. Oui, je crois.. En baisse les yeux de honte Eva, réalisant tellement que cet amour-là, pour elle, n'a jamais été blond...,

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    — Eh eh, je suis contente en fait, qu'elle sourit ensuite, timide, — parce que c'était mon papa alors, ton plus grand amour, donc ..!

    — Mais moi j'ai mal joué, Eva ! parce que je l'ai choisi, mais je l'ai ensuite perdu, mon grand amour, reprend Vanessa dans un soupir, — mais j'ai tout de même su le choisir... Et ça, c'est important, retiens le. Car toi aussi, tu devras savoir le choisir à temps... parce que lui.. Le tien... Il est là, Eva. Il est encore là... Bien vivant. Alors, je t'en prie, ne reproduis pas mes erreurs et ne le laisse pas filer, ou s'éteindre...

    — Je, je... mais c'est tellement compliqué entre nous, en meurs décidément de honte Eva de parler ainsi de son demi-frère caché. Le premier fils de son propre père. Seigneur Dieu, si sa mère apprenait cette cruelle réalité, cela la tuerait surement.

    — Que va-t-il faire, cette année, le beau Raphaël ? reprend pour changer de sujet Vanessa, - je veux dire que là, il s'amuse avec Erwan et compagnie, mais eux ont déjà fait leurs vies... tandis que lui.. ? Peut-être a-t-il des projets d'avenir ?

    — Il a eu son bac et ira en fac de lettres l'an prochain, apprends Eva à sa mère avec un pincement au coeur en réalisant sa situation à elle : handicapée et non-détentrice du baccalauréat.

    — Et Terry ? continue de questionner Vanessa, très curieuse sur le sujet des relations amoureuses de sa fille.

    — Terry était déjà à la fac, maman, S’amuse Eva de l'ignorance de sa mère, — il va passer en seconde année, là... en fait, tout le monde va se retrouver à la fac l'an prochain.

    — Paula a eu son bac ?

    — Aucune idée.. Mais je pense que oui ! Elle était bonne élève, souviens-toi.

    — On peut espérer que non, ça te fera de la compagnie pour cette nouvelle terminale, reprend avec un clin d'oeil Vanessa.

    — Tsss, regarde la chaise roulante là-devant, en soupire de dépit Eva, — je n'irais pas au lycée ainsi, plutôt crever. Et puis de toute façon, je ne peux plus y aller, car il y aura toujours des photographes de merde qui traineront dans le coin... tu sais que depuis le concert des garçons, c'est devenu invivable tout ça...

    — Avec le temps ça va se tasser ma chérie, ne t'en fais pas ! réconforte Vanessa, — et puis tu sais, c'est très facile de te cacher de ces crétins, une nouvelle coupe de cheveux, voire une teinture, quelques mois d'inactivité totale, et basta ! on en parle plus ! de toute manière, tes quelques mois d'inactivité, tu les auras, il faut que tu fasses ta rééducation.

    — Tu y crois, toi aussi ? comme Raph.. Hausse les épaules Eva, si peu convaincue de ses chances de remarcher un jour.

    — Bien sur que j'y crois. Et toi aussi, tu dois y croire. Tu es la première, qui doit y croire!


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    Pendant ce temps, une réunion exceptionnelle entre "Memories", "Ex-Apologize", "Apologize reconstitués" selon certains, est organisée dans la salle de répétition des concernés.

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    Raphaël, étant leur chouchou officiel, y prend part, bien entendu. Il est même le sujet principal de la conversation qui se tient ici...

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    Et cela le terrifie d'ailleurs au plus haut point.

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    En effet. Apologize va réellement renaitre, les ex-Memories l'ont clairement décidé et annoncé au jeune homme. Et pour signer ce grand retour, ils vont le révéler à la presse. Puisque il y a peu, ils lui ont fait faire des tests d'ADN qui ont confirmés le lien réel de parenté qu'il possède avec leur défunt Kylian Gutter.

    Oh, bien sur, qu'ils ne doutaient pas de sa bonne parole, bien entendu... Mais pour faire les choses "bien", ils devaient tout de même faire ce test. Pour "être sûrs".

    Et désormais ils le sont. Avec beaucoup de fierté !

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    Cette révélation au public leur fera une énorme publicité, un boost médiatique énorme, qui les propulsera de nouveau en première page de tous les people allemand, c'est certain.

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    Raphaël en déglutit presque de terreur. Serait-il en train de vivre là un mauvais rêve ?

