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*

 

À quelques mètres, en chemin vers cet endroit où fuse habituellement tant de bonne humeur, Tania marche lentement, d’un pas lourd et chargé de culpabilité.

Dans les minutes qui vont suivre, et sûrement peu après qu’elle ait annoncé sa rupture avec Romuald au reste de la bande, elle se fera traiter comme une moins que rien par la plupart des Apologize. Elle en est certaine. Le blondinet est très apprécié ici, car possesseur de mille et une qualité... alors il est normal d’assassiner le premier, ou la première, qui ose blesser « l’ange blond ».

Yann. Il lui restera toujours Yann.

À cette pensée, elle retrouve une once de courage pour continuer de mettre un pas devant l’autre.

Yann.

Elle sourit, le cœur désormais apaisé. Yann, il lui resterait toujours Yann !

Mais soudain, toutes ses belles convictions volent en éclats. Elle arrête brusquement ses pas, s’immobilise, se fige sur place, manque de fondre en larmes.

Une vision. Une vision dérangeante. Une vision qui lui fait rapidement lever un sourcil et grimacer.

Quelles sont ces images qu’elle pense apercevoir derrière les volets du local ? Des images pénibles qu’elle ne pense pas apprécier ni tolérer.

La main droite de cette fille, cette Lisa, est posée sur la hanche de son Yann et elle le caresse du bout des doigts !!

  Désespérée, Tania se mord la lèvre inférieure, cherchant une explication à cette scène affreuse qu’elle est en train d’apercevoir.

Pourquoi ?!?

Du début jusqu’à la fin. Ce type s’est joué d’elle.

Quelle honte. Quelle douleur. Quelle humiliation.

À bout, elle tourne les talons.

Assez. Assez.

Qu’il aille au diable.

Qu’ils aillent au diable !

Tous !

Sans exception.

 

Dans un éclat de rire, à cause d’une histoire drôle que sa vieille amie vient de raconter, Yann tourne machinalement la tête vers la fenêtre qui donne sur l’entrée du local. Immédiatement, ses mains se paralysent sur les cordes de sa guitare, l’empêchant ainsi de continuer à sortir ces quelques sons mélodieux, en rythme avec ceux du pianiste devant lui.

 

Ce manteau noir et ces bottines. Il les reconnaît !

Seigneur oui, il les reconnait.

 

Par réflexe, il fait deux pas en arrière pour prendre quelques centimètres de distance avec la jeune Lisa.

 Il ne s’est rien passé avec elle ; même si elle n’arrêtait pas de se coller sensuellement contre lui ; mais Tania, qui semble faire demi-tour rapidement, n’a pas vraiment dû apprécier leur proximité.

Il déglutit, un peu honteux, en réfléchissant rapidement a une raison valable de s’échapper du local, seul, pour courir derrière sa princesse. 

 Tania est furieuse, son esprit, ses pensées et tous ses sentiments volent maladroitement vers un seul et unique être : ce type qui lui a tout promis, pour tout lui reprendre ensuite !! Elle le méprise !!

 

Non, pire, elle le hait, tout en se haïssant elle-même avec une rage qu’elle ignorait posséder jusqu’à aujourd’hui encore.

Elle ne doit plus se leurrer à son sujet et simplement réaliser qu’elle s’est laissée entrainée dans un petit jeu de séduction mortelle.

Séduction mortelle, car désormais c’est son cœur à elle qui saigne et souffre le martyre.

 

S’imaginer qu’elle se trompe ?

Qu’elle fait fausse route et qu’elle l’accuse à tort ?

 

Impossible, têtue, elle est certaine d’avoir bien observé cette fille, cette Lisa, collée sensuellement contre son torse. Cet acte est un signe, forcément. Personne ne se colle ainsi contre quelqu’un sans arrière-pensée.

Il aurait dû la rejeter, la repousser, l’insulter... Mais au lieu de ça, il semblait rire aux éclats, être heureux, et apprécier l’instant présent.

Connard. Salaud.

Sale manipulateur !!!

 

Sans regarder devant elle et sans destination précise, elle marche sans s’arrêter.

Dans le vent, dans le froid, dans la solitude de ces rues désertées à cause du mauvais temps.

 

Une balançoire apparaît devant son regard, a quelques mètres.

Normal. Elle vient d’arriver sur la terrasse d’un petit café, où jouent habituellement des dizaines d’enfants, pendant que leurs parents sirotent entre amis quelques boissons, chaudes ou glacées.

 

Lasse, elle se laisse tomber sur l’objet, comme à l’époque, lorsqu’elle était petite fille et qu’elle pensait qu’elle pourrait toucher le ciel si elle se balançait très haut.

Un rêve d’enfant. Un beau rêve. Elle voulait voler là-haut, tous là-haut. Loin, très loin, être un ange et avoir de belles ailes blanches.

Le cœur en miettes, elle se remet à penser à ses adorables yeux noisette, ses doigts habiles ainsi que ses lèvres délicieuses... Ils n’ont passé qu’une nuit ensemble, mais tout son corps semble s’être imprégné de son odeur.

Mais il fallait qu’elle ouvre les yeux, elle qui n’avait été qu’un jouet innocent dans les mains d’un bourreau des cœurs.

 

Comment avait-elle pu tomber amoureuse d’un énergumène pareil ?

Elle se blâme et s’en veut terriblement.

Puis, quelques minutes après, fatiguée, désespérée, elle ferme alors les yeux en soupirant longuement, pour essayer de réfléchir à ses futurs décisions, choix, et projets.

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Tag(s) : #Apologize
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