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    Quelques heures plus tard, Wilfrid revient d'un pas tranquille à son domicile qu'il partage encore aujourd'hui avec son ami Tobias. À son désormais grand malheur, d'ailleurs. En effet, cela fait un petit moment maintenant qu'il ne porte plus son comparse batteur dans son coeur...

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    Mais cela n'empêche pas le concerné de le saluer d'un signe de main lorsqu'il pénètre enfin dans la demeure en poussant d'un geste désinvolte la porte d'entrée.

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    — D'où tu me salues, toi... rétorque alors Wilfrid sans attendre, au crétin qui s'est imaginer en droit de lui accorder un bonjour. Non mais quelle bonne blague... Sachant qu'il juge que ce mécréant ne devrait même plus oser croiser son regard désormais.

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    — Wil', attends... se relève de sa batterie Tobias pour se rapprocher de son ami de longue date, — je, je... Il faut vraiment qu'on parle... s.t.p...

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    Et PAF. Un coup de poing sur le nez pour faire tituber en arrière et s'écraser sur les fesses l'infâme ami voleur d'ex-petite-amie.

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    — C'est dans les séries TV et les films que le niais d'ami fourbe revient causer tranquillou avec l'ami qu'il a trahit, pestifère Wilfrid avec virulence, — car il pense que son pote en face va l'accueillir à bras ouverts, en larmes, et en lui souriant que leur amitié survivra à sa trahison. Seulement, ici, c'est la vraie vie, tu vois! Alors ta petite gueule de connard, là, tu la replaces plus jamais devant moi pour m'adresser la parole. Ya plus rien entre toi et moi aujourd'hui, plus d'amitié, quedalle!

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    — Wil'... meurt de honte Tobias en se frottant le nez ; dieu qu'il a mal ! Et il saigne, en plus. Son idiot de compagnon musicien n'y étant pas allé de main morte,

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    — Je, je... qu'il tente de continuer ensuite, complètement désespéré. Car comment plaider une cause que l'on sait soit même perdue d'avance? Comment tenter de faire croire a cet ami qui le connais si bien, que son histoire avec la belle Paula "s'est fait comme ça", qu'il n'a rien tenté, qu'il le respecte trop pour faire une telle chose... ? Comment oser mentir à ce point ? Le jeune batteur se sent affreusement mal. Car tous les torts sont pointés dans sa direction et il en a conscience. L'ex-petite amie de son comparse guitariste lui plaisait énormément et il était prêt à tout pour la séduire. Vivre une histoire avec. Et ce peut importe ce que pouvait penser et ressentir son ami à ce sujet...

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    — On est dans le même groupe de musique alors on va tenter de se haïr en silence, par respect pour Terry et Vick, marmonne Wilfrid avec rancoeur en s'allongeant sur son lit, — mais ne t'adresses plus jamais a moi, ou à Paula, en dehors de "bonjour, au "revoir", ou je ne répondrai plus de rien.

    — Que tu me croies ou non, se relève lentement du sol Tobias, — j'ai honte et je regrette, Wil... Et je sais que j'ai tous les torts. J'espère qu'un jour tu sauras me pardonner...

    — Une voix me parle? 

    — Je continue tout de même d'espérer... reprends le batteur, le coeur gros en retournant s'asseoir devant sa batterie.

     

     

     

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    ♪ Last night troughts - Aaron ♪

      

     

    ...I still like a child...

    ...I still need you by my side...

    ...I still hear you late at night...

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    — NON, Erwan ! Tu ne dois pas, je t'interdis de revenir vers cette grognasse !! fulmine deux jours plus tard Alicia Muller, la soeur cadette du pianiste célèbre, peu après qu'elle soit venue lui rendre visite chez lui, ayant très vite compris que son frérot adoré traversait une mauvaise passe.

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    Et ce n'est pas la chanson qu'il est actuellement en train de chantonner devant son piano qui va la contredire...