    Sa mère ne le lui pardonnera jamais...

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    Et c'est alors qu'il y songe encore, avec un effroi grandissant, qu'on lui demande tout à coup d'écrire une nouvelle chanson sur le sujet de ses origines, de préférence.

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    Le groupe donnera un concert exceptionnel prochainement et ce sera au cours de cette soirée qu'ils le jetteront dans la gueule des médias ; le révèleront aux yeux de tous.

    Parce que selon eux, il doit être fier de ce qu'il est et le revendiquer. Devant tous.

    Aux yeux du monde.

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    Raphaël s'en sent presque pris de malaise et en a des sueurs froides, sa gorge se noue et ses jambes flageolent. Son coeur bat à tout rompre et son esprit lui susurre tout bas de fuir. De fuir loin de cette bande de fous, de cette ville, et pourquoi pas de ce pays!!!

    Avec son Eva...

    Les discussions continuent autour de lui. Ses compagnons affichent tous un large sourire et leur bonheur est palpable.

    Il en titube vers le mur le plus proche pour s'y appuyer d'une main.

    Ils sont décidément tous tombés sur la tête... mais il n'a même pas le coeur de refuser leur proposition, tant leur joie de renaitre semble immense.

     

     

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    — Tiens, salut.. Terry, s'intrigue Raphaël avec suspicion deux heures plus tard, en ouvrant la porte de son appartement au concerné qui vient apparemment lui rendre visite en ce début de soirée.

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    Où est-elle ? se hâte de questionner le blondinet avec aigreur, tout en scrutant l'intérieur du domicile de son éternel rival,EVA ?! qu'il appelle juste après, d'une voix assez forte.

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    — Elle n'est pas là, fait tout bonnement Raphaël, avant de reprendre d'un air terriblement intrigué, sceptique, — mais pourquoi est-ce que tu penses qu'elle devrait l'être ?

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    — Ne me prend pas pour un con ! s'énerve d'un coup Terry en se retenant d'envoyer un violent coup de poing sur le nez de son interlocuteur ; il en meurt d'envie, mais est tellement antiviolence que son vieil ami a décidément une chance inouïe aujourd'hui..

    — Elle n'est pas là, deuxième édition, reprend Raphaël avec sévérité et en conservant un calme olympien, — je n'aurais aucune raison de te cacher sa présence chez moi, donc tu te calmes tout de suite.

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    — Fous-lui la paix, oublie-la! ordonne brusquement Terry, — j'en ai marre de toi, Raph ! Pourquoi, pourquoi t'acharnes-tu ainsi, hein ?! POURQUOI ?! T'es si en manque que ça ?!

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    — Pardon ? Réagis sans attendre Raphaël, haussant les épaules.

    — Joue pas à ça ! Tu sais très bien ce que tu tentes de faire ! Et moi aussi, je le sais. Alors, je te demande d'arrêter, avant qu'on finisse par vraiment se déclarer la guerre, car ça, à la limite, j'aimerai éviter ! Par respect pour notre vieille amitié... Parce que de mémoire, je ne t'ai jamais connu aussi connard !

    — Je crois savoir ce que tu attends de moi, répond tranquillement Raphaël en ne s'offusquant même pas de l'insulte de son interlocuteur, — mais je dois te répondre que cela ne sera pas possible. Je suis désolé. Un connard, moi ? Non, je ne pense pas.

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    — Tu te fous de moi ?! Tu as passé ton année à essayer de me la prendre ! Alors que putain, bordel, t'étais pas tout seul quand même, tu avais Jane ! Tu as toujours eu Jane! Mais non, cela te suffisait pas, il te fallait aussi la meuf de ton pote ! Alors joue pas au con maintenant devant moi, Raph', car tu sais bien que désormais tu n'es qu'une raclure de merde, et rien d'autre !

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    — Alors en fait, tu es venu sur le pas de ma porte pour m'insulter parce qu'Eva s'est barrée de chez toi, si j'ai bien tout saisi ? commence à perdre patience Raphaël en commençant à imaginer son interlocuteur rôtir dans les flammes de l'enfer.

    — Elle ne s'est pas barrée! Et ne change pas de sujet ! Car je te préviens, je vais vraiment finir par devenir très très méchant si tu continues d'essayer de me la prendre, POUR LA TROISIEME FOIS ! Je te jure, Raph', que ça va vraiment très très mal aller...

