
— Oui, allo ? décroche une nouvelle fois Shawn avec empressement et nervosité ; il est certain de prendre de nouveau une communication avec les ravisseurs de son comparse Jeffrey. Il se prépare à les recevoir comme il le faut. Il se prépare à les incendier, leur ficher la peur de leurs vies, il se prépare à... à les pourrir de la meilleure façon que ces chacals le méritent. Il est nerveux, et fou de rage même. Attaquer un « Shining » c'est s'exposer aux pires représailles que l'espèce humaine pourrait faire subir à ses semblables et ces « chiens galeux » ne se doutaient surement pas qu'ils signaient tous leur arrêt de mort en osant toucher ainsi au cochef de l'un des gangs berlinois les plus influents de la capitale. OUI! Les « Shinings » sont ici influents Et craints, OUI! Et pour cause... Tout le milieu se souvient très bien de ce qu'ils étaient à l'époque. Et ce n'est pas le décès de l'imposant Darius qui a eu rien qu'un éventuel impact sur l'image de ce gang aussi impitoyable que terrifiant. Au contraire, même... Car beaucoup avait commencé à rire du Géant Darius qui devenait, sois disant, de plus en plus laxiste avec le temps. Un comportement des plus risibles quand on sait l'image que l'homme devait plutôt montrer dans ce milieu où il souhaitait être respecté. Un environnement où la faiblesse et les sentiments n'ont pas leur place.
— Bonjour, fait l'homme avec assurance à l'autre bout du fil— alors, voilà, je sais que ça va vous paraître incroyable, mais j'ai là, dans mes bras, le fils votre chef, Ackers. Et j'aurai voulu que l'on s'arrange pour que...
— Le fils d'Ackers ? Bondit sans attendre Shawn avec sévérité et suspicion.
— C'est une longue histoire, mais je crois qu'on le lui a enlevé pour lui tendre un piège, Et...
À cet instant, tout venait de s'éclaircir dans l'esprit du cochef Shining, Shawn.
Il répondait alors sans attendre, avec toujours la même nervosité,

— Vous avez donc son fils, là? Bande de chiens, vous êtes vraiment prêts à tout pour...
— Vous n'y êtes pas du tout ! Je m'appelle Franz et connait très bien bien Jeffrey, c'est une longue histoire.. Bref, je suis de votre côté, et je ne cherche qu'à vous rendre l'enfant et vous prévenir qu'il ne faut pas qu'Ackers aille à son lieu de rendez-vous ! Car je ne sais pas ce qu'on lui réserve là-bas, mais...

La sincérité et l'ignorance de l'homme inconnu se réalisent à son timbre de voix, il a l'air anxieux, réellement inquièt. Shawn se décide donc à arrêter de douter de lui. Après tout, le pauvre ignorant ne semble même pas encore au courant que le Jeffrey dont il parle est déjà en train s'agoniser quelque part...
Mais le cochef Shining ne le lui apprendra pas. La discrétion étant leur plus grande alliée, voire leur mère, à ces hommes de l'ombre, il sait bien qu'il ne faut jamais trop en dire. Surtout à un inconnu. Un étranger. On ne sait jamais, son ignorance pourrait être une ruse.
— Comment on fait alors, pour l'enfant ? Qu'il questionne alors, sévère, impassible.
— Est-ce qu'on peut se donner rendez-vous quelque part, pour que je vous le rapporte ?

— Ça marche. Je vais vous envoyer trois de mes hommes, à l'adresse que je vais vous indiquer... Vous avez de quoi noter ?
— Allez-y, je retiens. Je connais Berlin comme ma poche !
— Très bien. Alors, vous vous rendrez, au...
*

Ce sont Stein Diken, Nolan Calgonit et Tristan Esher qui seront chargés de cette mission de récupération, et quarante-cinq minutes plus tard, ils seront de retour au domicile de leur chef, bébé au bras.
Nolan qui a été chargé de porter le petit tout le long du trajet et son air penaud suite à cette terrifiante mission a d'ailleurs beaucoup amusé ses comparses plus âgés, Stein et Tristan.

— Pourquoi il me regarde comme ça ?! Braille une nouvelle fois Nolan, agacé, observant le poupon qui se dandine sur le canapé à ses côtés, — c'est bien le rat de Jeffrey, ça ! Il me saoule déjà !

— Ha ça j'avoue, il a du Jeff... sourit Stein d'un air ému, observant avec attention le petit bout des plus adorables.
— Un futur Jeffrey?! Vite, vite, noyons-le! Sauvons les générations futures... conseille Tristan avec humour, lui aussi attendrit par l'innocence que dégage le petit homme.

— Oh!!! Le remake de trois hommes et un couffin là, vous êtes avec moi, ou?!? Il faut qu'on réfléchisse à un moyen de tirer Jeff de là, sans avoir à céder devant ces chiens, se décide à rappeler tout d'un coup Shawn à ses comparses prêts à devenir des nourrices modèles.
*

Pendant ce temps, le jeune Beckers arrive enfin, laborieusement, devant la porte de l'appartement de sa soeur jumelle. Il se hâte donc d'essayer de toquer dessus avec le peu d'énergie qu'il possède encore.