    Des paroles fredonnées dont il est fier au point de vouloir en faire un titre pour son prochain album. Idée qui rend évidemment folle de rage la jeune femme. Son frère adoré ayant déjà trop donné à son ex-femme à son goût. En effet, pour Alicia Muller, son grand frère est ce qu'il y a de plus important dans sa vie. Alors lorsqu'une sale blonde ne fait décidément que lui pourrir l'existence.... ses nerfs lâchent.

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    — Elle est très très mal, Alicia, et moi je l'aime encore... Je suis surement le seul qui peut l'aider à se relever, parce que nous deux...

    Et voilà ! Une fois de plus, il se la joue bon samaritain, en a décidément plus qu'assez la brunette en entendant cela des lèvres de son frangin.

    Elle lui rappelle donc sans attendre avec une forte dose d'aigreur dans la voix.

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    — Mais elle n'a que ce qu'elle mérite ! Elle est très mal et souffre le martyr ?? Parfait ! ça lui fera les pieds de connaitre la souffrance un peu !!

    — Tais-toi, tu n'es pas objective. Tu ne l'as jamais appréciée alors tu n'es clairement pas la bonne personne pour me donner d'éventuels conseils! Dont je n'ai absolument pas besoin, d'ailleurs. Jusqu'à preuve du contraire, je suis un grand garçon et...

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    — Que nenni !!! interrompt vivement la brunette pour arrêter ce grand frère aveuglé par les larmes de crocodile de la pire sorcière de l'univers, — tu m'excuseras, mais tu es peut-être un grand garçon d'âge mur, mais ça n'empêche pas que tu as grave besoin de conseils parce que tu te laisses, et t'es toujours laissé, totalement manipuler par cette garce ! Qu'elle lui rappelle donc ensuite, l'air sévère.

    Et elle a raison, en plus ! Son frérot a beau avoir une incroyable personnalité, il s'est toujours laissé manipuler par son ex-femme !!! Mais c'est toujours ainsi, malheureusement... Les femmes ont toujours eu ce pouvoir bien trop immense sur leurs hommes. Elles en font ce qu'elles en veulent, c'est tout. À la baguette, elles les dirigent, soumettent. Et telles des marionnettes, même les plus grands caïds, Bad-boys, tout ce que vous voulez, finissent toujours par s'incliner devant elles.

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    — Non, mais regarde-toi un peu Erwan, regarde-toi bien !! Et constate ta vie !! Tu ne te rends pas compte qu'elle te l'a complètement gâché ?! Que cette femme détruit tout ce qu'elle touche ?! Son ex, toi, ses deux mômes... !!! La folie quoi, cette femme, c'est de la folie tellement qu'elle est malsaine !!!

    Le tout pour le tout ! La brunette ose et lâche ainsi toutes ces cruelles réalités. Parce qu'il faut qu'il réalise !

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    — Elle ne se rend pas compte de tout cela sur le coup, soupire le pianiste entre deux refrains chantonnés, culpabilisant ensuite, pour finir par se souvenir des qualités de son ex-femme, — au fond, elle n'est pas méchante, tu sais. C'est une femme, épouse et mère formidable. Mais on peut dire que cette année ne lui a pas réussi... Sans doute la faute au divorce.. Je n'aurai pas du. J'ai l'impression que notre séparation l'a précipitée un peu plus dans les ténèbres...

    — Je ne vais pas nier que le fait de l'avoir larguée ne l'a pas faite sombrer, mais ça, tu n'y peux rien, Erwan ! Je sais pas mais regarde-toi, et regarde là ! Tu la mets tellement sur un piédestal que ça me fend le coeur ! Tu es tellement merveilleux et talentueux, merde ! Tu es Erwan ! Tu es Aaron ! Un célèbre chanteur à succès ! Tu es Erwan, le célèbre pianiste des Apologize, Memories. Tu es Erwan, cet homme grand et bon !!! Tandis qu'elle.. Tandis qu'elle... Bordel frangin.. Ouvre les yeux.

