— Eh beh ? Qu’est-ce que fait une jolie fille, toute seule, sur une balançoire ? Le fait soudain sursauter une voix masculine au timbre doux.
Surprise, elle sursaute et se hâte alors de chercher du regard la provenance de ce délice auditif, — J’ai failli faire une attaque ! Qui êtes-vous ?
— Un paumé, comme vous. Rien de plus.
— Ah ? Vouis avez des soucis ?
— Oui et non, soupire ce jeune homme châtiant qui vient de s’asseoir à ses côtés, sur la balançoire voisine.
— Problème de cœur ?
— Malheureusement, oui. Et ce sont les pires.. Vous ne trouvez pas ?
— Exact !!! Par contre, on ne s’est pas déjà rencontrés tous les deux ? Votre visage me dit quelque chose ! s’étonne maintenant la jeune fille, devant ces traits qui lui semblent désormais familiers — je jurerai vous avoir déjà vu quelque part..
— Hummm... il m’arrive de tourner des clips avec certains chanteurs, c’est peut-être ça ?
— Divine Idylle !!!!!!! lui propose-t-elle alors immédiatement en se levant d’un bond de sa balançoire.
— Exact ! C’était moi. Vous connaissez bien Ness ?
— Et comment ! C’est ma meilleure amie !
— Waouh, le monde est petit, lui sourit l’homme avant de se lever à son tour — et sinon ? Pour quelle raison êtes-vous assise ici, un premier janvier ?
— Le garçon dont j’étais amoureuse m’a prouvé qu’il se fichait totalement de moi.
— Oh... Et pourquoi pensez-vous cela ?
— J’ai surpris son ex collée a lui telle une grosse sangsue répugnante, et ce con ne bronchait pas ! Pire, il avait l’air aux anges ! Je l’aurai tué sur place..
— Vous vous êtes parlé ensuite ? Disputés ?
— Non, je suis venue directement ici et il ne sait pas que je l’ai surpris. Je ne veux plus lui parler ! Il ne mérite rien... à part des coups de pied au cul !!!
— Et si tu faisais fausse route ? Se décide soudain a tutoyer le jeune homme, — vous les femmes avez pour habitude de vous énerver pour un rien, en hurlant toute votre rage, sans essayer de voir plus loin que le bout de vos petits nez...
— Prends-moi pour une conne aussi ! Lui braille aussitôt son interlocutrice, en le tutoyant à son tour.
— Je n’oserai jamais ! Seulement... Si je suis là à déprimer avec toi, c’est parce que ma fiancée ne peut pas croire que dans un clip, on n’embrasse pas réellement
— Divine Idylle fait des ravages !
— À qui le dis-tu ! Mais dis-moi, tu l’as trouvé exagéré, toi, ce clip ? Honnêtement ?
— Un peu. Enfin... Vous jouiez bien si bien vos rôles que Vanessa m’a dit au téléphone que Kylian, son mec, a aussi très mal réagi face à ce clip.. Comme quoi, il n’y a pas que « les femmes », comme tu dis, qui peuvent se révéler jalouse et possessive !
— Eeuuh.. Mouais. Seulement, vous, « les femmes », vous devenez de vraies plaies quand vous êtes en rogne. Tandis que nous, on se contente généralement de bouder un peu, avant de redevenir doux comme des agneaux !
— « Doux comme des agneaux » ? Ne peut s’empêcher de pouffer Tania, — Hola, on voit que tu connais pas le caractère de Yann toi ! Lui aussi, c’est une plaie ! Un chieur ! Un casse-couille ! Un type pénible et parfois insupportable ! Un type que... que..
« Que j’aime... Tellement »
*
Pendant ce temps, Tiphanie est à la crèche malgré ce jour qui est censé être férié.
Elle et Peter font des heures supplémentaires pour dépanner certains parents dans le besoin.
Cela ne les dérange pas, ils adorent leur armée de petits monstres.
— Alors comme ça, tu abandonnes complètement le projet de faire un enfant, pour faire plaisir à « monsieur » ? Fait Peter à son amie, assise à ses côtés.
— Eh bien oui, Pete ! lui sourit en réponse son interlocutrice — en amour, il faut parfois savoir faire des concessions..
— C’est plus une concession ça, mais un sacrifice !
— Non parce que ce n’est qu’une question de temps, quand on sera prêt, on y repensera...
— Oui, c’est sûr. Et sinon, l’ambiance, et tous et toutes, ça va ?
— Ça va, oui. Enfin.. On a un peu changé, lui et moi disons.
— Ah bon ? S’intéresse soudain le jeune infirmier, en plongeant affectueusement dans le regard de sa jeune amie qui va s’empresser de poursuivre
— Et bien on est moins l’un sur l’autre désormais. On apprend à faire des choses séparément, à sortir à des endroits différents...
— Si ça vous permet de mieux vous entendre, alors c’est parfait.
— Oui, oui. Je pense que la tempête est passée.
— C’est chouette. Et sinon, tu fais quelque chose ce soir ? Vu que demain on a notre journée...
— Ça dépend, qu’est-ce que tu me proposes ?
— Je sais pas, on pourrait aller boire un verre ?
— Ça roule, mais je peux pas promettre que Kurt accepte de nous accompagner, vu qu’à mon avis il aura déjà prévu quelque chose avec ses potes !
— Pas grave ! S’empresse de lui sourire Peter, déjà satisfait de l’éventuelle absence de celui qui lui fait, malheureusement, beaucoup trop d’ombre.
*
En pleine journée, le Cotton Factory a pour habitude de redevenir un établissement calme, silencieux, et presque sans vie.
Presque... parce que si les clients n’ont pas leur place ici, hors des horaires d’ouverture, les salariés de l’endroit, eux, apprécient souvent de se détendre ensemble au bar, ou sur les divers jeux de l’endroit.
Aujourd’hui, Kurt s’est rendu ici, pour saluer son frère jumeau, pour passer un peu de temps avec lui. Ils ont besoin de discuter des récents évènements qui ont chamboulé leurs vies respectives et vu qu’ils ne se cachent rien tous les deux...

