Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

054

...Se trouve subitement là, sous la neige, derrière la porte vitrée du salon. 

054

Pauvre fille.

Voilà qu’à trop rêver de lui, elle en a désormais des hallucinations.

Fatiguée et lasse, elle soupire alors en clignant des yeux pour effacer cette vision qui lui fait plus de mal que de bien.

 

054

 

On toque désormais contre la fenêtre.

— que.. Que.. Arrive à balbutier la jeune femme en figeant son regard sur l’étrange silhouette.

 « Depuis quand est-ce que les visions peuvent se permettre d’interagir avec l’environnement ? »

054

 Sans attendre une seconde de plus, elle s’extirpe brusquement du canapé sur lequel elle reposait, pour s’élancer à vive allure vers cette silhouette qu’elle chérit tant.

 C’est lui. C’est bien lui.

Elle reconnaitrait cette allure entre mille, même s’il a l’air d’être coiffé différemment ce soir.

 Son homme. Son amour!!!!

Celui dont l’absence lui a déchiré le cœur pendant une semaine entière.

— HANZ ! lui hurle-t-elle en jaillissant a l’extérieur, avant de lui sauter au cou. 

Il titube sous cette soudaine charge, avant de s’immobiliser pour souffler à son agresseur, — depuis quand est-ce que tu sors dans la rue en petite tenue toi ?

Sa voix est douce et taquine, mais aussi intriguée par le fait que cette jeune femme, d’ordinaire si pudique, surgisse en pleine rue en sous-vêtements.

— Je m’en fous froid et des voyeurs ! lui débite-t-elle rapidement et sans faire de pauses, — moi tout ce qui m’importe, c’est ta présence !! Je t’aime Hanz ! Je t’aime !! Je t’aimee !!

Elle le serre de toutes ses forces en se retenant d’exploser en sanglots, même si ce n’est pas l’envie qui manque de lui crier son désespoir.

— Je suis désolé... Lui répond-il simplement en se tenant bien droit contre elle, les bras ballants le long du corps — mais je suis revenu... C’est Noël ce soir, alors je me sentais obligé de...

 — Pourquoi ?? Pourquoi ?? lui crie-t-elle maintenant en ramenant ses mains vers son visage pour cacher ses yeux qui tentent de s’humidifier au fil des nouvelles émotions reçues — est-ce que tu as osé douter de mon amour ?? À cause d’une.. D’une plaquette entamée ?? 

— J’avoue.... lui avoue-t-il alors en déglutissant et en se retenant de la prendre dans ses bras.

Il est encore trop tôt pour revenir vers elle, le sourire aux lèvres.

Il se sent mal et séquestré par.. Par il ne sait quoi.

Un moment de solitude, peut-être.

Seul et incompris.

— Je t’aime Hanz... tente maintenant de le rassurer Élodie en laissant sa tête retomber contre ce torse chaud, et autrefois si chaleureux, — n’en doutes pas.. Je t’en prie... cette plaquette était abandonnée...

— Rentrons, veux-tu ? On sera mieux à l’intérieur et tu vas attraper la mort à rester sous la neige dans cette tenue.

 

 

*

 

 

054

 

Peu après, les deux amants se retrouvent assis côte à côte sur le grand canapé noir, où était affalée la jeune fille quelques minutes auparavant.

Ils essaient de discuter... mais les sujets de conversations se font malheureusement de plus en plus rares.

 Hanz est calme et assis, comme a son habitude, contre cette jeune femme pour qui il éprouve encore de nombreux sentiments : elle semble apaisée heureuse d’être a ses côtés.

Cette proximité le rassure : il ne l’a pas encore perdu.

Tout n’est pas encore fini.

— J’ai eu peur, rien de plus.. Reprends tristement Élodie pour se justifier à nouveau — mais je te jure que je l’ai très vite arrêtée...

 

054

 

— Je sais.

— Alors à quoi as-tu pensé, toi ? Pour t’enfuir de cette manière...

— Ce que je ne comprends pas Elo, c’est que c’est toi qui voulais un enfant. C’est toi, et uniquement toi.

— Oui, oui, je sais !! Mais après... Je.... J’ai paniqué !!

— Bref... n’en parlons plus veux-tu.

 — Je t’aime Hanz... Je t’aime plus que tout, mais.. Mais.... et toi ?

