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Un soir comme un tant d'autres pendant lequel Jeffrey n'est comme à son habitude pas chez lui, au sein de sa petite famille pourtant des plus aimantes et attentionnée, un autre grignote une nouvelle fois, et de plus en plus chaque jour, sa place...

Stefan, bien entendu. Puisque lui apprécie de rester de longues heures auprès de cette femme, de son bébé, et de son jeune fils adopté. Puisque lui sait être présent quand Jeffrey lui, ne sait plus l'être.

Et ce soir, et peu après que le petit Pierre ait été mis au lit, parce que dans quelques heures il devra se rendre à l'école publique, comme tous les jours de la semaine, la conversation entre une ex-prostituée et son ex-protecteur invétérée dévie lentement d'un sujet de conversation classique a un plus intime...

Tout d'abord, Stefan osera demander avec timidité à sa vieille comparse de lui expliquer ce qu'il a bien pu lui arriver à ses yeux : une information que la blondinette n'avait jamais révélée, il lui semblait bien.

Une information que la jeune femme aurait préféré emporter dans la tombe, ou alors avouer à son fiancé, qui le lui aurait demandé, pourquoi pas...oui, Ana l'aurait tant apprécié, que son Jeffrey finisse par lui en demander plus. Qu'il s'intéresse suffisamment à elle pour vouloir être mis au courant de ce qui lui était arrivé pour qu'elle se retrouve, du jour au lendemain, aveugle.
- Tu sais que Jeffrey ne me l'a jamais demandé..? Qu'elle laissait soudain échapper dans un sanglot, à son ami assis à ses côtés, une main tendrement posée sur son épaule - toi, toi, Stefan, tu me le demandes, mais lui...qu'elle continue, amère.
- Ah...? Eh bien... Il a sans doute peur de l'entendre, tente de consoler Stefan, réalisant bien la douleur palpable de son amie, - peut-être qu'il préfèrerait que vous tourniez la page sur le passé, tout simplement... Et je suis désolé de t'avoir posé la question, moi. C'était peut-être trop. Excuse-moi, Ana..
- Ne t'excuse pas! Je te remercie plutôt de t'intéresser tant à moi, à Pierre, je ne sais pas ce que l'on deviendrait sans toi.. Ça me fait du bien de te parler... merci d'être là, Stefan.. Soupire la jeune femme en frémissant aux caresses du pouce de son ami sur son épaule.
- Raconte-moi alors.. Pour tes yeux... même s'il est un peu tard pour te demander ça,. J'aurais dû avoir plus de couilles à l'époque pour te protéger encore mieux du gang... Je suis tellement désolé, Ana...
- Ne le sois pas, tu ne pouvais rien faire, tu le sais bien.. Dès que tu tentais quoique ce soit dans mon sens, tu manquais de te faire assassiner.
- Certes, mais... enfin bref, si tu veux me raconter...
- Oh, il n'y a rien d'exceptionnel à raconter. Disons que je les ai provoqués une fois de trop.. tente de le prendre avec ironie la jeune femme.
- Hein....? Comment ça ?
- Ils voulaient que je regarde. Tu sais bien que les parties à plusieurs était monnaie courante, Et....
La blondinette s'interrompt pour déglutir péniblement. Ses yeux s'humidifient et ses lèvres esquissent une grimace.
- Ana, ça va...? Si ça te fait trop mal de me raconter ça, c'est pas grave, hein..
- Les parties à plusieurs étaient monnaie courante, reprend la jeune femme en inspirant un grand coup, - mais là je ne t'apprends rien. Seulement, tu sais aussi qu'il y avait Eva avec moi, et... enfin, tu vois quoi, je, je n'avais pas la force morale pour garder les yeux ouverts, alors..
- Ne me dis pas que...
- Je ne voulais pas voir, alors je n'avais pas besoin de mes yeux, si, apprend Ana dans un soupir semi-ironique, mais en serrant toutefois le drap du lit à l'aide de ses petites mains.
- Mais Ana, je... s'horrifie brusquement Stefan avec désespoir et horreur, - putain de!!!
- C'est le passé tout ça maintenant, et c'était un petit peu ma faute, ajoute Ana pour ne pas que son ami la plaigne ou se sente terriblement honteux, - je les avais provoqués, Stefan, et ils étaient en position de fo..
- NON! Et je me hais, raaah, se relève d'un bond le jeune homme, reprenant très vite avec un douloureux sentiment couplant une profonde fureur et une infinie tristesse, tout en serrant les poings avec rage,

- Et moi je n'ai rien fait, j'ai joué les aveugles et j'ai laissé courir, alors que je m'en doutais, au fond! Mais merde, il fallait que tu me bottes un peu plus le cul!! J'aurais tenté le tout pour le tout, j'aurais pu, je me serais démerdé! J'aurai pu!
- C'est le passé, Stefan! Rappelle vivement Ana dans un cri de colère, implorante, - et on ne revient pas sur le passé! Alors s'il te plait, rassies toi avec moi et oublions tout ça. JE VEUX OUBLIER LE PASSE! CETTE ANCIENNE VIE! JE NE VEUX QUE DU NEUF! qu'elle finit par crier d'une voix plus forte, moralement à bout. Nerveusement, à bout.

