*
De son côté, Jun se remet douloureusement de ses émotions.
Il renifle encore, n'a pas vraiment les idées claires, mais il tente cependant de relever la tête. De penser à l'après en songean que la vie n’est faite que d’une succession de chutes et qu'il fallait l'accepter.
Peut-être n'étaient-ils pas faits l'un pour l'autre finalement.
Peut-être que l'amour avec un grand A n'existait pas, tout compte fait.
Le coeur gros, l'estomac toujours en vrac, il soupire, haussant les épaules. Chienne de vie, elle ne lui aura décidément rien apporté de bien trop longtemps. Mais peut-être était-ce mérité. Peut-être n'avait-il plus droit au bonheur après l'acte infâme qu'il avait osé faire contre son propre père.
Mérité, mérité. Il ne méritait que celui qui lui arrive.
Quelqu’un toque soudain à la porte, faisant ainsi sursauter le jeune homme à peine relevé ; Jun marmonne rapidement ;
— Moui ?
— Coucou Jun.. C’est moi.
La princesse ?
Jun a bien reconnu sa voix et lève un sourcil, avant de rougir lorsqu'il se souvient qu'il n'est actuellement vêtu que d'un caleçon.
— Eeeeeuh, oui ? Qu’est-ce que tu veux ? reprend Jun en se précipitant vers l’armoire pour en tirer des vêtements ; les premiers qui tombent sous son regard, encore embué par les nombreuses larmes qu’il vient de verser.

— Je... Je... balbutie Isis, un peu gênée de me trouver là, devant sa chambre personnelle, « — je..Je.. Je pensais vous faire visiter le château ! Ça vous dit ? » Se reprend-elle vivement ; pas question de lui montrer sa gêne ! Et puis il n’est pas seul... Alors il ne faudrait pas qu’elle paraisse idiote devant l'eternienne...
— D'accord, j'arrive dans cinq minutes ?? Mais tu n’entres pas !! la prévient vivement Jun en enfilant avec hâte une espèce de Jean apparemment trop serré.
— Il y’a des vêtements dans l’armoire, l’informée Isis, heureuse qu’il n’ait pas refusé sa proposition pour préférer rester avec sa petite amie. — Il doit y en avoir pas mal, aussi bien féminins que masculins...
— C’est bon, j’ai trouvé !! l’interrompt Jun en finissant de boutonner une chemise qu'il a récupéré entre des jupes de femmes.
Des jupes qu’elle aurait pu porter... songent-il avec tristesse...
— Jun ? Reprends Isis, toujours derrière sa porte — est-ce que ça va ?
— Hein ? Pourquoi tu me demandes ça... Marmonne le concerné en finissant de s’essuyer les yeux ; il ne faudrait pas qu’elle se rende compte qu’un solide gaillard comme lui a pleuré comme une fillette à cause d’une ridicule petite peine de cœur...
Derrière la porte, le cœur de la jeune Octavienne se serre, car au vu de ce qui émane de cette pièce, elle pense avoir compris les tourments du jeune homme.
Oui, la douleur des gens est l’une des choses qu’elle perçoit le mieux...
Pourtant, même si elle est certaine qu’il est seul dans cette chambre et qu’il souffre énormément, elle se met a sourire bêtement parce que...
Parce qu’elle n’est apparemment plus là.
Elle qui avait pourtant la chance de pouvoir être dans ses bras...

— C’est bon, tu peux entrer, lui annonce enfin Jun dans un soupir.
Alors la jeune princesse pousse enfin la porte pour pénétrer dans la pièce et apercevoir un jeune homme qui semble essayer d’afficher un air fièr mais aussi.... terriblement désespéré.

— Alors on va... visiter le... le château ? lui fait maintenant Jun avec un sourire crispé et forcé.
Ses dents sont désormais tellement serrées qu’il a bien du mal à laisser échapper les mots.
Pourtant, il essaie.
Pour lui parler et avoir l’air bien, normal et naturel...
— On commence... par quelle.. Pièce, alors ? continue-t-il sur le même ton à la fois enjoué, mais aussi tellement faux...
— Il... Il est grand ce château en plus... Il.. Il doit y avoir tellement de pièces... C’est vraiment... vraiment génial... J’suis vraiment ravi de... de... de.. De le visiter... J’en... J’en.. Rêves..
— JUN !! l’interrompt brusquement Isis en hurlant presque.
— P.. Pourquoi tu... pourquoi tu cries...? Lui fait le concerné en essayant d’afficher un air surpris ; alors qu’en fait il a l’air de venir d’ailleurs, comme si on venait de le réveiller d’un sommeil millénaire...

