— Les partitions, là, sur ta table de nuit ! Elles sont de toi ? Ce sont des chansons ?
— Eeeeuh.. Ce sont des gribouillis !! Des petites phrases sans queue ni tête que...
— Regarde, il gèle.. Là, sous mes yeux...
— Arrête de lire !! C’est un brouillon je t’ai dit !!!
— Et mes rêves s’accrochent à tes phalanges...
— Ça suffit maintenant !

— OK, OK ! grommelle la blondinette en se reculant pour s’asseoir contre son camarade, — mais par simple curiosité, pourquoi est-ce que tu ne dis pas aux autres que tu écris toi aussi ?
— Parce que ce sont mes textes, à moi, qui sont nourris par mes sentiments du moment.
— C’est justement pour ça qu’ils doivent être magnifiques.. Ça serait sympa que Kylian les interprète.
— Jamais de la vie !! Kylian est bien le dernier à pouvoir interpréter ça.
— Oh ?
— Laisse tomber.
— C’est moi ou tu tires la gueule maintenant ?
— Je tire pas la gueule !
— Si !
— J’ai dit non !!
— Et moi, j’ai dit si !!
— Et moi, j’ai dit NON ! Crie brusquement Erwan à bout de nerfs, en poussant sa jeune amie sur son lit pour la forcer à s’y allonger de tout son long.
Surprise et interloquée, celle-ci ne réagit pas, même lorsqu’il vient s’accroupir au-dessus d’elle et que son visage se rapproche dangereusement du sien.
— J’ai dit que non... Je ne tire pas la gueule.. Et j’ai dit que non, Kylian ne lira jamais un seul de ces lyrics... reprend calmement Erwan dans un souffle qui part mourir sur les lèvres de son interlocutrice.
— OK, se contente de déglutir la jeune fille, en essayant de ne pas poser ses yeux sur la musculature du jeune homme.
Son cœur bat la chamade et elle essaie de comprendre ce qu’il cherche a faire dans une telle posture et pourquoi est-ce qu’il ne s’est pas encore reculé pour se rasseoir normalement
— Vanessa.....
— O.. Oui ?
— Je....
— On va rejoindre les autres ? Propose brusquement la concernée, dont le visage rougit à vue d’œil parce qu’elle commence enfin à comprendre le petit jeu de son camarade.
— Bof... Pas envie, lui marmonne-t-il simplement en approchant doucement ses lèvres des siennes, avec un regard qui en dit long sur ses intentions.
— Arrête Erwan, tu n’es pas drôle. Laisse-moi me lever maintenant, s’il te plaît.
Et au lieu de lui obéir, il va se jeter brusquement sur elle pour s’emparer de ces deux petites lèvres qu’il s’est mis à désirer ardemment depuis... depuis le premier jour où il a fait leur connaissance en fait.
Elle semble surprise, mais ne se débat pas que très légèrement. Peut-être à cause des quatre-vingts kilos qui lui reposent dessus. Il n’en sait rien, mais il continue de tourner sa langue autour de la sienne, tout en se lovant contre elle avec sensualité.
— C’est du grand n’importe quoi... lui soupire-t-elle, une fois qu’il finit par lui rendre ses lèvres, — Erwan.. C’est... C’est..
Du grand n’importe quoi.
Du « grand n’importe quoi », qu’elle a cependant adoré.
Ce baiser était des plus délicieux et elle en aurait bien redemandé, si elle n’était pas brusquement redescendue sur terre en réalisant l’ampleur de cette folie.
— Ouai, t’as raison. Du grand n’importe quoi... lui répète froidement son partenaire de jeux dangereux en la regardant essayer de s’extirper du lit malgré son corps qui lui repose encore dessus.
— Je vais rejoindre les autres, tu viens ? Lui grommele-elle en se relevant, parce qu’il s’est finalement décidé a desserrer son emprise.
— Ouai, vas-y, j’arrive.
Sa phrase se termine à peine que la porte se referme déjà derrière son interlocutrice qui ne s’est pas fait prier pour disparaître de sa chambre.
Elle n’arrive encore à réaliser qu’elle a reçu un baiser des plus langoureux, de la part de celui qu’elle considérait comme un ami, un grand ami.
Elle soupire en trainant les pieds le long du couloir, blasée de réaliser que les amitiés homme/femme ne restent décidément jamais pures et sans arrières pensées bien longtemps.
Soudain, des vibrations la font sursauter et ramener sa main vers sa poche : son portable s’est brusquement excité pour l’informer qu’un nouveau message instantané vient de lui être délivré.
« Je suis dsl, je sais pas ce qui m’a pris. je m’excuse »
Un sourire naît rapidement sur le visage de la jeune fille, car elle se sent enfin rassurée face aux sentiments qu’éprouve son camarade à son égard.
Elle se dépêche alors de lui répondre.
« C’est rien, auj » t’es pas dans ton assiette, c’est tout ! Rdv en bas au local. À tout de suite. Bisous ! »

