
En chemin vers la gare, il lui envoie tout de même un petit message instantané via téléphone portable pour lui annoncer qu'il s'en va quelques jours sur Berlin pour retrouver sa soeur et qu'il l'aime fort. Qu'elle lui manque déjà. -oui, il omet volontairement de lui parler de l'opération qu'il va bientot subir! Il voudrait lui faire la surprise...-

N'empêche, voilà une bonne chose de faite! Et grace à elle, il se sent mieux, du coup.

Car ne pas envoyer ce petit mot aurait signifié qu'il croit en la probable fin de leur merveilleuse histoire d'amour...

Ce qui est une abérration! Car le Ana&Jeffrey est, et sera toujours, quelque chose d'unique et d'indestructible!
C'est une nouvelle fois ce dont il se persuade en pénétrant dans son train, baillant a moitié. Il est tot, tout de même.. Et il n'a jamais été du matin!
*
Berlin, Berlin, enfin, le voici! Aaaaaaahhh! qu'il en sourit d'extase en mettant enfin un pied en dehors de la gare principale de sa ville natale.
Eh oui! Il est né et a grandi ici! Dans cette belle ville! Pourtant si froide, dès l'hiver revenu... Oui c'est sur, que comparé à Paris, son chez lui n'est pas une ville des plus chaudes, et il l'admet sans difficulté! Se dirigeant d'un pas tranquille -mais cependant assez rapide- vers l'hôpital où est censé l'attendre son ex beau-père. Ex parce que le fameux a rompu et divorcé avec sa mère. Ce qui ne déplait pas au jeune homme, d'ailleurs. Lui et ce très cher Erwan ayant toujours été tout, sauf, "copains comme cochons"... Avec nonchalance, il soupire. En tournant tranquillement le regard vers un petit kiosque à journaux où sont entreposés quelques canards.
Le gros titre d'un people pour ados attire soudain son attention.

"September accidentée!"

Ses pas se figent en conséquences et il cherche très vite un autre titre plus petit, plus complet, légèrement plus explicatif..

"Il semblerait qu'il n'y ait plus d'espoir!"

Biiip Biiiiiiiiiiiiip! Faisait le célèbre piaf de la looney tunes en détalant a la vitesse de la lumière!
Jeffrey n'aura que le cri de guerre de différent avec ce célèbre animal, lorsqu'il prendra brusquement ses jambes à son cou pour se ruer vers l'hôpital où il est censé retrouver son beau-père. Cet espèce de débile profond lui en dira surement plus au sujet de la sombre affaire de l'accident de sa soeur!
*

- Merci beaucoup de m'avoir indiqué l'adresse, Erwan.. Remercie poliment et très sincèrement Raphaël en arrivant vers le concerné, dans la salle d'attente, devant l'accueil de ce grand hôpital.
En effet, lorsque l'adolescent a été mis au courant de l'accident de sa demie soeur illégitime par un journal populaire, il s'est bien entendu rué sur son téléphone portable pour appeler ce pianiste qu'il connait bien désormais.

Il le retrouve donc là, ce matin, assis sur cette chaise de salle d'attente avec un air abattu qui fait pitié à voir, et une dégaine qui ne lui ressemble pas... : une chemise boutonnée à la va-vite qui retombe avec désinvolture sur un pantalon à peine repassé ? Non, en effet, le jeune Bauer n'avait encore jamais constaté ce célèbre pianiste dans un tel état...

- Y a pas de quoi, renvoie le musicien, l'air triste, pour répondre a son jeune compagnon, tout en le saluant en même temps, avant de lui souligner avec sérieux que, - mais tâche de ne pas trop diffuser l'info.. Déjà qu'on craint qu'il y ait des fuites, vu le nombre de journalistes que j'ai vu passer discrètement avec leurs caméras miniatures...

- Tu veux que je jette un oeil sur le net? Sur youtube..?
Tellement désemparé par tout ce qui arrive, Raphael est bien entendu prêt à tout, comme d'habitude, pour soulager les peines de son entourage, les aider à supporter, les aider à s'en sortir, jouer au bon samaritain..
Peut-être un peu trop, d'ailleurs... Qu'on lui a souvent fait remarquer par le passé! Ses amis, le plus souvent.

