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Au même moment, les yeux de Jeffrey ont bien du mal à rester ouverts, ce soir, alors qu'il vient de boire cul sec son énième verre de vodka pure dans ce petit bar de la capitale où il est venu tenter de tester ses limites.
Voir combien de verres est-ce qu'il peut ingurgiter avant de faire un coma éthylique.
Pathétique but, n'est-ce pas. Mais boire lui permet au moins d'oublier très légèrement ses soucis, tracas, angoisse, frayeurs, et appréhensions.
Toujours autour d'un même sujet, bien évidemment...
Sa fiancée.
Qui fait désormais la morte. Plus aucune réponse n’a ses textos. Pas d'appels ni messages non plus. Rien de rien... Elle semble l'avoir zappé. Oublié. Sorti de sa vie...

Le jeune homme n'en revient toujours pas. Qu'une femme qui, après avoir accepté sa promesse de mariage, finisse par le jeter ainsi, à cause de la probable menace d'une vieille blonde attardée...
Oui Jeffrey juge mal sa mère désormais. Les insultes à son égard fusent incessamment dans son esprit. Il n'éprouve clairement plus la moindre once de respect envers la trainée méprisable qui l'a mis au monde.

Mais dans le genre garce, sa génitrice n'est pas la seule. Parce que son Ana, à lui... Qui s'est donc enfui avec leur enfant dans le ventre, n'est pas mieux, franchement...
Eh eh! Eh oui! Son Ana, la femme de sa vie, sa fiancée à lui et rien qu'à lui, était tout de même enceinte!! Magnifique, hein!! Qu'il braille au serveur avant de lui demander une nouvelle bouteille de vodka. La sienne étant déjà complètement vide!
— Ce sont des choses qui arrivent.. Mais c'est dur, je compatis, mec..
Il semblerait que ce pauvre barman essaie ainsi de réconforter le jeune Beckers.
Peine perdue.
Celui ci s'allonge sur le comptoir, la tête enfouie dans ses bras croisés, afin de méditer. Cuver lentement... Attraper vivement et de la main gauche la nouvelle bouteille qui vient de lui être déposée sous le nez. Allez hop. Il faut qu'il boive. Qu'il se remplisse un nouveau verre. Jusqu'à en dégringoler par terre... Il n'a pas besoin de méditer après tout. Il n'a rien à penser, rien à songer, rien à regretter, rien à espérer... Plus rien à rêver.
Car simplement tout à regretter...
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Il est tôt ce matin lorsque Raphaël pénètre doucement dans la chambre de sa malade préférée, en lui susurrant très vite un affectueux, — Coucou toi!, dès qu'il croise son regard qui se rive aussitôt dans sa direction.

— Tu viens tôt aujourd'hui!!! lui renvoit son interlocutrice, toute heureuse de le retrouver, l'air plus épanoui que jamais. A ses côtés, elle est une autre. Un être heureux...
— Normal, quitter cette chambre est un déchirement à chaque fois !! Te quitter est un déchirement !! répond avec sérieux Raphaël en se rapprochant du lit de son interlocutrice pour s'y allonger, tout en l'enlaçant d'un bras.

— Tu savais que Jeffrey était sorti de l'hôpital, hier ?! Je viens d'être mise au courant !! bougonne ensuite Eva à son amour, - je lui ai envoyé des textos pour demander des explications, mais que dalle les réponses, que dalle ! Je me demande ce qu'il fous et où il est...
— Je n'étais pas au courant non plus, rassure-toi, le prend avec amusement Raphaël, — bon en même temps on est pas si proches que ça lui et moi, donkeubon... !! Mais je crois qu'il traverse une mauvaise passe en ce moment à cause de sa copine...

— Justement!! Il faut que je sois là pour lui pendant cette "passe" ! Tu imagines la souffrance qu'il doit ressentir ?! C'est horrible ce qu'Ana lui a fait!!!!

— C'est sur, mais avant de songer à ton frère, pense un peu à toi avant tout. J'ai vu tes médecins et... est-ce qu'ils t'ont dit que tu étais en état de sortir de l'hôpital?

— Moui... hausse les épaules Eva, apparemment pas vraiment convaincue, son regard se rivant sur ses jambes. Comme presque tous les moments de son existence désormais.

— Tu remarcheras Eva, ne t'en fais pas, la rassure immédiatement Raphaël en cernant très vite son malaise, — tu vas faire ta rééducation avec assiduité et il n'y aura aucun souci. Et dans moins de six mois, tu gambaderas de nouveau partout! Les médecins t'ont bien dit que c'était possible! Que ça prendrait du temps, mais que c'était possible.
— Moui...marmonne Eva sans conviction, avec un léger sourire, pour faire plaisir à son interlocuteur. Lui faire songer qu'elle y croit encore. Qu'elle est encore pleine d'espoir.

