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*

 

— Bonsoir maman. Non, tu ne me déranges pas, rassure chaleureusement Tiphanie dans le combiné, avant de chercher à s’informer sur la raison de cet appel nocturne — quelque chose ne va pas sinon ?

— Ton frère a arrêté sa cure. Tu étais au courant ? Nous, non. C’est le directeur du centre qui nous en a informés cet après-midi.

— Je n’étais pas au courant, non. Et tu lui as téléphoné pour avoir des explications ?

— Non. J’attendais qu’il le fasse, lui.

— Et il l’a fait ?

— À ton avis ?

— Non, évidemment.

— Je vais devoir te laisser ma chérie. Faut que je calme un peu ton père qui est au fou de rage et prêt à appeler Kyle pour le traiter de tous les noms.

— OK, a plus tard maman. Bisous. Termine poliment la conversation Tiphanie, avant de raccrocher pour composer un nouveau numéro...

.. Qui semble sonner dans le vide.

Crétin. Crétin. Sombre crétin. Commence-t-elle à fulminer en envoyant son jeune frère rôtir dans les flammes de l’enfer.

— Ouais, allo ? Réponds enfin l’interlocuteur recherché, d’une voix pâteuse et à moitié endormie.

— Où es-tu ? Lui lance-t-elle alors immédiatement, sans même décliner son identité : trêve de futilités, ce sale gamin sait très bien à qui il a affaire en ce moment précis.

— Tiph » ? Ose-t-il quand même demander, comme pour tenter de noyer un poisson déjà plus gros qu’une baleine.

— Non, le pape. Évidemment que t’es moi ! Boulet !

— OK... Et tu désires ? 

— Tu as 20 minutes pour être chez moi. Alors, dépêche-toi. Je t’attends.

— Non, désolé. Je suis occupé là...

— 20 minutes, et pas une de plus. À toutes.

 

Et ce sont sur ces dernières et sèches paroles que Tiphanie raccroche violemment au nez de son interlocuteur.

 

 

 

*

 

 

  

...Avant de se mettre à le gronder de nouveau, une fois qu’il se trouve enfin sur le seuil de sa porte, 25 minutes plus tard.

 

— Tu es en retard. De cinq minutes. 

— Arrête de faire ta sorcière, s’il te plaît.. Se met-il à lui grommeler de dépit, en préférant fuir son regard pour se mettre à fixer sa moquette. 

— Tu es fièr de toi ? À tes yeux rouges, je vois que tu en as repris. Où ? À l’hôtel où tu es descendu ? Vu que tu viens de quitter ton centre de DÉSINTOXICATION.

— Vas-y, hurle, crie... Vas-y...

— Non. Ça te ferai trop plaisir que je te gronde comme un petit enfant.

— Ah bon... ?

— Eh oui Kyle. Tu penses que je ne te connais pas ? Que je ne sais pas que tu n’es qu’un gamin qui ne recherche que l’attention ? 

— Ouais, ça doit être ça... Bon et bien alors, si on a terminés, je te dis bonne nuit, et..

— Et rien du tout. Tu restes ici. On va s’asseoir sur le canapé, et tu vas me raconter pourquoi tu t’es drogué de nouveau. Et tu ne m’as même pas donné ton avis sur mon nouvel appartement ! Alors ? Comment tu le trouves ? 

— Très bien..

— Hmmm.. Merci! Pourtant la tapisserie est à vomir. Je vais bientôt la faire refaire !

— Elle était là, devant moi, en larmes...

— Qui ? Mary Poppins ?

— Elle me disait qu’elle m’aimait encore, et qu’elle voulait qu’on recommence...

— ♫ Bécassineuh, c’est ma cousineuuuuh ! ♫

— Moi, je lui ai dit que je l’aimais aussi, puis je lui ai fait comprendre que ça serait pas possible. Et je me suis cassé.

— ♫ Une poule sur un mur, qui picote du pain dur !! ♫

— Putain, mais tu joues a quoi là ??

— Je t’ai dit quoi tout à l’heure ? Que tu n’étais qu’un gamin qui recherchait l’attention, non ? Et je le pense toujours. C’est pour ça que je t’ignore.

— OK, merci. 

— Parce que tes conneries ne m’intéressent plus mon chou. Tu comprends ça ? Que j’ai perdu Kurt récemment et que tu n’as jamais été là pour moi ? Rien qu’une fois ? Que ce soir j’ai dîné avec mes deux meilleurs amis, Peter et Hanz ? Que toi tu n’es rien d’autre à mes yeux, désormais, qu’un sale gosse sans cervelle ?

— C’est bon, tais-toi... J’ai compris. Tu peux plus me saquer. Par contre ce que je comprends pas, c’est que tu m’ai demandé de venir ce soir ! Puisque t’en as rien à branler de moi !

— Et voilà, c’est reparti. Moi. Moi. Moi ! Il t’arrive de penser à autre chose qu’a ta petite personne un jour ?

— J’en ai assez entendu. Bye, finit par laisser tomber Kylian avec désespoir, avant de se relever du canapé. Il va prendre ses jambes à son cou et quitter cet appartement au plus vite. 

— Reviens ici tout de suite, lui ordonne sans attendre Tiphanie en haussant les épaules — je t’ai dit que tu pouvais t’en aller ? Non, il me semble. Alors tu t’assois et tu fais le silence ! Tu te repentis ! Tu regrettes, pleures, et me dis pourquoi tu considères que tu n’as pas droit au bonheur.

— Je ne vois pas de quoi tu veux parler... 

— Oh que si Kyle, oh que si, que tu sais de quoi je parle. Du fait que tu ne cesses de te punir de son départ. De te tenir responsable. De te détruire pour la venger. EMMA.

— Ça suffit ! Arrête ! Tu dis n’importe quoi ! Tout ça, c’est le passé et je t’ai déjà dit que j’avais tourné la page !

— Menteur ! Et ton attitude le prouve. Dès que tu sais que tu pourrais finir par être trop heureux, tu te dépêches de tout bousiller. Pour souffrir. Parce que tu penses que tu le mérites. 

— C'est normal, je l’ai tuée!!!

— Ce n’est pas toi qui tenais l’arme, à ce que je sache.

— C’est notre relation la coupable ! Si je n’étais pas entré dans sa vie, rien de tout cela ne serait jamais arrivé !

— La seule chose que ta présence lui a offerte, c’est de l’amour et quelques mois de bonheur.

— Et ensuite, la mort...

— Voilà. Tu viens de finir d’illustrer mon argumentation. Tu te détruis bel et bien pour te punir de sa mort. Et c’est d’un pitoyable...

— Je sais... Vas-y, continue. Jette en moi encore plein dans la gueule. 

— Je ne peux rien pour toi petit frère. Tant que tu préfèreras es morts aux vivants, je ne pourrais jamais rien pour toi.

— Ouais... Tu as sans doute raison...

— Bonne nuit Kyle. Rentre chez toi maintenant et va te coucher. En essayant de repenser à tout ça. Et qui sait... Peut-être qu’un jour tu arrêteras d’être stupide...

— Ouais... C’est ça... Bonne nuit Tiph'...

 

La porte de communication avec le hall se referme doucement derrière le jeune homme, laissant de nouveau Tiphanie seule dans son petit salon. Elle soupire de lassitude et déglutit. Un peu honteuse bien sûr, d’avoir été aussi dure avec lui. Mais il en avait besoin...

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Tag(s) : #Apologize
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