— Espèce d’idiot !! Lui crie à nouvelle Isis en se précipitant sur lui, pour s’agripper solidement à son cou. Évidemment le jeune homme titube sous le poids de la jeune fille, mais cela ne réussit pas à le sortir de son état larvesque. Ses yeux sont toujours rouge sang, pleins de larmes, et pour cette raison, il a d’ailleurs bien du mal à distinguer les traits de sa camarade...
— Espèce de crétin... reprend Isis, la voix tremblante, — il ne... il ne faut pas avoir honte de souffrir... Tu sais, même les plus grands ont parfois leurs moments de solitude...

— Mais.. Mais je vais bien... tente de marmonner Jun, dans un restant de fierté, — je... je te jure que je vais bien...
— Non... non tu ne vas pas bien... Et c’est ça le pire parce que... parce que..
Parce que tu es trop bon pour avoir le droit de souffrir...
Parce que les êtres de lumières tels que toi ne devraient jamais verser la moindre larme...
— Parce que quoi.. ? s’étonne Jun en sortant peu à peu de sa léthargie, — et puis.. Et puis...
Et puis que fais-tu là, pendue à mon cou ?
Est-ce que... est-ce que...?
Maintenant que Jun a l’air d’avoir repris ses esprits, la jeune princesse se sent terriblement mal.
Comment a-t-elle pu lui sauter dessus de cette façon ?
Cette situation est horriblement gênante et elle voudrait disparaître dans un trou de souris tant elle a honte de s’être comportée comme une adolescente excitée par un beau garçon..
— C’est pas ce que tu crois !! tente-t-elle vivement pour laver son honneur qu’elle vient de traîner dans la boue, — je... Je t’apprécie et ça me fait terriblement mal de te voir dans cet état !! On est amis, non ? Alors... alors..
— Ça va mieux Isis, t’en fais pas, tente de lui sourire Jun dans un soupir, avant de ramener ses mains le long de son corps, gêné par la proximité de la jeune fille.
— Tes yeux... essuie-les, lui ordonne amicalement Isis avec un petit sourire timide, — regarde-toi dans le miroir... T’es affreux !!

