— Ouai, ta place, lui grogne méchamment cet interlocuteur qu’elle reconnaît de moins en moins au fil des secondes, tout en s’abaissant pour fouiller le sac avec lequel il est venu ici.
— Qu’est-ce que tu fais ? Se presse-t-elle alors de lui demander, d’une voix tremblotante qui trahit son malaise.
— Je sors faire un tour.
— Hein ???
— Je vais prendre l’air. Peut-être voir ma sœur.
— Mais qu’est-ce que ça veut dire Kyle ?? lui crie-t-elle avec effroi, en cherchant désespérément des réponses dans ce regard froid et brusquement impitoyable.
— Rien. Je reviens vite. Alors toi, tu dors. J’en ai pas pour longtemps, se contente-t-il de lui répondre avant de sortir de l’appartement.

— KYLE !! lui crie-t-elle a nouveau, la voix maintenant chargée de désespoir et d’incompréhension.
Que se passe-t-il ? Que lui arrive-t-il ?
La jeune femme ne comprend pas, quelle était donc cette dispute étrange qu'ils venaient d'avoir, elle ne l'avait jamais vu aussi froid...
Il semblait stressé, frustré, furieux envers quelque chose, aigri, revanchard, comme s'il avait besoin de faire quelque chose en urgence.
*
Parce qu’il connait désormais le trajet par cœur et qu’il marche a vivre allure, Kylian ne mettra que dix minutes pour arriver devant le domicile de cet ami d’enfance.
Il se sent mal et stressé.
Angoissé, nerveux et paranoïaque.
Il la lui faut. Sa dose.
Il la lui faut. Maintenant, tout de suite, et immédiatement.
— Heureusement que tu m’as prévenu que tu passais, sinon tu me manquais, car j’allais sortir là, lui fait Franz, une fois qu’il lui a ouvert sa porte.
— Merci d’être resté, c’est cool.
— Tu as une sale mine Kyle.
— Je sais. T’en as, là ?
— Ouai, mais tu devrais te calmer un peu là-dessus pendant quelque temps, parce que...
— File-moi pour cinq rails s’il te plaît. Pour maintenant et le concert de demain.
— Putain mais t’es complètement accro !
— Quedalle, j’arrête quand je veux. Là j’en ai juste besoin pour me requinquer, et demain c’est pour être à fond au concert !
— C’est ça, c’est ça. Aujourd’hui c’est pour ça, demain pour ça, et après-demain pour encore ça, et voilà, le cercle vicieux s’enchaîne et s’accélère !
— Franz, fais ton taff et file-moi mes rails s’il te plaît. J’en ai besoin là. S’il te plaît...
— Ouai..Ouaip... finit par lui soupirer son interlocuteur, avant d’aller se mettre à fouiller dans l’un des tiroirs de sa commode, tout en reprenant à destination de son ami, la gorge nouée, — Kyle... Excuse-moi.
— De quoi ? s’étonne rapidement le concerné, en sursautant presque de surprise.
— Pour t’avoir fait découvrir cette merde.
*
La petite affaire de Kylian ne le retiendra qu’une quarantaine de minutes, avant de le laisser retourner dans son nouveau chez lui.
Là où il a laissé une jeune fille qui hurlait encore son nom lorsqu’il pénétrait déjà dans l’ascenseur pour s’éloigner d’elle.
Il s’en veut. Bien sûr qu’il s’en veut de lui avoir parlé ainsi sous cet effet de manque qui le rendait nerveux et agressif.
— Vanessa ? L’appelle-t-il tendrement, de sa voix la plus douce, dès qu’il a enfin poussé la porte de leur appartement.
Où est-elle ? La pièce semble totalement vide.
Où est-elle ?? Où est-elle ?!?
Bon Dieu !! Où est-elle ?!?
Son cœur se met soudain à battre comme un fou et une gouttelette de sueur semble vouloir s’inviter sur son front, maintenant plissé par l’angoisse.
