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Dur moment que vivent en ce moment les derniers Shining rescapés après un long affrontement contre leurs ennemis de toujours, les Martyriums.

En effet, beaucoup de têtes sont tombées ce soir et les morts se comptent par dizaines. La pluie tombe encore et lave les plaies des divers cadavres qui jonchent le sol ; Shawn secoue vivement celui de son chef de gang qu'il a vu se faire cribler de balles sous ses yeux.

Un spectacle qui hantera tout les Shining survivants pendant de longues semaines.

Un spectacle que tous subissent en ce moment précis, tout immobiles sous cette pluie battante, tous en train de réaliser l'ampleur des dégâts, tout ce qu'ils viennent de perdre rien qu'en une seule nuit...

Un affrontement. Des dizaines de vies. Celles de leurs amis, de leurs proches. De leurs comparses, parfois de leurs familles....

Jeffrey ne réagit pas différemment de ses compagnons de gang. Tout comme eux, il est lui aussi immobile devant la dépouille de son chef. Corps inerte toujours maintenu par les bras de son comparse Shawn, acolyte qui est en train de bénir la présence de la pluie qui lui rince le visage avec abondance. Ainsi, il peut pleurer sans honte...

En effet, le jeune brun n'aime pas révéler ses failles. Pleurer tel un faible en public. Se révéler fragile et attendri... Meurtri.

— Il ne faut pas rester là.. Percera enfin et soudain le silence un Shining discret, mais lui aussi en larmes, — ils.. Ils pourraient y en avoir qui reviennent.
Une réplique plutôt intelligente, puisqu'en effet, tous les martyriums ne sont pas morts ici ce soir ; certains ont pris la poudre d'escampette pour sauver leurs vies.
— O..Oui, reconnaîtra sans difficulté Shawn en implorant ensuite son interlocuteur, — aide-moi à le soulever, on le ramène.
Évidemment. Les Shining n'allaient tout de même pas abandonner la dépouille de leur chef ici...

— Vous avez vu Nolan ? Réagira tout d'un coup un autre Shining pour faire réaliser soudainement a toute la troupe que depuis un bon moment, le jeune adolescent n'a plus été remarqué nulle part alors que tous ici savent que leur petit compagnon était sur l'un des toits des bâtisses en train de participer lui aussi, à l'affrontement intergangs...
Des gorges se nouent très vite : tous sont certains que le jeune Nolan a assisté à l'assassinat de son père...

— Je vais faire une petite ronde voir, reprend le précèdent Shining, — au cas où...
En effet, l'adolescent taciturne pourrait bien être dans un recoin en train de se vider de son sang : il ne faut donc pas trainer s'il doit nécessiter éventuellement de premiers secours! Une probabilité à laquelle les Shining ne croient qu'à moitié, en fait. Leur jeune ami étant toujours de ceux qui se sortent de tout.
Quelques minutes plus tard, la thèse du fils de Darius blessé, voire agonisant, est prouvée impossible : l'adolescent est introuvable.

Alors, les Shining se résignent à quitter les lieux, sans lui, sachant très bien que le petit a sans aucun doute été pris de panique suite au meurtre de son père, avant de détaler en courant. Il reviendra plus tard... Tous ont foi en leur petite mascotte.

— Qu'est-ce qu'on fait de lui? Marmonne soudain un Shining durant le chemin en dévisageant le Martyrium que Jeffrey a pris en otage, Stefan ; prisonnier qui marche tête baissée, les mains ligotées dans le dos, — on va peut-être pas le ramener, lui, non? Qu'il reprend, sceptique, — on le descend?

— Je le libère, se presse de faire Jeffrey en se dépêchant d'aller défaire les liens de celui qu'il a pourtant lui-même capturé, — je m'en servais juste pour sortir les filles du bordel.
— Non, descends-le! Ordonne Shawn, hagard, — on peut pas prendre le risque de laisser un de ces connards repartir comme ça !
— Ce n'est pas un ennemi, lui, se contente d'hausser les épaules Jeffrey en se souvenant de ce que lui avait supplié sa fiancée ; que cet homme était son ami...

— M..Merci, marmonne Stefan avec honte une fois libéré, en se frottant nerveusement le cou, — je, je.. Qu'il tente juste après, la gorge nouée.

— Dégage, lui retourne simplement Jeffrey avec haine, — sors de nos vies et ne t'approche plus jamais d'Ana, ou la prochaine fois que je te croise, je te jure que je serais beaucoup moins clément.

— Jeffrey?!? s'interloque brusquement Ana avec effroi en se jetant presque sur son homme à tâtons, l'agrippant fermement et amoureusement par le cou, — il, il.. Il m'a souvent protégée! Qu'elle apprend, défend, plaide la cause de son comparse, — et il n'a plus rien aujourd'hui, alors.. Ne le rejette pas, s.t.p., qu'elle finit par supplier tristement, les lèvres tremblotantes et une larme roulant le long de sa joue droite.

— Tu te fous de moi? Il aurait pu vous sauver, lui, ou tenter de faire quelque chose pour que je vous trouve plus vite. Alors n'abuse pas de ma patience. Je suis déjà bien gentil de le laisser s'en aller vivant...marmonne et retour Jeffrey avec une froideur palpable, avant de faire un pas en arrière pour forcer sa fiancée à se décoller de lui.

— Je.Jeff..?! En déglutit d'incompréhension et surprise la blondinette, légèrement blessée ; en effet, son fiancé a changé au fil des semaines, elle s'en rend bien compte. Il s'est durci.. Terriblement... durci. Remarque, elle en avait déjà la preuve lorsque juste après l'affrontement des gangs il n'a même pas daigné se rapprocher tendrement d'elle pour l'enlacer, l'embrasser, voire simplement lui murmurer quelques morts réconfortants. Oui, il n'y a plus aucun doute désormais : son Jeffrey a changé aujourd'hui. Elle vient d'en avoir la confirmation et sent son coeur partir en lambeaux. Elle ne le reconnait plus. Pourtant, tout à l'heure, dans le bordel, il lui avait paru si sincère lorsqu'il l'enlaçait après l'avoir retrouvée... Elle se souvient de cette image et s'y accroche avec désespoir et nostalgie. Comme si elle était la dernière qu'elle aurait de lui, désormais...

— Adieu, Ana.. Sois heureuse... souffle Stefan en tournant vivement les talons pour s'en aller à grandes enjambées ; il réalise évidemment que sa vie ne tient désormais plus qu'à un fil et que le roquet qui sert de fiancé à sa blondinette préférée n'attend que de lui trouer le bide de balles...