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— Stefan ? Appelle un homme en pénétrant dans la salle de repos des prostituées du bordel de son gang ; en effet, le concerné est connu pour être depuis peu toujours fourré dans cette pièce à trainer avec l'une des filles.

— Il n'est pas là, marmonne soudain Ana en direction de cet homme métissé qui arrive dans sa direction, l'air sceptique,

— Ah? Et où est'-il donc? Tu ne l'aurais pas vu, s.t.p.? Je dois lui parler d'urgence.

« — S'il te plait ». Une politesse que la blondinette n'est pas habituée à entendre de la bouche des hommes du gang qui détient le réseau de prostitution dans lequel elle est prise au piège.

— Eh bien... Disons que je ne l'ai pas vu depuis hier soir, qu'elle répond alors, plutôt chaleureusement, car agréablement surprise par la courtoisie de son interlocuteur ; il est vrai qu'elle ne connait pas tous les membres de ce gang et se rendre compte du fait qu'il y en ait encore qui puisse respecter une pauvre fille de joie comme elle la touche terriblement.

— Qui est-elle? Une nouvelle? Fait désormais l'homme métissé en observant avec suspicion Eva qui est recroquevillée derrière sa belle-soeur, — d'où vient-elle? Qu'il ajoute, intrigué.
— Hein? Ne comprends pas Ana, sur le coup : comment cela se fait-il que l'un des membres de ce gang ne soit pas au courant que la jeune Beckers ait été kidnappée pour apparemment provoquer son frère jumeau ? Ana commence à douter de l'importance de son interlocuteur au sein même de son propre gang.

— Vos amis l'ont enlevée, qu'elle se contente alors d'hausser les épaules en feignant une ignorance naïve et innocente, ajoutant ensuite, — vous n'étiez au courant de rien?

— Je... Je... Hum... reprend l'homme métissé, en français toujours,— euh, non, je n'étais pas au courant. Je ne suis pas sur Paris, d'habitude, mais sur Berlin.

— Oh, d'accord, comprend immédiatement Ana, réalisant qu'elle a devant lui un des barons de la drogue gérant un réseau de trafic à l'étranger, — j'étais moi aussi, avant, sur Berlin.. Qu'elle se trouve subitement à confesser dans sa langue natale, étrangement apaisée en présence de cet homme ; un allemand, comme elle, et en plus non violent, limite poli... Une compagnie presque agréable, en quelque sorte.

— Oui, cela arrive souvent que les... « filles », comme toi, soient changées régulièrement de villes, reprend paisiblement l'homme en allemand à son tour, avant de revenir faire en direction d'Eva, de nouveau avec suspicion et curiosité, — comment t'appelles-tu? Tu es allemande? Tu me comprends?
— Eva.. Elle s'appelle Eva, répond Ana à la place de sa belle-soeur et amie, l'air triste, — elle est un peu perturbée, là.. Alors, excusez son silence.
— Tutoie-moi! Je ne vais pas te manger, sourit l'homme à Ana cette fois, lui demandant ensuite au sujet de sa comparse d'infortune, — elle s'appelle « Eva » comment? Et d'où vient-elle? De Russie peut-être?
Beaucoup des prostituées de ce réseau de prostitution parisien venant de ce pays, l'homme à la peau basanée n'a pas vraiment hésité avant de balancer cette éventualité.
— Non, de Berlin aussi...Elle est allemande. Mais elle n'est pas une.. elle.. Déglutit Ana, un peu honteuse de se savoir, elle, fille de joie alors que sa comparse non, — et elle s'appelle Eva Beckers.

— Eva Gutter, intervient soudain Eva en sortant enfin de son long mutisme juste pour renier le nom de sa mère, — Je m'appelle Eva.. Gutter, qu'elle reprend, les yeux baissés, l'air ailleurs et d'une voix sombre, en allemand, — mon frère, Jeffrey, Gutter, sera bientôt là... qu'elle ajoute ensuite, dans un délire presque psychotique.

— Gutter ? Écarquille soudain les yeux l'homme métissé, pour reprendre dans une exclamation, en allemand lui aussi, bien entendu, — mais « Gutter », comme le chanteur ?!

— Ouais, Kylian, Gutter, confirme Eva, le regard toujours baissé, — pourquoi? Qu'elle questionne ensuite avec désintérêt.

— Pourquoi t'ont-ils enlevée?! Se rapproche l'homme de son interlocutrice, — je.. je sais que c'est difficile à croire, mais je connaissais ton père... Je, je m'appelle...

