
— Aaaahhhhh! Tu reprends de plus en plus de couleurs, ça fait plaisir !! s'exclame Eva, souriante, jubilant en direction de son Raphaël qui émerge d'un somme réparateur, dans sa chambre d'hôpital qu'il occupe depuis déjà trois jours. Sa pneumonie ayant été traitée à temps, avant qu'elle ne dégénère sérieusement, le jeune Bauer n'est aujourd'hui plus en danger. Sa constitution solide et son jeune âge lui assurant de pouvoir se remettre très vite de cette petite mésaventure ; dans quelques jours, tout ceci ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir pour lui et ses proches.

— Raah, Eva! Rentre à la maison te reposer un peu, boude légèrement Raphaël, un peu surpris et agacé de retrouver une fois de plus sa petite amie à son chevet, surtout que la nuit est tombante ; le jeune homme en déduit donc que sa belle a une nouvelle fois passé la journée à ses côtés à ne rien faire d'autre que de le veiller, — S.T.P., Eva, fais moi plaisir, et rentre te reposer, qu'il la supplie, inquiet pour ses cernes apparentes.

— Je pète la forme, moi ! Alors, on rentrera ensemble lorsque tu seras complètement rétabli, ce qui ne devrait plus tarder, maintenant ! S'amuse Eva pour réponse avant de grogner d'un air las en extirpant son téléphone portable qui vibre dans son sac à main posé à ses pieds, — c'est mon agent, humpf, il sait pourtant où je suis, mais il a l'air d'oublier que les téléphones dans les hôpitaux sont assez mal vus, tssss qu'il est lourd.
— Répond lui, c'est sûrement important.

— Allô ? Obtempère alors Eva dans un soupir, son petit ami est décidément trop gentil et dévoué, car elle, aurait sans aucun scrupule raccroché au nez de son agent pour ensuite éteindre son téléphone portable.
— Bonjour Eva et désolé encore de te déranger, mais je dois t'annoncer quelque chose d'important et avec tout ce qui arrive en ce moment, Raphaël, etc. Je ne trouvais pas le moment, alors que c'est très important, tu dois être mise au courant...

— Qu'est-ce qu'il y a Marfatel ? Et puis depuis quand crains-tu de m'annoncer quelque chose, toi... soupire une nouvelle fois va en craignant subitement de recevoir une information relative à sa génitrice.
— C'est à propos de monsieur Muller, il...

— De, de... hein ?! Interrompt subitement Eva dans un sursaut d'angoisse et en ravalant sa salive — Erwan ? Tu parles d'Erwan ? Qu'est-ce qu'il y a ?!!
— Il est hospitalisé à Banff, au Mineral Springs, en Alberta, votre mère est à ses côtés, et..
— Heeein ?!? C'est une blague ?! Erwan est hospitalisé ?! Mais pour quoi ?!
— Eva, je suis terriblement désolé.... Mais d'après ce que je sais, il s'est fait renverser et est actuellement dans le coma. Je suis vraiment, vraiment désolé Eva.. Je ne voulais pas que tu l'apprennes comme ça, mais je n'ai trouvé aucun moyen de te joindre ces derniers temps, alors...

— Erwan ?! Dans le.. Coma ? Erwan... ? Renversé ? Répète mécaniquement Eva et de façon bête en encaissant silencieusement la nouvelle, la prenant sans doute pour une mauvaise farce, n'y croyant pas vraiment. Comment cela pouvait-il être possible ?
— Je te réserve une place dans l'avion le plus proche ? Tu veux sans doute te rendre à son chevet.

— Non merci, contredit sans attendre Eva d'une petite voix en jetant un regard à son Raphaël qui s'inquiète déjà de cette conversation où il a entendu les mots « coma » et « Erwan ». Le jeune Bauer apprécie en effet beaucoup le pianiste célèbre et l'imaginer avoir un quelconque accident lui retourne l'estomac de terreur. Pourquoi cela serait-il toujours les meilleurs, les plus bons, qui subiraient des destins cruels et impitoyables ? Le monde ne tourne décidément pas comme il le devrait.
— Tu, tu es sure.. ? S'étonne d'un air déçu l'agent de la chanteuse à l'autre bout d'un fil, — il s'agit de ton beau-père, Eva... Je pense que tu devrais aller le voir. Il n'est pas n'importe qui pour toi et tu risques de le regretter toute ta vie si jamais il lui arrivait malheur. Parce qu'il faut que tu saches que les médecins ne sont pas très optimistes à son sujet...
— Je ne peux pas me dédoubler et je suis déjà auprès de Raphaël.
— Mais monsieur Bauer se porte très bien aux dernières nouvelles.
— Dès qu'il sera en état de sortir de l'hôpital, nous iront sans doute très vit voir Erwan, ensemble, reprend calmement Eva en inspirant profondément, avant de mettre poliment fin à sa conversation en saluant avec respect son agent. Elle ne peut pas rester plus longtemps avec lui au téléphone, elle a à faire, qu'elle prétend avec indifférence, pour camoufler son désir de raccrocher au plu vite son téléphone afin de ne plus culpabiliser de son choix de décider une fois de plus, de sa seule et réelle priorité aujourd'hui...
— Eva, qu'est-ce que tu as fait ? Vas-y, en déglutit Raphaël avec étonnement face à la dévotion de sa petite amie qui vient de raccrocher son portable, — qu'est-ce qu'il te prend.. Il s'agit d'Erwan ! S'il a des problèmes, va le voir!
— Lorsque tu sortiras d'ici, nous irons ensemble, se contente de sourire tranquillement Eva, — il est dans le coma, alors que je cours maintenant ou dans quelques jours avec toi, tu sais, ça ne changera pas la donne.
— Et si un drame se passait entre-temps, je ne veux pas que tu mêles reproches toute ta vie si jamais...

— Cela n'arrivera pas. J'ai confiance en lui. Et je décide de rester ici, avec toi, en étant consciente de ce qui pourrait éventuellement arriver.
— Eva... Tu as changé. Que t'est-il arrivé ? Est plus que sceptique Raphaël,

— Je n'ai plus la force d'être séparée de toi, c'est tout... Alors, n'insiste pas, car rien ne me fera te quitter de nouveau.

— Je... Tu m'as tué, là. Je t'aime, bordel....
— Rétablis toi vite, parce qu'après on a quelqu'un à aller voir, ensemble, main dans la main. Et ce pour toujours...

« Aimer, ce n'est pas se regarder l'un et l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. »
[Antoine de Saint-Exupery]
« Let me light up the sky, Light it up for you.
Let me tell you why,
I would die for you.
Let me light up the sky. »