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- Ça suffit maintenant! Tu vas me dire ce qu'il ne va pas, à la fin?! perd soudain patience Terry Dreher ce soir, dans son appartement, car excédé par ce que semble être devenu sa petite amie depuis quelques jours ... : un zombie.

Voilà, c'est cela, un zombie.
Un être sans vie ni énergie qui ne vit plus, mais qui survit. Une paumée sans cesse épuisée -alors qu'elle ne fiche rien de ses vacances- qui ne fait plus rien à part mentir aux questions sur son état! "- oui ça va!" qu'elle ose sans arrêt bafouiller lorsqu'on le lui demande! Prenant sans doute ainsi tout son entourage pour les premiers abrutis du coin..

- Mais ça va.. Qu'elle tente ce soir encore, d'ailleurs, avec cet air nonchalant qui semble signifier qu'elle se contrefiche de la question que l'on vient de lui poser.

- C'est le décès de ton amie qui te mets dans cet état la?! cherche une nouvelle fois de creuser Terry : oui parce qu'il ne voit que cette raison qui pourrait éventuellement expliquer que son enjouée de petite amie ait aujourd'hui totalement disparu! - mais dans ce cas, pourquoi ne m'en parles-tu pas?! Si tu es si mal que ça, parle-moi! Ouvre la bouche! Vide ton sac! Bordel! Tu ne l'as même pas encore pleuré depuis qu'elle est morte! Alors que ça te ferait sans doute du bien! Alors pleure! Chute! Tombe! Et moi je serais là pour te rattraper...

- Oui et non... Que c'est à cause de...
- Comment ça, "oui et non"?
- Tu.. Tu ne comprendrais pas, Terry.. Mais si je te saoules, je peux m'en aller. D'ailleurs, ça fait un petit moment que j'y pense, parce que..

- Jamais tu ne me saouleras, idiote! prend soudain peur le blondinet bassiste, - et plutôt mourir que de te voir t'en aller, m'enfin... Mais je veux que tu me parles!! C'est insupportable de vivre aux côtés de quelqu'un qui souffre sans pouvoir faire quoi que ce soit pour l'aider!!

- Je-je... N-Non.. Si tu savais.. Tu me haïrais... commence à sangloter de désespoir la jeune fille en triturant la couette moelleuse du lit sur lequel elle est assise, - je.. je.. Tss.. Finalement, je devrais te le dire, oui, pour que tu arrêtes de m'aimer à tort en pensant que je suis quelqu'un de bien...

- Je ne t'aimerais jamais à tort, en reste stoïque et agacé Terry avant d'enchainer avec toujours ce même sérieux inébranlable,
- Alors quoique tu aies fait, sache que je serais toujours là. Et je te rappelles que je t'aime depuis le premier jour et que mon amour pour toi n'a jamais failli durant tous ces mois. Alors rassure-toi en te disant que je peux tout entendre!
- Oui, mais là, c'est vraiment horrible, Terry...
- C'est en rapport avec la petite Angelika? Sa mort? Tu saurais quelque chose à son sujet qui te ferait culpabiliser?

- Pire! lâche d'un coup sec la jeune fille, exténuée de garder en elle ce trop lourd secret, avant de s'interrompre brutalement pour pleurer à chaudes larmes dans ses mains,
"La culpabilité n'est, après tout, qu'un sentiment de compassion à l'égard de la détresse et du malheur que l'on a causé" [Valère Staraselki]

- Fais ce que tu as à faire maintenant! Fais! Je le mérite de toute façon! Je le sais! Je suis un monstre!!
- Pire que sa mort? J'essaie de comprendre...
- Arrête! Tu as très bien compris, Terry!! continue de sangloter à chaude larmes Eva en fuyant désespérément le regard de son petit ami, - allez, fais ce que tu as à faire! Vas-y..! Prends le téléphone, et.. et..

- Tu.. Tu l'as... ? Toi.. ? Arrête, ce n'est pas possible...Mais euh, Je ne comprends pas... en déglutit d'étonnement le jeune homme en tombant littéralement des nues et en se précipitant sur son lit pour se rapprocher de son interlocutrice afin de la prendre chaleureusement dans ses bras,

- Eva, dis-moi que je me trompe..? qu'il questionne ensuite avec incompréhension, l'air désespéré, - parce que pourquoi.. Toi ?.. Non, toi, tu n'es pas capable de faire ce que je pense...

- Depuis qu'on a su qu'elle était responsable du coma de mon frère, Terry.. Je m'étais juré de la faire payer un jour où l'autre, révèle d'une traite la jeune fille, lasse de lutter, lasse de mentir, à la limite désormais prête à en subir les conséquences, - ensuite, je-je.. j'ai bien essayé d'arrêter d'y songer, surtout lorsque j'ai vu que mon frère se fichait qu'elle soit punie, mais...

