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De retour dans leur quartier général, les Shining rescapés sont des plus silencieux, et pour cause...

Ils viennent tout de même de déposer sur l'un des lits du premier le corps inerte de leur chef.
Leur bien aimé et respecté Darius.
C'est en effet ce qu'était cet homme pour les siens. Un peu impulsif, certes, prenant parfois de douteuses décisions, il est vrai...mais avant tout un chef, un vrai. Un chef avec une âme de leader, une vraie.

Un homme qui pouvait mourir pour les siens. Sa petite communauté... qu'il avait bâti lui-même. Sa petite communauté. Sa famille... Son clan.

Eva et Ana sont un petit peu perdues face à tout cela. Sagement assises sur le canapé de la pièce, aux côtés du petit pierre qui se blottit affectueusement contre sa blondinette de mère d'adoption ; les jeunes femmes observent, patientent sagement... Enfin, « observent », ou plutôt tentent d'observer...

En effet, Ana est aveugle depuis peu. Une bien sombre histoire qu'elle aura bien du mal à narrer par la suite. Une bien sombre et douloureuse histoire...

Soudain, et en plein milieu de ce qui est pourtant une sorte de mémorial en l'hommage du chef Shining, Jeffrey se met à traverser la pièce en direction du canapé où sont assises les deux femmes de sa vie, pour s'y asseoir à son tour.

Puis, il fait basculer sa soeur sur ses genoux et l'enserre de son bras gauche avec toute l'affection du monde, le tout dans le plus grand des silences...

Parce qu'il est est vrai que depuis la libération de la concernée, il n'a pas encore eu l'occasion de lui faire comprendre à quel point elle lui a manqué et à quel point il s'est inquiété pour elle ; à quel point il a bien pu se sentir minable et seul, de ne pas pouvoir l'aider dès qu'il a su ; à quel point son absence a pu le faire pleurer d'angoisse et de terreur... ; tout comme à quel point il en aurait crevé de désespoir s'il ne l'avait jamais finalement jamais retrouvée...

Alors, pour clairement rattraper un petit peu tous ses ratés, ses manqués, son absence dans sa vie, bien souvent, il la garde simplement sur lui tandis qu'elle se presse de l'agripper -comme d'habitude-, en enfouissant son visage dans son cou.

Oh, bien sûr, le jeune Beckers devrait bien évidemment se soucier aussi de sa fiancée, de son Ana..
Mais sa blondinette n'est immédiatement pas sa priorité. Parce qu'il l'aime oui... Mais la vraie détresse et le vrai besoin d'aide, ce n'est pas de sa part qu'il les ressent. Et puis il s'est déjà tellement préoccupé d'elle il y a peu... Aujourd'hui, et ce soir surtout, il préfère ne se soucier que de sa soeur. La famille avant tout, n'est-ce pas.. Et tel un frère ingrat, il a bien trop souvent oublié à son goût cette pourtant très logique obligation.

— Dès demain, on doit tous dégager, marmonne Shawn à l'audimat de la pièce : tout les Shining rescapés, nonchalamment adossés aux murs ou a moitié vautrés sur des chaises, fauteuils.

Personne ne contredit son affirmation. Et pour cause...La rumeur du désormais état de leur gang et de la mort de leur chef va se répandre en moins de deux. Il ne faudra sans doute pas plus de deux jours à d'autres pour venir faire une descente dans leur quartier général pour s'assurer qu'ils sont aujourd'hui hors course dans le milieu.
Oh oui, d'autres viendront en faire, des descentes, oh oui! N'en doutez pas! Pour vengeance de la petite supériorité que ces hommes ont eue très longtemps sur la majorité des autres gangs, pour vengeance de ce petit air supérieur qu'ils affichaient bien trop souvent en se sentant si infaillibles... Oh oui, n'en doutez pas. Les Shining ne vont, dès ce soir, plus dormir sur leurs deux oreilles très souvent.
Et c'est pour cette raison que Shawn a bien raison. Ils doivent tous disparaître au plus vite le temps de remonter discrètement leur gang avant de revenir plus fort et tenter de se refaire une place dans leur monde. Oui parce que ce milieu là reste leurs vies... Jamais ces hommes ne sauraient se ré-insérer dans la société dite « classique ». Jamais... Et ce n'est d'ailleurs même pas quelque chose qu'ils voudraient envisager, en fait.
Ils font tous partie d'une seule et même famille....
Et les familles, ça lutte, et ça se relève, ensemble. Un point, c'est tout.
La discussion ne durera donc pas des heures. Chacun sachant très bien que leur comparse Shawn a totalement raison et que dès le lendemain, ils devront tous plier bagage pour s'exiler, quelque temps, chacun de leur côté.
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Ainsi donc, et peu après, la pièce se vide lentement et c'est la tête baissée et l'air abattu que la majorité des Shining détalent pour rentrer chez eux. Chez eux... Pour presque tous un petit logis tout ce qu'il y a de plus banal. Souvent avec une femme à la maison. Parfois avec une épouse qui ignore tout des activités de son homme. « Il est menuisier! Il gagne assez bien sa vie! ». Pauvres femmes. Si elles savaient...
Jeffrey se relève désormais du canapé où il était assis. De nouveau, il prend sa soeur dans ses bras afin de la soulever, quand tout à coup, Shawn l'apostrophe,
— Reste ici, toi, tu ne vas pas rentrer dans ton bled craignos avec tes deux meufs et le gosse.
— Je...J'osais pas le demander, baisse les yeux Jeffrey en se rasseyant alors, gardant sa soeur sur ses genoux d'un air possessif et paniqué ; plus jamais on ne la lui enlèvera...
Sa main gauche glisse cependant vers celle de sa fiancée pour l'attraper tendrement afin qu'elle ne s'imagine pas qu'il l'oublie sans vergogne. Il n'est pas un monstre qui aime blesser, tout de même, et il sait bien qu'il a déjà beaucoup peiné sa moitié, ce soir.
— Bon, sur ce, moi, j'y vais, ronchonne de nouveau Shawn en sortant à son tour de la pièce, dirigeant furtivement un faible sourire en direction de ses derniers interlocuteurs : son comparse de gang, les deux demoiselles, et le petit Pierre toujours agrippé a sa mère adoptive.