    — Notre famille a vécu des moments merveilleux. Il n'y a que cette année-là que...

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    — Tu parles. Tes merveilleux moments ce n'était qu'une cage dorée ! Et puis arrête d'employer le mot famille, parce que excuse-moi de te rappeler que les jumeaux, ce sont les siens... Bon ok tu as adopté Eva, mais au fond, elle reste sa fille, à elle, et toi tu n'as rien ! Elle s'appelle même pas Muller, la gamine ! Tu vois, même pour Eva, tu n'es rien, au fond. Elle t'a pris pour père aux yeux de la loi pour sa connerie de don de coeur, là, et rien d'autre !

    Point sensible touché, et Alicia en a bien conscience. Mais tant pis. Elle est prête à tout pour le faire réaliser toutes les réalités qu'il ne veut pas voir.

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    — Tu es mauvaise... Et à t'entendre parler ainsi, j'ai l'impression que tu t'imagines que je suis heureux tout seul, dans cet appart ? qu'il lui fait en retour, l'air sombre.

    Boum. Son coeur vient de lui donner un coup violent dans la poitrine. Car le point sensible a bel et bien été touché... Peut-être un peu trop d'ailleurs.

    — Je sais que t'es malheureux Erwan, déglutit Alicia avec honte et douleur, pour enchainer avec un peu plus de chaleur dans la voix, — mais il vaut mieux être seul que mal accompagné !! et puis je suis là, moi... qu'elle termine affectueusement en allant s'agenouiller derrière son frère pour l'enlacer par le dos, tandis qu'il pianote encore,

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    — Il faut que tu tournes la page de cette vie passée, à tout prix... qu'elle reprend de nouveau, insistant encore et encore, — et ce, même si cela te torture... Même si elle te supplie. Car elle continuera à le faire, c'est certain, puisqu'elle n'a plus que ça à tenter, désormais, te supplier... Parce qu'elle a tout perdu, alors que toi, tu possèdes encore tout, et sans doute bien plus encore que lorsque tu étais avec elle... Alors je t'en prie, ouvre les yeux, et éloigne-toi enfin de ces Beckers qui sont plus malsains qu'autre chose pour toi!!!


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    Au même moment, les yeux de Jeffrey ont bien du mal à rester ouverts, ce soir, alors qu'il vient de boire cul sec son énième verre de vodka pure dans ce petit bar de la capitale où il est venu tenter de tester ses limites.

    Voir combien de verres est-ce qu'il peut ingurgiter avant de faire un coma éthylique.

    Pathétique but, n'est-ce pas. Mais boire lui permet au moins d'oublier très légèrement ses soucis, tracas, angoisse, frayeurs, et appréhensions.

    Toujours autour d'un même sujet, bien évidemment...

    Sa fiancée.

    Qui fait désormais la morte. Plus aucune réponse n’a ses textos. Pas d'appels ni messages non plus. Rien de rien... Elle semble l'avoir zappé. Oublié. Sorti de sa vie...

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    Le jeune homme n'en revient toujours pas. Qu'une femme qui, après avoir accepté sa promesse de mariage, finisse par le jeter ainsi, à cause de la probable menace d'une vieille blonde attardée...

    Oui Jeffrey juge mal sa mère désormais. Les insultes à son égard fusent incessamment dans son esprit. Il n'éprouve clairement plus la moindre once de respect envers la trainée méprisable qui l'a mis au monde.

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    Mais dans le genre garce, sa génitrice n'est pas la seule. Parce que son Ana, à lui... Qui s'est donc enfui avec leur enfant dans le ventre, n'est pas mieux, franchement...

    Eh eh! Eh oui! Son Ana, la femme de sa vie, sa fiancée à lui et rien qu'à lui, était tout de même enceinte!! Magnifique, hein!! Qu'il braille au serveur avant de lui demander une nouvelle bouteille de vodka. La sienne étant déjà complètement vide!