— Là.. Lui marmonne soudain une petite voix tremblante — je suis là...
Immédiatement, il pivote la tête dans sa direction, pour se rendre compte que celle qu’il recherche n’est que là, assise par terre, contre le mur, et le visage ravagé par de grosses larmes de désespoir.
— Vanessa.. Pardon... arrive-t-il à peine a lui balbutier, en se mordillant les lèvres de honte, — Pardon.. Je retire tout ce que je t’ai dit.. Pardon.. J’ai fait vite tu vois, regarde j’ai fait vite, même pas une heure !!...
Ses excuses n’auront pour réponse qu’un bref,
— O... Ouais..., de la part de la jeune femme effondrée et à court d’arguments pour tenter de dire quoi que ce soit vers cet homme.
Perdue et désarmée, elle dirige alors son regard vers un point fixe de la pièce pour échapper au sien, bleu et séducteur, comme a son habitude.
— Pardonne-moi... Vanessa.. Pardonne-moi.. La supplie-t-il à nouveau en s’agenouillant à ses côtés, la main droite tendue en avant pour qu’elle s’en saisisse, — viens, s’il-te plaide.. Prends ma main... Ma puce... Je t’en prie..
— « Ma place »... Je dois rester à ma place..Décide-t-elle enfin a lui sangloter en se souvenant de la froideur des propos qu’il lui a envoyés en pleine figure, — « A ma place »...
— Mais c’était n’importe quoi.. C’est, c’est, c’est mon mauvais caractère qui prend le dessus. Mais je ne le pensais pas. Ma puce ! Merde, tu me crois quand même...
— Qu’est-ce que je suis pour toi, moi ? Elle est où ma place, Kyle ?
— Mais avec moi ! Toi c’est moi, et moi c’est toi ! Tu le sais bien. Tu.. Tu ne dois pas écouter ce que je lance quand je suis énervé, parce que ça ne passe par la case cerveau... Et tu le sais bien en plus..
— Oui, peut-être, mais c’est pas une raison pour balancer des trucs pareils aux gens qui t’aiment.
— Je sais.. Et je t’ai dit que je m’excuse. Je suis désolé ma puce. Je t’aime plus que tout et tu le sais ! Pardonne-moi.. Et prends ma main, s’il te plaît..
Finalement vaincue par ses douces supplications, elle se décide enfin à lui obéir en acceptant de se remettre sur pieds pour se faire enlacer tendrement.
Parce que pour cet homme, elle pourrait tout affronter.
Parce que cet homme est bien le seul à qui elle pourrait pardonner.
Parce que cet homme.. Jamais elle ne le laissera tomber.
Pour un détail. Pour une futilité... Parce que c’est lui...
*
C’est parce que la vie ne fait que nous forcer à faire des choix ; bons ou mauvais ; héroïques ou lâches ; pour nous permettre de tracer nos destins, que Tiphanie va entrer timidement dans l’infirmerie de son collègue de travail, Peter.
Elle n’a pourtant pas encore pris de décision quant a l’avenir de son union avec son époux, mais elle a tout de même l’intention de commencer a se rapprocher de ce jeune homme. Cet infirmier, charmant, doux, attentionné et séducteur.
— Coucou « P’tit doc » » ! lui fait-elle affectueusement en pénétrant sur son lieu de travail, alors qu’il semblait coucher un bambin dans un landau.
— Coucou toi, s’empresse-t-il de lui répondre avec enthousiasme — ça va, ce matin ? La forme ?
— Toujours, oui, lui sourit-elle en lui rendant sa bonne humeur.
— Alors ? Que me vaut cette visite ? Si c’est pour récupérer ces deux petits rats, ça va pas le faire car je dois les garder encore un peu.
— C’est l’heure de ma pause et Tinker » est arrivée... alors comme je n’ai rien à faire pour le moment, je viens t’embêter un peu. Rien de plus.... Mais si je te dérange et que tu es occupé, je file.