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Le lendemain, vers dix heures du matin, Eva commence à se sentir légèrement paranoïaque, puisque son Raphaël a quitté l'appartement la veille au matin, prétextant devoir descendre sur Klausdorf passer voir sa mère qui n'est pas bien du tout, en ce moment. Soi-disant qu'elle lui en veut pour la révélation de ses origines et qu'il doit la voir d'urgence afin de la calmer, et gnagnagna, et gnagnagna.

Et ce n'est pas que la blondinette doute de la parole de son Roméo, loin de là, mais il faut avouer qu'entamer une deuxième journée sans son Roméo ne lui plait guère.

Il lui manque terriblement et elle se fait violence pour le laisser tranquille avec sa mère. S'empêcher de sauter sur son téléphone portable pour l'appeller avec hâte, rien que pour entendre sa voix, savoir comment il va, et ce qu'il fait.

Un jour et demi sans lui et son monde est déjà devenu plus insignifiant et vide que jamais. "Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé". Il n'y a rien de plus vrai que cette citation!
Mais elle tiendra bon et se refusera d'agir en pot de colle. Elle ne l'appelera pas!! Elle s'en fait la promesse!

Et tandis qu'elle se s'auto-congratule d'avoir ainsi tenu face à la tentation, quelqu'un toque soudain à la porte de l'appartement.
— Ouiiiiii? C'est ouvert, qu'elle informe alors, déjà persuadée qu'il s'agit simplement de Silvia derrière celle-ci.
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À raison, il s'agissait en effet de la brunette à couettes!! Qui la salue très vite avant d'enchainer sur le "putain d'exposé qu'elle doit déjà rendre, pour cet après-midi!" Une honte, qu'elle grogne, une honte! Dès la rentrée des classes.. Dès la rentrée des classes!! Eva rit aussitôt en retour. "— Dur dur, la fac, cela ne doit plus tellement être la même glandouille qu'au lycée..!

Et on toque soudain de nouveau à la porte!
— Hum.. C'est ouvert, fait alors Eva, sceptique, cette fois ; Silvia étant déjà à ses côtés, et Raphaël n'ayant pas pour habitude de toquer à la porte de son propre appartement, qui cela peut-il bien être ?!

Paula Lehnard...
Son ex-meilleure amie, qu'elle découvre sitôt que la concernée a refermé timidement la porte derrière elle, s'adossant presque contre elle et déglutissant timidement dans sa direction,
— Sa.. Salut...
— Euh... Salut.... se sent alors obligée de répondre Eva, plutôt gênée.

— Saluuut ! ajoute sa pierre à l'édifice des salutations, Silvia, toujours joyeuse, comme a son habitude.

— Je, je.. Est-ce que je pourrais te parler seule à seule.. ? questionne avec timidité Paula en direction de son amie d'enfance, très ennuyée par la présence de cette "autre fille". "Mais que fait-elle donc ici?! Essaie-t-elle de lui voler sa place de "meilleure amie" , cette greluche niaise vêtue de rose?". Paula en a le coeur serré.
— Ben.. Silvia vient d'arriver et je pense pas qu'elle veuille déjà repartir, fait simplement Eva en haussant les épaules, pas vraiment désireuse de se retrouver seule avec son ex-meilleure amie. De l'eau a coulé sous les ponts depuis leur séparation ; et puis elle lui en veut encore, en plus...
— Oh.. en déglutit Paula avec douleur, encaissant ces mots telle une volée de flèches en plein coeur, — Je vois, qu'elle reprend avec désespoir, baissant les yeux, — Ok...
—J'avais justement le linge à sortir de la machine, alors je peux pas rester!! intervient joyeusement Silvia en sentant bien le malaise s'installer entre les deux autres protagonistes de la scène, — je file, à tout à l'heure Eva!!
— Ha... Ok, à tout à l'heure, ne peut plus alors qu'accepter Eva, un bien faux sourire esquissé sur les lèvres ; dieu qu'elle n'est pas ravie de ce départ précipité, dieu qu'elle n'est pas ravie de se retrouver désormais seule, face à face, avec son ex-meilleure amie, dieu que cette situation est affreusement pesante...

— Qu'est-ce qu'il se passe, Eva.. reprend en premier Paula, en s'adossant contre le mur une fois qu'elle se retrouve seule avec la blondinette, — comment en est-on arrivées là? Qu'elle poursuit encore, les yeux désormais humides.
— J'sais pas, répond simplement Eva en s'extirpant de sa chaise pour se remettre sur le lit, marmonnant ensuite un nonchalant,

— Bref.. je.. Tu voulais quelque chose, peut-être? Parler de quelque chose, te moquer de quelque chose, insinuer quelque chose? Alors vas-y, crache ce que tu as à dire, qu'on en finisse!