— FRANZ ! Ah, t'es là ! Arrive soudain un homme blanc derrière le métissé,

— Anton est libre, si tu veux lui parler. Car je suppose que tu ne restes pas longtemps sur Paris?
Cette nouvelle conversation débute en français.

— Euh, non, en effet, se retourne vers son nouvel interlocuteur le fameux Franz, — mais je voudrais m'entretenir avec cette fille là, derrière, quelques minutes, si c'est possible.

— Euh... En fait, elle, c'est une affaire classée privée, tu n'es pas habilité à t 'en mêler. Je suis désolé... Maintenant, je vais te demander, si tu le veux bien, de quitter la pièce, car tu n'es pas censé prendre le thé avec nos filles pendant leurs heures de repos. Merci de ta compréhension.

— Euh, tu sais au moins qui je suis, quand tu me traites comme le premier revendeur du coin? Ironise Franz avec assurance, — tu sais qui je suis?!

— Oui, je sais. Mais ici, on est sur Paris, et ici donc ici, tu n'es pas grand-chose, alors tu t'écrases et tu vas voir Anton pour tes affaires, avant de reprendre ton avion et dégager!
La provocation? L'humiliation? Franz ne les supporte pas. Franz ne les a jamais supportés!!!
C'est donc d'un coup sec qu'il dégaine de sa ceinture et sous le nez de son interlocuteur, son arme, un magnum 357,
— Attention à tes paroles, toi, qu'il fait ensuite froidement tandis que son comparse parisien recule d'un pas sous la surprise, — parce que sbire d'Anton, ou pas, j'appuie sur la gâchette, alors joue pas au con!!
— OK, OK, c'est bon, mec, t'énerves pas, et pose-moi ce flingue, putain, tu vas faire peur aux putes!!!
— Je veux savoir pourquoi vous avez choppé la gamine, là, continue Franz en menaçant toujours de son arme son interlocuteur.
— Écoute, c'est une histoire privée, tout ça... et moi je ne sais pas grand-chose, hein!!!! C'est Anton et les autres qui gèrent l'histoire avec le gosse allemand, moi je ne suis là que m'occuper des filles, c'est tout!!!!
— Du gosse allemand? Tu peux préciser?

— Ils l'ont attrapée pour se venger de son frère, mon fiancé!!!! Révèle soudain Ana pour en apprendre plus à l'homme qu'elle pense être un allié pour elle et sa belle-soeur.
— Voilà, en gros, ça doit être ça, reprend l'homme sois-disant ignorant au sujet de l'enlèvement en enfonçant ses mains dans ses poches, — bon maintenant tu poses ton arme, dis ? De toute manière si tu tires, t'es mort, le coup de feu va s'entendre et on va te tomber dessus en moins de deux! Quelle idée aussi de ne pas se balader avec un silencieux, hein!
— La ferme, le cingle simplement Franz en rengainant son arme, détalant ensuite de la pièce, aussi vite qu'il est venu. Il est évidemment encore sous le choc d'avoir eu sous les yeux la fille d'un vieil ami à lui...
Kylian Gutter... Kylian Gutter....

La nostalgie lui fait soudain arrêter ses pas pour qu'il s'adosse au mur le plus proche. Il en a mal entre les côtes, tellement le fait de réaliser l'enfant de son ami dans une telle situation lui brise le cœur.
S'il s'écoutait, il la prendrait dans ses bras et s'enfuirait avec elle en courant.
S'il s'écoutait....

— EH MERDE!! qu'il grogne brusquement en se retournant pour cogner d'un coup de poing le mur derrière lui, ravalant ensuite un sanglot de désespoir.
« — Pourquoi le monde est-il décidément aussi minuscule?! »
« — Combien de chance y avait-il réellement pour que l'enfant de son vieil ami se trouve dans une telle situation et que LUI ne puisse rien faire pour elle?! COMBIEN?? DITES-LUI COMBIEN?! »

Il en est désespéré. Complètement abattu et abasourdi face à sa propre impuissance, car même s'il le désire du plus profond de son cœur, il sait bien qu'il ne peut strictement rien pour cette jeune fille.
Parce qu'il n'est rien, lui, ici, sur Paris.
Parce qu'il n'est rien, pour Anton Tumayton. Le leader des Martyriums parisiens ; il ne peut donc même pas espérer aborder le sujet avec lui.
Car il se ferait immédiatement envoyer sur les roses. Voire descendre sans préavis, si son comparse est de mauvaise humeur aujourd'hui.

Mais malgré cela, il faut qu'il trouve un moyen. IL LE FAUT!

Parce que cette gamine est l'enfant de Kylian... De son... Kylian!