*

- Allo ? Oui, bonjour !
[...]

- C'est lui-même !
[...]

- Que.. que... ? J'arrive immédiatement ! Je suis sur place dans un quart d'heure !!
*
Veiled - Adrian Von Ziegler ♪
C'est en courant comme un fou furieux qu'Erwan Muller pénètre dans ce grand hôpital de la capitale pour se précipiter vers l'accueil de l'établissement : sur ses pas, et bien évidemment, cinq ou six reporters se pressent, caméra sur l'épaule...
En effet, dans sa panique et précipitation, le célèbre pianiste des ex-Memories n'a pas pris le soin de passer par une éventuelle entrée de derrière, voire de sortir de sa voiture personnelle escorté de ses gardes du corps qui le couvrent habituellement des médias.
- Monsieur Muller, monsieur Muller, confirmez-vous la rumeur de l'accident de September? Confirmez-vous qu'elle vient d'être amenée d'urgence dans cet hôpital? Est-ce pour elle que vous êtes venu ici? Êtes vous inquièt? qu'on osera l'enchainer alors qu'il continue sa course vers le bureau d'accueil,

- Fermez vos gueules ou j'en prends un pour taper sur l'autre, qu'il rétorquera alors en reprenant sa course, continuant de grogner de loin à ses poursuivants, - et le premier qui ose me suivre, je lui fais retirer sa carte de journaliste, je vous préviens !
*
- Monsieur Muller..! Elle est au bloc opératoire, au deuxième étage, troisième couloir sur la gauche ! fera très vite la secrétaire de l'accueil en voyant le concerné se hâter vers elle, rougissant à moitié : c'est un évènement tout de même ! Évidemment la première fois de toute sa vie que la jeune femme ne se trouve à moins de trente mètres de l'un des membres de ce groupe qu'elle idolâtre tant !
- Merci, répondra sans attendre le pianiste avant de se ruer vers les ascenseurs, le coeur battant et l'esprit en panique. Les mains moites, les jambes flageolantes, et pour finir, les larmes aux yeux...

...Lorsqu'il arrive enfin dans le fameux couloir menant au bloc opératoire où l'on a emmené sa belle-fille.

Complètement désespéré et harcelé et mille craintes, il se laisse alors tomber sur l'une des chaises en plastique des lieux pour se prendre la tête entre les mains et prier. Une larme roule le long de sa joue. Une, puis deux, puis trois...

Un très, très, très mauvais pressentiment l'assaille...
*

Deux heures d'attente plus tard, le pianiste des ex-Memories voit enfin sortir de la salle d'opération l'un des médecins qui a dû s'occuper de sa belle-fille accidentée.
Sans hésiter, il se relève alors d'un bond de sa chaise en plastique pour s'en aller à sa rencontre, l'air inquiet et les yeux encore rougis par les nombreuses larmes qu'il vient de verser, pour que la femme chirurgien en blouse blanche lui mette amicalement une main sur l'épaule en lui faisant d'une voix sombre que les nouvelles ne sont pas bonnes.

En effet, il est avoué que la jeune blessée est dans un état critique : un éclatement de la rate, de nombreuses côtés cassées, le poumon droit sévèrement perforé, un grave traumatisme crânien et une importante perte de sang sont pour l'instant à noter sur l'addition de la jeune fille hospitalisée. Pour l'instant... Parce qu'elle peut encore se rajouter de nombreuses complications au fil des heures, voire minutes..

En clair, et c'est avec tristesse que le médecin se sent obligé de l'avouer à son interlocuteur : la jeune September semble condamnée.

Erwan en reste figé de stupeur, le regard vide et la gorge nouée. Il ne trouve rien à ajouter.

Mais il doit pourtant faire un choix, reprend alors le médecin avec toujours cette même gêne ; celle de devoir toujours aborder de douloureux sujet avec des gens qui sont en train de perdre des êtres chers..
- De.. De quoi? ne comprend évidemment pas le pianiste Muller, complètement perdu, - de quoi parlez-vous..?
Des affaires personnelles de la jeune September dans lesquelles ils ont dû jeter un oeil pour identifier leur malade afin d'être certains qu'il s'agissait bien là de la jeune chanteuse et non d'une brunette qui éventuellement lui ressemblerait.
Bref, des affaires personnelles où ont été trouvées des lettres clairement mises en évidence sur le dessus, ainsi que des papiers d'identité, une carte de donneur d'organes...