— Je sais ce à quoi tu fais allusion, mais non, je m'en branle de tout ça, moi! s'en mord les lèvres Paula, agacée, — moi tout ce que je veux, c'est.. c'est toi. Nous... Tu me manques, c'est tout. Mais d'après ce que j'ai pu voir, ce n'est pas réciproque, qu'elle hausse les épaules avec ironie, gromellant à nouveau, avec tristesse désormais,

— Et elle a l'air super sympa, ta nouvelle meilleure amie!! Mais en fait, elle me dit quelque chose! Elle n'aurait pas un passé amoureux avec.. Avec.. Oui, tu sais, ce garçon, là.. hummm...?!
— Arrête tout de suite ton petit jeu, Paula, l'interrompt aussitôt Eva, agacée, — Et je ne comprends pas que toi, tu puisses revenir ici, devant moi! Tellement d'eau à coulé sous les ponts, depuis tous ces mois...
— Mais malgré cela, moi je ne t'ai jamais oublié. Contrairement à toi, apparemment..
— Je ne t'ai jamais oublié non plus, seulement, comme je te le redis, beaucoup d'eau à coulé sous les ponts depuis.. Depuis.. Je ne sais même plus depuis quand en fait, tellement notre amitié me semble lointaine !

— "Lointaine" ? C'est-ce qu'elle est désormais à tes yeux ? en est terriblement blessée Paula.

— Pour être honnête, oui... Et puis sois lucide un peu, réalise que j'ai raison !

— Peut-être .. Mais je... commence Paula en reniflant un grand coup pour ravaler un fourbe sanglot qui aurait bien aimé s'échapper de sa gorge, — tu me manques et je.. je... je n'aurais pas pensé que tu sois si froide en me revoyant.. Tu me détestes donc tant que ça, aujourd'hui...?

— Pffff non, tu me fais pas le coup des larmes, bougonne Eva en retour, — car tu sais bien que je ne te déteste pas, c'est juste que.. que je ne comprends pas pourquoi est-ce que tu reviens encore vers moi.. ? Enfin je.. je veux dire que beaucoup d'eau à coulé et je pensais que...

— Ça c'est toujours ce que TOI, tu penses !!!! l'interrompt vivement Paula, les yeux désormais pleins de larmes, — mais moi je n'ai jamais pensé à tourner la page sur nous, notre amitié !! parce qu'on s'était toujours dit, que nous deux c'était pour la vie !!
— Je, je..
— Genre tu n'y croit plus, réellement, toi !! OSE ME LE DIRE ENTRE QUATRE YEUX, que tu ne veux réellement me voir partir d'ici ?? OSEEEEEEE SEULEMENT SI TU PEUX !!!

— ARRETE, TAIS-TOI, YA DES VOISINS ICI, JE TE SIGNALE!!!
— TU CRIES AUSSI FORT QUE MOI, JE TE SIGNALE !!!
— Pétasse!
— Connasse!
— ...
— ...

—...

— ....

— Je peux venir m'asseoir à côté de toi..?

— T'as besoin d'un carton d'invitation? je t'ai connue plus fute-fute!

— J'vais te péter la nuque, blondasse!

"L'amitié ne consiste pas seulement à voir les mêmes personnes régulièrement. C'est un engagement, une promesse, de la confiance, être capable de se réjouir du bonheur de l'autre" [Philippe Besson]

« Un ami, c'est un être qui ne doute jamais de vous, qui ne vous demande rien et qui est prêt à tout vous donner... C'est un cœur large qui oublie et pardonne.. Un ami, c'est la perle rare au fond des mers. » [Père didon]
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Vers le milieu de l'après-midi, les frangins Gutter se disent au revoir, parce que Raphaël s'apprête à prendre son train retour pour revenir sur Berlin.

Bien entendu, le jeune Bauer n'attend pas pour faire promettre à son jeune frère de "penser à revenir un peu au bercail, dans les jours qui viennent". Que sa soeur, même si elle ne le confesse jamais, a vraiment besoin de lui. Il s'en est bien rendu compte.

Jeffrey lui promet alors qu'il reviendra. Mais pas pour l'instant. Parce que pour le moment... Il doit tout d'abord la retrouver. Elle. La sauver... -évidemment, il s'est confié ce matin, à son aîné, au sujet de sa petite amie, fiancée, disparue... - Et en attendant son retour, il fait lui aussi promettre quelque chose à son interlocuteur : de prendre soin de sa jumelle... Qu'il la lui confie. Qu'il compte sur lui. Elle est si naïve et fragile, que le monde pourrait bien continuer de la surprendre encore, dans le mauvais sens.

Les deux frères finissent par rire, tous deux amusés par les souvenirs de certaines anecdotes personnelles.

Raphaël donne sa parole. Serrant la main de son frangin pour lui dire au revoir, il lui donne sa parole... Avant de rappeler à son interlocuteur qu'il doit prendre soin de lui. De sa santé. Voire de sa vie...
Oui, le jeune Bauer n'étant pas idiot, il n'a pas mis longtemps à réaliser dans quoi pourrait bien tremper son jeune frère ici, sur Paris...