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Anxieux, Kurt hésite à décrocher ce téléphone qui sonne depuis maintenant plusieurs secondes.

Il va bientôt être dix heures du matin, mais il n'est pas encore remis de son geste de la veille : aller s'enfoncer dans la forêt Sterling pour y enterrer discrètement le cadavre de son frère jumeau.

Pour que personne ne le découvre jamais.

Pour que personne ne souffre jamais de sa disparition.

Pour que lui puisse discrètement.. Tenter de prendre sa place. Son personnage.

Il le ferait ainsi revivre.. d'une certaine façon.

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Oh, mais oui. Bien sûr. Qu'il a pleinement réfléchi sa décision. Bien sûr! Car il est certain qu'un Kurt Cobain, à la place d'un Hanz Cobain, vaut tout de même mieux que deux Cobain décédés pour un Nikolas vivant, mais factice!

Seulement, et malgré ce qui semble être la plus magnifique des assurances, Kurt craint tout de même de faire, au téléphone - avec cet interlocuteur mystère qui doit sûrement être en train de s'impatienter derrière son combiné - ce que l'on appelle généralement "une boulette".

En effet, le jumeau survivant ne sait pas grand-chose de la vie de son défunt frangin et il craint bien de tomber sur une personne qui pourrait lui poser "une colle". Une question a laquelle il ne saurait répondre. Éveillant ainsi, d'horribles et infâmes soupçons.

Soit.

Peut-être.

Mais qui ne tente rien n'a rien, de toute manière. Et puis il ne doit surtout pas oublier que dans un moment de grand désespoir, il a enterré le corps de son frère jumeau : se plaçant ainsi, s'il arrivait un jour que ce corps soit retrouvé, comme suspect numéro un pour un meurtre avec préméditation.

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- Oui, allô?

En effet. Kurt/Nikolas a bel et bien les pieds et les mains liés, ce matin ; et même s'il se mettait soudain à le désirer ardemment, il ne pourrait plus faire marche arrière.

Il faut croire que la machine est lancée, comme on dit.

- Ouais, Hanz, c'était pour te demander de passer chercher les baguettes de pain chez le boulanger, avant que tu te pointes au restau! Moi je dois aller voir les fournisseurs là, et j'en aurais sûrement pour la journée.

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- Oui, pas de soucis. Euh, c'est bien le boulanger de la rue "Sterlitz", dis-moi? Oui, il me semble que c'est ça!

- "Wralafur", Hanz! "Wralafur"! Rah, décidément, il y a des choses que tu n'imprégneras jamais, toi!

« Mais j'apprends vite, mon coco », aurait bien envie de soupirer à haute voix le jumeau de substitution, en se délectant de son habilité à prendre la place de son frère, sans que son interlocuteur n'ait le moindre soupçon sur cette tentative d'usurpation d'identité.

- Bon, et bien, je vais te laisser! Puisqu'il faut que je sois au restau a... midi. N'est-ce pas?

- Onze heures et demie! Branleur!

- Oui, je sais. Je disais ça pour plaisanter!

- Tu es bizarre toi, ce matin..

- Ah?

- Moi aussi, je disais ça pour plaisanter, troufion! C'est juste ta voix qui est moins rauque et défoncée que d'habitude! Je t'en taperai bien cinq pour la peine, parce qu'à mon avis ça veut dire qu’hier tu n'as pas fumé! Et ça, c'est cool, mec.

- Eh eh. Oui. Mais je ne t’avais pas dit que... j'arrêtais complètement?

- Ah ah! Mais pour une fois que tu ne fais pas que "le dire"! Bon allez, sur ce, je te laisse. Je dois vraiment y aller, là. Je serais au restau pour la fin du service.

- D'accord. À ce soir, alors!

- À ce soir.

 

*

 

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- J'attends, grommelle Jane avec agacement en cette fin de matinée, en direction de son petit ami qui gratte sa guitare avec une nonchalance presque insupportable pour la jeune fille.

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- De quoi, qu'est-ce que tu attends? lui répond simplement celui-ci, avec cet air désintéressé qu'il prend toujours lorsqu'il a envie d'être seul, mais que quelqu'un s'obstine a rester dans ses pattes.

- À ton avis?

- Je ne vois pas.

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- Ok, vu que je n'ai pas envie de jouer a ce petit jeu avec toi, aujourd'hui, je vais être gentille : j'attend, des excuses pour ton comportement d'hier soir!

- Je t'ai prévenue que je partais. Alors, je n'ai pas d'excuses à te faire.

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- Arrête! Ce n’est pas la première fois que tu me fais le coup et je me fiche que tu m'aies laissée comme une merde derrière toi : j'ai l'habitude et ne te le reproche même pas! Seulement, en temps normal, tu viens ensuite me voir pour t'excuser.

- Il faut croire que les habitudes changent et que je ne suis plus un petit toutou.

- Qu'est-ce que ça veut dire, ça?

- Mais rien. Seulement, je t'ai dit que je m'en allais, et que tu étais libre de me suivre, OU PAS! Après, tu vis ta vie et fais ce que tu veux, hein! Et là, j'essaie de faire quelques accords, alors si tu pouvais me faire le silence...

- Je t'en foutrai du silence.

Et sur ce, la jeune fille quitte la pièce en claquant violemment la porte pour laisser derrière elle un petit ami qui hausse les épaules qui en hausse les épaules de lassitude.

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De lassitude... et soulagement.

De pouvoir enfin rester un peu seul, en attendant que ses amis musiciens ne reviennent de leurs diverses occupations.

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- Coucou!!! le fait vivement et brusquement sursauter une petite voix qu'il replace aussitôt sur un visage qui vient de surgir dans l'ouverture de la porte.

Eva Beckers.

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Tag(s) : #sooner or later
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