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— Il était temps ! Grogne Jeffrey, acerbe, ce soir, dans le combiné de son téléphone. En effet, sa sœur aura tout de même mis dix jours pour le contacter, lui ! Son propre frère ! Son frangin chéri d'amour qui est censé être sa raison de vivre ! Alors, et pour cette raison, il est en colère. Profondément vexé.

— Quoique, tu aurais pu attendre neuf mois de plus pour me prévenir, tu aurais fait une pierre deux coups comme ça, via le faire-part de naissance ! Qu'il en arrive même à se moquer ironiquement.
- Tu.. tu...? En balbutie aussitôt Eva de surprise, brusquement choquée par le fait que son frère soit déjà au courant de sa grossesse ; Une honte douloureuse tenaille soudain la jeune femme, elle aimerait s'enterrer au plus vite sous des dizaines de kilomètres de terre : « Ma… maman ? C'est elle qui… Qui ? Qu'elle questionne timidement pour récupérer le nom d'un coupable de cette infâme trahison.

— Ouais. OUAIS ! C'est elle qui m'a tout dit ! grogne Jeffrey, toujours humilié d'avoir été informé de cette histoire par le biais de sa génitrice.
— Pa… Pardon. Mais j'allais te le dire, je te le promets, mais tout s'est enchainé, et je… je… Oui, je n'ai pas d'excuses, pardon Jeff…

— T'es où là, couillonne ?
— À Whiskey Creep, en Alberta. Je ne suis pas très loin de maman, en fait, mais elle n'en sait rien.

— Et qu'est-ce que tu branles là-bas ?
— Je… Rien.
— Alors ? Qu'est-ce que tu fous dans ce qui est sans doute un trou paumé, si tu n'y branles rien ?!
— RIEN ! J'avais juste besoin d'être un peu seule pour réfléchir, parce que j'ai peur, c'est tout.
— Et ton mec, Gabriel machin, là ?! Il devient quoi, avec tes conneries ?! Putain Eva ! Non, mais tu te rends compte que tu fais n'importe quoi !
— Mais merde ! Je suis enceinte de Raph, et je ne peux pas lui dire sous peine de déclencher de la merde ! Alors, j'ai bien le droit de m'exiler un peu dans un coin pour digérer tout ça, putain ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre, toi, ôh le grand Jeffrey ?! Vas-y, apporte-moi ta science puisque tu es si malin ! Et tu évites de me proposer l'avortement, MERCI !
— Déjà, c'est ici, avec Ana et moi, que tu aurais dû trouver refuge, et pas dans un bled en Alberta. Et ensuite, en cachant ton gosse à Raph, tu agis exactement comme maman, c'est irrespectueux envers le père concerné et Raph ne mérite absolument pas ça.
— Ne me compare pas à maman, stp. Car elle, rien ne l'empêchait de parler de Zack, tandis que moi, si je le fais, je vais déclencher des évènements que ni moi, ni Raph, ne contrôlerons, ou alors pour les gérer nous devrons faire des choses qui nous rendront malheureux au final, comme couper les ponts avec tous nos futurs détracteurs ! Et ça, tu le sais bien, il y en aura…

— Qui êtes-vous, jeune fille ? Qu'avez-vous fait de ma sœur ?
- Gné?
— Tu n'es qu'une poule mouillée, je ne t'ai jamais connue aussi lâche. Où est passée l'Eva qui hurlait qu'elle aimait Raph et que jamais rien ni personne ne les séparerait ?! Où sont passés tous tes beaux principes et discours sur l'amour unique et éternel ?!?
— J'ai peut-être grandi entre temps…
— Tu as régressé plutôt, oui ! Et laisse-moi te dire que cette fille à qui je parle, je la déteste profondément. Alors, redeviens celle qui était fière d'aimer Raph, parce que c'est elle, ma sœur. Celle qui se souciait de Raph. Imagines-tu deux secondes son état en ce moment ? Sait-il au moins que tu es vivante ?
— Mais oui, ça, tout le monde le sait ! Il sait juste pas vraiment où je suis…