— Moi.. Moi.. Moi... pareil.

« Enfin... Enfin je pense »

— Tu critiquais le comportement de ton frère en disant que la fuite n’était que le recours des lâches, tu te souviens ? 

— Oui.. Oui, je me souviens. Et bien il faut croire que Kurtinas n’est pas mon frère jumeau pour rien.

— On monte se coucher ? Je suis lessivée. Et puis demain.. On pourrait rentrer à la maison..

— Tu ne veux pas passer le 31 avec tes parents ?

— Non.. Cette année j’ai vraiment besoin qu’on rentre à la maison.. Tous les deux.

— D’accord. Ça me va.

— Je t’aime Hanz. Ne l’oublie jamais. Je t’en prie.

— Je sais et je t’aime aussi.

 

 

 

*

 

 

 

La température est clémente en ce 25 décembre et c’est vers dix heures du matin que Vanessa vient frapper à la porte d’un grand ami.

 Elle toque plusieurs fois en appelant son camarade, pour signaler sa présence, mais celui-ci semble être soit absent, soit devenu subitement sourd et muet. 

— Erwan ? Vu l’heure, tu es forcément là ! Tu ne veux pas me répondre ? C’est Kyle qui m’envoie t’appeler parce qu’on s’est tous rassemblés au local pour Noël !! Alors, dépêche-toi, parce qu’y’a tes gâteaux préférés et Gérald est déjà en train de se goinfrer !!

— J’arrive... lui marmonne enfin son interlocuteur d’une voix faible, — laisse moi seul s’il te plaît. Et dis-leur que... que j’arrive dans pas longtemps.

 — Quelque chose ne va pas ? s’enquit Vanessa, désormais un peu inquiète — tu n’es pas malade au moins ?

— Non...

— Tu me caches quelque chose toi ! Lui lance-t-elle en se décidant à pousser vivement cette porte qui lui en dissimule tant.

 Et tant pis s’il est nu.

Et tant pis s’il risque de lui en vouloir pour ce viol d’intimité.

Elle doit savoir ce qui se trame derrière ce gémissement à peine audible.

 054

— Voilà ? T’es contente ? Lui grogne-t-il une fois qu’elle s’est arrêtée brusquement devant son lit pour constater son visage ravagé par les larmes.

— Erwan... que.. Que... 

054

 — Je te raconterai plus tard.. Pour le moment, je veux juste être seul.... Seul.. Seul.. Seul avec ma vie de merde ! 

— M’enfin, dis pas de conneries, le contredit immédiatement Vanessa en se rapprochant de son lit, — raconte-moi s’il-te plaît.. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Des problèmes familiaux pendant le réveillon ?

— Mon pilier s'est envolé, voilà tout.

Il lance cette information sur un ton calme et posé.

Un ton qui dissimule une trop grande douleur pour que Vanessa y reste indifférente. 

— Et tu penses que ce pilier apprécierait de te voir te bourrer la gueule pour oublier ? lui fait-elle en laissant son regard tomber sur les bouteilles vides qui gisent sur la petite table de nuit de son camarade.

054

— Non.. Elle serait furieuse... lui sanglote-t-il l'air désespéré. 

054 

— Qui, Erwan ? Qui..? Tente doucement Vanessa en s’allongeant aux côtés de son comparse — tu me racontes ? 

054 

— Ça ne sortira jamais de cette chambre Ness... Tu ne dis rien a personne, même pas a l’autre...

— Oui, promis. Tu sais bien que je suis une tombe.

— C’est... C’est ma grand-mère... On m’a appris hier soir qu’elle nous a quittés il y’a deux semaines.

— Je suis désolée... Elle vivait loin ?

La jeune fille est évidemment surprise que son ami apprenne le décès d’un proche, plusieurs semaines après la mort de celui-ci.

— Non. À Berlin. Mais j’allais jamais la voir et je ne prenais plus de nouvelles depuis longtemps, parce que... parce qu’elle était mourante. Parce qu’elle était sur le départ. Parce que j’avais une trouille bleue et que je voulais continuer d’y croire... même lorsque l’espoir n’était plus permis.

— Je comprends... Mais au moins, elle ne souffre plus maintenant. 

— Peut-être, mais je n'ai pas pu passer ses derniers moments avec elle... Et désormais je n'ai plus personne...

