— Merde... Quel con, marmonne alors Kylian, à court d’arguments pour soutenir sa sœur dans un pareil moment.
— C’est pas un drame... tente de lui affirmer Tiphanie, d’une voix malheureusement trop chargée de tristesse pour pouvoir réussir à feindre l’indifférence, — par contre, j’aimerai rentrer maintenant... Tu me ramènes ?
— Franz, on va rentrer nous, fait alors l’adolescent en tournant la tête vers le concerné qui est planté à quelques mètres derrière eux.
— OK, OK, et surtout évitez bien les ruelles sombres au retour ! lui conseille celui-ci, avec un clin d’œil taquin.
— Ouai, ouai, t’inquiète, sourit Kylian, avant de s’empresser de demander a son vieux camarade — tu me notes ton phone ?
— Ouaip, et tu fais de même ! Parce que j’ai pas beaucoup de forfait, je te préviens !
*
Peu après, Tiphanie est de retour chez elle et c’est avec une fatigue morale évidente qu’elle pousse la porte de son appartement pour pénétrer à l’intérieur.
Son adorable et démoniaque époux semble déjà sur les lieux : il est apparemment en pyjama et vautré sur le canapé du salon.

— Déjà de retour ? lui ironise-t-il froidement en la dévisageant de haut en bas, dès qu’il la voit franchir le seuil de l’entrée.
— Tu n’as pas des excuses à me faire, toi ? Pour m’avoir raccroché au nez ?
— Tu le méritais.
— Ah bon ? Et pourquoi ça ? Parce que Kyl me traîne, presque de force, chez un de ses amis ?
— J’étais énervé. Ça arrive à tout le monde.

— À toi plus souvent qu’aux autres, en tout cas.
— J’étais en train de réfléchir Tiphanie.
Cette phase.
Cette unique phrase, prononcée si banalement et dans un si long soupir, va paralyser brusquement tous les membres de la jeune femme.
« Il était en train de réfléchir »
N’est-ce pas de cette manière que l’on se prépare a rompre lorsque l’on ne sent plus apte a vivre aux côtés de quelqu’un ?
— Tu n’as pas pris ton manteau ce soir ? Reprends calmement Kurt en observant la tenue de son épouse — tu as vu le temps qu’il fait dehors ? Tu te crois en été ou quoi ?
Mais de quoi parle-t-il ? De sa tenue ? De son manteau ? Songe avec douleur Tiphanie, sans répondre à ces questions qu’elle juge dénuées de sens dans un tel moment.
— Je te cause, je te signale... lui marmonne-t-il ensuite, en réponse à ces vents glaciaux qu’elle lui a lancés à deux reprises.
— J’ai oublié mon manteau et je me suis fait surprendre par la neige, oui, se décide enfin à lui marmonner Tiphanie, — mais pour dire, ce n’est pas vraiment ce qui me préoccupe actuellement...
— Alors si je comprends bien, tu réfléchis aussi ?
Il a recommencé.
Une nouvelle fois, il a insinué qu’il voit la fin de leur histoire arriver.
Une nouvelle fois, il est venu lui transpercer le cœur à l’aide d’un pieu plus aiguisé qu’un couteau de boucher.
— Non, je ne réfléchis pas, moi. Parce que je ne veux pas réfléchir, moi, lui débite-t-elle alors mécaniquement, en retenant ses larmes.

— Tu as tort... de ne pas réfléchir... insiste alors cruellement Kurt, comme s’il cherchait à achever une proie déjà fragilisée.
« À quoi joue-t-il et que tente-t-il ? »
« À quoi pense-t-il et que désire-t-il ? »
Trop de questions dont Tiphanie souhaite absolument ignorer les réponses...