    — Ce sont des choses qui arrivent.. Mais c'est dur, je compatis, mec..

    Il semblerait que ce pauvre barman essaie ainsi de réconforter le jeune Beckers.

    Peine perdue.

    Celui ci s'allonge sur le comptoir, la tête enfouie dans ses bras croisés, afin de méditer. Cuver lentement... Attraper vivement et de la main gauche la nouvelle bouteille qui vient de lui être déposée sous le nez. Allez hop. Il faut qu'il boive. Qu'il se remplisse un nouveau verre. Jusqu'à en dégringoler par terre... Il n'a pas besoin de méditer après tout. Il n'a rien à penser, rien à songer, rien à regretter, rien à espérer... Plus rien à rêver.

    Car simplement tout à regretter...

     

     

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    Il est tôt ce matin lorsque Raphaël pénètre doucement dans la chambre de sa malade préférée, en lui susurrant très vite un affectueux, Coucou toi!, dès qu'il croise son regard qui se rive aussitôt dans sa direction.

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    — Tu viens tôt aujourd'hui!!! lui renvoit son interlocutrice, toute heureuse de le retrouver, l'air plus épanoui que jamais. A ses côtés, elle est une autre. Un être heureux...

    — Normal, quitter cette chambre est un déchirement à chaque fois !! Te quitter est un déchirement !! répond avec sérieux Raphaël en se rapprochant du lit de son interlocutrice pour s'y allonger, tout en l'enlaçant d'un bras.

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    — Tu savais que Jeffrey était sorti de l'hôpital, hier ?! Je viens d'être mise au courant !! bougonne ensuite Eva à son amour, - je lui ai envoyé des textos pour demander des explications, mais que dalle les réponses, que dalle ! Je me demande ce qu'il fous et où il est...

    — Je n'étais pas au courant non plus, rassure-toi, le prend avec amusement Raphaël, — bon en même temps on est pas si proches que ça lui et moi, donkeubon... !! Mais je crois qu'il traverse une mauvaise passe en ce moment à cause de sa copine...

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    — Justement!! Il faut que je sois là pour lui pendant cette "passe" ! Tu imagines la souffrance qu'il doit ressentir ?! C'est horrible ce qu'Ana lui a fait!!!!

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    — C'est sur, mais avant de songer à ton frère, pense un peu à toi avant tout. J'ai vu tes médecins et... est-ce qu'ils t'ont dit que tu étais en état de sortir de l'hôpital?

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    — Moui... hausse les épaules Eva, apparemment pas vraiment convaincue, son regard se rivant sur ses jambes. Comme presque tous les moments de son existence désormais.

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    — Tu remarcheras Eva, ne t'en fais pas, la rassure immédiatement Raphaël en cernant très vite son malaise, — tu vas faire ta rééducation avec assiduité et il n'y aura aucun souci. Et dans moins de six mois, tu gambaderas de nouveau partout! Les médecins t'ont bien dit que c'était possible! Que ça prendrait du temps, mais que c'était possible.

    — Moui...marmonne Eva sans conviction, avec un léger sourire, pour faire plaisir à son interlocuteur. Lui faire songer qu'elle y croit encore. Qu'elle est encore pleine d'espoir.

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    — Pour revenir au premier sujet, tu ne voudrais pas sortir d'ici demain ? reprend Raphaël avec sérieux, — je ne supporte plus cette chambre, moi, elle me rappelle de trop horribles souvenirs.

    — Je ne suis pas pressée de retrouver "la vie", moi... Enfin, je veux dire que... marmonne tout bas la jeune fille en triturant le drap de son lit, — enfin, je.. Euh... Terry... déjà... Et plein d'autres choses...