Des lettres.. Dont l'une d'elles était adressée directement à l'hôpital -ce qui a bien évidemment terriblement surpris les médecins qui l'ont remarquée!-, qui stipule clairement que le pianiste célèbre doit être la seule personne à être contactée en cas de besoin, car il est aujourd'hui son unique tuteur légal. Et pour cause... aujourd'hui est pile le jour où les formalités de demande d'adoption de l'homme envers sa belle-fille prennent effet. Aujourd'hui, sa belle-fille devient sa fille, légalement parlant....
Erwan n'en revient pas et tombe de plus en plus des nues. Attrapant d'une main tremblante les lettres que son interlocutrice lui tend ; après qu'elle les ait ressorties de la poche de sa blouse où elles étaient soigneusement pliées ; il commence étrangement a voir un lien entre le désormais lien légal qui l'unit a sa belle-fille, sa nouvelle et ridicule carte de donneur d'organes, et ce soudain accident de la route...
La femme médecin continue de s'exprimer. Expliquant a son interlocuteur qu'elle a interprété, elle, dans ces feuilles de papier A4, des sortes de dernières volontés, avant ce qui semble être une sorte de suicide. Des dernières volontés qui demandent clairement qu'en cas de soucis graves, si la jeune fille était dans un état critique, que l'on ne tente rien pour lui sauver la vie. Que son coeur soit greffé à son frère jumeau dont les contacts téléphoniques sont cités plus loin. Et enfin que le seul a devoir être questionné a ce sujet ne devra être que son désormais tuteur légal, qui donnera immédiatement et sans aucun doute son aval pour cette transplantation.
À l'écoute de tout cela, Erwan en titube d'incompréhension et de désespoir, reculant de quelques pas et se laissant de nouveau tomber sur l'une des chaises du couloir, les yeux plus embués de larmes que jamais, le dos lourdement adossé contre le dossier de sa chaise et le regard planté sur le plafond de la salle d'attente.
Respectant l'éthique, reprend le jeune médecin, lui et son équipe de chirurgiens devraient tout tenter pour essayer de sauver cette vie agonisante, et ce, même s'il s'agit de nombreuses opérations à risques et que les chances de survie de la blessée avoisinent à peine les 5%, mais ayant découvert que la concernée a déjà écrit une sorte de testament emplit de dernières volontés, ils sont bien obligés de se tourner désormais vers celui qui semble être légalement sa dernière famille pour avoir une confirmation sur les décisions qu'ils devraient prendre dans les heures a venir. Peut-être souhaiterait-il, lui, respecter les derniers souhaits de la jeune chanteuse... ? Leur imposer de la plonger dans le coma, le temps que le nécessiteux de la greffe ne se rende ici pour recevoir son don..?
- Je.. Je.. N'arrive qu'à marmonner le pianiste effondré, complètement perdu et à bout nerveusement : sacrifier la vie de sa belle-fille pour apparemment sauver celle de son beau-fils d'un problème de coeur que lui-même ignorait ?
Les mains toujours tremblantes, il continue de lire ces lettres presque incompréhensibles à ses yeux.
- Je vais vous laisser un peu de temps pour réfléchir, je suppose que vous avez besoin d'être seul.. Lui fera alors son interlocuteur en blouse avant de tourner les talons pour retourner dans son bloc opératoire.

À bout, le pianiste désespéré s'effondre une fois de nouveau seul dans ce grand couloir glacé : il pleure et geint en demandant à l'aide, sans se soucier de la présence...

... D'une vile caméra à l'autre bout du couloir : un photographe véreux qui se délecte évidemment du malheur de cet homme célèbre en rêvant du scoop qu'il va offrir le lendemain au journal pour lequel il travaille.

Mais Erwan n'a en ce moment pas le coeur à se soucier de ce que l'on pourrait raconter dans quelques canards pathétiques dans quelques heures, puisqu'il se retrouve face à une décision affreuse qu'il est le seul à devoir prendre à tout prix. Le seul parce que sa belle-fille adorée avait apparemment tout prévu... Que juste aujourd'hui, lorsqu'elle serait légalement considérée comme sa fille, elle le mettrait au pied du mur avec "sa promesse". Celle de "donner son aval si on venait le lui demander.. ". Piégé. Son Eva l'a clairement piégé et ce ne sont pas ses yeux inondés de grosses larmes qui vont l'empêcher de le réaliser... Piégé. Elle l'a totalement piégé.. En sachant très bien qu'il ne saurait aller à l'encontre de sa décision. Qu'il ne pourrait pas. Que son coeur ne pourrait la trahir, tout en ne sachant se résigner au fait de la sacrifier sur l'autel du don d'organes. Et ce, même si on la prétend condamnée! Sur le coup, son égoïsme se met à parler tout seul et il se met à souhaiter ardemment que cette équipe de médecin tente le tout pour le tout pour la sauver !
Mais et si cela était vain ? Et si, comme on vient de le lui rappeler il ya quelques minutes, l'état de sa belle-fille était réellement critique ? Est-ce qu'ensuite, de là-haut, elle ne lui en voudrait pas de l'avoir laissé mourir sans qu'elle puisse essayer de sauver son frère jumeau qu'elle aime tant ?
Si. Surement.
Elle lui en voudrait énormément.
Le pauvre homme s'effondre à nouveau en s'attrapant la tête entre les mains pour pleurer avec désespoir. Cette décision est bien trop difficile à prendre et assumer pour son pauvre coeur. Il ne pourra pas. Il ne saura pas! Comment avait elle pu lui faire ça !! Lui imposer un tel choix !!!