— Je suis sur le cul, grommelle Kurt en regardant son frangin lancer sa fléchette sur la cible.
— Moi aussi, lui soupire celui-ci, s’arrêtant de jouer pour se décider à entamer une conversation des plus sérieuses — et le pire c’est que je ne regrette rien.

— Mais tu l’as trompée, sans être sûr qu’elle de son côté, elle l’ai fait aussi ! Tu te rends compte Hanz ?

— Ouai. Mais dans cette semaine de doutes, j’étais plus moi-même, comme je te l’ai dit... Et puis elle m’a trompé aussi, je le sais. Je le sens. Ce sont des choses qu’on sait deviner ça ! Tu verras si un jour ça t’arrive à toi aussi !
— Parle pas de malheur !
— Je rigole, ce sont des choses qui peuvent pas t’arriver, à toi, ne peut s’empêcher de rire Hanz en haussant les épaules, — Tif est fidèle.. Un peu trop même ! Un p’tit con comme toi ne mérite pas une fille pareille !
— Va manger tes morts face de truite !
— Tu t’insultes toi même, vu qu’on est jumeaux !
— M’en fous !
— Ca me fais chier Kurt, soupire a nouveau Hanz en relançant a nouveau le premier sujet de conversation, — comment est-ce que je peux mettre fin a cette histoire ? Je saurai pas. Je me sens faible !! Je sais pas trouver les mots... Putain, comme je me sens faible !!
— Réfléchis encore. C’est tout ce que je peux te dire réfléchi, réfléchi, réfléchi encore !! Regarde-nous, avec Tif.. On en a aussi des moments de doutes, mais on s’accroche.
— Ouai, mais toi tu l’aimes Tif. Tu as envie d’être avec elle et tu souffres à l’idée de la perdre...
— Tu essaies de me faire croire que toi, tu n’as pas mal en t’imaginant sans Elo ?
— J’sais pas. Franchement, j’sais pas.... Mais une chose est sûre Kurt... C’est que cette semaine de liberté a été comme une libération pendant laquelle je me suis senti libre, et presque heureux..
— Putain...
— Ouai... Putain.. Tu me prends pour un salaud, c’est ça ?
— Honnêtement, j’en sais rien... Mais je pense que tu te précipites trop. Tu devrais souffler et laisser passer du temps, non ? Et cette histoire d’enfant, ça te dit pas ? Ca consoliderai peut-être vos liens abîmés, non ?
— Surtout pas !! T’es pas fou, dit ?? Je te dis que je doute de mes sentiments pour elle, et toi tu me conseilles de la mettre enceinte !!
— Ah ouais quand même, tu doutes à ce point ? Putain, ça pue...