    — Eh bien, romps avec lui pour la énième fois. C'est pas comme s’il sera surpris en plus, puisque c'est la routine de sa vie, que tu le largues pour moi, cet empaffé de substitution, se moque presque Raphaël avec une étonnante cruauté. Parce qu'il faut bien l'avouer, que dès qu'il est question de ce sale blond, il révèle toujours son côté le plus sombre. Cruel. — et ensuite, tu viens avec moi à l'appart. Qu'il continue ensuite avec beaucoup de sérieux. Voire avec frustration. Parce qu'elle a vécu aux cotés de son insipide rival, sous le même toit, pendant de trop longues semaines!! Ce souvenir lui tord évidemment les boyaux et l'oblige à se mordre les lèvres avec colère. — vu que tu as toujours le prétexte de vouloir fuir ta mère, personne du groupe des Memories n'aura de soupçons sur notre éventuel couple ! Je leur ferais croire que je ne fais que t'héberger  ! Ça peut le faire! Ils ont tous une confiance aveugle en moi, dans ce groupe ! qu'il termine pour rassurer sa compagne sur l'excellence de son idée.

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    — Mais justement Raph', je.. Le truc, c'est que je ne peux pas rompre.

    — Hum..? est immédiatement piqué au vif Raphaël, l'estomac noué, — hum...qu'est-ce que ça veut dire.. ? qu'il reprend ensuite d'un air sombre. Très agacé. Vexé. Frustré..

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    — Enfin, je le ferais, mais je, euh... enfin bref, je t'expliquerais plus tard, promis. Mais pas ici, car c'est, disons, compli.. Compliqué.

    — J'espère qu'il ne te fait pas de mal, commence alors à craindre Raphaël devant la soudaine angoisse de sa belle, tu as l'air d'avoir peur ! Je me trompe ?! qu'il enchaine, plus sceptique que jamais.

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    — Non, il ne me fait rien, ne t'inquiètes pas! le rassure aussitôt Eva, l'air ailleurs cependant.

    — Bon... abdique Raphaël dans un haussement d'épaules pour reprendre sur son précèdent sujet, — alors si on dit que tu sors demain, tu irais chez lui de nouveau ? Hmpff... 

    — Je pense, oui.. Pour récupérer des affaires et retourner chez moi. Je n'ai plus de nouvelles de ma mère depuis l'autre fois où on l'a aperçu ici en coup de vent, et...

    — Jeffrey va mal le prendre si tu reviens vers elle, Eva.

    — Mais c'est ma mère! rappelle la jeune fille dans un sanglot, — elle est venue me voir, tout de même... Et tu l'as bien vue, toi aussi, à quel point elle a l'air mal. Alors, je me dis qu'il est peut-être temps de tenter quelque chose.. Je pourrais ensuite rappeler mon frère à la maison, car il faudrait qu'il renoue avec elle, parce qu'ils étaient proches, et.. Et il a besoin de stabilité en ce moment. De gens qui l'aiment... Et qui ne le lâchent pas du jour au lendemain !!

    — Si tu le dis, en soupire de dépit Raphaël, terriblement agacé — mais encore une fois tu penses d'abord aux autres ! Alors alors je t'ai demandé de songer un peu à toi ! Et a nous, par la même occasion... Parce que je suis où, moi, dans tout ces beaux projets ?! Humpf !!!

     

     

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    — Terry !!! piaille Paula avec son habituelle vivacité dans les oreilles du concerné cet après-midi. La jeune fille est plus heureuse que jamais, aujourd'hui, et pour cause...

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    — C'est vraiiii ce que "Fan de" raconte?! September va beaucoup mieux et toutes ses opérations ont été des succès ?! qu'elle sautille sur place, plus souriante que jamais.

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    — Oui, lui répond simplement son blond d'ami en ne lâchant cependant pas sa basse. Bah, la jeune fille n'est pas vexée de cette légère indifférence. Depuis le temps qu'elle connait cette petite bande de musiciens, elle a appris à ne plus prendre la mouche lorsqu'elle se réalise moins importante que leurs instruments de prédilection!