— Pour revenir au premier sujet, tu ne voudrais pas sortir d'ici demain ? reprend Raphaël avec sérieux, — je ne supporte plus cette chambre, moi, elle me rappelle de trop horribles souvenirs.
— Je ne suis pas pressée de retrouver "la vie", moi... Enfin, je veux dire que... marmonne tout bas la jeune fille en triturant le drap de son lit, — enfin, je.. Euh... Terry... déjà... Et plein d'autres choses...
— Eh bien, romps avec lui pour la énième fois. C'est pas comme s’il sera surpris en plus, puisque c'est la routine de sa vie, que tu le largues pour moi, cet empaffé de substitution, se moque presque Raphaël avec une étonnante cruauté. Parce qu'il faut bien l'avouer, que dès qu'il est question de ce sale blond, il révèle toujours son côté le plus sombre. Cruel. — et ensuite, tu viens avec moi à l'appart. Qu'il continue ensuite avec beaucoup de sérieux. Voire avec frustration. Parce qu'elle a vécu aux cotés de son insipide rival, sous le même toit, pendant de trop longues semaines!! Ce souvenir lui tord évidemment les boyaux et l'oblige à se mordre les lèvres avec colère. — vu que tu as toujours le prétexte de vouloir fuir ta mère, personne du groupe des Memories n'aura de soupçons sur notre éventuel couple ! Je leur ferais croire que je ne fais que t'héberger ! Ça peut le faire! Ils ont tous une confiance aveugle en moi, dans ce groupe ! qu'il termine pour rassurer sa compagne sur l'excellence de son idée.

— Mais justement Raph', je.. Le truc, c'est que je ne peux pas rompre.
— Hum..? est immédiatement piqué au vif Raphaël, l'estomac noué, — hum...qu'est-ce que ça veut dire.. ? qu'il reprend ensuite d'un air sombre. Très agacé. Vexé. Frustré..

— Enfin, je le ferais, mais je, euh... enfin bref, je t'expliquerais plus tard, promis. Mais pas ici, car c'est, disons, compli.. Compliqué.
— J'espère qu'il ne te fait pas de mal, commence alors à craindre Raphaël devant la soudaine angoisse de sa belle, — tu as l'air d'avoir peur ! Je me trompe ?! qu'il enchaine, plus sceptique que jamais.

— Non, il ne me fait rien, ne t'inquiètes pas! le rassure aussitôt Eva, l'air ailleurs cependant.
— Bon... abdique Raphaël dans un haussement d'épaules pour reprendre sur son précèdent sujet, — alors si on dit que tu sors demain, tu irais chez lui de nouveau ? Hmpff...
— Je pense, oui.. Pour récupérer des affaires et retourner chez moi. Je n'ai plus de nouvelles de ma mère depuis l'autre fois où on l'a aperçu ici en coup de vent, et...
— Jeffrey va mal le prendre si tu reviens vers elle, Eva.
— Mais c'est ma mère! rappelle la jeune fille dans un sanglot, — elle est venue me voir, tout de même... Et tu l'as bien vue, toi aussi, à quel point elle a l'air mal. Alors, je me dis qu'il est peut-être temps de tenter quelque chose.. Je pourrais ensuite rappeler mon frère à la maison, car il faudrait qu'il renoue avec elle, parce qu'ils étaient proches, et.. Et il a besoin de stabilité en ce moment. De gens qui l'aiment... Et qui ne le lâchent pas du jour au lendemain !!
— Si tu le dis, en soupire de dépit Raphaël, terriblement agacé — mais encore une fois tu penses d'abord aux autres ! Alors alors je t'ai demandé de songer un peu à toi ! Et a nous, par la même occasion... Parce que je suis où, moi, dans tout ces beaux projets ?! Humpf !!!
*

— Terry !!! piaille Paula avec son habituelle vivacité dans les oreilles du concerné cet après-midi. La jeune fille est plus heureuse que jamais, aujourd'hui, et pour cause...

— C'est vraiiii ce que "Fan de" raconte?! September va beaucoup mieux et toutes ses opérations ont été des succès ?! qu'elle sautille sur place, plus souriante que jamais.

— Oui, lui répond simplement son blond d'ami en ne lâchant cependant pas sa basse. Bah, la jeune fille n'est pas vexée de cette légère indifférence. Depuis le temps qu'elle connait cette petite bande de musiciens, elle a appris à ne plus prendre la mouche lorsqu'elle se réalise moins importante que leurs instruments de prédilection!

— Petit salauuuuud ! qu'elle s'exclame en conséquence, grondant ensuite avec taquinerie, — tu ne pouvais pas me dire avant quand même ?! Des fois, t'es moyennement sympa !!!

— Je la fais sortir demain dans la matinée, reprend alors Terry, — si tu veux tu auras qu'à nous attendre devant chez nous! Mais à l'intérieur du hall hein, car depuis que les Mémo' l'ont fait passer sur leur scène, y'a toujours quelques blaireaux de photographes en bas de l'appart.

— C'est ça la vie de star, mais ça maaaaaaaaarche !!! en danse maladroitement de joie Paula, — euh, bon, je risque de me faire arracher les yeux, mais tant pis, je prends le risque ! Je compte sur toi pour arrêter le couteau qu'elle tentera de me planter dans le coeur quand elle m'apercevra !!