Sans rien dire de plus, il se lève et se dirige vers sa chambre.

Il a besoin d’être seul. Seul avec sa solitude, sa seule amie ; la seule qui sait encore l’accueillir, la seule qui ne le jugera jamais.
— Je m’excuse Kurt, laisse tomber sa mère, un peu honteuse de ce qu’elle lui a dit précédemment. Allez reviens t’asseoir, on va discuter et te faire revenir a la maison.
Mais il n’écoute déjà plus et s’enferme dans son antre.
Seul ici, il peut réfléchir. Seul ici, il peut réaliser. Seul ici, il peut se haïr.
Qu’est-il finalement ? Rien.
Il n’est rien.
Inutile et bon à rien.
Détesté et méprisé.

Pourquoi a-t-il frappé son frère pour une fille ?
Parce qu’il voulait la lui voler.
Parce qu’entre eux deux, elle n’hésiterait pas une seconde.
Parce que pour cette raison, il ne voulait pas qu’elle fasse sa connaissance.
Hanz est trop tout ce que lui n’est pas. Elle ne peut pas hésiter entre eux.

En larmes, il s’effondre sur le sol et se met à pleurer en silence.
Oui c’est bien ça le dilemme de sa vie : Hanz est trop tout ce que lui n’est pas.
Une ombre.
L’ombre de son frère, voilà ce qu’il est destiné à être, et ce, pour l’éternité.
*
Il pleut depuis le début de la matinée sur Berlin en ce triste lundi.
C’est la pause de midi et Anja a retrouvé son amie pour discuter de l’absence en cours d’une figure qu’elles connaissent bien toutes les deux : Kurt.
Tiphanie lui a tout avoué ; de la soirée chez lui, au lendemain chez elle.

— C’est bas, très bas, fait Anja après avoir écouté attentivement toute l’histoire. — Avec Hanz en plus...
— Mais je me pensais célibataire Anja ! tente de se défendre Tiphanie.
— Le truc c’est que tu n’es vraiment pas maligne ! Comment est-ce que tu as pu penser qu’Hanz t’allumait parce que tu lui plaisais ?
— Sympa.. Soupire Tiphanie, terriblement vexée.
— C’était un complot tout ça, organisé par lui et Elsa, tout simplement ! Et t’es tombée dans le panneau comme une cruche !

— C’est bon, ça suffit.. Marmonne Tiphanie, maintenant blessée. — Si Hanz se fichait de moi, il ne m’aurait pas rappelé dimanche !

— Mais... Il te plaît, Hanz ? Il te plaît vraiment ? s’étonne maintenant Anja en affichant une mine décomposée.
— Je le trouve très intéressant et vraiment sympa, oui... On a passé une excellente soirée.. Et puis j’étais célibataire, merde !
— Hanz est intéressant oui, et il regorge de qualités, reprend Anja, très sérieusement, — mais il n’est pas sorti avec toi parce que tu lui plaisais, j’en suis certaine. Il cherche juste à blesser Kurt, c’est tout. Toute sa vie il n’a fait que ça, l’écraser et lui étaler sa perfection pour lui rappeler à quel point il lui est supérieur...
*
— Ouip, je te jure ! s’exclame la jeune Magda dans l’amphithéâtre du lycée ; elle discute avec un bon ami, Dirk. Elle lui raconte comment sa meilleure amie s’est débrouillée pour récupérer, le temps d’une soirée, le garçon qu’elle aime.
— C’est trop un con ! poursuit-elle en levant les bras au ciel, comment est-ce qu’il peut se barrer le lendemain comme ça, hein ?? Pfff c’est vraiment un boulet, je le déteste, je le déteste ! Il a pas le droit de lui faire ça !
— Il a tout les droits, c’est sa vie, l’interrompt froidement son interlocuteur.
— Mais il l’aime Dirk ! Toi même tu le sais, n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce qu’ils se déchirent de la sorte.. Ils vont tellement bien ensemble...
— Ils ont fait leurs temps on va dire...
— Ils doivent se remettre ensemble, insiste lourdement Magda, Elsa souffre trop et je supporte plus de la voir comme ça.. Tu te rends compte qu’elle n’est pas venue en cours pour ne pas le croiser ?
— Je ne sais pas lequel des deux souffre le plus moi... soupire Dirk, triste de réaliser qu’il ne sait pas comment aider celui qui a été, et est toujours, son meilleur ami.