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    — Petit salauuuuud ! qu'elle s'exclame en conséquence, grondant ensuite avec taquinerie, — tu ne pouvais pas me dire avant quand même ?! Des fois, t'es moyennement sympa !!!

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    — Je la fais sortir demain dans la matinée, reprend alors Terry, — si tu veux tu auras qu'à nous attendre devant chez nous! Mais à l'intérieur du hall hein, car depuis que les Mémo' l'ont fait passer sur leur scène, y'a toujours quelques blaireaux de photographes en bas de l'appart.

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    — C'est ça la vie de star, mais ça maaaaaaaaarche !!! en danse maladroitement de joie Paula, euh, bon, je risque de me faire arracher les yeux, mais tant pis, je prends le risque ! Je compte sur toi pour arrêter le couteau qu'elle tentera de me planter dans le coeur quand elle m'apercevra !!


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    Le lendemain en question, Eva Beckers est donc prête a quitter enfin cet hôpital, assise sur une chaise roulante.

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    Elle est encore aujourd'hui, comme la majorité du temps, en fait, en compagnie de son Raphaël -qui a dormi à ses cotés la veille, ne sachant décidément plus se sevrer de sa présence-.

    Sagement, elle attend ce matin un coup de téléphone de son petit ami officiel pour être informée du moment où celui-ci viendra enfin la chercher pour la ramener chez "eux".

    La sonnerie tant attendue retentit soudain...

    — Coucou! qu'elle décroche alors rapidement, et plutôt chaleureusement.

    — Ok ma puce ne m'en veut pas, commence parse justifier Terry, — mais là on a un enregistrement urgent en studio. Je n'étais absolument pas au courant, moi!!

    — Ah...

    — Mais ce n'est pas grave, on va trouver quelqu'un pour venir te chercher quand même !

    — Raphaël est là, sinon...

    — Ah? s'intrigue aussitôt Terry, perplexe. Décidément, son ancien comparse tient très souvent compagnie à sa petite amie, et vu leur passé commun à tous les deux, réaliser de nouveau cela ne lui fait pas vraiment plaisir, — et qu'est-ce qu'il branle là, encore, lui?

    — Tututu, ne sois pas vulgaire, le prend avec le sourire Eva pour rester chaleureuse, mais si tu veux il me ramène chez lui et tu viens me chercher quand tu veux ?

    — Hummm.... en est de plus en plus sceptique le jeune blond, ne faisant absolument pas confiance a son vieil ami d'enfance.

    — C'est la meilleure solution, et ça serait bête de ne pas profiter de sa présence... En plus, tu n'as pas à t'inquiéter pas... On a passé l'âge de ces.. Puérilités, n'est-ce pas?

    — Hummm.... Admettons, abdique provisoirement Terry, je serais donc là vers midi. N’oublie pas de mettre tes grosses lunettes dès que tu es à l'extérieur pour te cacher de la foule un minimum ! Même si ça ne suffira certainement pas, hmmmm.. Bref, tu peux appeler une voiture pour qu'elle vous dépose, ou je t'en fais venir une ?!

    — Bah on va appeler la voiture des Memories, t'inquiètes pas pour ça !

    — Ok. A tout à l'heure alors. Je t'embrasse.

    — Moi aussi, souris une dernière fois Eva avant de raccrocher tranquillement, heureuse.

    Heureuse, mais aussi un petit peu honteuse... Honteuse d'être si heureuse d'avoir quelques heures à passer rien qu'avec son Roméo.. Tellement honteuse d'être aussi partagée entre ces deux hommes. Tellement désespérée, de les aimer autant, tous les deux.

    Raphaël d'un amour fou et démesuré. Et Terry d'un.. d'un.. Elle n'en sait rien, en fait.

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    Mais très vite, ce fatiguant petit jeu prendra fin.

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    Avec sans doute de très lourdes conséquences...

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    Mais qu'à cela ne tienne. Ils seront deux pour les affronter...