— Tu te rends compte de ce que tu me dis ?! Mais tu es un monstre ! Tu réalises ce que Raph doit penser de tout ça ?!
- Arrêêêêêêêteeeeeeeeeee! grogne Eva en tapant des pieds de façon puérile, — Je sais que tu as raison, mais je ne peux pas faire autrement !!! C'est pas dur à comprendre, non ?! J'en ai pas le courage, c'est tout, j'y arrive pas, j'ose pas, mais j'aimerais, tu sais… Je.. Je suis tellement lâche, je le sais, mais je… Je ne peux pas… qu'elle finisse par craquer, s'effondrant au sol pour pleurer dans le combiné de son nouveau téléphone portable fraîchement acheté, — J'ai… j'ai peur, Jeff. Notre… Notre histoire avec Raph ne peut exister et ça, tout le monde le sait… nous… Nous sommes un couple maudit… comme les Roméo et Juliette de Shakespeare, en fait… qu'elle gémit en grinçant des dents, - et.. J'aurais dû l'accepter avant et… Enfin au festival. Jamais on aurait… Enfin, voilà quoi… Mais je suis tellement faible et lâche que… parce que je l'aime tellement que… Enfin, moi tu me mets devant Raph et je perds mes moyens donc… je me disais que si je n'étais plus jamais en face de lui, bah… non ? ...
— Non.
- Pfft...
— Reviens à Berlin avec nous, c'est nul que tu restes seule au Canada comme une bouffonne.
— N… Non. À Berlin, il y a Gabriel et dès qu'il saura que je suis revenue, il viendra me demander des explications sur plein de choses, et pour ça aussi, je suis trop lâche pour me justifier…
— Tôt ou tard, il va falloir que tu prennes tes responsabilités. Eva, tu le sais, ça… ? TÔT OU TARD !

— Le plus tard sera le mieux, en vérité. Parce que rien n'est facile, quoique je fasse, quoique je décide, je ferai toujours du mal à un tel ou à un tel. Peu importe mes choix ou décisions, il y aura de toute manière des dommages collatéraux…
— Ta priorité, ton unique priorité. Eva, c'est Raphaël. Endors-toi toutes les nuits en te le répétant ! Ça t'aidera ! Tu t'en branles de tout ce qui est collatéral ! Il n'y a que Raph !
— Si seulement tout pouvait être aussi simple que tu le penses…
— Ça l'est. Mais tu n'as pas encore eu le déclic pour le réaliser. En attendant, rentre à Berlin avec moi, stp.
- Je.. Je verrai. Et je vais te laisser, je vais bientôt avoir cramé mon tout nouveau forfait. Je te rappelle très vite, promis.
— Va te coucher en te répétant que ta priorité dans la vie n'est que Raphaël.
— Non, toi, sourit Eva, les yeux remplis de larmes et l'air attendri.
— Ça, c'est une évidence, rit aussi Jeffrey, avant d'ajouter sur le même ton, mais avec cependant beaucoup de sérieux, — Mais je parlais dans le commun des mortels ! La première place est à Raph !
— Ah ah… Ouais, tu as raison. Renifle Eva en saluant une dernière fois son frangin, avant de raccrocher enfin leur conversation.

— Jeff ? Arrive Ana vers le concerné, l'air sceptique : « Pourquoi ne lui as-tu pas parlé de l'affaire Angelika ? Il faut le lui dire, c'est dangereux pour elle, tout ça !

— Ils n'ont aucune preuve, hein, se braque Jeffrey devant sa fiancée, ils ne peuvent pas rouvrir une enquête tout d'un coup, comme ça, en lâchant des accusations ridicules sur les simples doutes d'une mère complètement dingue.
— Si, ils le peuvent, ça arrive très souvent, et c'est arrivé. Tu sais bien que leurs doutes ne sont pas infondés, mais souvent prouvés. Et même toi, si tu acceptais de mettre en doute l'intégrité de ta sœur, tu te rendrais bien compte qu'elle est, en effet, le suspect numéro un dans cette histoire.

— Ne reparle jamais de l'intégrité de ma sœur de cette manière, interrompt froidement Jeffrey, cette enquête et ses résultats vont miraculeusement disparaître dans les jours qui vont suivre, c'est tout. Sujet clos.

- Jeff...

— Ma sœur a pris des risques pour me venger de cette folle, en portant sa croix toute seule durant tout ce temps, j'en ferai donc autant pour la laver de tout soupçon. Et lorsqu'elle reviendra sur Berlin, ça ne sera qu'en star de la musique qu'elle sera acclamée. C'est tout.