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    — Eva n'est pas un objet, Terry, alors laisse la choisir et accepte. C'est tout ce que j'ai à te dire.

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    — Elle a déjà choisi, à une époque, pour que tu la brises en deux ! Et ensuite, lorsque moi je l'ai récupéré à la petite cuillère, tu n'as rien trouvé de mieux à faire que revenir ramper à ses pieds, comme la grosse larve que tu es, pour me la reprendre ! Franchement, regarde-toi, connard !!! Cette année t'es devenu la pire des merdes qui n'ait jamais existé ! Où est le Raphaël loyal de l'époque ?!

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    — Tu me fatigues, Terry. Je ne force pas les choix d'Eva et si elle revient toujours vers moi, tu devrais finir par réaliser certaines choses... à la fin.

    — Que, que.. En déglutit de rage le blondinet en serrant les poings, — ok, t'es carrément en train de me dire que tu vas continuer ton petit manège ? Très bien, continue de jouer au connard.. Seulement, cette fois, tu ne gagneras pas. Car elle m'aime désormais, qu'il termine sur un ton glacial en revenant vers l'ascenseur du hall tandis que son interlocuteur ne lui balance qu'un simple et nonchalant, "— c'est ça! À plus!" en refermant d'un coup sec la porte de son appartement.

     

     

    *

     

     

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    Et sitôt de nouveau seul enfermé entre ses murs, Raphaël se dépêche bien entendu de téléphoner à sa Juliette ; qui va lui répondre très vite, après deux sonneries seulement,

    — Heeey, coucou!

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    — Aaaah, ça fait du bien de t'entendre, tu commençais à me manquer furieusement !! En plus, je viens d'avoir la visite de Terry qui te cherche!

    — Oh non... Désolée, j'aurais pas pensé qu'il irait chez toi me chercher. Il n'a même pas essayé de m'appeler !

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    — Il aurait quelque chose à se reprocher ?! Où es-tu ? Tu l'as fui, pour une raison ou pour une autre ? -évidemment, je te laisse imaginer la réponse que j'ai envie d'entendre, là, uhuh-!

    — Tssss, idiot. Mais non, non, il ne s'est rien passé de particulier. Je, je.. Je suis juste rentrée un peu chez moi. Je te l'avais dit, je crois...

    — Ah oui, c'est vrai! Bon sinon, vu que tu me manques trop, est-ce que je peux passer?

    — Bien sûr, quelle question!

     

     

    *

     

      

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    — C'est à cette heure-ci que tu te pointes ?!? grommelle sans attendre Wilfrid en voyant le bassiste de son groupe débarquer dans leur local de répétitions à 20 h 30.

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    — Me saoule pas, j'ai pas le moral... répond simplement le blondinet d'une voix désespéré en marchant tête baissée et les bras croisés, — je vais me faire larguer, alors là.. je suis vraiment pas d'humeur à t'entendre beugler..

    — Gnurf, Eva va te larguer ?! s'étonne bien évidemment Wilfrid en observant son ami aller s'asseoir sur le petit canapé de la pièce, — merde, s'est passé quoi entre vous ? J'suis désolé ...

    — À ton avis ?

    — Euh.. Commence à réfléchir le brun, sceptique, — une dispute ? Tu as maté un petit cul sans discrétion alors qu'elle était à côté? Elle a eu des règles douloureuses et tu as fait une farce sur la sauce ketchup ? Ou pire, elle a check ton disque dur et à découvert tes pornos !!!

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    — RAPHAEL ! lance brutalement Terry d'un coup sec avant de reprendre, la gorge nouée, — il l'a sortie de l'hôpital et je les ai surpris dans les bras l'un de l'autre, alors... Mais je n'ai rien dit. Et hier soir j'ai pété un gros câble, je suis rentré à l'appart complètement défoncé et je...

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    — Oulà, tu me fais peur, en est impressionné Wilfrid en posant sa guitare pour aller s'asseoir sur son lit, sceptique.

    — Je sais, j'ai complètement dépassé les limites... Je, je.. Je l'ai insulté de tous les noms et carrément forcé à le faire...

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    — Wow.. en écarquille les yeux de surprise Wilfrid, avec une mine qui s'assombrie de plus en plus au fil des secondes, bah je juge pas ta façon de gérer ta vie sexuelle... si t'es obligé de forcer ta copine pour niquer, bah...

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    — Arrete ! C'était la première fois ! en meurt de honte Terry en serrant fort sa tête entre ses mains, comme s'il pouvait se la faire exploser.

