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À quelques rues de là, un projet "cinéma" semble avoir été annulé... Et pour cause, la jeune Beckers n'arrête désormais plus de sangloter, la tête enfouie dans le torse et les bras de son compagnon de soirée.

Et cela fait au moins dix bonnes minutes que cela dure..

Pourtant, la jeune fille ne voulait pas craquer ici, et maintenant, peu après avoir quitté cet autre couple insupportable, au bras de son ami Terry.

Oui, elle aurait bien voulu continuer à rester forte, en marchant tranquillement et paisiblement, un sourire faux esquissé sur les lèvres, afin de faire croire au monde entier que le bonheur était en train de sévir dans sa vie et dans le meilleur des mondes!

...Hey Lady...
Mais son blondinet n'était pas dupe : au bout d'un moment, il avait bien fini par arrêter ses pas en lui disant qu'il valait mieux qu'ils n'aillent pas voir "New Moon", ce soir. Qu'il y aurait de toute manière des rediffusions du film pendant au moins encore un mois! Il riait, en disant cela. Il tentait de la faire rire, elle aussi, avec cette tentative.

Et il avait, oui, on peut le dire, un petit peu réussi son coup. Puisque sa compagne lui avait ensuite souri timidement, dans un bégaiement plaintif, que son idée n'était pas bête du tout! Avant de baisser les yeux en direction du sol, pour sans doute tenter de puiser en lui la force qui lui manquait ce soir.

- Tsss, viens là, n'attendait alors plus pour lui murmurer son comparse en la prenant soudain dans ses bras pour la ramener contre lui et la caliner, - ne souffres pas pour lui, il n'en vaut pas la peine..

- M-mais.. M-mais, et-et.. Et toi.. co-comment peux-tu être au-aussi... au-aussi.. a-avec m...

- La raison, tu la connais... Je te l'avais déjà dit à l'époque.
*

Pendant ce temps, et à des centaines et des centaines de kilomètres de là, Jeffrey rentre une nouvelle fois chez lui en fulminant.

Et pour cause... Cela va faire cinq fois, avec celle-ci, qu'il marche à pince jusqu'à la cabine téléphonique la plus proche pour se ruer dessus et tenter d'avoir le portable de sa soeur, quelques minutes, au moins!
Un appareil toujours éteint, comme par hasard...

C'est toujours lorsque l'on a besoin de passer un appel urgent que l'autre pecnot derrière a éteint son téléphone, de toute manière!! qu'il rage en pénétrant furieusement dans son minuscule appartement aux meubles rares, où l'attendait sagement une petite amie en train de s'essayer à la cuisine.

- Alors, toujours pas? qu'elle ose encore lui faire. Exactement comme les quatre précédentes fois.

- J'vais la buter, là, sérieux!! Quand je l'aurais, je vais te l'insulter comme un poisson pourri, qu'elle ne s'en relèvera pas!!! Bordel de sa race de merde quand même! En gros, elle a pas allumé son portable de la journée, quoi!!

- Tu lui as laissé des messages?

- Ouais, deux! Mais c'est cher la communication, tu verrais à quelle vitesse les crédits diminuent dès que son putain de répondeur -gnagnagna, je ne suis pas là pour le moment, gnagnagna!!- se lance!!

- Oui, les appels à l'étranger, ça douille, ce n'est plus un secret pour personne, Jeff!
- Sylvain!
- Euh, Sylvain..!
- Quoi encore?! braille de nouveau Jeffrey, en direction de la porte de son appartement, cette fois : parce qu'il vient d'entendre toquer...

- Oui?! qu'il fait alors après s'être précipité pour ouvrir à ce qui semble être un voisin : un homme de couleur, à première vue. Un homme qu'il a déjà croisé dans la cour de sa résidence, souvent accompagné d'une jeune femme de la même couleur de peau que lui,
- Oui? Vous vouloir? qu'il lui demande alors, dans une tentative de baragouinage français.
- Vous souhaitez la bienvenue, tout simplement.
- Euh.. commence à plisser les yeux Jeffrey pour tenter de comprendre un traitre mot de ce que son interlocuteur étranger tente de lui annoncer,

- ma puuuce? qu'il appelle alors très vite en renfort, - tu peux venir m'aider, s.t.p?

- Allemands, non? Deutch?

- Yeah! Deutch! reprend alors Jeffrey, ravi d'avoir pu comprendre au moins un mot de la conversation de son interlocuteur.

- Bonjour! vient enfin l'épauler sa petite amie, - nous vivre Allemagne d'habi-tude, nous être tout nou-veau a Pa-ris! Alors, pas très bons pour parler France. Désolée!
- Pas de problèmes, mademoiselle! Vous préférer parler anglais, peut-être? English?

- Non! Pas bien, nous vouloir apprendre bien la France, alors de-voir parler beau-coup France!

- Okay ma belle! Moi, me, le beau black, là, je m'appelle Dozen*! Do-zen! Et toi? And you?

- Enchantée, Do-zen! Moi être Ju-lie! Et lui, Syl-vain!
- Enchanté alors, Julie et Sylvain! Bienvenue, welcome, dans la résidence!

- Qu'est-ce qu'il a diiiiiiiit? questionne Jeffrey peu après, perplexe, lorsque sa petite amie termine de refermer poliment la porte derrière leur voisin qui s'en va désormais d'un pas léger, heureux d'avoir de nouveaux voisins a l'allure bien sympatique dans cet appartement à l'époque habité par une vieille bique acariâtre qui selon la rumeur, mangeait les chats du voisinage!
- Il a dit que tu étais le plus beau et que je t'aimais à la folie! lui susurre d'un air amusé sa blondinette en retour et en lui déposant un doux baiser sur le bout des lèvres.