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Quelques jours plus tard, et par une douce nuit de printemps, Erwan se presse vers l’extérieur de son immeuble pour retrouver, sous l’abribus le plus proche, une jeune fille qui vient de lui téléphoner.
Si ses amis le voyaient se préoccuper de celle qu’ils détestent tant, ils se mettraient sûrement en colère de le voir jouer ainsi le bon samaritain, il en a bien conscience.
Pourtant, rien ne va l’empêcher de faire ce qu’il semble juste ce soir, parce qu’il est ainsi. Il ne montre jamais porte close a ceux dans le besoin.
— Je suis là... fait-il tout bas, une fois qu’il est arrivé devant celle qui l’attendait avec impatience.
— M...Mer..Merci... commence à lui bredouiller son interlocutrice, toujours assise sous son abribus, — et excuse-moi de t’avoir dérangé...
— Allons droit au but. Qu’est-ce qu’il t’arrive, Lisa ?
Sans lui répondre, la jeune fille bondit brusquement de son banc, pour lui fondre dessus et l’agripper de toutes ses forces.
Elle a besoin de bras. Besoin d’aide. Besoin de quelqu’un. De quelqu’un. Tout simplement de quelqu’un. Et ce soir, il semblerait bien que ce soit lui. Qu’elle ne connait pas tant que ça finalement. Alors qu’il n’y a que lui qu’elle a appelé lorsqu’elle était en larmes, il y’a moins de quinze minutes de cela.
— Lisa ? Commence-t-il a s’étonner en posant amicalement ses mains sur ses hanches, comme pour répondre à son étreinte — qu’est-ce qu’il t’arrive..
— On s’est disputés avec mon beau-père, comme d’habitude, sauf que cette fois il m’a jeté de la maison !! Comme une pauvre merde !! Il m’a donné dix minutes pour faire mon sac, pour ensuite me pousser dehors.
— Hein ? Mais c’est du délire, non ? Et ta mère ?
— Ma mère elle est complètement soumise alors.. Elle n’a rien dit. Strictement rien dit.. Rien fait. Elle est restée spectatrice. Comme d’habitude...
— Et ensuite, tu as couru jusqu’ici ?
— Oui.. Et je t’ai appelé. Excuse-moi... Je.. Je sais pas pourquoi c’est toi que j’ai appelé, mais...
Sa phrase s’interrompt brusquement, et sans raison apparente.
La plus probable et compréhensible serait bien sûr une honte grandissante au fil des secondes, parce que la seule personne a qui elle a pensé dans un tel moment de désespoir, n’est qu’un garçon qui lui est presque complètement étranger.
Alors pourquoi lui, et pas un autre ? Voir une autre. Une amie. Sa meilleure amie peut-être.
— Tu es toute seule ce soir, si je comprends bien ? Lui fait à nouveau son étrange secouriste, en l’enfermant chaleureusement dans ses bras.
— Ce soir et pour toujours, oui, finit-elle à lui sangloter dans le cou, — qu’est-ce que je vais devenir, qu’est-ce que je vais devenir... Putain, qu’est-ce que je vais devenir...
— Tu peux rester ici, avec nous, le temps de trouver une solution.
— De.. De quoi ? Tu.. Tu.. Tu es sérieux ? S’étonne alors la jeune fille émue devant tant de sollicitude — mais.. Mais... Et Gérald, et Yann.. Oh mon dieu.. Non !!
— Et alors ? Tu sais, ce sont des humains, eux aussi. Des humains avec des cœurs, des humains qui peuvent, eux aussi, aussi tendre la main.
— Oui, mais... enfin, Yann a la limite.. Mais Gérald, il me fait peur..
— Il ne te touchera plus, ne t’inquiète pas. Gégé n’est pas méchant au fond. Et puis pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis, alors...
— Merci encore Erwan, arrive enfin a sourire la jeune fille en se retenant d’exploser en sanglots, de joie cette fois, — c’est la première fois que... qu’on m’aide comme ça. J’ai pas l’habitude en fait... Et j’en ai presque honte...
— Y’a pas à avoir honte de demander à l’aide Lisa. C’est humain.
Trop émue pour pouvoir prononcer le moindre mot, la concernée préfère hocher la tête et sourire timidement, en fixant le sol.
— Allez, viens, lui sourit-il affectueusement en lui tendant la main pour qu’elle s’en saisisse, — on rentre. Tous les deux.
Sans hésiter, en silence, et en souriant à son tour, elle obtempère.
Un ami. Il semblerait que ce soir, elle ait trouvé un ami.
*
— Ouais, mais non, ça va pas être possible, finit par grogner Yann, une fois que son ami pianiste lui a ramené celle qui est censée passer la nuit chez eux.
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— Et je dirai même plus, ouais, mais non, ça va vraiment pas être possible, répète sans attendre Gérald, assis a ses côtés, sur leur grand canapé, une canette de Pepsi a la main.
— Et pourquoi donc ?
— Parce qu’on a que trois chambres, se contente de rappeler Yann en se tenant bien droit pour affirmer son autorité.
— Je lui laisse la mienne et prends le canapé, annonce alors Erwan sans la moindre hésitation — s’il n’y a que ça, qui te dérange...
— Erwan, non... C’est pas grave, je vais m’en aller, merci pour tout, déglutit tristement la jeune fille, cachée dans le dos de son ange salvateur. Un dos qui la protège des regards emplis de mépris de Yann et Gérald.
— Au revoir alors, Lisa, s’empresse de faire le rouquin pour encourager la concernée a quitter les lieux.
— Soyez humains, MERDE ! Gronde brusquement Erwan en direction de ses deux amis musiciens — mettez-vous à sa place et demandez-vous si dans sa situation, vous n’auriez pas aimé trouver une main tendue !
— Ouais, mais... tente de justifier alors Gérald, en se mordillant la lèvre de rage.
Ouais, mais... elle est l’unique responsable du départ de leur ami Romuald.
L’unique responsable de tous leurs maux.
Leur ennemie.
— Je ne veux pas que Tania la voie ici, fait à son tour Yann sur un ton très calme — je pense que tu peux comprendre, Erwan. À la limite, je suis prêt à lui donner des sous pour qu’elle se prenne une chambre à l’hôtel, mais...
— On va pas gaspiller de thunes dans une chambre d’hôtel, juste parce que ta nana n’a pas confiance en toi Yann, tente de le frustrer son interlocuteur en haussant les épaules.
— Elle a confiance en moi !! commence a perdre patience le guitariste vexé, avant de se lever brusquement du canapé pour se diriger vers sa chambre d’un pas rapide.
Gérald en fait autant quelques secondes plus tard, laissant ainsi, seul dans la pièce, Erwan et sa petite protégée.
— Je sais même pas ce que je peux faire pour te remercier Erwan... fais tout bas Lisa en ravalant un sanglot.
— Ce que tu peux faire ? Tout d’abord, arrêter de pleurer ! Puis va dans la chambre à droite pour dormir. Ça te fera du bien. Beaucoup de bien.
— Laisse-moi sur le canapé, c’est largement suffisant Erwan. Je ne peux pas accepter plus de toute manière, tu as déjà trop donné pour moi et je me sens trop mal...
— OK, si tu insistes. Humm, la salle de bain c’est la porte à droite, devant. Si tu veux faire un brin de toilette et tout et tout...
— Merci Erwan. Merci pour tout...