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Le soir venu, Et a une heure plutôt tardive, les jumeaux Beckers discutent tous deux en pyjama, assis sur le lit de l'ex-chambre de Silvia que Jeffrey va désormais occuper.

En effet, la pauvre jeune fille s'est vu demander, par Eva, de quitter l'appartement le soir même. La chanteuse avait besoin d'une chambre pour son frère et le logement étant à son nom, cela devait être l'une de ses deux colocataires qui s'en aille. L'une des deux.. Et certainement pas sa meilleure amie Paula. Cela devait donc être la moins appréciée, des deux, celle qui n'était pas la complice d'enfance, qui devaient plier bagage et disparaître le plus vite possible.

Sur le coup, Silvia a bien entendu cru à une mauvaise blague de la part de son amie. Sur le coup... jusqu'à ce qu'elle réalise l'air sérieux et presque froid de celle-ci.

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C'était donc cela. La fameuse union égoïste des jumeaux. Paula lui en avait parlé, de temps en temps. Que ces jeunes gens étaient gentils, certes, mais que lorsqu'il était question de l'un ou de l'autre, plus rien d'autre n'existait.

Et aujourd'hui c'était elle, Silvia, l'amie, l'alliée, le soutien pourtant toujours compatissant, qui en faisait les frais. Elle en a ri jaune, vous savez. En pénétrant dans l'ascenseur, armée de ses deux valises au poids à la limite du soutenable, elle en a ri profondément jaune.... Et heureusement pour elle qu'en bas de l'immeuble l'attendait son Gustav, prêt à la ramener jusque chez lui, où il l'hébergerait pour la nuit en attendant qu'elle revienne chez ses parents ou se retrouve un autre logement, parce que sans l'aide de son petit ami, il faut avouer qu'elle aurait sans aucun doute dormi sous un pont ce soir, dans l'indifférence la plus totale des abjects jumeaux Beckers.

— Faut pas leur en vouloir, avait sans doute tenté de protéger Gustav en marmonnant cela à sa petite amie, alors qu'il rangeait ses valises dans le coffre de sa voiture, — si Jeff traverse une mauvaise passe, il est normal que...

— Tais-toi, ne me parle plus de ces cons, l'interrompait immédiatement Silvia au bord de la crise de nerfs et avec de sérieuses envies de cogner un punching-ball sur lequel elle aurait dessiné au préalable les visages de ses deux désormais ennemis jurés.

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— Jeff, ça m'ennuie de te demander ça, mais... fait timidement Eva à son frère, anxieuse, attendant une réaction de son jumeau ; qu'il l'incite à continuer sur sa lancée.

— Oui? N'attend pas celui-ci pour s'intriguer, ajoutant ensuite dans un rire satanique, — qu'à tu me demander, petite jeune fille, mouahahahah!!!! Tu n'as paaas à avoiiir peur, niahahahahahahh!!!!! paaarle, mais paaaaarleeee, que me veuuuux-tuuu?!???

— Tu es quelqu'un d'important, je crois, enfin, sur Berlin, quoi.. Poursuis Eva avec sérieux sans se laisser distraire par les pitreries de son frangin, — tu as des relations, et tout, et tout, et.. De l'influence aussi sans doute, et..

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— Gné? Ayé, je flippe d'entendre la suite!!

— C'est au sujet de maman, j'ai passé presque toute la fin de journée au téléphone, déballe d'une traite Eva, — et je n'arrive à avoir la moindre nouvelle, c'est comme si elle avait disparu de la circulation avec son agent ! Même à son studio, personne ne peut, ou veut, rien me dire ! Et là, je commence à être inquiète, je ne comprends pas.. Alors, je me demandais si...

— Mais Eva, tu penses que je fais quoi comme activités en fait pour me demander un truc pareil ?

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— Je te l'ai dit, je ne veux pas savoir, ni imaginer, mais je suis sûre que tu as des relations, les gens comme toi ont des relations, souvent très haut placées...

— « Les gens comme moi » ? Eva, engager un détective, n'importe qui peut le faire. Si tu veux, je m'en occupe, mais ça n'aura rien à voir avec ce que je fais, ou autre !

— C'est pas si facile, Jeff, car je ne veux pas que ça se sache ! Si jamais elle a voulu disparaitre, je ne veux pas qu'elle sache essaie de la retrouver. Question de fierté !

