*

Le lendemain, Eva se dépêche de téléphoner à sa meilleure amie dès son réveil pour lui raconter sa fin de soirée : l'étrange appel de son Raphaël, et ce que la jeune fille avait surpris derrière la porte de la chambre de son binôme.

Oh, bien évidemment, Paula en rougit très vite de gêne et s'excuse honteusement d'avoir ainsi lâché son amie en plein milieu de la soirée pour se jeter dans les bras de celui qui a bien été, pour elle, la veille, le meilleur « coup » de sa vie toute entière ! -avant son Wilfrid, mais chut! Ne le répétez pas! Cela reste entre elle et vous.-

Eva rit très vite des folies de son amie, innocemment amusée.
Avant de lui conseiller avec inquiétudes qu'il faudrait qu'elle appelle son Wilfrid. Par simples précautions. La brunette est anxieuse. Son Roméo à elle avait l'air bien sceptique à l'autre bout du fil la veille et tout cela ne lui dit rien qui vaille.

Sitôt conseillée, Paula n'attend alors pas pour tenter d'appeler son guitariste préféré, dès sa conversation avec sa meilleure amie achevée.

Une sonnerie dans le vide. Une, puis deux, puis trois...
Puis quatre...

Un répondeur qui se déclenche. Rien de plus agaçant.
La jeune fille relance l'appel.
Le même scénario se reproduit une dizaine de fois.
La demoiselle perd patience et commence s'angoisser terriblement.

Pourquoi ne répond-il pas?!
Elle n'ose cependant pas laisser de messages sur sa messagerie.
Dehors, derrière les volets, on peut constater que le ciel est gris et nuageux.
Tout comme le coeur de la jeune fille en ce moment précis.
Les souvenirs de la veille ne lui procurent soudain plus le même enthousiasme...
Simple coïncidence ou prise de conscience...?
* *
*

Quelques jours plus tard, les TroubleMakers sont enfin de retour de tournée et à un moment où Wilfrid se retrouve seul dans le petit local de son groupe, parce que tous ses amis vaquent à des occupations diverses et variées, la porte d'entrée s'ouvre doucement...

Paula Lehnard.

La jeune fille dont il ignore les appels depuis trois jours maintenant.

À un moment, elle avait même tenté de l'appeler en anonyme.

Mais il lui a raccroché au nez dès qu'il a reconnu sa voix à l'autre bout du combiné.

Alors aujourd'hui elle vient en fourbe et discrètement ici car elle était persuadée de le trouver seul en ces lieux en ce moment précis. Une intuition, pourrait-on dire.. Et de nombreuses prières pour l'espérer.

— Wil'...? Qu'elle ose timidement en pénétrant dans la pièce, le coeur serré. Évidemment, elle n'est pas idiote et se doute bien qu'il se trame ici quelque chose de très mauvais pour son couple, au vu de l'indifférence que lui a montré son amour ces derniers jours.

Oh, mais bien évidemment, qu'elle avait bien entendu tenté d'en parler à son amie Eva, pour que celle-ci se renseigne auprès de son roméo Raphaël, pour que lui la renseigne sur le fait que son comparse guitariste ne prenait plus aucune communication de sa petite amie... Seulement, le jeune Bauer semblait lui aussi jouer un bien désagréable petit jeu :
« Je n'en sais rien. Peut-être est-il mal luné! Je ne suis pas dans sa tête... » qu'il haussait toujours les épaules à sa moitié.
Pour que les filles, Paula et Eva, songent en retour et entre elles, « — mouais, mon oeil, oui... », plus sceptiques que jamais.

Oui, les deux jeunes filles le savaient, s'en doutaient, l'avaient deviné, que quelque chose se tramait au sein de la petite bande de leurs garçons. On leur cachait quelque chose... au sujet de Wilfrid.

— Qu'est-ce que tu fais ici, toi? Se contente de soupirer avec désintérêt le brun à la jeune fille, sans même prendre la peine de lever le regard vers elle. Elle ne mérite pas cette courtoisie...

