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— Tu peux m'expliquer, maintenant, pourquoi est-ce que tu ne peux pas larguer Terry? se décide à grommeler Raphaël pour ramener sur le tapis un bien désagréable sujet, alors que les deux amoureux sont sagement assis sur son grand lit pour discuter de tout et de rien, se retrouver dans une intimité retrouvée.

— Je... Disons que, c'est délicat, hésite la jeune fille en agrippant le drap du lit comme s'il était un antistress, - il, il.. Il sait des choses que.. Enfin, je...

— Sur nous ? Sur ce qu'on est, toi et moi ?! prend soudain peur Raphaël dans un coup de stress.
— Mais non, idiot, le rassure très vite Eva, — ça, les gens qui le savent, ils se comptent sur les doigts d'une seule main, tu le sais bien..

— Bon alors si ce n'est pas ça, il faut que tu éclaires ma lanterne parce que je ne vois vraiment pas !!

— Il y a quelque temps, j'ai fait quelque chose de très horrible et il est au courant, révèle d'une traite Eva en baissant les yeux de honte, — et, et.. Bref, s'il voulait se venger, voire me porter préjudice, il pourrait très bien s'en servir...
— Qu'est-ce que tu as fais de si grave ? questionne sans attendre Raphaël avec sérieux et d'un air intrigué, — c'est dans quel domaine ? Amoureux ? Musical ?

—Tu vas me juger, Raph... Je, je...

— Si je comprends bien, tu peux révéler quelque chose d'important toi à Terry, mais pas à moi ?! le prend subitement très mal Raphaël en fronçant les soucils, affreusement vexé.
— C'est parce que c'est très grave !! Et si ça m'es égal que lui puisse penser ci ou ça de moi, devant toi, je, je... commence à craquer la jeune fille en sanglotant, avant d'ajouter d'un air abattu et en s'essuyant les yeux, — bref, s.t.p. remet moi sur ma chaise et, et .. Et je vais appeler une voiture pour rentrer, je, je.. Qu'elle marmonne ensuite, d'une voix tremblante, hésitante, tout en fuyant nerveusement le regard de son interlocuteur.

— Tu sais qui tu as devant toi là, Eva? Ou tu es devenue soudainement très stupide? la gronde sans attendre Raphaël en colère, — quand tu regardes le pecnot qui se trouve là devant toi, tu vois quoi exactement ?!
— Je, je.. en déglutit de honte et incompréhension Eva, désirant mourir sur le champ pour disparaitre au plus vite de la surface de la Terre.

— DIS MOI CE QUE TU VOIS LORSQUE TU ME REGARDES, EVA ! perd brusquement patience Raphaël, — TU VOIS QUOI ?!?

— MAIS TOI ! lui répond sur le même ton son interlocutrice, tout de même un petit peu apeurée par sa réaction, - et arrête de gueuler !
— MOI DONC ! MOI, RAPHAEL ! N'EST-CE PAS?!
— OUI, TOI, BORDEL ! POURQUOI ?!

— Alors pourquoi est-ce que tu hésites à me dire quelque chose, à moi, Raphaël ? COMME S'IL Y AVAIT QUELQUE CHOSE VENANT DE TOI, QUE JE NE POUVAIS PAS ENTENDRE ET COMPRENDRE !!!

— J'ai tué Angelika, balance alors et plutôt sèchement Eva en scrutant très vite la sortie de l'appartement pour s'imaginer qu'elle est en train de la prendre en courant.

— Voilà, t'es content ? qu'elle reprend ensuite, glaciale, les yeux embués de larmes, — La fille que tu aimes est un monstre. Elle s'est tout d'abord liée d'amitié avec une pauvre fille qu'elle n'a jamais pourtant jamais pu piffrer, juste pour élaborer une soigneuse et diabolique tentative de meurtre. Tentative qui a bien évidemment réussi hein. Alors retiens bien que cette fille que tu aimes, elle a tué! Elle a empoisonné une pauvre fille et l'a même regardé mourir sans appeler à l'aide ! Elle convulsait sous ses yeux, bavait comme un crapaud répugnant, et elle, elle faisait semblant de pleurer pour ne pas attirer les soupçons des infirmiers du centre psy qui tentaient de sauver sa victime... Eh eh, tu vois, j'étais là, fière de mon acte, fière et joyeuse, mais je jouais la désespérée pour ne pas qu'on m'accuse ensuite d'avoir peut-être assassiné cette folle. Jamais tu ne trouveras un être plus machiavélique que moi au monde, Raph. Mais voilà, tu voulais savoir, n'est-ce pas, et bien désormais tu sais.. Alors, heureux?

— J'ai tué un homme de mes mains il y a quelques mois, apprend à son tour Raphaël, serein, à son interlocutrice qui se met à scruter à nouveau la porte, — il venait d'agresser et violer ma mère. J'ai aussitôt réagi. Car il ne méritait pas de vivre. Et si c'était à refaire, je le referais, tu sais. Comment juges tu mon acte?

— Tu, tu.. Toi?? ramène lentement son regard vers lui Eva, les yeux grands écarquillés et encore humides, — tu, tu.. ? Toi ?!... Qu’elle bafouille encore, ne sachant désormais plus constituer de phrases entières, - mais, mais... tu, tu...?
— Personne n'est au courant à part Jakob, ma mère, et toi désormais. Et je te le redis, si c'était à refaire, je le referais. Je n'ai plus aucun remords. Oui parce que les premiers jours j'étais au plus bas. Mais cela n'a pas duré une semaine. Parce qu'avec le recul, il le méritait. Et si je n'avais pas agi, il serait encore aujourd'hui en train de persécuter ma mère, et sans doute d'autres victimes innocentes. J'ai donc très bien agi et suis en paix avec moi-même et mes raisons de le faire.