— Ok bah je vais faire ce qu'il faut alors, je lui mettrais quelqu'un au cul et personne n'en saura jamais rien, promis.

— Merci, t'es le meilleur quand tu veux, tu vois ! Dommage que tu ne le veuilles pas plus souvent...!

— Mais c'est idiot que tu t'inquiètes pour elle, car elle va bien, c'est certain, les raclures, c'est comme les chats, ça a neuf vies. ...

 

 

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A une cloison de là, deux autres jeunes gens discutent sur un lit, eux aussi...
Wilfrid et Paula.

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Wilfrid qui cherche du réconfort dans les paroles de sa petite amie. Parce que le TroubleMaker n'a plus la moindre nouvelle de son ami Raphaël depuis que les deux se sont quittés en bas de l'immeuble, et cela l'inquiète terriblement, lorsque jeune brun se souvient de l'état, du moral, de son comparse musicien.

— Wil, je t'assure, tu aura des nouvelles très bientôt ! S'il repart seul à Wilmington, les autres te préviendront aussitôt ! rappelle encore et pour au moins la dizième fois, Paula, - je te dis, c'est un grand garçon.. Tu le verras réapparaître très vite !

— Je vais reparler à Eva de tout ça, elle a dû mal comprendre un truc, je crois ! Non mais tu as vu comme elle était indifférente à la présence de Raph' sur Berlin ? J'hallucine, moi !!

— C'est pas le moment de lui parler de ça, Wil, elle a assez à faire avec Jeffrey...

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— Rahhh !!! Raph' disparaît et tu as l'air de t'en foutre ! Moi je te dis que vu l'air désespéré qu'il avait quand je l'ai laissé, il y a vraiment de quoi s'inquiéter ! Je le connais ! Et je te dis que c'est pas normal du tout qu'il ne soit ni à Klausdorf, ni revenu à Wilmington ! Il doit forcément être encore sur Berlin, mais où ?!! Il n'a plus rien ici maintenant !

 

 

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Oeil pour oeil, dent pour dent. Elle ne se laisserait pas traiter de la sorte, foi de Silvia Luther! Sa vieille amie l'a trop bafouée, en la jetant ainsi de son appartement, qu'elle juge, avec une aigreur croissante. Une humiliation, et rien d'autre! C'est tout ce qu'elle a l'impression d'avoir subit ce soir, alors qu'elle médite sur sa future vengeance en fixant le plafond de la chambre de son petit ami ; pendant que celui-ci est dans la salle d'eau en train de finir de prendre sa douche.

 

 

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Oeil pour oeil, dent pour dent, qu'elle disait, et dès le lendemain, la sentence de la brunette humiliée est lancée. Eva Beckers est une chanteuse à renommée aujourd'hui, n'est-ce pas? Et elle, Silvia Luther, a été pour elle une amie qui l'a si souvent côtoyé... partageant avec sa personne presque toutes les folies et expériences les plus dingues...
Elle en aurait donc énormément à dire, à révéler, devant d'éventuels curieux.
Vous saisissez ?

L'image de la douce et infantile chanteuse pour gentilles adolescentes bien élevées sauterait très vite, si certaines photos de « soirées » alcoolisées étaient publiées dans certains canards. September, si prude, mignonne, et touchante, qui fume des joints, boit de l'alcool, et vomit dans les toilettes d'une boîte de nuit! Silvia jubile en pensées en se souvenant de ces nombreuses beuveries entre amies, de ces folies dans les carrés VIP! « Cela va faire mal... » lorsqu'elle aura tout balancé à ces quelques paparazzis qui lui ont accepté une interview, affamée de news juteuses sur les chanteurs à débuts de carrière prometteurs.

Il s'agirait d'un autre artiste, sans aucun doute que la jeune Et fourbe Silvia devrait revoir son plan d'attaque, mais pour ce qui est de sa vieille amie, la demoiselle sait bien qu'il ne faudra que quelques révélations pour entacher de nouveau la notoriété de sa cible. Réputation déjà bien fragilisée par la période "Britney Spears" de la concernée... Sans parler du bruit que celle-ci avait pu faire avec sa vie amoureuse si "originale" et "controversée".