- Non, c'est bon.. Et puis de toute manière, tu ne pourrais rien y faire. En plus, pour l'instant, on a plus important à penser, en soupire d'indifférence Erwan, décidant de se focaliser désormais sur une seule et unique chose. Une seule et unique personne... Petit être humain qui se meurt lentement à quelques mètres de là, derrière des murs hideux et blancs, appareillé par diverses machines qui le maintiennent tant bien que mal encore en vie...

- Erwaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan! surgit brusquement Jeffrey dans le couloir, complètement essoufflé après une course effrénée, perturbant ainsi le silence des lieux,
- où est-ce qu'elle est ?!?

L'expression de son visage trahissant sa terreur et son désespoir, sur le coup, son interlocuteur adulte s'en sent gêné affreusement,
- Euh.. Mais qui donc? qu'il tente alors.

- À d'autres!!!!!! crie sans prévenir Jeffrey, en questionnant ensuite avec colère, dans ce qui s'apparente plus a un sermon qu'à autre chose, - pourquoi ne me l'as-tu pas dit?! Pourquoiiiiii?!
- Je vais dire aux infirmiers que tu es arrivé, Jeff, assieds-toi et reprend ton souffle pendant que... reprend calmement et à nouveau Erwan,

... avant de se faire pousser violemment en arrière par son ex-beau-fils, alors qu'il tentait de rejoindre l'accueil de l'établissement.

- Dis-moi ce qu'elle a ou je t'arrache la tête! qu'il se fait menacer furieusement par un agresseur devenu haineux qui affiche un visage encore rougit et transpirant à cause de sa récente course à travers tout Berlin.

- Elle va bien, Jeff. Là, elle est en salle de réanimation, elle est tirée d'affaire, je te le promets.

À l'écoute de cette affirmation, Raphaël lève évidemment un sourcil, perplexe : pourquoi un tel mensonge est-il proféré au frère jumeau de la blessée, puisque celle-ci n'est pas, aux dernières nouvelles, toute pimpante et tirée d'affaire?

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé hier soir au tèl, alors?! ne veux pas être dupe Jeffrey, cherchant la faille, l'anguille sous sa roche, l'entourloupe, - tu me caches quelque chose!!!
- Parce que tu te serais inquiété, tout simplement. Et que ce n'est pas bon pour toi. Maintenant, assieds-toi et laisse-moi quelques minutes que je les prévienne de ton arrivée...

Reconnaissant avec douleur que la réaction de son interlocuteur venait tout de même d'une bonne intention, Jeffrey le libère brutalement en déglutissant avec rage.

- Quoi?! Qu'est-ce que t'as, toi?! qu'il beugle ensuite en direction de son demi-frère illégitime, tout en se laissant tomber sur l'une des chaises de la salle d'attente ; tandis que son beau-père se presse déjà vers l'accueil de l'hôpital.

- Je devrais avoir quelque chose? reste malgré tout stoïque Raphael, pourtant très agacé par le comportement des plus déplacés, dans un tel lieu, de son interlocuteur,

- Bah j'sais pas, tu me fixes bizarrement!! C'est donc que t'as un problème!! Un poil de cul défrisé, sans doute!! est toujours aussi nerveux Jeffrey, pensant encore à sa soeur.

- Pourquoi es-tu là? Je veux dire, à part pour Eva...

- Touche à ton cul, t'auras des verrues! bougonne le jeune Beckers pour réponse, pas du tout enclin a parler de sa vie et de ses problèmes de santé à ce type qu'il juge abruti à cause de l'ombre qu'il lui a si souvent fait de l'ombre dans le coeur de sa jumelle...

- Très fin, renvoie Raphaël.

- C'est bon, Jeffrey, finit par revenir Erwan d'un pas rapide vers le concerné, reprenant ensuite, en désignant du regard deux infirmières, toujours en direction de son ex-beau-fils et dans un soupir, que, - elles vont t'emmener, et... te préparer pour l'opération. Alors, lève-toi, et suis-les. Moi, je vais attendre ici. Et je pense que ta mère ne devrait plus tarder, maintenant...
- Mouais, ne trouve rien d'autre à marmonner le jeune cardiaque en se relevant de sa chaise pour se mettre en chemin vers les fameuses infirmières, très sceptique cependant.

Une sorte de pressentiment... De douleur plutôt étrange en plein milieu de sa cage thoracique. Comme si son corps tout entier tentait de lui souffler quelque chose...