Ouais... « Rendez-vous au local. Bisous » se répète tristement Erwan, maintenant affalé sur la chaise de son bureau.
Pour le bien de leur groupe, elle doit absolument ignorer tout de ces sentiments qui l’habitent depuis bien trop longtemps.
Il soupire, las de constater qu’une nouvelle fois, il est finalement seul dans ce monde, parce que ses choix ont déjà été faits et réalisés admirablement par d’autres.
*
Trois jours plus tard et le lendemain d’un concert bénévole, Gérald et Kylian se retrouvent seuls, momentanément, dans leur habituel petit local universitaire.
Les autres membres du groupe ne devraient plus tarder à les rejoindre et c’est pour cette raison que le rouquin va s’empresser de poser une question à son comparse.
Une question qui le turlupine depuis maintenant quelques concerts.
— Kyle ?
— Ouai ?
— Pourquoi tu ne nous l’as pas encore présenté ?
— De quoi ? De qui ?
— Le type en noir, celui qui vient a presque tout les concerts, celui que tu pars ensuite saluer. C’est qui ?
— Ah, Franz. C’est un ami de longue date.
— Il a l’air bizarre je trouve. C’est pas une racaille ?
— Pardon ? Hey, tu retires tout de suite ce que tu as dit et tu le respectes ! s’énerve rapidement le jeune chanteur en fusillant son camarade du regard.
— Tu sais que les videurs le laissent entrer uniquement parce qu’il te parle ?
— Et ils ont intérêt !
— C’est bien la preuve qu’il est zarb ton pote. Tu le connais d’où ?
— Écoutes Gégé, là tu entres dans un sujet de conversation qui te dépasse et auquel tu n’as pas droit. Alors tu vas être mignon désormais et me lâcher avec Franz. C’est pas ton pote et ça le sera jamais. Tu ne fais jamais partie de son monde, alors oublie-le !
— Et toi tu en fais partie ?
Sa phrase est pleine de sous-entendus et Kylian l’a bien compris.
— Ouai.
— C’est donc pour ça que tu te défonces la gueule maintenant. Tout s’explique.
— Pardon ? S’offusque brusquement Kylian en envoyant son ami rôtir en enfer — non, mais de quel droit est-ce que tu m’accuses comme ça ??
— On est très souvent ensemble Kyle. On joue ensemble presque tout le temps, ce qui fait qu’on commence tous à se connaître un minimum...
— Et ?
— Et si tu penses que personne n’a compris que tu parfois tu pues le bédo a quinze bornes... En plus les yeux rouges et la face défoncée, on peut pas dire que ce soit le déguisement le plus discrèt, si tu vois ce que je veux dire..
— Non, mais j’hallucine ! T’es carrément en train d’insinuer que je me drogue régulièrement, alors que je fume un pauvre bédo de temps en temps, comme tout le monde !
— Combien de fois par jours Kyle ?
— Ça te regarde pas !
— Et Ness, elle a rien vu ?
— Tu me saoules maintenant Gérald. Je sais pas à quoi tu joues, mais si tu continues à me chercher comme ça, et bien tu vas me trouver !
— Dernière chose Kyle, après je te laisse tranquille... Tu es notre chanteur, tu le sais, il me semble... Et à ce titre, tu n’es pas censé fumer... Ni la clope, ni le bédo, rien...
— Ohayo tout le monde ! Chantonne soudain une voix guillerette, portée par une jeune fille qui pousse joyeusement la porte du local.
— Coucou Ness salue amicalement Gérald en posant immédiatement ses yeux sur la nouvelle venue.

— Vous êtes tout seuls en amoureux ? Comme c’est mignon !! s’empresse de taquiner la jeune fille en regardant son petit ami se tourner vers elle avec un immense sourire.
— Enfin, la plus belle est arrivée !! lui fait aussitôt celui-ci, plus que ravi de cette nouvelle présence qui va sûrement empêcher le rouquin de continuer sa conversation.
Sans attendre une minute de plus, elle se précipite sur lui pour lui sauter dans les bras, en s’exclamant joyeusement — Je suis trop heureuse !! J’ai fini ma chanson !! Je l’ai finie !!! Ca y’est !!
— Ah, mais c’est génial !! se dépêche de féliciter Kylian, — mais c’est laquelle ??
— Celle que j’ai écrite pour toi, idiot va !! Tu as déjà oublié ??
— Oups !! Aaaah, mais c’est excellent, tu me la chantes ??? J’ai hâte d’entendre !! Tu dis quoi dedans ?? Tu me cries ton amour en hurlant que je suis le meilleur ?? C’est ça ??
— Prétentieux !! ne peux s’empêcher de rire la jeune fille, — mais non, je ne te dirai rien !! Enfin pas pour l’instant !!
— Tu l’as présentée a Lothar, ça y’est ?
— Oui, oui !! Il pense que ça peut être pas mal et il veut bien qu’on en fasse un clip !
— Ah, mais c’est vraiment génial, je suis fièr de toi !
— Et en fait, pour le clip, je me tâte ! Je pense que je vais demander à Lothar si on peut t’y faire participer !
— Gné ? Comment ça ?
— Et bien d’après ce que je veux faire dans ce clip, j’aurai besoin d’une présence masculine pour jouer ton rôle !
— Ah ouais d’accord !!
— Tu serais partant ?
— Bah ouais, pourquoi pas ! Ça pourrait être marrant de faire le con dans un clip de variétés !! Bon c’est sûr que ça va un peu ruiner mon nom, mais c’est pas grave !! Qu’est-ce que je ferai pas pour toi ma puce !!
— Oh le vilain moqueur !! C’est ça ou je me prends un mannequin pour m’accompagner, alors méfie-toi !!
— Aaaah non, pas ça !!! Oh et puis voyons le bon côté des choses, au moins comme ça tu seras obligée de me faire lire le lyric !!
— Voilà ! Quoique... Si tu dois juste « faire le con dans un clip de variétés », tu n’as peut-être pas besoin de lire les paroles non ? On te met un bonnet à clochettes et une tenue de bouffon et on te fait danser dans un coin, loin des projecteurs !!
— OK, puce 1, Kylian zéro... Je m’incline, j’ai plus qu’a aller me petit-suicider avec des actimels a la vanille !