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Après une courte réflexion sur cette gifle et ces mots, prononcés par la belle Isis, Jun ne voit pas ce qu’il peut faire d’autre à part s’en aller d’ici, de ce château, de cette planète ; comment pourrait-il protéger une fille qui le méprise désormais ? Il a fait une erreur cette nuit-là, c’est évident, il le sait et s’en veut terriblement.
Soit, on ne peut revenir sur le passé ; alors il va toquer à la porte de Keichi pour le décevoir en lui faisant ses adieux.
C’est la meilleure chose qu’il puisse faire : arrêter le plus vite possible toute cette mascarade qui en devient presque risible.
— Entrez ! lui fait immédiatement la voix du jeune souverain dès qu’il a frappé deux fois à sa porte.

Zut, je le dérange, songe Jun en se mordillant la lèvre inférieure ; à peine entré dans la pièce il constate que son ami est au téléphone.
Une conversation apparemment bien animée d’ailleurs, au vu du ton employé par le blondinet.
— Je reviens plus tard... marmonne timidement Jun en se préparant en rebrousser chemin.
— Mais non, j’ai fini ! Lui lance vivement Keichi, avant de revenir cingler son interlocuteur, a l’autre bout du fil ;

— Tu te démerdes ! Les armées ne doivent comporter que les meilleurs éléments ! [...] Les autres ? Tu les renvoies en entraînement intensif, rien a foutre ! On est plus en mesure de rigoler je te signale ! [...] Ouais, ouah ! OK ! Bon sur ce je te laisse, j’ai de la visite ! Ciao !
D’un geste vif et lassé, il raccroche au nez de cet incapable ; le général de l’une de ses armées qui venait rapporter que certains de ses soldats n’étaient pas encore aptes à se battre.
— Désolé pour l’attente, soupire Keichi en se rapprochant de Jun — je suis vraiment entouré de bons à rien, c’est assez effrayant ! Je pense que je vais le virer ce con, comme ça tu récupèreras son armée...
— Je pense pas... En fait je.. Tente timidement Jun, un peu gêné de devoir annoncer à son ami qu’il a décidé de le lâcher.
— Nous sommes en guerre, lui souffle Keichi en laissant retomber ses bras pour afficher une grande lassitude — hier ton petit frère nous a attaqués, insultés, alors on a dû riposter, et puis...

— Hein ? s’étonne immédiatement Jun en écarquillant les yeux, — qui ça... ? Arkan ? Arkan a attaqué Octavia ?
— Oui, oui, le château même ! Tu n’as rien senti ? Oh pardon, c’est vrai que toi tu étais bien occupé hier soir....
Un petit sourire taquin se dessine sur son visage pour faire rougir et balbutier Jun ; — Très drôle... Enfin ça s’est mal fini et...
— Ma sœur a mauvais caractère ! Je suis au courant ! La coupe Keichi avec vivacité ; il ne veut pas en entendre plus, sa jumelle ne va pas lui foirer tous ses plans ! C’est impossible ! Pas maintenant !

— C’est moi qui ai fait le con Kei, se rend Jun, — j’ai été moche, pas très délicat... et maintenant, elle me déteste...

— Ne me laisse pas ! Supplie Keichi d’une voix tremblante, — Eternia est malsaine et ton oncle est fourbe, il veut annexer Octavia !! Aide-nous Jun, je t’en prie, aide moi !!!!
— Alors c’est vraiment sérieux... ? On est vraiment en guerre...? Parce-qu’Aaron a envoyé Arkan t’attaquer ?! Putain, tout ça, c’est de ma faute...
— Non Jun, revient Keichi en se glissant dans la brèche ouverte de la culpabilité, — ton oncle veut Octavia et il s’est servi de toi pour avoir une raison de nous attaquer, c’est tout...
— Faux, le contredit immédiatement Jun en affichant une moue sceptique — Aaron n’a jamais voulu étendre Eternia...