Parce que... cela semble bien être une drôle de coïncidence, n'est-ce pas?..
Que pile le jour de son opération, sa jumelle se retrouve, elle aussi, hospitalisée..?

- Qu'est-ce qu'il a? n'attend pas pour questionner Raphaël en direction de son comparse pianiste, tandis que Jeffrey disparait de leur champ de vision.

- Tu n'étais pas au courant? semble surpris Erwan, en informant aussitôt après, - il est malade du coeur, et là, il va se faire opérer.
- Oh... s'étonne pendant les premières secondes Raphaël, avant de lever soudain les sourcils avec terreur pour reprendre très vite, - mais, mais, mais?? Est-ce que?!? Mais, mais, mais?!??? Ne me dis pas que?!??
- Noooon!! Malheureux, mais qu'es-tu allé chercher, voyons?! sauve très vite la mise Erwan, - cela n'a rien a voir, je te le promets.. Eva va s'en sortir! Elle est actuellement au bloc, mais elle ne devrait plus tarder à être emmenée en salle de réanimation! Qu'il ment effrontément en se relevant de sa chaise pour se diriger vers l'un des ascenseurs de cet étage : l'opération des jumeaux va avoir lieu au deuxième et ce n'est pas ici qu'il veut poireauter inalement, mais plutôt devant le bloc opératoire...
Intrigué, Raphaël se relève à son tour pour se mettre à le suivre.
- Tu.. Tu n'es pas obligé de rester, Raph'. Tu peux rentrer chez toi si tu veux... lui grommelle alors Erwan, légèrement stressé.
*

C'est en effet une très étrange coïncidence..
Que juste le jour où enfin, il se retrouve dans cette blouse médicale à petits carreaux, sa soeur jumelle se retrouve, elle, dans une autre pièce de cet hôpital... En réanimation, soi-disant.

Les jumeaux ont toujours été très liés et ont toujours tout fait ensemble... Certes. Mais là, dans ce cas là, juste dans ce cas-là, Jeffrey trouve tout de même leur osmose devenue franchement des plus surprenantes..

Et cette incessante douleur qu'il ressent dans la poitrine n'est pas là pour le contredire. Oh que non...
- Êtes-vous à jeun? qu'on va le questionner tout à coup, le sortant ainsi, et plutôt brutalement, de sa rêverie.
- Hein, de quoi? Euuh, oui.
- Très bien, alors! Qu'on va alors lui rendre avec un sourire. Une bien jolie infirmière qui se prépare ensuite à rouvrir la bouche pour lui prononcer autre chose, quand tout à coup, il lui lance brusquement,
- Avant tout, je veux voir ma soeur! Emmenez-moi voir ma soeur! Eva Beckers, September, j'sais pas comment vous l'appelez ici!
- C'est impossible, monsieur. Elle est actuellement en.. Réanimation.
- Pas de soeur, pas d'opération! se relève alors d'un bond Jeffrey du petit lit sur lequel il attendait sagement avant de passer sur la table, tandis que la grande porte du bloc opératoire s'ouvre en grand pour laisser passer une équipe de chirurgiens, fin prête à commencer sa longue et pénible journée de travail.
- Qu'est-ce qu'il se passe, ici? demande l'un des hommes en blouse verte avec suspicion, perplexe de voir leur futur charcuté se diriger avec hâte vers une table où sont soigneusement pliées et posées ses affaires personnelles, - hum, s'il vous plait, jeune homme?!
- Je, je.. N'arrive qu'a lui balbutier pour explications l'infirmière qui avait pour mission de préparer le futur opéré, - il, il.. Euh...
- C'est fini, on arrête tout, marmonne Jeffrey en enfilant son pantalon par-dessous sa blouse, la retirant ensuite vivement pour renfiler son sweet-shirt à lui, le tout sous les regards complètement ébahis des chirurgiens, - Euh ?! Le programme aurait-il changé sans que nous en soyons informés?
~ Les mensonges trompent l'esprit, mais ne trompent pas le coeur... ~
Et c'est pour cette raison que le jeune Beckers ressort d'un pas rapide, sans un mot de plus, de la salle d'opération ; laissant ainsi, et derrière lui, une équipe chirurgicale qui tombe des nues.