— Ne dis pas ça... Il te reste tout de même tes parents Erwan... Et nous aussi... Non ?

— Vanessa... Je n’ai jamais rien eu ni personne à part elle. Mes parents ne voient plus mon existence depuis bien longtemps.

— Pardon ? Se choque la jeune fille en essayant de chercher des réponses dans ces yeux bleus encore emplis de grosses larmes.

— Lorsque j’étais enfant, ma mère me voulait exemplaire. Elle voulait se vanter auprès de ses amies. Elle voulait être fière et moi et d’un éventuel talent, alors elle m’a inscrit a des cours de solfège. Elle désirait ardemment que je devienne un grand pianiste.

— Et ?

— Et j’ai échoué. Enfin, disons que je me suis lassé des cours théoriques.

— Je te comprends. J’en ai fait un peu aussi, et c’est vraiment soûlant le solfège !

— Alors j’ai décidé d’arrêter et elle en a été furieuse.

— Et ensuite ?

—C’est là qu’elle m’a presque renié. Enfin, disons que je n’étais plus « l’enfant modèle », mais désormais le petit « bon à rien ». Celui qui déçoit. Celui qui n’arrivera jamais a rien.

— Mais tu n’es pianiste désormais ! Et sûrement depuis longtemps vu ton niveau incroyable !

— Parce que j’ai continué à jouer seul après avoir arrêté mes cours. Je voulais tout donner pour devenir un grand, alors je m’acharnais. Je voulais la rendre fière de moi à nouveau.

— Je comprends...

— Et la seule qui m’aidait, qui me relevait et m’épaulait, c’était ma grand-mère. Elle, elle croyait en moi. Elle, elle me disait qu’un jour, je deviendrais quelqu’un. Elle, elle m’applaudissait.

— Et alors tu as progressé au piano. Seul ! Ça a dû faire plaisir à ta mère ça, non ?

— Non. Parce que peu après que je la déçoive, elle a mis ma petite sœur au solfège !

— Ça lui tenait à cœur cette histoire de piano décidément...

— Ça m'a rendu jaloux et fou de rage. Parce qu’Alicia se révélait brillante, malgré ses deux ans de moins que moi. Et puis elle adorait ça, alors forcément... Erwan le rebelle est un peu devenu le paria de la maison.

— Et aujourd’hui ? Comment réagit-elle face au groupe ? Elle n’est pas fière de toi lorsqu’elle te voit derrière ton synthé ?

— Tu rigoles ? Elle trouve notre groupe pitoyable et notre style à vomir. Ce sont ses propres mots.

— Je suis sûre qu’elle bluffe.

— Oh non. C’est pas son genre. Elle a juste fait le deuil de son souhait d’avoir un fils brillant et exemplaire, parce qu’a la place elle a eu un raté qui ne va jamais rien faire de sa vie.

— Ne dis pas n’importe quoi Erwan, tu es tout sauf un raté, et tu le sais bien. 

— Franchement j’en sais rien Ness. J’ai déçu les grands espoirs qu’on plaçait en moi, j’ai ignoré l’agonie du seul être qui était là pour moi, alors franchement, j’en sais rien.

— Pourquoi « le seul être », Erwan ? Cette phrase est si injuste envers nous et tous ceux qui t’aiment...

— Parce que lorsque je me suis renfermé, elle a été la seule à réussir à percer ma bulle.

— Oui, mais tout ça, c’est le passé et maintenant tu dois te rendre compte que tu es entouré.

— Par qui ? Ma famille ? Elle se fiche de mon existence. À part peut-être ma sœur... Et encore, quand elle ne roucoule pas avec son mec.

— Et nous ?

— Vous ? À part toi tu veux dire. Pour les autres, je ne suis que le « synthé » d’Apologize.

— Comme je ne suis que la « pisseuse blonde » pour Yann et la « relou » pour Gérald. Et est-ce que tu me vois me taillader les veines pour autant ? Non. Tu vois, je m’en contrefiche. Tant que j’ai Kyle et toi, mon petit monde tourne et je suis heureuse.

— Mouai..

— Tu as souri !

— Ouai. J’avoue...

— Heey, tu composes ??

— Hein, de quoi ?

Publicité
Tag(s) : #Apologize
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :