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Dans l’appartement de Tiphanie et Kurt, l’ambiance est plutôt morose ce soir puisque la jeune femme est seule, en train de préparer un dessert.
Son époux n’est pas encore rentré et elle ne l’a pas revu depuis la veille... depuis cette crise en fait.
Après avoir passé quelques temps avec Hanz, elle est finalement rentrée chez elle pour le retrouver endormi dans leur lit. Rassurée de revoir son visage, elle s’est donc couchée tranquillement à ses côtés et le lendemain matin, comme tous les autres de la semaine, il s’est levé le premier pour se préparer avant de se rendre à ses cours.
Ce soir elle ignore donc jusqu’à sa propre situation familiale, puisqu’elle n’a pas encore eu l’occasion de se retrouver face à face avec son homme pour discuter de leur vie commune, devenue tumultueuse.
Soudain, elle sursaute. La porte de l’entrée vient de s’ouvrir.
Il vient de rentrer, elle l’entend mais n’ose ni se retourner vers lui, ni lui prononcer la moindre parole.
Elle tente de feindre l’indifférence en continuant de remuer sa pâte à gâteau.

— Coucou, la salue-t-il sans attendre, en pénétrant dans l’appartement.
Il a l'air calme et apaisé.
Tiphanie se sent rassurée, mais aussi un peu anxieuse.
Qu’est-ce que cet air tranquille peut bien cacher ? Le volcan sommeillerait-il sous la croûte?
— Coucou, j’ai dit ! Répète-il alors, vexé de ne pas se faire saluer par son épouse, après une dure journée de cours.
— Coucou... se décide enfin a lui marmonner Tiphanie, sans se retourner pour autant.
Dédidément, elle n’a jamais su être hypocrite et ce n’est certainement pas vraiment ce soir qu’elle va apprendre à l’être.
— Tif ? Tu lâches ton truc deux minutes s’il te plaît ? L’implore-t-il en venant s’immobiliser dans son dos — s’il te plaît.. Deux minutes.
Le cœur de la jeune femme bat désormais la chamade.
Pourquoi semble-t-il avoir besoin de lui parler ?
Que cherche-t-il à lui dire ?
Une rupture ? C’est forcément cela.
Il est venu lui proposer une rupture.
Toute la nuit, il a dû méditer sur leur vie de couple devenue désastreuse et il s’est enfin décidé à rompre avec elle.
— Qu’est-ce que tu veux... ? lui souffle-t-elle tout bas, en poursuivant son activité d’une main fébrile.
— Tu peux me regarder au moins ? Si c’est pas trop te demander...
— OK, OK, ajoute-t-elle ensuite avec lassitude, en se retournant pour se retrouver face à lui, — alors... ? Qu’est-ce qu’il y’a ?!

— Tout d’abord... commence alors Kurt d’un air penaud, et en baissant les yeux,
— Je suis désolé pour hier. Je t'ai entendu pleurer dans la chambre, mais j’ai pas eu le courage de venir te voir.
— Oh... Mais ne t'en fais pas, ce n'est pas grave.
— Si c’est grave, et je m’excuse. Je te promets que tout ça m’a retourné.
— C’est pas grave Kurt.. On a qu’à dire que c’est oublié.
— Je suis parfois très con, et je le sais Tif, par contre il ne faut jamais que tu doutes de mes sentiments pour toi... Je t’aime plus que ma vie, et j’espère que tu le sais....
— C’est oublié Kurt, s’il te plaît arrête ou je vais me mettre à pleurer ! Tu sais bien que je ne peux pas résister à tes grands yeux quand tu essaies de m’amadouer.
— Tu me pardonnes alors ? Tu m’en veux plus ? Tu m’aimes encore alors ? Toujours autant ? À la folie ? À en crever ??
— Plus que ça même, idiot va !
— Alors où étais-tu hier soir ?! Quand je suis revenu à l’appart tu n’étais plus là toi !! Heureusement que je suis pas parano, parce que j’aurai pu croire que tu étais partie te venger en allant te taper un gigolo !
— J’étais chez Hanz ! Mais maintenant que tu m’en parles... Je note l’idée du gigolo !
— Quoiiiiiiii ?? Fait semblant de s’offusquer Kurt en prenant vivement son épouse dans ses bras, — retire ce que tu as dis, et tout de suite !!
— Je sais pas... Si tu m’embrasses immédiatement, et pendant très longtemps, peut-être que...