— Comment est-ce que tu expliques que lui et son fils nous attaquent alors ?
— Joker... Mais je vais essayer d’arranger tout ça, Aaron m’écoutera...
— Alors tu t’en vas ? Laisse finalement tomber Keichi avec dépit, — toi qui n’as rien là-bas, mais tout ici ?
— Co... Comment ça « je n’ai rien là-bas »... ? Marmonne Jun le cœur serré, — tu te souviens que je suis eternien Keichi?
— Non, le contredit durement Keichi pour continuer de lui déchirer le cœur — pour eux, tu n’es que l’enfant récupéré et élevé parce qu'ils n'avaient pas le choix.... Et au fond de toi, tu le sais ! C’est pour ça que tu étais finalement heureux de nous trouver, n’est-ce pas ? Tu es comme nous... Un être perdu et adopté par Octavia.
— Arrête, l’interrompt Jun, les bras croisés pour tenter de se montrer fort et imperméable à toutes ces vérités qu’il lui délivre avec tant de cruauté — je rentre et je parlerai à Aaron, je t’en fais la promesse. Tout ça, c’est ma faute, j’en suis certain... C’est parce que je suis ici qu’Aaron a dû péter un câble.
— OK... lui soupire Keichi avec douleur — alors nous sommes désormais ennemis, c’est ça ? OK... Moi qui pensais avoir trouvé un ami... Un frère... Merci de me planter ce poignard dans le cœur ! Va ! Va les retrouver ces fous assoiffés de pouvoir ! Va ! Va ! Qu’est-ce que tu attends ? Va les rejoindre et fais-nous la guerre ! Anéantis-nous !
— Keichi...
— Va t’en, poursuit Keichi sur le même ton blessé et perdu, — je veux plus te voir. Je t’ai donné ma confiance ainsi que mon amitié et tout ce que tu trouves à faire, c'est me chier dessus ! Tu me dégoûtes !
— Mais tu dis n’importe quoi, merde ! Je ne t’ai jamais dit que j’allais affronter Octavia, arrête de me prendre pour ton ennemi ! Tu délires complètement !
— Adieu mon ami... souffle le jeune souverain en se saisissant d’un verre de sangria, — va... va les retrouver... pour qu’après tu puisses réaliser à quel point tu étais bien parmi nous..
Alors Jun obéit et disparait, mais pas sans tenter une dernière phrase, à destination de son ami — je ne me battrai jamais contre Octavia, je te le jure sur ma vie.
En silence, Keichi serre les dents avec rage, en regardant cette aura bleutée s’illuminer pour faire disparaitre son plus précieux allié.
Son idiote de soeur ne lui sert décidément à rien, à part à tout lui ruiner.
Parfois, il se demande comment deux êtres aussi différents l'un de l'autre on plus être conçus dans le même œuf.
Elle est crétine ; il est supérieurement intelligent.
Elle est faible et inutile ; il est puissant et important.
Elle n’a que de ridicules pouvoirs pour sonder le malheur des gens ; il sait maîtriser leurs pensées et prendre diverses formes...
Non vraiment, leur mère lui a vraiment tout donné, à lui, pour ne laisser que les restes à sa jumelle !
*
C’est donc le cœur léger que Jun va enfin apparaître, dans la pièce principale de cette maison où il a grandi, auprès de sa famille adoptive.
— Jun ? s’étonne une silhouette qu’il reconnait bien ; sa tante, assise à son bureau pour pianoter sur l’ordinateur familial. Elle l’a reconnu à l’instant même où il a posé le pied sur le plancher.
Timidement, Jun ramène sa main droite vers ses cheveux, pour se gratter la tête avec gêne, en balbutiant un bref : — Coucou...
D’un bond, Anne s’extrait de sa chaise pour se précipiter vers lui, en larmes et en esquissant le plus large sourire que son visage peut afficher.