    — Ouais, ouais, mais en gros, tu l'as limite violé, et... mouais!! Mais tu sais que si ça arrive aux oreilles de Raph', il va vouloir te tuer, donc, donc, donc.. Balance dans un très long soupir Wilfrid, en s'allongeant sur son lit, sur le dos, les mains derrière la tête et le regard rivé sur le plafond de la pièce, — bref, je ris, parce qu'avec les gars, on parlait tout à l'heure de demander justement à Raph' de revenir avec nous pour retenter l'aventure tous ensemble après qu'on ait tous un peu muri et tout... Énorme, non? C'est marrant de voir à quel point notre groupe ne se reformera jamais. Parce qu'il y en a toujours un qui fait le blaireau... Et moi, j'suis dèg, tu vois, parce que je prends sur moi pour pas décalquer Tob' contre un mur à chaque fois que je le croise, je le fais pour le groupe, je passe au-dessus de ma haine et tout, je me dis qu'on va tous finir par se relever... Redevenir la belle bande de potes, comme à l'époque... Et toi, de ton côté, tu fous tout en l'air avec Raph', pour la énième fois au moins ! Pour toujours la même fille...Sérieux, j'en ai marre. Vous me faites chier.

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    — Tu parles sérieusement là, en déglutit de douleur Terry après avoir écouté sagement le long monologue de son ami, — vous avez réellement parlé de rappeler ce connard dans le groupe?

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    — Dixit celui qui viole sa copine par jalousie.

    — NE REDIS JAMAIS ÇA!!! CE N' ETAIT PAS UN VIOL!! se défend avec violence Terry en sentant son coeur exploser en mille morceaux, — PUTAIN DE MErde... qu'il reprend ensuite, d'une voix plus faible, — j'ai l'impression que vous êtes toujours de son coté... quoiqu'il fasse, quoiqu'il ME fasse... Alors que putain de merde, quoi... il a presque jamais été en couple avec Eva, lui, si tu calcules bien... Mais pourtant, à tes yeux, il va "réagir" à ce que j'ai fait hier soir ! Mais pourquoi donc ?! Pourquoi tu penses qu'il aurait une raison de se mêler de ça, AUTOMATIQUEMENT, ce connard ?!?

    — Terry, je vais te parler franchement, là : tu sais, quand une meuf revient toujours vers le même mec, faut pas lutter. Et c'est ça que pendant toute cette année tu n’as jamais compris. Sérieusement, je ne t'ai jamais connu borné et stupide, alors pourquoi est-ce que Berlin t'a transformé en larve soumise ? J'sais pas, mais t'es le seul à ne jamais avoir réalisé qu'Eva t'aime, oui, mais que tu n'as jamais été que l'ombre de Raph', pour elle... Tu es sa roue de secours.

    — C'est vraiment ce que tu penses ? en est scié Terry, la gorge nouée.

    — Je dis ça pour ton bien. Histoire que tu ne perdes pas une deuxième année de ta vie à ramper derrière une nana qui pense à un autre pendant que tu couches avec. Et si tu te souviens de ce qui est arrivé à Jane, tu devrais réaliser beaucoup. LE truc à imprégner absolument : il ne faut PAS se mettre entre Eva et Raphaël ! Puisque quoi que tu fasses pour l'avoir, il ne suffira toujours à Raph' que d'un claquement de doigts pour la récupérer.

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    — Salut les glands, pénètre joyeusement Tobias dans le local pour continuer ensuite d'un air plus sérieux en constatant l'ambiance morose qui plane sur les lieux, — houla, qui est mort ?!

    — Raph' est de nouveau en train de titiller un certain couple, hausse les épaules Wilfrid pour répondre à son pourtant désormais ennemi. "Et zut", qu'il songe ensuite, subitement frustré d'avoir craqué et adressé la parole à son vieil ami.

    — De, de quoi ? en pâlit d'effroi Tobias en déglutissant de surprise, observant ses deux compagnons l'un après l'autre, leur demandant ensuite, l'air anxieux, — non, sérieux ? Eva, et Raphaël ... ?

    — N'importe quoi ! le contredit sans attendre Terry, le coeur toujours meurtri par la conversation qu'il vient d'avoir avec son ami guitariste, tandis que celui-ci balance justement au batteur de leur groupe, avec une ironie plus que palpable, - bah ouais ! Pour changer, tiens... ça faisait longtemps, ça nous manquait presque !