~ C'est le temps qui mûrit l'amour. L'amour grandit et se solidifie dans la patience. ~
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Aujourd’hui, Yann est seul dans le petit local où il répète habituellement avec son groupe de musique, les désormais, et presque déjà célèbres, « Apologize ».
Tous ses amis semblent avoir quelque chose à faire en cette journée des plus enneigées et lui ne sait pas vraiment comment occuper ses dix doigts, à part en grattant sur l’unique amour de sa vie : sa belle et douce guitare.
Cette solitude ne le dérange absolument pas, puisqu’il peut tranquillement s’éclater sur le micro de Kylian sans aucun complexe.
En effet, ce jeune guitariste a toujours adoré chanter depuis sa plus tendre enfance, et ce malgré sa voix un peu traître : lorsqu’il chantonne, il a toujours beaucoup de mal à extraire certains sons de sa gorge et ce petit défaut l’empêche donc de suivre correctement un lyric.
Un comble pour quelqu’un qui adore chanter.
Lorsqu’il était plus jeune, pendant sa vie écolière, il avait réussi a haïr profondément son professeur de chant : cette idiote n’avait rien trouvé de mieux a faire que de l’humilier devant tous ses petits camarades, en lui demandant s’il pouvait suivre le groupe en playback.
— Déjà de retour, les pots de colle ?!? braille-t-il soudain en sortant de sa rêverie.
La porte du local commence à s’ouvrir et il craint que ce soit l’un de ses compagnons.
— Tu chantes toi maintenant ? lui piaille Tania en pénétrant dans la pièce sous son regard agacé.

— Et alors ? Ça te dérange ? Grogne t-il à cette insupportable commère.
— Non, non, tu fais ce que tu veux de ta vie, j’en m’en contrefiche.
— Romu n’est pas là. Au revoir !
— Oh... zut... Mais c’est pas plus mal finalement, car ce n’est pas vraiment lui que je cherchais !
— Ceux que tu cherches ne sont pas là, alors si tu peux faire de l’air en faisant demi-tour...
— Mais qui t’a dit que j’étais venue chercher mes amis ?
Qu’est-elle en train d’insinuer ?
Et pourquoi s’avance-t-elle maintenant vers lui, d’un pas plutôt rapide ?
Il reste sceptique.
— T’approches pas, laideron.
— Moi ? Moi laideron ?
— Ouai. Toi, laideron !
— Casserole va !
— Pétasse !
— Je viens chercher ce que tu m’as volé, espèce de crétin fini.
Qu’est-ce que c’est que cette affirmation ? Que lui a-t-il volé ?
De nouveau dans l’incompréhension, il se met a lui grogner,
— Pardon ? Qu’est-ce que je t’ai volé, moi ?!?
Sans prendre la peine de lui répondre, elle attrape le micro qui se trouvait devant lui, pour le décaler sur le côté.
— Ça va, c’est la fête, tu te crois où ? lui marmonne-t-il maintenant en essayant de ne pas se souvenir de la plastique parfaite qu’il avait remarquée, lorsqu’il l’a découverte la dernière fois en sous-vêtements.
— Oui, c’est la fête...
— À quoi tu joues ?? lui braille-t-il maintenant en faisant un pas en arrière : cette idiote s’est brusquement rapprochée de lui jusqu’à se coller contre sa guitare, et cette soudaine proximité le perturbe au plus haut point.
— Tu as peur, macaque ? Semble-t-elle se moquer en se trémoussant sensuellement contre lui.

— Hmmmm... Je serai toi, je me méfierai... Tu me connais, non ?... Tu sais donc que je suis capable de te prendre ici même, sur le piano d’Erwan !