— Pardon ? s’étonne Anja en levant un œil de son menu.
— Me fais pas croire que tu n’as pas des envies de vengeance, quand on repense à tout ce qu’il t’a fait... N’oublions pas qu’il t’a trainée dans la boue...
— La ferme.
— Tu vois, tu es en train de t’énerver. Tu ne le supportes plus, il te sort par les yeux, alors on va le faire payer, tu vas lui faire payer pour tout ce...
— Je n’ai pas l’intention de faire quoique ce soit contre Kurt, l’interrompt froidement Anja. J’en étais sûre, je le savais que tu m’invitais pour lui préparer une crasse... J’aurai dû m’en douter ! Tu n’es qu’une hyène Hanz.

— Et toi tu n’es qu’une conne ! Quand finiras-tu par comprendre que Kurt se fiche totalement de toi et qu’à l’époque il s’est joué de toi ? Il te considère comme une sous-merde ! Et moi je te propose juste de t’allier à moi pour lui faire payer !
— J’en ai assez entendu, s’énerve Anja en se levant brusquement, je me casse. Fais tes complots contre Kurt dans ton coin, avec Elsa, et oublie-moi.
— Comment tu sais pour Elsa ?
— Prends moi pour une conne aussi, marmonne Anja en s’éloignant, je sais très bien qu’elle est aigrie comme un pou de le voir se rapprocher d’une autre fille, alors maintenant elle va tout faire, avec toi, pour lui pourrir son existence. Et ça sera sans moi.
— Idiote ! lui lance Hanz, assez fort pour qu’elle l’entende, de là où elle est maintenant.
Mais elle préfère l’ignorer et continuer son chemin ; l’indifférence étant bien la meilleure façon de démontrer son mépris.
Malgré les défauts de Kurt, son caractère parfois difficile à vivre, et tout ce qu’il a bien pu lui faire par le passé, jamais elle ne pourra se résoudre à se lier avec ces hyènes. Même sous la torture.
*

Peu après, dans un petit immeuble de la ville, un jeune couple semble se prélasser sur un grand lit des plus moelleux, devant une grande télévision à écran plat.
Il y’a moins de vingt minutes, ils étaient au cinéma, pour voir un film français bien connu : « La Haine ».
— Tu as aimé toi ? demande Kurt à sa voisine.
— Ça peut aller, oui. Et toi ?
— Bof, en fait pour être honnête j’ai trouvé ça à chier.
— Bah c’est pas pire que ça, rit Tiphanie en désignant le poste du regard.
— Rien n’est pire que l’île de la tentation, fait Kurt en haussant les épaules, ce qui fait immédiatement rire aux éclats sa compagne.
— Faut trouver quelque chose à faire là, reprend-il en bougonnant cette fois, car je préfère me flinguer plutôt que de passer mon samedi soir devant l’île de la tentation !
— Ben euh... se met a réfléchir Tiphanie, avant de proposer, on peut aller au Bricks tiens ! Ça te dit ?
— Ah nan ! J’y suis déjà fourré presque toute la semaine, c’est pas pour y retourner le week-end !
— Alors, propose un truc toi, monsieur le difficile ! taquine la jeune fille, moi ça m’est égal, je suis...

— Tu suis ? Pour n’importe quoi alors ? Fais aussitôt Kurt de sa voix la plus mielleuse, en se rapprochant sensuellement pour ramener sa petite amie contre lui.

— Kurt.... laisse tomber Tiphanie tout bas.
— Oui je sais, oui, oui, abstinence ! reprend celui-ci sur un ton presque ironique, je plaisantais, ne t’en fais pas.

— Je...Je...Je suis désolée... fais tristement Tiphanie, honteuse.
— Je te jure que je plaisantais, reprend Kurt, je suis ravi que tu ne sois pas une fille facile, ne t’en fais pas Tif..
— Pourtant, les garçons comme toi, ça aime les filles comme... elle s’interrompt au moment de prononcer le prénom d’une rivale.

— Que sais-tu des « garçons comme moi », mademoiselle ? lui répond-il avec un sourire, avant de la rapprocher tendrement pour l’embrasser délicatement sur le bout des lèvres.
— C’est vrai... sourit-elle maintenant, je crois que j’ai beaucoup d’aprioris finalement...
— L’essentiel c’est de s’en rendre compte à temps !

— Dis, reprend-elle vivement, qu’est-ce que tu dirais si je me coupais les cheveux??
— Tiphanie, ou l’art de passer du coq a l’âne, rit Kurt, surpris par ce changement soudain de sujet de conversation.
— Aloooors ?
— Alors quoi ? Pour tes cheveux ? Bah ma foi je sais pas, mais je pense que ça t’irait oui ! lui sourit-il, de toute façon tout doit t’aller à toi non ?
— Oooh c’est gentil ça, rougit Tiphanie avec un immense sourire très bête : le sourire des amoureux transis.

— C’est pas gentil, mais réaliste... poursuit Kurt, plus sensuellement cette fois, et en promenant sa main sur ce corps si frêle et désirable dont il tente de deviner les mystères.