— C'était Angelika la responsable du coma de Jeff, confesse Eva en grimaçant et en tremblant de tous ses membres, — elle l'avait planté, juste parce que lui ne voulait plus d'elle.. Elle voulait le tuer... Elle a essayé.. Vraiment, essayé..
— Tu as donc vu rouge et as décidé de venger Jeffrey.

— Je ne voulais pas... mais je ne pouvais accepter qu'elle continue de.. de.. de.. Après avoir.. À cause d'elle, il a faillit mourir, Raph!! Alors je.. Alors, je...
— Eva, je comprends, fait simplement Raphaël avec compréhension et une légèreté qui fait brusquement réagir son interlocutrice en larmes,
— Mais comment peux-tu comprendre ?! Car non, tu ne comprends pas !! Ce n'est pas vrai, tu ne comprends pas, parce que, parce que ...
— Eva, je comprends, reprend encore Raphaël sur le même ton toujours, — moi, je comprends. Et je me contrefous de ce que tu as fait. Je t'aime. Tu pourrais limite m'arracher un bras à vif pour ensuite le manger sous mes yeux que je continuerais de te soutenir et de t'aimer. Je pourrais tuer, écarteler, éventrer, si tu me le demandais, ou changer de pays parce que tu fuirais quelque chose. Je pourrais parcourir le monde et l'univers pour te suivre. Et si tu dois un jour n'avoir que des ennemis et plus qu'un seul allié sur cette terre, et bien sâche que cet allié, ce sera moi. Si j'ai eu la force de vivre avec mon fardeau, je pourrais soutenir le tien sans aucun problème. Nous sommes deux dans les épreuves. La vie nous a parfois forcé à commettre l'irréparable, mais ça, cela restera à jamais notre secret. Nous sommes deux! Aujourd'hui moi je suis guéri de mon fardeau, je suis allé de l'avant et je te soutiendrais, mais à ce que je lis dans tes yeux, je ne suis pas certain que toi, tu sois aussi détachée que moi pour pouvoir continuer d'avancer, et ça m'effraie pour tout te dire.

— Je, je, je ne peux pas...

— Dans ce cas, il faut te faire aider.
— C'est ça, je vais aller voir un psy pour lui dire "salut, j'ai tué ma voisine de sang-froid, et je le vis mal!!!" Non, mais arrête la coke!!!! craque Eva.
— Si tu as besoin de sortir une telle réplique sur le canapé d'un psy pour aller mieux, alors je t'emmènerais de force le faire, Eva. Parce qu’il faut que tu acceptes enfin ce que tu as fais, pour que tu puisses aller de l'avant. Et puis tu sais, les psychiatres sont tenus par un truc qui s'appelle le secret professionnel... Si c'est le fait que cela s'ébruite qui te terrifie. Tu ne risques rien. Auprès de moi, tu ne risqueras jamais rien !
— Si je dois courir un risque, autant que je le cours... ça s'appelle la ju..justice...

— Tu m'abandonnerais ? Moi ? Tu refuserais de te battre pour moi au moins ? Je ne te crois pas. Et puis tu es bien mignonne avec ta "Justice", mais je n'ai pas vu de justice dans l'acte d'Angelika envers Jeffrey, perso.

— Je, je.. Arrête!! Tu n'as pas le droit de parler de me battre pour toi pour me faire culpabiliser!! Odieux manipulateur que tu es de te servir de mes sentiments!! Et puis de toute manière, Terry peut me briser avec tout ça!! Donc le pire arrivera, Raph!! Tôt ou tard, il arrivera!! Car s'il est en colère un jour, il pourrait, il pourrait.. Parce que quand on a la haine, on peut tout faire !! TOUT !! J'en suis la preuve !
— Il a quoi comme preuve pour t'accuser, Eva ? À part sa simple parole ?
— Je, je.. En hoquette la jeune fille entre deux sanglots, — ben euh... euh..
— C'est bien ce que je pensais alors, il n'a strictement rien pour t'accuser à part sa parole. La sienne contre la tienne alors ? Contre les nôtres, pardon ! Et est-ce que tu penses que sa parole à lui pourrait avoir plus de poids que celle de September ?
— Je, je.. Continue d'hoqueter Eva avec honte, cherchant désespérément un point invisible au loin pour y fixer enfin son regard désespéré, — je, je.. j'en sais rien...
— Donc voilà, tant que toi tu ne seras pas en paix avec toi-même en voulant vivre, Terry pourra en effet te faire du tort. Et c'est pour ça qu'il faut tu acceptes ce que tu as fait, pour que tu puisses ensuite, avec moi, aller de l'avant, avec volonté et conviction. Tu es quelqu'un de grand et noble, Eva, termine pour conclure affectueusement Raphaël en entrecroisant ses doigts avec ceux de son interlocutrice, — n'en doute plus. Parce que la seule meurtrière monstrueuse que moi je vois aujourd'hui, c'est cette Angelika qui a voulu t'enlever ton frère. C'était elle, le monstre qui tue de sang-froid un type qui ne l'aime plus. Par pur égoïsme! C'était elle, le monstre, et certainement pas toi. Et je te le répèterais aussi souvent qu'il le faudra, jusqu'à ce que tout ça soit très loin derrière nous, profondément enterré dans nos plus sombres souvenirs.