La nuit sera courte pour les quatre infortunés restants. Ils tenteront tout quatre de dormir un minimum, quelques heures au moins, tous recroquevillés les uns sur les autres, sur l'unique canapé de la pièce. Le tout dans un silence de mort. L'ambiance n'est pas aux papotages, rires, et retrouvailles enjouées ; ils l'ont tous bien réalisé, bien entendu...
Tous, sauf peut-être Pierre, qui ne comprend pas tellement, il est vrai, le pourquoi du comment de cette étrange ambiance... De cette atmosphère glaciale et désagréable. Mais comme tout les enfants du monde, il n'y a aucun soucis, aussi perturbant soit-il, qui pourrait empêcher le garçonnet de sombrer très vite dans les bras de morphée.
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Le lendemain, c'est l'heure des séparations provisoires. Chaque Shining doit prendre ses distances.. Pour quelque temps, du moins.
Jeffrey n'a rien contre cela et bien au contraire, même, cette décision l'arrange un petit peu, il doit bien l'avouer : cela va lui permettre de rentrer quelque temps sur Berlin pour tout d'abord ramener sa petite famille au bercail et puis ensuite.. Peut-être, faire un break avec toute cette folie qu'il a vécu tout le long de ces douloureuses semaines.

Bien entendu, il est hors de question qu'il quitte cette ville sans participer avant à l'enterrement de son chef de gang qui a été plus pour lui plus qu'un leader et ami. Sans aucun doute aussi une sorte de père de substitution...

...Qui a été incinéré ce matin avant d'être mis sous terre dans une brève, discrète, et silencieuse cérémonie.

L'incinération. C'est comme cela que procèdent toujours les Shining pour faire enterrer leurs proches ; eux comme tous les autres gangs d'ailleurs, parce que les cendres ne portant pas de preuves... Et la dernière chose dont aurait besoin ces hommes de l'ombre serait d'éveiller d'éventuels soupçons sur leurs activités et raisons de déplorer des décès.

Heureusement qu'ils ont de nombreux contacts fidélisés grâce aux pots-de-vin.
Vous n'ignorez pas que c'est comme cela que tourne leur monde. Leur milieu.

C'est grâce à cela que ces hommes conserveront toujours leurs doubles identités.
C'est grâce à cela qu'aux yeux du citoyen lambda, des autorités, Darius Calgonit, gérant d'une société d'import-export, est annoncé décédé la veille d'une tumeur au cerveau.

À quelques mètres de la cérémonie.. Un adolescent vêtu de noir -mais affublé d'un banana coloré pour très vite affirmer son habituel rejet de la normalité- mais caché discrètement à l'entrée du cimetière, assiste à l'enterrement de son père. Il n'ose pas s'avancer. Il ne veut pas s'avancer au milieu de ces gens. De ce gang qui est pourtant le sien. Qui était plutôt celui de son paternel!

Sans vraiment en comprendre les raisons, l'adolescent se met soudain à éprouver une haine infinie. Un bien étrange sentiment quand d'ordinaire vous n'avez plus su éprouver la moindre émotion depuis de longues années. De la haine.. Oui, au lieu d'éprouver du désespoir ou une éventuelle tristesse, cet enfant préfère ressentir de la haine... Une haine infinie.

