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La santé de Shawn se dégradant de plus en plus au fil des semaines, il ne fait aujourd'hui presque plus rien à part rester recroquevillé au fond de son lit, ou, dans ses meilleurs jours, se reposer sur le canapé de son salon tout en essayant de zapper quelques chaines de télévision pour le distraire. Ses quintes de toux sont depuis peu horriblement fréquentes et l'épuisent au plus haut point, sans parler de ces fièvres qui l'affaiblissent à chaque fois un peu plus.

Nolan est de retour à l'appartement qu'il occupe avec Shawn et Stein assez tôt ce soir après une petite altercation entre son gang et un adversaire. Leurs rivaux s'étaient imaginé pouvoir dealer dans leur zone impunément et il a donc fallu que les Shining's leur apprennent les bonnes manières...

C'est avec un effroi palpable que le jeune homme découvre brusquement, en poussant la porte avec nonchalance, son supérieur et mentor, assis, toussant, et gémissant, au sol et devant le canapé du salon.

Ses mains sont fébriles et tentent désespérément de s'agripper, entre deux tremblements, au canapé duquel il a dû dégringoler.

Sa bouche, quant à elle, est complètement ensanglantée, constate très vite Nolan dans un début de panique, comprenant en moins de deux que son chef de gang est en train de tousser comme un perdu jusqu'à s'en arracher l'oesophage.

Sans attendre, il se hâte alors auprès de l'homme en le grondant nerveusement,

- Putain faut vraiment être con pour pas rester dans son lit quand on est dans un état pareil ! Allez accroche toi à moi, je vais te remonter ! Qu'il ordonne avec colère et sévérité en essayant d'attraper vivement son aîné par les bras.

- N.. Non! Se débat faiblement Shawn, en sueur à cause e sa fièvre, en repoussant tant bien que mal l'aide du jeune garçon qui lui fait atrocement honte, - je peux me débrouiller tout seul, fous-moi la paix. Tu te prends pour qui ?!
- Tu t'es vu dans un miroir au moins? T'as la bouche pleine de sang... tu dois te faire hospitaliser dès demain, ça devient urgent ! À moins que t'aies envie de claquer comme un cleb...

- ça te va bien de dire ça, ironise Shawn en se hissant péniblement sur le canapé pour s'y s'allonger et continuer de cette voix toujours aussi faible, - toi qui était.. Prêt à me buter.. y a pas si longtemps de ça, tu, tu...
- Oh ta gueule, déglutit Nolan avec rancoeur, détournant le regard à cause d'une soudaine et douloureuse honte.

- Tu.. Tu m'aurais tué, ce jour-là.. Nolan. Je l'ai bien senti dans ton regard.. Tu étais prêt à le faire. Moi, Nolan, moi.. marmonne Shawn avec dégoût et amertume, reprenant ensuite avec une tristesse infinie,

- Moi, tu m'aurais abattu, d'une balle en pleine tête... Alors, je t'en prie, désormais, épargne-moi ta fausse sollicitude et fous moi la paix. Définitivement. Car je préfère encore crever comme un chien comme tu le dis, plutôt que de m'abaisser recevoir une quelconque aide de toi... Tu es un être malfaisant.
- Je, je.. S'en mord les lèvres de rage l'adolescent honteux, tournant sitôt après les talons pour s'enfuir hors de la demeure, loin de cet homme, le coeur soudainement plus déchiré que jamais...

Cette douleur. Cette effroyable douleur... que Nolan s'était tellement juré de ne plus jamais ressentir et qui revient encore une nouvelle fois, après l'avoir tenaillé à l'enterrement de son père.

Une nouvelle fois.. Il a mal. Ressens des émotions. Pleure. Souffre. Est seul...
Si, seul... si désemparé.
Si, si.. Si humain...

Un état qu'il déteste reconnaître.
L'être humain n'étant sur terre que pour souffrir, son seul moyen de toujours s'en sortir avec dignité n'est que de se refuser toute émotion...
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Au sein du foyer du jeune Beckers, l'harmonie ambiante ne va pas en s'améliorant au fil des semaines.

En effet, entre la jeune Ana et son doux fiancé Jeffrey, l'osmose des premiers jours semble avoir pris la poudre d'escampette pour laisser au couple qu'un goût amer de rancoeur et lassitude. Les deux amants ne se comprennent plus.. Ne se supportent plus.
Ana, pourtant toujours folle amoureuse de son homme, l'enverrait pourtant bien rôtir dans les flammes de l'enfer tant celui-ci l'insupporte désormais à sans arrêt fuir de la maison pour pratiquer ses « magouilles » diverses et variées avec son gang dont elle ne veut même pas entendre parler.

Jeffrey de son côté, lui, ne fait strictement aucun effort pour tenter de contenter, voir simplement rassurer, sa promise, sa tendre moitié... il vit sa vie comme il le souhaite, c'est comme cela, et pas autrement.

Qu'elle le veuille, ou non. Lorsqu'il ne rentre rien que pour embrasser son fils, avant de repartir aussi vite que le vent, personne n'a le droit de lui faire le moindre reproche sous peine de s'attirer immédiatement ses foudres impitoyables.

Oui, Jeffrey est devenu plus qu'impitoyable avec le temps.

Et pour cause... tous ceux qui était pour lui des sortes de modèles à suivre avaient toujours fini par décéder avec le temps, ou à le décevoir complètement. Le dernier en date, souvenez-vous de cet abruti de Raphaël... cet homme qui était une sorte de pilier pour le jeune Beckers qui le respectait plus que tout. Un homme courageux qui n'avait pas peur de ses convictions et croyait en ce qu'il faisait et en ce qu'il aimait. Un homme à qui le chef Shining aurait tant aimé ressembler, un jour...
Un frère, un modèle, oui, Raphaël Bauer était bel et bien le grand frangin dont Jeffrey avait si souvent rêvé, espéré, puis trouvé...

Avant qu'il ne finisse par le décevoir lui aussi.

Raphaël. Raphaël Bauer... Celui qui clamait haut et fort et partout aimer sa demie soeur et n'avoir peur de rien, que jamais rien ne pourrait jamais l'empêcher de faire et aimer ce qu'il lui plait !
Raphaël. Raphaël Bauer a été capable, lui aussi, d'abandon. De lâcheté. De mensonges et d'hypocrisie.
Mais alors... Mais alors, « want to fuck », quoi?!? s'était bien entendu grommellé à lui-même Jeffrey, se disant très vite et avec rancoeur que si Raphaël Bauer n'était finalement qu'un connard de plus sur terre, c'était bien la preuve que l'espèce humaine tout entière n'était que perversion, mensonges et faux-semblants.