— Tu.. Tu peux m'expliquer ce qu'il se passe...? Ne se démonte pas Paula d'une voix tremblante pourtant en se rapprochement doucement de son interlocuteur, le coeur serré, tandis que celui-ci se met à fouiller nerveusement l'une des poches de son Jean pour en extraire son téléphone portable afin de se dépêcher de filer dans la rubrique de ses SMS reçus pour... et d'un geste vif et assuré, lui brandir soudain son cellulaire sous le nez. Évidemment, Paula reconnaît aussitôt la poignée de photos immondes qui lui est montrée et..

...Elle en tombe aussitôt sur le sol, à genoux de stupeur, de honte, et d'effroi. Ses yeux s'emplissent de larmes en moins de deux et c'est en portant une main à son coeur qu'elle se justifie très vite, bégayant à moitié et tremblant de tous ses membres,
— Je, je.. Attends!!! Je peux tout t'expliquer!!! C'est...C'est pas ce que tu crois, Wil...!!! C'est, c'est, c'est...

— Y a rien à expliquer et je me demande vraiment si le pire est ce que tu as fait ce soir-là, ou plutôt le fait que tu oses encore te présenter devant moi.

— Dégage de mon local, Paula. Disparais de ma vie, de ma vue. À tout jamais. Je ne ressens plus rien pour toi, à part peut-être un profond dégoût et une amère lassitude de t'avoir consacré autant de temps...Tu n'es plus rien, tu ne vaux plus rien, tu n'as aucune personnalité, tu n'évolues pas, mais stagne dans la bêtise, tu n'as finalement vraiment rien pour toi et plus j'y réfléchis, plus je me demande ce que j'ai pu un jour te trouver. L'amour rend bel et bien aveugle et désormais que je suis plus lucide que jamais, tout tes défauts s'affichent brutalement devant ma gueule, à tel point que je ne sais même plus si je pourrais encore te citer rien qu'une seule qualité ! En avais-tu seulement une seule ? À part peut-être d'être un bon coup, et encore... Non, vraiment, sincèrement, tu n'es vraiment plus rien à mes yeux, Paula Lehnard... Et tu peux me détester, me haïr, me mépriser pour ces paroles, m'insulter, jurer, cracher sur mon nom! Hurler ta haine et tout tenter pour te venger! Je m'en bats les couilles. J'en ai rien à cirer. J'm'en branle. J'm'en fous de tout. De toi. De nous. Tout est fini. Alors va pourrir dans le caniveau le plus proche et oublie moi, moi et mes potes. Tu n'existes plus, dans ce local.

Ces phrases, coupées en tirades si posées, sont prononcées de façon si glaciale et impassible que la jeune fille ne trouve rien à y répondre,

...Préférant à la place se lever brusquement pour se jeter en courant vers la sortie de la pièce, le coeur en miettes, le visage trempé par un torrent de larmes, et une main sur la bouche pour s'empêcher de hurler dans la rue ; ses yeux sont si embués de larmes que c'est bien entendu par chance qu'elle ne fonce pas tête baissée dans tout les passants qui croisent son chemin.

C'est chez elle qu'elle se précipite ainsi, pour hurler à sa mère avec désespoir et rage que celle-ci est forcément au courant de la mésaventure qui lui arrive avec son petit ami !

— Tu n'as que ce que tu mérites, mon ange, que son unité maternelle lui répondra simplement, dans un haussement d'épaules des plus lasses et indifférents.

Oui, indifférente, c'est bien ce qu'est cette mère de famille blasée, aujourd'hui.
Elle qui a surpris il y a quelques jours son propre enfant, la chair de sa chair, en train de se comporter telle une trainée, sous son propre toit. Une image qui a marqué la femme d'âge mûr...

Une image qui l'a choqué. Elle qui respectait pourtant encore sa fille malgré le fait qu'elle sache bien que sa progéniture n'avait jamais été la pudeur incarnée.

Une image des plus répugnantes qui ne la quitte plus aujourd'hui et qui l'empêche, en ce moment précis, de se précipiter consoler l'amour de sa vie qui s'écroule désormais au sol, en larmes, le coeur en miettes à cause d'un amour réel et profond, mais malheureusement perdu...