Pour ces hommes là-bas devant. Ces Shining... Pour qui son père s'est toujours dévoué. À cause de qui sa mère s'est fait assassiner. En effet, être la femme d'un chef de gang n'est pas une position qui promet une vie longue et heureuse, oh que non... Puisqu'il est bien connu que pour se venger d'un homme, voire carrément le briser, il est plus amusant de cibler directement les êtres qui lui sont chers plutôt que lui-même...
Et Nolan avait pourtant si souvent entendu sa mère râler avec désespoir en suppliant son père de s'enfuir avec elle et lui.
Que tous les trois referaient leurs vies ailleurs et loin... Qu'ils seraient véritablement heureux! Rien que tous les trois! Tant de prières désespérées et sincères, tant de supplications...

...Que le chef de gang avait toujours refusé. « Il avait des obligations! Il n'était pas n'importe qui! Il n'abandonnerait jamais tout ce pour quoi il s'était toujours battu. Tout ce qu'il avait construit au fil des années. »

« — Mais quoi?! Qu'as-tu construit?! Rien du tout, chéri! Rien qui ne vaille une vie normale et saine, en tout cas! Regarde toi! Regarde les! Tout cela n'est pas une vie normale! » lui hurlait sa femme en retour, des sanglots pleins la voix.

« — Normal, nous ne sommes pas des gens normaux et sains. Nous avons tous choisi notre voie et nous ne pouvons plus en changer. Ce monde ne nous le permet pas. »

Bien entendu, à ce moment-là, cette jolie femme de même pas trente ans aurait pu quitter son homme têtu et s'enfuir avec son enfant ; gamin de huit ans à ce moment-là ; pour entamer une vie nouvelle rien qu'avec lui. Une vie simple et gens « classiques ».. Une vie de monsieur tout le monde. Une vie sans dangers!
Mais le coeur à ses raisons que la raison ignore, n'est-ce pas...?
La jeune femme est donc restée. Elle l'aimait trop, cet homme rencontré sur les bancs de la fac. Ils avaient vécu trop de moments heureux pour qu'elle puisse l'abandonner ainsi. Et ce, même si elle savait qu'un jour, toute leur histoire finirait par être réduite à néant à cause de son monde... Mais tant pis. Malgré tout... Elle décidait de lui confier sa vie sans crainte. Sa vie entière et son éventuel devenir...
Et il est vrai qu'elle aurait sans doute dû se méfier, à l'époque. Commencer à sortir avec un adolescent qui deale de l'herbe discrètement à la sortie des cours... Une petite sonnette d'alarme qui ne l'avait pourtant pas angoissée. Il sortait d'une famille de milieu moyen et avait besoin de se débrouiller seul pour s'autofinancer ses études ; de médecine qui plus est -études qu'il a très vite arrêtées d'ailleurs.. Sans doute plus intéressé par l'évolution de son gang que par sa propre évolution sociale-.
La vente de drogue douce... Une petite sonnette d'alarme.
Puis des jours heureux... Tellement heureux.
Un véritable coup de foudre.
Des rencontres. Beaucoup de rencontres. Darius filait un mauvais coton. La jeune femme stressait légèrement face à tout cela. Elle commençait à avoir peur. Il commençait à rentrer tard le soir et séchait ses cours qui étaient pourtant censés le passionner. Il lui présentait des types étranges de temps en temps. Sans parler de ces drôles de réunions qu'il organisait si souvent...Rassemblements où la jeune femme découvrait des types à l'allure louche. Les amis de son homme, ses comparses, soi-disant?

Les Shinings venaient au monde et se faisaient peu à peu un nom dans le milieu.

« Les Shining.. Ne sont aujourd'hui que les uniques responsables de la mort de son père!! »

Nolan le sait et du plus profond de son coeur, il les méprise. Tous autant qu'ils sont.

Cet abruti de Shawn surtout. Ce crétin qui l'aime pourtant comme un frère. « Connard! »

Comment a t-il pu croire que lui, le gosse sans sentiments, pouvait ne serais-ce que l'apprécier un minimum?! Le pire des abrutis que cette terre n'ait porté n'est décidément que ce bon à rien de Shawn... Fils de boulanger qui a lui-même braqué puis égorgé son propre père, avant de devenir Shining. « Connard! »

Ce type n'est qu'un « fils de pute » et c'est un regard empli de mépris que le jeune adolescent lui lance.

Ils paieront tous. Tous!
Tous ces connards!
Ils paieront tous!
Sans exception!!

L'adolescent tourne les talons. Manquerait plus que son ancien gang le remarque planté ici. Ils se précipiteraient alors pour tenter de l'enlacer chaleureusement.... Pffft. S'ils savaient, ces cons! S'ils savaient à quel point leur « mascotte » souhaite leur perte aujourd'hui. S'ils savaient! Ils en crèveraient sans doute d'incompréhension.