     

     

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    Ayant un besoin urgent de nouvelles lames pour son rasoir électrique, Erwan se presse dans la superette du coin, habillé le plus banalement possible, bien entendu -mais cependant suivi de loin par l'un de ses gardes du corps fringué en civil-. Oh, bien sur, ce célèbre chanteur pourrait bien évidemment envoyer quelqu'un faire ses courses personnelles à sa place, bien évidemment... Mais faire cela ne lui ressemble pas. Il a toujours préféré tout faire par lui-même, préférant toujours suivre, et à la lettre, ce célèbre dicton, "l'on est jamais mieux servi que par soi-même!". Parfois, il aime oublier qu'il est une star pour se comporter comme un monsieur-tout-le-monde.

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    — Hey, bonjour, vous! le fait soudain sursauter, puis se retourner, un très joli minois féminin qu'il reconnait très vite, mais sans vraiment savoir replacer l'endroit et le moment exact de sa rencontre avec.

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    — Euh, bonjour! qu'il salut cependant avec un léger sourire plutôt timide, tout en jetant un oeil en direction de son garde du corps ; réflexe de star, — hummm, on se connait, il me semble, n'est ce pas?! Par contre, je n'arrive pas à me souvenir d'où est-ce que..

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    — Je suis interne en chirurgie! l'interrompt chaleureusement son interlocutrice, — j'étais dans l'équipe qui s'est occupée de... qu'elle reprend ensuite d'une voix de plus en plus basse, afin de terminer dans un chuchotement discrèt, de September!

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    — En effet! Je me souviens, maintenant, sourit Erwan, un peu perturbé cependant, — zut, vous m'avez reconnu! Bon, faites comme si ce n'était pas le cas, hein! qu'il poursuit, avec un clin d'oeil.

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    — Oui bien sûr, ne vous en faites pas! lui rend son sourire son interlocutrice en rougissant légèrement, pour reprendre très vite avec malice et un soupçon de timidité, — hum, en fait, je.. C'est délicat à dire, mais je me demandais si ça vous dirait qu'on aille se boire un café à l'occasion ?

    — Oh, en semble surpris Erwan avec un sourire cependant, - vous êtes directe, vous, au moins !

    — Toujours, oui! Vous m'avez paru sympathique à l'hôpital, alors je me disais que nous pourrions faire de plus amples connaissances!

    — Chuut, parlez plus bas, rappelle Erwan en hésitant ensuite, — euh... euh.., qu'il hésite ensuite quelques instants en réalisant qu'il a oublié le prénom de son interlocutrice, alors qu'il l'a pourtant souvent lu sur son badge à l'hôpital !

    — Laur Dawan ! Mais pour vous, ça sera simplement Laur ! lui rappelle alors très vite la concernée, avant de reprendre d'une voix enjôleuse, — c'est donc d'accord pour la proposition ?

    — Et bien.. Ok, ça marche, Laur! acquiesce Erwan avec politesse en sortant son téléphone portable de sa poche pour se préparer à y entrer un nouveau contact, — numéro ? qu'il demande avec un sourire et un clin d'oeil.

    — 06.56.85.32.14, lui répond immédiatement sa probable future nouvelle conquête, sans l'once d'une hésitation, le visage illuminé de bonheur, avant de lui ajouter que, — je dois y aller, je suis attendue en ville, mais j'attend votre coup de téléphone, hein!!

    Elle termine sa réplique avec un affectueux et coquin petit clin d'oeil. Mais pas folle et idiote, la guêpe. La séduction, elle connait et elle sait ce qu'elle fait en donnant ses contacts à un homme plus que charmant, le célèbre Aaron, -célibataire depuis peu d'après les Peoples, niark!- pour ensuite détaler afin de ne pas passer pour un pot de colle. Parce que lorsqu'il regardera de nouveau son téléphone, il repensera à elle. À son sourire. Et au court moment, -bien trop court-, qu'ils ont passé ensemble.