- Eva c'est monstrueux, ce que tu as fait. Tu en as conscience au moins?! reste sage et paternel Terry Dreher, en secouant vivement son interlocutrice - tu n'es pas dieu Eva, tu ne décides pas de qui doit vivre ou mourir... Et c'est parce que personne ne l'est qu'on a créé la justice!

- Bien sûr que j'en ai conscience! Et j'ai essayé de lâcher l'affaire et de passer au-dessus, mais plus elle m'appelait pour passer des après-midi avec elle, plus elle me voulait à ses côtés, et plus j'avais envie de la voir disparaitre de la surface de cette terre... Parce que son existence me rappelait sans cesse les semaines de coma de mon frère, et ça... Je voulais tellement qu'elle paie...
- Ce n'est pas une raison, et je m'inquiète en me demandant ce que toi, tu penses aujourd'hui de tout ça...
- Je sais que j'ai mal agis, arrête! J'aimerais revenir en arrière, car même si elle le méritait, car cette pute a tout de même poignardé mon frère!! Avec pour seul punition un petit séjour chez les fous, non mais quelle bonne blague!! Le poids de cette culpabilité est insupportable à porter... J'aimerais tellement revenir en arrière pour changer tout ça... Je suis désolée de te faire honte, de te décevoir...
- Bon, bon, bon... Tais toi maintenant, mon Eva ne parle pas comme ça! Bref, tu as laissé des preuves? Je veux dire, elle est morte d'empoisonnement, je crois, et..
- Je portais des gants, les ais retirés avant d'appeler à l'aide et plus tard je les ais brûlés. Alors non, je ne pense pas que...
- Bien. C'est déjà ça.

- Pardon? s'en retourne vers son interlocuteur la jeune fille, complètement sidérée, - c'est tout ce que tu trouves à dire?! Je-je viens de t'annoncer que je-je... que je suis un monstre, une meurtrière, un..
- Et j'ai pris note : tu as fait une grosse grosse bêtise dans un instant de folie, mais ta culpabilité prouves que tu en as conscience. Enfin j'espère, hein, grogne le jeune homme avec dépit, avant de reprendre dans un long soupir, - Et je te connais assez pour savoir que tu es quelqu'un de bon... Je ne peux donc pas te donner le mauvais rôle... Tu n'en as pas le visage.... Et même si ce fichu lien avec ton frère me fait flipper, je ne t'abandonnerai pas, sois en certaine. Mais il va tout de même falloir que tu apprennes à te sevrer de lui sérieusement pour que tu arrêtes de vouloir jouer les justicières dès qu'un blaireau tentera de nouveau de lui faire une crasse! Parce que dis toi que s'il est comme toi, lui aussi, et bien on peut dire que l'humanité est pas dans la merde...Hein.. qu'il semble terminer ensuite sur une pointe d'ironie, en resserrant un peu plus son emprise autour de son interlocutrice, - Bref... Maintenant... Tu peux sécher tes larmes et faire une nuit entière de sommeil ce soir, car je suis là, et... et nous traverserons cette épreuve ensemble.

- Mais-mais, Terry.. ne peux évidemment pas s'empêcher de se remettre à sangloter la jeune fille, les lèvres tremblantes elle aussi, - mais-mais.. tu-tu...je rêves ou tu...?
- Arrête de pleurer!!! Il faut que tu arraches à tout prix la page de cet évènement. Car pour que tu t'en sortes, il faut vraiment que tu te remettes, puisque c'est en étant dans cet étât là, où ta culpabilité est presque gravée sur ton front, que tu éveilleras réellement les soupçons et ça, et bien c'est hors de question! Alors s.t.p., redeviens mon Eva, celle que tout le monde connait, et on va se persuader que tout ce qui s'est passé ces derniers jours n'a jamais existé : Angelika n'a pas eu de chance, elle s'est fait empoisonner par une voisine de chambre qui la détestait... C'est.. C'est affreusement ballot, mais tu n'y peux rien. Toi, toi la meilleure amie désormais si malheureuse de l'avoir perdue... tente de conclure sur une nouvelle petite touche des plus ironiques Terry, de nouveau dans un long soupir de lassitude, voire d'incompréhension sur sa propre réaction face à toute cette histoire.
- Je.. je.. O-Oui.. , va simplement en renifler de bonheur la blondinette à court d'arguments, toujours perdue mais aussi -et ça, elle doit bien se l'avouer- des plus comblées : rien que grâce à quelques mots, un sourire, la certitude d'une présence, - je-je... je t'aime...qu'elle continuera ensuite, tremblante, le coeur battant la chamade et toujours en larmes, tout en se jetant littéralement sur son interlocuteur pour se blottir amoureusement dans ses bras alors que lui se laisse tomber de dos sur son lit,

- Je-je.. je t'aime.. et.. pardon... qu'elle lui répètera ensuite très tendrement, une bonne dizaine de fois au moins.. Avant de finir par s'endormir dans le creux de ses bras, le coeur et l'esprit apaisé.
Ce soir, elle n'est plus seule, à porter son fardeau.