Il faut dire qu'il s'est presque trainé jusqu'ici, ignorant en chemin les regards sceptiques des passants qui s'intriguaient de voir un homme ensanglanté marcher en pleine rue. Certains se sont même retournés dans sa direction pour lui proposer une aide éventuelle, « — monsieur? J'ai une voiture pas loin, voulez-vous que je vous dépose à l'hôpital? » une offre des plus dévouée que Jeffrey a bien entendu remerciée, en refusant cependant. Il allait bien, il n'avait que quelques égratignures et strictement rien de grave. Il se forçait ensuite à marcher le plus droit possible pour ne plus intriguer d'autres curieux. Il souffrait le martyre et son corps tout entier le lui rappelait à chaque instant. Il devait bien avoir au minimum deux côtes brisées, au minimum. La douleur était telle que.. Il le sentait bien. Oui, au moins deux côtes brisées. Sans doute aussi de nombreuses contusions, mais rien de vraiment méchant. Jeffrey en était certain. Il pouvait marcher, se tenir debout, et c'était le plus important. À ses yeux, c'est toujours ce qui a été le plus important. « Tant que tu peux marcher, alors tout va bien! » « Tant que tu peux te lever, alors tout va bien! ». Jeffrey n'a jamais supporté de se faire plaindre, ou aider, et ce n'est pas aujourd'hui que ça commencerait. Fier il est né, fier il mourra.

Cependant, Et désormais que cette porte d'appartement s'ouvre enfin pour laisser apparaître derrière sa soeur jumelle, il se déciderait bien à baisser sa garde et demander de l'aide...

… comme s'il jugeait que désormais, il en avait le droit. Comme s'il se sentait enfin, autorisé à craquer, à dévoiler ses faiblesses, sa fragilité, ainsi que son état...

— Jeff ?!? Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ?!? s'effare bien évidemment Eva en constatant devant elle un frère dans un bien piteux état qui se maintient contre un mur du couloir pour se tenir debout ; un sourire se dessine soudain Et tout malgré sur son visage, qu'elle constate, alors que le pauvre semble être proche de l'évanouissement...

— Eheh, ça va, toi?! Qu'il se force à faire avec entrain, souriant encore, — j'ai eu, comment dire, quelque soucis, et... je me demandais si...

— Entre vite, crétin!! le coupe sans attendre Eva en l'attrapant vivement pour le tirer à l'intérieur Et ensuite vers le canapé de la pièce principale, où elle va le forcer à s'allonger, sans rien lui demander de plus, le fusillant simplement du regard ; « qu'avait-il encore fait, ce grand dadais complètement stupide et inconscient? »
— Je vais appeler les urgences, bouge pas, qu'elle lui annonce dans un grognement agacé, alors que lui est déjà vautré sur son sofa,

— Nonnnnn ! Lui interdit aussitôt Jeffrey, presque dans la seconde, — surtout pas! Tu ne bouges pas!

— Tu te moques de moi? Tu t'es vu?! Et puis dis-moi ce qui t'est arrivé, putain!
La sonnerie du téléphone du Beckers masculin forcera brusquement la jeune fille à s'interrompre, tandis que son frère se dépêchera de décrocher son portable pour ronchonner timidement à l'interlocuteur dont il a vu le nom s'afficher,
— Salut Shawn...
— Putain Jeff, c'est toi?! Enfin!!! T'es où??
— Euh, je.. Là, je suis chez ma soeur, tranquille, esquive habilement Jeffrey, pas encore au courant que ses comparses Shining aient été mis au parfum au sujet de son enlèvement ; en effet, lorsque ses ravisseurs ont contacté ses amis pour leur ordonner de dissoudre son gang, lui avait déjà perdu connaissance depuis un bon moment.
— Hein ? Chez ta soeur? Tu as donc réussi à t'en sortir ?! Tu es sain et sauf , alors ?! Mais comment ??
— Hein ? Mais.. Mais de quoi parles-tu ? Persiste Jeffrey, intrigué, — T'es au courant de quoi exactement ?
— Tu me fais chier à faire le niais ignorant, Jeffrey, mais je suis rassuré que tu ailles bien, tu nous raconteras comment tu t'en es sorti. Tu es donc en sécurité là, si je comprends bien ? Vraiment ?!!
— Mais oui ! Mais dis-moi pourq...
— Je devais te dire aussi que son fils est avec nous, y a un type qui nous l'a ramené. Donc voilà, ne t'inquiète pas à son sujet. Là, il est en train de chier dans les mains de Nolan !
— Je, je.. N'en reviens pas Jeffrey, un peu perdu, mais comprenant lentement la situation, balbutiant ensuite un timide et bref, - ok, merci, et...
— Tu es sûr que ça va ? Tu respires normalement ? Tu vas rentrer chez toi quand ? Tu veux que je te fasse venir Stein pour qu'il t'escorte ? Car je ne pense pas que tu sois en état de bouger un sourcil, ou même qu'il soit intelligent que tu te rendes chez toi, seul.
— D'accord, j'attends Stein. Et merci encore, Shawn... se contente de faire Jeffrey d'une petite voix faible, mais cependant émue, avant de raccrocher enfin sa conversation avec son vieux comparse. Il n'a pas encore tout compris à cette conversation qu'il vient d'échanger, mais il se sent étrangement apaisé et soulagé d'un poids. Il n'est plus seul, face à tout cela, qu'il réalise, les yeux humides d'émotion, car cette réalité lui réchauffe le coeur plus que jamais. C'est souriant qu'il lève alors légèrement la tête pour plonger dans le regard de sa soeur, toujours anxieuse, pour lui faire d'une petite voix,

— Tu m'aimes et tu ne m’abandonneras jamais, toi, hein?

— Humpf, repose-toi, couillon, ou je te frappe, lui grommelle celle-ci en retour pour l'interrompre, avant d'aller le rejoindre sur le canapé pour lui prendre la tête entre les mains et la lui poser sur ses genoux afin de lui caresser doucement les cheveux tout en l'enlaçant chaleureusement.

Alors, car désormais apaisé par la présence et la protection des bras de sa soeur, Jeffrey accepte enfin de fermer les yeux, heureux.