    Oui, c'est ce bref souvenir qui lui donnera l'envie de la rappeler pour approfondir un peu plus leur relation. Elle en est persuadée. Tous les hommes sont les mêmes...

     

     

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    Peu après, Raphaël arrive devant chez lui, en compagnie de sa malade préférée et tous les deux poussent désormais et ensemble, un long soupir de soulagement, lorsqu'ils sortent enfin de l'ascenseur qui vient de les mener à l'étage de l'appartement du jeune homme. Ils ont pris toutes les précautions qu'il fallait pour ne pas qu'ils soient repérés par d'éventuels photographes. La voiture personnelle des Memories les ayant déposés, c'est avec hâte qu'ils se sont ensuite précipités à l'intérieur. 

    Et c'est là l'un des plus gros défauts de cette vie de star toute nouvelle que les amoureux découvrent peu à peu : ne plus pouvoir sortir tranquillement dans la rue sans craindre d'être remarqué, suivi.

    Mais soit, et malgré cela, aujourd'hui, les deux amoureux sont plus heureux que jamais, car ils sont enfin ensemble et rien que tout les deux, dans l'intimité la plus totale. Cela faisait si longtemps...

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    Cependant, Eva à l'air de plus en plus triste au fil des minutes et Raphaël s'en rend très vite compte.

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    Il se rapproche alors de sa chaise pour s'abaisser et se mettre au niveau de son visage afin de lui déposer un doux baiser sur les lèvres, — ça ne va pas ? qu'il lui murmure ensuite tendrement, — tu as besoin de quelque chose ?

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    — Non, non, ça va! lui force un sourire la jeune fille, terriblement mal a l'aise et désespérée d'être ainsi assise dans cette chaise, tandis que lui est debout. Voire à moitié plié en deux pour pouvoir l'enlacer et l'embrasser... Plus les jours défilent et plus elle réalise décidément et avec douleur sa nouvelle condition d'handicapée. Des incessantes constatations affreusement difficiles à digérer. Accepter...

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    — Viens dans mes bras!! lui sourit Raphaël l'air malicieux, en se redressant, les bras et mains en avant dans sa direction, — allez debout !

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    — Gné ? lui grimace Eva avec incompréhension, — tu as loupé un épisode de l'histoire pour avoir oublié une certaine chaise ?

    — Tututuuu, redresse-toi un peu en avant, et prends mes mains ! Insiste Raphaël, les doigts frétillants, — allez, avance toi vers moi et attrape moi !

    — Mais je ne peux pas, humpf , t'es chiant! lui grogne en obtempérant tout de même Eva et en se redressant très légèrement pour lui attraper les paluches, — voilà, c'est tout ce que je peux faire, bouger d'à peine quelques millimètres ! M'en demande pas plus !

    — J'ai aussi dis, viens dans mes bras, il me semble ! Rappelle affectueusement Raphaël en ne perdant pas son sourire et en s'abaissant pour ramener ses deux mains sur la taille de son interlocutrice afin de la soulever de son siège.

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    De toutes ses forces, il l'enlace fermement pour se redresser avec elle. Rester debout, soutenant à lui seul leurs deux corps. Le sien à elle étant presque totalement inerte et ballant dans ses bras. Ses jambes, surtout... Ses bras, par contre, s'agrippent fermement par le cou et dans son regard, il peut lire une certaine terreur.

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    — Arrête de jouer, on va tomber avec tes conneries!! qu'elle lui fait très vite avec effroi, sentant son évidente difficulté a la maintenir avec lui dans cette position, — repose-moi, Raph!! qu'elle lui ordonne ensuite, sévère.

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    — Non! qu'il se contente alors de lui refuser en la prenant complètement dans ses bras, la soulevant ainsi telle une plume du sol,

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    — Voilà, ainsi, c'est déjà beaucoup, beaucoup, mieux! qu'il reprend désormais, dans un susurrement amoureux, — tu vois, tu n'as finalement même pas besoin de jambes pour te blottir amoureusement contre moi !