Souriante et rougissante, la jeune fille le tire un peu plus vers elle en esquissant une moue coquine.
Habitué à ce types de sous-entendus, Kurt interprète vite ses demandes de caresses ; il passe donc sa main sous ce petit top jaune pâle qui moule tellement bien cette généreuse poitrine qu’il ne peut plus en décrocher son regard désormais. Vite, il faut qu’il baisse ce maudit haut synthétique pour s’emparer de ces deux petites choses si désirables !

Mais Tiphanie ne le laissera pas réaliser son projet : elle le ramène vivement vers elle pour l’embrasser. Perturbé, il doit interrompre quelques instants son activité précédente, pour continuer les baisers commencés par sa petite amie.
Mais ce n’est que partie remise !
— C’est ton téléphone qui vibre là ? souffle Tiphanie en se décollant légèrement de ces lèvres affamées.
— Hmmmm... De quoi..? Réussit-il à marmonner, les mains déjà de retour sous ce top si affriolant.
— Ton portable sonne, Kurt, rougit la jeune fille au contact de ces doigts qui viennent lui titiller les tétons.

— Raaah, putain de merde, réalise enfin Kurt en se redressant.
— Raccroche, non ? lui propose timidement Tiphanie, moi quand je veux pas répondre c’est parfois ce que je fais...
— Faut que je voie qui c’est avant, lui fait Kurt en s’extirpant du lit pour retirer son téléphone portable de sa poche.
— Alors ? C’est qui ? s’enquit Tiphanie, plus curieuse que jamais.
— Allo ? Réponds Kurt, dans le combiné, oui ? Qu’est-ce que tu veux ?

Il a répondu. Évidemment, il a répondu ! Il aurait pas pu raccrocher au nez et revenir vers elle non ?
Agacée, elle le regarde se lever et marcher dans la pièce, son téléphone collé sur l’oreille.
— Bah vas-y, je m’en fous. Laisse-t-il tomber dans le téléphone, avec un air complètement indifférent.
Mais qui est cet interlocuteur mystère ?? se demande nerveusement Tiphanie en se triturant les doigts.
Dirk ? Anja ? Le caniche blond peut-être ? Ou encore, Elsa...?
Ce dernier prénom la fait aussitôt frissonner ; est-ce qu’il aurait repris un contact avec elle ?
Ah, il raccroche. Elle souffle un grand coup, plutôt satisfaite que la conversation n’ait duré que cinq minutes.
— C’était qui ? demande-t-elle timidement, un peu honteuse de se mêler ainsi de sa vie.
— Elsa. Laisse-t-il tomber, en rangeant son téléphone dans sa poche.

— Elsa...? Répète Tiphanie, en faisant un bon sur le lit, mais... mais..
— Elle était en larmes là, et je suppose qu’elle était assise dans un coin de sa salle de bain, dans le noir, un rasoir à la main... Comme d’habitude.
— Elle est suicidaire ? Reprends Tiphanie, choquée par ces révélations sur une jeune fille qui offre l’image de l’adolescente modèle et sûre d’elle au lycée..
— Depuis longtemps oui, enfin, elle se loupe toujours bizarrement, alors moi je pense qu’elle lance surtout des appels à l’aide à son entourage.
— J’ai du mal à y croire... avoue Tiphanie, mais pourquoi est-ce qu’elle vient vers toi pour t’annoncer qu’elle va faire une bêtise ?... Vous êtes tellement liés tous les deux..?
— Oui et non, comme moi elle n’a jamais su ce qu’était une famille aimante et attentionnée, alors pendant longtemps on s’est protégés mutuellement.

— Et Dirk, reprend Tiphanie en s’extirpant du lit, et Magda, et l’autre là, j’ai oublié son nom...
— C’est Karl le dernier.
— Oui, Karl !
— Pourquoi est-ce qu’elle ne pleure pas chez eux plutôt que vers moi, reprend Kurt, c’est bien ça que tu veux dire ?

Timidement, Tiphanie hoche la tête en se rapprochant de son interlocuteur.
— J’en sais rien honnêtement, lui répond-il en haussant les épaules, mais tout ce que je sais c’est que j’ai pas le droit de rester là alors qu’elle va retenter de mettre fin à ses jours, non ?
La jeune fille hoche à nouveau la tête.
— Bon alors ce qu’on va faire, c’est bien simple, annonce Kurt, je trace chez elle en moto voir si elle fait pas de conneries, et toi pendant ce temps, et bien tu m’attends ici ! OK ? Ça roule ?

— Eeeeuh... hésite Tiphanie, mais combien de temps...
— Je serai pas long, je te le promets ! lui assure Kurt, je regarde juste ce qu’elle fait, au pire j’appelle sa mère, et ensuite je reviens et on reprend là où on s’était arrêtés ! termine-t-il avec un clin d’œil qui en dit long.

— OK... Ça roule, lui fait la jeune fille, en laissant sa main s’échapper de la sienne.

— Je fais le plus vite possible princesse, lui sourit-il une dernière fois, avant de tourner les talons pour s’éloigner rapidement.

Aaaaaah... Que c’est dur de le regarder s’éloigner, songe la jeune fille, le cœur serré.
Oui, désormais elle rougit bêtement devant lui, sourit tout le temps comme une idiote, et veut s’emparer de ses lèvres à tout bout de champs...

Tous ces symptômes ne trompent pas malheureusement : elle est amoureuse ! Complètement amoureuse !