Folle de joie, elle se jette dans ses bras pour l’enlacer avec force, ce sale gosse qui est parti si brusquement de la maison.. — Tu ne nous refais plus jamais ça ?? On était morts d'inquiétude !!!
— Pas la fessée !! Pas la fessée !! tente de rire Jun, malgré la honte qu’il éprouve ; il a été vraiment odieux avec les siens, sans doute le pire égoïste qu’Eternia a plus engendrer.
— Apparement, ça a l’erre d’aller toi, lui sourit Anne en se reculant, l’air triste cependant, — au moins y’en a un qui va bien....
— Comment ça ? Grimace Jun — quelqu’un est blessé ?

— Arkan... Ces salauds lui ont fait du mal... Il est tiré d’affaire d’après Goku, mais c’est pas passé loin...
— Éloigne-toi de lui ! Cingle brusquement une voix que Jun pense reconnaître...
Aaron Daémon. Son oncle et souverain.

— Alors Jun ? Continue de cingler le rouquin — tu t’es bien amusé chez ces chiens ? Et tu as apprécié de voir Arkan se faire attaquer ?
— Ça suffit ! lui crie Anne pour l’interrompre ; pas la peine qu’il vienne gâcher les retrouvailles. Pas la peine qu’il vienne hurler sa rage pour faire fuir Jun... Aaron est bien trop froid et cinglant lorsque ses nerfs lâchent.
— Je suis désolé... bafouille honteusement Jun, avant de se faire crier dessus à nouveau par son impitoyable oncle et père de substitution, — on est désormais en guerre avec ces salauds tu sais, alors en résumé, on est en guerre contre toi, non ?!! Qu’est-ce que tu fous encore chez nous dans ce cas ?!!
— AARON ! lui hurle maintenant son épouse — qu’est-ce qui te prends ?! T’es malade ?!
— Il était dans ce palais ! Poursuis Aaron sur le même ton emplit de reproches, — j’ai senti sa présence... Il était là-bas quand qu’Arkan crevait !

— Je.. Je.. J’en savais rien Aaron ! Tente désespérément Jun pour sa défense — je te jure que j’étais vraiment au courant de rien...
— Évidemment ! Continue Aaron, fou de rage — évidemment.. Jun il ne sait jamais rien ! Il vit dans son petit monde, « hihi la vie est belle, les fleurs poussent et les oiseaux chantent » !

— Ca suffit maintenant Aaron, commence à s’énerver Anne, — qu’est-ce que cherche a faire là ? Tout le monde a le droit de faire des erreurs et...

— Oui, mais lui il en fait un peu plus que les autres, des « erreurs » !
S’en est trop pour Jun que n’a pas la force morale pour en supporter davantage : sans rien ajouter de plus a la conversation, il disparait, de la même manière qu’il était apparu, il y’a même pas cinq minutes de cela...

— T’es content ?... Gémit Anne sans se retourner ; elle vient d’entendre le bruit de la téléportation de son neveu — c’est ce que tu voulais n’est-ce pas ?
Aaron préfère croiser les bras et camper ses positions, en silence ; c’est un homme fièr et n’a pas l’intention de ramper pour s’excuser d’avoir fait fuir quelqu’un qui ne sait pas assumer ses actes !
— Il n’y a pas plus gentil au monde que Jun... Comment tu as pu être aussi ignoble... tente de le faire culpabiliser Anne, — là tu vois, tu l’as envoyé tout droit chez ton ennemi... Ou alors tu l’as envoyé se tailler les veines...
— C’est pas son genre de se tailler, se contente-t-il de lui souffler en fuyant son regard plein de reproches.
— Le pire c’est que tu es au bord des larmes, mais t’es tellement fié que jamais tu ne sauras l’admettre... Fichus Daemon... Vous êtes vraiment tous pareil...
— Il reviendra.
— Il n'osera pas revenir, il est aussi fié que toi ! Lui rappelle Anne maintenant en larmes — Lui qui est tellement sensible en plus... Tu me dégoutes Aaron ! Jun, c’était bien le dernier qui méritait ça ! Et le pire c’est que tu le sais !!