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Cela va donc être un jeu d'enfant, de provoquer de nouveaux et gros titres dans les Peoples, dès le lendemain.

 

 

 

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Il est à peine sept heures du matin sur Wilmington quand Raphaël est de retour dans l'appartement qu'il habite avec ses amis musiciens. Il est plutôt épuisé et marche d'un pas rapide. Il n'a plus qu'une envie : se précipiter dans sa chambre et se glisser au fond de son lit. Il est d'une humeur massacrante... après une nouvelle nuit blanche plutôt mouvementée.

Mais malgré cela, ce matin, aussi épuisé et vide qu'il puisse l'être, il ne ressent pas grand-chose, en fait. Ce trop-plein d'émotion auquel il a dû faire face ces derniers jours ayant finalement eu raison de son acharnement et de sa ténacité. Désormais, il laisserait couler... Se laisserait aller, voguer au gré du vent, il ne penserait plus à rien, ni personne. Ou alors à elle. Cette fille étrange et taciturne qui lui est venue lui tendre la main durant quelques heures, sur Berlin, ce soir-là, pas très longtemps après qu'il ait renoncé au grand amour de sa vie en se refusant de chercher à pénétrer dans son grand immeuble de briques rouges... Oui, Raphael en est certain, il la reverra, cette énigmatique et chaleureuse alliée. Il ne l'oubliera pas. Demain, dans deux jours, voire dans une ou plusieurs semaines, il la reverra. La remerciera. Mais pas pour l'instant. Car pour le moment, il va être bien trop occupé à se remettre sur les rails, tel l'être infirme de coeur et d'esprit qu'il est en train de devenir...

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- Tu fais décidément que ramasser mes restes, toi, qu'il lance soudain avec désintérêt, surprenant un nouveau couple qui était occupé à se câliner sur le canapé de la pièce principale qu'il traverse.

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Et le plus amusant est que face au spectacle de son tout premier amour en train de se faire tripoter les seins par celui qui avait si souvent tenté de lui voler son deuxième, le jeune homme ne ressent plus la moindre émotion. Ni joie, ni compréhension, ni amitié, ni mépris, ni dégoût, ni colère, ni agacement, ni jalousie... Non, rien. Strictement rien. Cela ne lui fait tristement plus... RIEN. Son comparse musicien pourrait presque prendre son ex-petite amie, là, maintenant, sous ses yeux, en lui déclenchant un ou plusieurs orgasmes, que le jeune Bauer sait bien qu'il ne ressentirait toujours pas la moindre sensation entre les cotes.

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Oui, il en est arrivé à ce stade. Et son visage le traduit bien. Vide. Indifférent. Las. Mais surtout éreinté... Il se presse alors, sans rien ajouter de plus, vers le couloir menant aux chambres. Il faut qu'il s'écroule. Vite. Puisse dormir enfin Et un minimum. Cela fait maintenant plus de 48 heures. Qu'il n'a presque plus fermé l'oeil. Dormi réellement plus de trois heures d'affilée. Il se sent au bord de l'évanouissement d'épuisement.

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- Je t'emmerde, le revenant, essaie aussitôt de se défendre son ami Terry, peut-être blessé par sa réplique si froide et moqueuse, alors que lui a déjà disparu de son champ de vision.

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Entendre quoique ce soit s'échapper des lèvres de ce type ne l'importe plus, ne l'intéresse plus. Le monde pourrait s'arrêter soudain de tourner, que c'est à peine s'il s'en rendrait compte, retranché sur sa propre petite personne, désormais... La seule dont il doit se préoccuper, aujourd'hui. L'altruisme ne l'ayant que si rarement rendu heureux par le passé, il se jure à lui-même de ne plus jamais avoir cette qualité.

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Et c'est de sa faute, à elle. Parce qu'elle avait osé... Le changer. Elle avait osé, réussir cet exploit. Le pire qu'elle pouvait lui faire, finalement! Le changer, le transformer en agneau, en être minable, pathétique, influençable, et faible. Pour cette transformation détestable, il lui en veut. Terriblement... À ses côtés, il n'était plus Raphaël Bauer. Avec le recul, il l'avait enfin réalisé... Avec un amer, âcre, et affreusement désagréable goût au fond de la bouche... 

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Tag(s) : #sooner or later
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