
- Que fais-tu là..? questionne aussitôt Eva dans un soupir tout en se dirigeant vers le lit de son frère. C'est à peine si elle calcule la présence de son pourtant petit ami...

Et cette réaction intrigue bien évidemment Raphaël.

Aurait-elle perdu la notion du temps? Oublié qu'elle ne l'a pas revu depuis plus d'une semaine? Son indifférence le blesse profondément. Il se réalise réellement insignifiant aux yeux de celle pour qui il a tant pleuré au cours de cette dernière semaine. Mais après tout, qu'espérait-il... Un avenir à ses côtés peut-être? La blague..

- Je constate que je t'ai manqué, qu'il ne peut tout de même s'empêcher de laisser échapper dans un râle, tout en observant son interlocutrice s'asseoir au chevet du jeune malade.

- Il se réveillera, j'en suis certaine, sourit affectueusement Eva à destination de son jumeau, tout en lui caressant la joue. Complètement insensible à la présence de celui qui est pourtant encore son petit ami aujourd'hui.

- Mouais... mais, je.. Bon.. Mouais.. En reste bouche bée Raphaël devant tant d'indifférence, déglutissant avec douleur et agacement ; tellement de douleur de réaliser qu'entre elle et lui, plus rien n'est possible, tellement d'agacement de découvrir qu'il est finalement le seul à aimer a la folie dans cette pièce...
Quoique non.. Car elle aussi semble aimer à la folie!

Son frère jumeau, uniquement...

- Je suis sûre qu'il rêve! qu'elle continue, toujours avec ce sourire tendre et affectueux, en direction d'un seul jeune homme. Un seul uniquement. Un seul... Uniquement.

- Entre nous, ça va plus trop être possible.. Laisse brutalement tomber et d'un coup Raphaël en baissant les yeux, honteux. Honteux et le coeur en miettes. Honteux, mais cependant plein d'espoir. Espérant sincèrement que son interlocutrice se mette soudain a souffrir autant que lui a l'idée de le perdre... Égoïste! Tant d'égoïsme...

Oui, l'amour est égoïste.
Les amants ne veulent jamais souffrir seuls.

- Ok.
- Hein?
C'est tout?! À son annonce de rupture, elle n'a su qu'acquiescer ainsi? Avec cet air aussi impassible et indifférent? Il n'en revient pas. Son coeur saigne et se déchire en lambeaux en moins de deux. Il n'en revient pas!!! Jamais il n'aurait pu imaginer avoir si peu d'importance à ses yeux.
Joue-t-elle un jeu? Surement. Oui... Par fierté, surement! Il tient à s'en persuader.
- Les visites sont interdites aussi tard, à part pour la famille.. Qu'elle reprend ensuite dans sa direction, avec un air doux et compréhensif. Comme si elle avait réalisé sa soudaine douleur sans ressentir la même, de son côté.

Mais je suis aussi de la famille!! qu'il pourrait bien brusquement lui rétorquer en retour en riant de dépit. Un énorme rire jaune et gras, voire des larmes de colère et désespoir plein les yeux.
Dira? Dira pas?

Tsss... Comme si cela changerait quelque chose à l'histoire! Comme s'il avait une chance de représenter un jour quelque chose, lui, Raphael Bauër, aux yeux des célèbres Gutter. Tsss...!!!

- Je te laisse, alors.. Qu'il en marmonne alors simplement avec lassitude et dégoût, avant de sortir de cette chambre où il n'a pas vraiment sa place, ce soir. Las.. Il est si las.

Las de n'avoir aujourd'hui plus que ses larmes pour pleurer sur le vilain sort que lui a décidément joué le destin. Las de rire jaune en réalisant que parmi toutes les jeunes et jolies filles de Berlin, il n'a rien trouvé de mieux à faire que d'aller tomber amoureux de la seule qui se trouve être en réalité, sa demie soeur.

Il en éclate cette fois de rire. Désormais seul dans la rue, sous une pluie qui a commencé à tomber avec violence, il en éclate de rire. Fou de rage. Finalement amusé et sidéré par sa propre malchance.
Des passants se retournent sur lui. Le jugent sans doute complètement atteint. Voir abattu par la vie. Ils le plaignent, surement. À raison! Parce qu'il y a de quoi, tout de même!

Un blaireau que le destin a amené à tomber amoureux de sa propre soeur!
Qu'il rit encore intérieurement, s'appuyant ensuite sur ses genoux pour se maintenir dans son fou rire d'un jaune devenu presque fluo, tant il est désormais ardent!
AH AH AH AH!!
Pendant ce temps, dans la chambre du jeune comateux, Eva Beckers s'est désormais allongée aux côtés de son frère jumeau. Son double.

Avec lui, elle se met à discuter de tout et de rien avant de lui raconter l'évènement qui vient de se produire à l'instant : Raphaël vient de rompre avec elle, mais elle ne sait pas vraiment comment prendre la chose ni comment y réagir.

Peut-être n'en a-t-elle plus la force, tout simplement. La force ou l'envie, elle n'en sait rien.

Parce qu'avec ou sans lui, le résultat restera toujours le même, de toute manière. Sa raison de vivre est couchée et inerte sur un lit d'hôpital... Plongée dans un coma profond.

Pourtant, elle doit s'avouer que son petit ami lui a manqué durant cette longue et pénible semaine. Son absence ayant été un mal pour un bien, au final, car si celui-ci était resté auprès d'elle, elle n'aurait surement pas pu pleurer correctement le manque de son frère.

Cependant, et désormais qu'il n'est plus dans la pièce, elle commence soudainement à trembler de tout ses membres en laissant dévaler un flot de larmes sur ses joues blessées. Il.. Il lui a annoncé leur rupture. Elle ne le réalise que maintenant.