- Mais.. Mais... J'aurais pu tant faire, si... à l'air de persister Stefan dans son entêtement.

- Non, tu n'aurais pas pu l'empêcher, tu n'étais même pas sur Paris ce soir-là, Stef ! s'énerve de plus en plus la jeune femme, grommelant ensuite, - à la limite, tout ce que tu aurais pu faire c'est tenter de me venger, pour te faire ensuite abattre comme un vulgaire chien errant. Et ça, tu sais bien que je ne l'aurais pas supporté, alors je t'en prie, ne regrette rien!

- Pa-pardonne moi... revient alors s'asseoir Stefan aux côtés de son amie pour la supplier ensuite avec tristesse, l'air honteux, désespéré, - pardonne-moi.. Ana...

- Quelle bonne blague, toi, toi tu me demandes de te pardonner ? Toi.. Toi... Stefan...? Toi le seul qui a toujours été là pour moi, le seul à.. À t'être réellement soucié réellement de moi... Tss...
- Je peux me débrouiller pour te faire opérer, Ana. Je suis certain que tu peux récupérer la vue. J'y mettrais le prix, mais je me débrouillerais pour...
- Jeffrey me l'a déjà promis, ça... Mais merci encore Stefan.. J'en attendais pas moins de toi.. Mon ami, mon grand ami..

- Jeffrey? Tu parles bien de celui qu'on pourrait nommer le « poisson rouge des promesses »...?
- Stefan...
- Cela fait combien de temps qu'il t'a sorti des griffes du gang, Ana...? Cela fait combien de temps que cette promesse attend encore..? Tu comptes encore sur lui après qu'il t'ait prouvé à de nombreuses reprises qu'il était incapable de s'occuper d'une femme et de deux enfants...?
- Je... Ce n'est pas très gentil ce que tu me dis là, Stefan...
- Mais tellement réaliste... Alors, je t'en prie, laisse moi m'occuper de toi, laisse moi te faire opérer, laisse moi me racheter pour toutes ces fois où je n'ai pas été suffisamment présent et courageux pour te protéger... Laisse-moi être là pour toi...
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Quelques semaines plus tard Et sans que personne de son entourage ne soit mis au courant, Vanessa Beckers est à l'aéroport de Berlin pour embarquer à bord d'un jet privé pour une destination inconnue de tous, sauf de son agent.

Serait-ce la mode, en ce moment, de s'enfuir sans laisser d'adresse? Il semblerait bien, en effet... que de nombreux protagonistes de l'histoire choisissent la fuite définitive et fourbe comme moteur de départ pour commencer de nouvelles vies, tout en arrachant brutalement des pages noircies de leurs passés.
Vanessa Beckers est plus sure d'elle que jamais. Elle n'a après tout plus rien qui pourrait éventuellement la retenir sur Berlin puisqu'aux dernières nouvelles, sa fille même, peut-être la dernière pour qui elle aurait pu rester dans cette sombre ville, semble avoir emménagé quelque part avec sa meilleure amie, la petite Paula.

Vanessa n'est même plus blessée du fait que sa fille ne se soit même plus tournée vers elle en perdant définitivement l'amour de sa vie. À croire qu'elle s'y attendait peut-être... son fils l'ayant renié à tout jamais, il était logique que sa fille finisse elle aussi, tôt ou tard, par le suivre aveuglément. Les jumeaux ne font rien l'un sans l'autre, après tout...
Et c'est aussi pour cela que la mère de famille s'en va aujourd'hui de façon plutôt sereine. Elle abandonne ses enfants, certes, mais elle les sait malgré tout ensemble, tous les deux.
Alors, elle s'autorise enfin à tout plaquer, pour commencer une nouvelle vie.

Vanessa Beckers meurt aujourd'hui.
Ness, la chanteuse à succès, disparaît en ce jour.
Dans cet aéroport Et par le décollage rapide d'un jet privé sera signée la fin d'une histoire.
Le début d'une nouvelle.
Helen Jones sera née...