- Qu'est-ce que je vais devenir sans lui...
*
Only One - Alex Band ♪

De son côté, Wilfrid est lui aussi en train de crever de douleur tout en marchant, ou plutôt en titubant, dans la rue, mp3 sur les oreilles. Il avait besoin de prendre l'air et juste après que son ex-petite amie se soit jetée hors de son local, il en a fait de même pour marcher le nez au vent, tel un pantin désarticulé et animé par des fils invisibles et inconnus.

Soudain, tout à coup, une chanson aléatoire vient lui titiller les oreilles pour le faire soudain se figer sur place...
Une chanson d'amour.
...To forgive, forget, move on!
Cause we've got...

One life to live!
One love to give!
One chance to keep from falling!
Qui au fil des paroles le fait rire jaune.

One heart to break!
One soul to take us!
Not forsake us!

Se prendre la tête entre les mains.
Only One!
Only One!
Rire aux éclats et bruyamment.
Se moquant intérieurement de ces paroles si niaises et peu réalistes !
Just you and I!
Under one sky!
Les détestant du plus profond de son âme...
..

One life to live! - mais plus avec elle!
One love to give! - mais plus à elle!
One chance to keep from falling! - mais plus avec elle!
One heart to break!
One soul to take us!
Not forsake us!
Parce qu'à une époque, il y croyait lui aussi, à toutes ces conneries!
Only One! - Only two!
Il y croyait lui aussi, comme un gros niais attardé! Que sa Paula était sa only one! Qu'il était sans doute venu sur terre pour la rencontrer elle et pas une autre! Que leurs destins étaient liés et que ce n'était qu'ensemble qu'ils vieilliraient! Deviendraient de vieux croûtons! Feraient peut-être une clique de gosses! Voire simplement un ou deux! Se chamailleraient ensuite devant un Scrabble dans une maison de retraite... Oh que oui, qu'il y croyait, à tout cela! À toutes ces conneries! Il lui avait même offert cette bague... ! Cette bague qui symbolisait une promesse de mariage! Il voulait l'épouser, un jour! Vraiment! Il voulait faire sa vie avec elle! Et rien qu'avec elle! Elle était la femme de sa vie! Elle, et rien qu'elle...!!! Ils se seraient mariés un jour, c'était décidé! C'était prévu! Il lui en avait fait la promesse! Il lui aurait tout donné! Parce que tous les deux ne formaient qu'un! Parce que tous les deux étaient un couple hors-norme! Uniques! Qui pouvait presque se moquer des autres histoires qui foirent, elles!
Mais quelle bonne blague. Toutes ces conneries! Mais quelles bonnes blagues! Aucun couple n'est différent des autres. Aucune histoire n'est différente des autres.
Et le monde entier doit vraiment se rendre à l'évidence. Le monde, et surtout tout ces chanteurs idiots et à côté de la plaque qui clament partout l'intensité et la débilité de l'amour!
L'amour, quelle merde! La fidélité n'existe pas! Ou que dans les contes de fée! (et encore! Il faudrait savoir ce qu'il se passe après le « The End! »)
Non, il n'y a pas d'amour en ce monde!
Non!
Il n'y en a aucun!
Ou alors avec une date d'expiration! De péremption!
Parce que lui ne l'aime plus, sa soi-disante « Only One! » Il ne l'aime plus! Il en est certain! Il n'éprouve plus rien pour elle! Que du dégoût! De l'indifférence! Alors, quoi?! Que peut donc lui en déduire l'autre chanteur qui lui beugle dans les oreilles là?! Il lui dit déjà?! Une seule! Une seule! Only Oneeee!
Et ces conneries des premiers amours qui resteront toujours les derniers...
Wilfrid s'en paie un nouveau fou rire!
Mensonges!
Foutaises!

Les premiers amours ne servent éventuellement qu'à rendre les suivants plus forts!
Qu'il se grommelle à lui-même avec certitude.