— Oh je crains... marmonne Jun en se frottant vivement les paupières pour faire disparaître les dernières larmes rebelles, — tu n’as rien vu hein ? Hein que tu vas garder tout ça pour toi hein ?? Hein ??
Si fier, mais si attachant... songe la jeune fille, les yeux brillants d’admiration et... d’amour. Malheureusement. Parce qu'elle a du mal à admettre qu’elle est en train de succomber au charme du jeune prince d’Eternia.
— Heeeeeeeeeeeiiiin ? Reprends Jun pour réveiller sa jeune amie qui semble préférer rester silencieuse lorsqu’il lui demande quelque chose de vital !
— Oui.. Lui fait-elle enfin, avec un sourire affectueux. — Ça restera entre nous ! Promis, juré... mais pas craché !
Il a esquissé un petit sourire quand elle a fini de formuler sa phrase et elle en est heureuse : ce n’est pas grave s’il ne l’aime pas, car l’essentiel c’est qu’il l’apprécie et qu’ils soient amis.
Amis.. Cela fait tellement longtemps qu’elle n’a plus eu d’amis comme lui.
Denzel... Oui, elle a Denzel, c’est vrai... Mais avec lui, ce n’est pas pareil.
Denzel n’est qu’un guerrier impitoyable, froid et pas vraiment sensible.
Jun, lui, à l’inverse, c’est un être qui dégage tant de bonté qu'il a le pouvoir de faire se sentir mieux quiconque traverse une mauvaise passe. C'est comme s'il possédait quelque chose d'addictif... Et Isiis se sent déjà sous l'emprise de cette drogue dure.
*
Cette nuit, Isis veut que Jun s’amuse ; alors elle lui a proposé de venir se détendre au premier étage ; l’immense salle où tous les habitants du château se relaxent, à la nuit tombée.
Pour l’occasion, elle s’est mise sur son 31 en enfilant une petite robe blanche, très courte et terriblement sexy.
Elle aimerait tant lui plaire...
Pourtant, même si ce soir elle met tout en œuvre pour être jolie et séduisante, elle se sent toujours un peu mal ; parce qu’il y’a de grandes chances pour qu’elle se prenne un râteau phénoménal.
Parce qu’il n’a sans doute pas encore oublié son ex-petite amie...
Ex-petite amie qui l’a apparemment laissé tomber...
Pour quelles raisons d’ailleurs ?
Avait-elle un sale caractère ?
Où est-ce Jun qui serait insupportable en amour ?
Bien sûr, tout cela ne la regarde pas, mais elle ne peut s’empêcher d’être curieuse car tout en lui l’obsède et elle aimerait tout savoir à son sujet.
Par exemple... Quel est le genre de filles qu’il apprécie ?
Fait-elle partie de la bonne catégorie pour pouvoir espérer lui plaire ?
Finalement fatiguée de se poser toutes ces questions, pas vraiment existentielles en plus, elle hausse les épaules et se dit qu’il vaut mieux arrêter de chercher la petite bête ; ce soir, ils vont s’amuser tous les deux et elle va tenter de le dérider ; en tant qu’amie. Et voilà. Uniquement en tant qu’amie...
Vingt minutes plus tard, les deux comparses sont assis sur une banquette, dans l'un des coins de la salle de réception. Ils discutent de tout et de rien mais Jun ne semble pas vraiment s'amuser, ni même être de bonne humeur.
— On remonte ? Propose t-il soudain après une longue minute de silence.
— Si tu veux, lui répond Isis en se mordant la lèvre infèrieure.
Qu’espérait-elle de lui ce soir, de toute manière ? Le pauvre sort tout juste d’une peine de cœur, alors il est évident qu’il n’a pas la tête à s’amuser..
Mais voilà que Keichi arrive pile au moment où les deux amis se préparent à extirper leurs fesses du canapé ;
— Vous ne dansez pas ? Pourtant, ce sont les slows... fait-il remarquer avec un petit sourire en coin, avant de reprendre, dans un éclat de rire ;
— Jun ! Espèce de faux gars !
— Maaais Euhhhhh... réplique le jeune eternien en esquivant le regard taquin de son ami.
— Kei... intervient Isis en laissant échapper un petit rire gêné — Fous lui la paix.
— Jun, faux gaux ! Ça va te poursuivre ! Reprends Keichi sur le même ton que précédemment, pour frustrer et faire réagir son camarade qui commence à bouillonner sur son fauteuil.
— Ok... Tu danses Isis ? Propose enfin le jeune prince d’Eternia en dévisageant le blondinet qui est en train de rigoler à gorge déployée, — Et toi Keichi, si tu as rien de mieux à faire, tu peux circuler !!!
— Je m’en vais, je m’en vais ! Laisse échapper Keichi en tournant les talons, à la fin de son fou rire, — y’a pleins de filles là-bas, je vais aller les occuper ! Car moi je suis pas un faux gars !
— Ça suffit !!! le cingle Jun en fulminant.
Mais le jeune roi est déjà loin ; mais encore en train de rire en constatant la gêne du jeune eternien.
Décidément, tout se déroule décidément comme prévu.
Il est vraiment ravi ! Le scénario est idéal et il semble se réaliser encore mieux que dans ses prédictions...
— Ne te force pas Jun, soupire Isis en regardant son frère disparaître dans un autre petit salon — Kei, c’est un lourdaud.
— Debout, on danse ! Fausse-nana va ! ironise Jun en se plantant droit devant la jeune fille encore assise — debout !
— Fausse-nana ? Se vexe Isis en le foudroyant du regard — et bien si je suis une fausse-nana, tu peux aller voir ailleurs mon gros !
— S’il-vous plaît, oh grande reine d’Octavia, veuillez accorder une danse à un pauvre petit prince désespéré... se reprend Jun en arborant la mine de circonstances : celle a laquelle personne ne peut résister tant il a l’air adorable et angélique ainsi...
— C'est mieux ! S'exclame Isiis, ravie, en se levant pour le rejoindre, alors qu’il lui tend déjà la main pour qu’elle la saisisse.

Seigneur qu’il est beau ce soir... songe-t-elle ensuite, complètement noyée sous charme, avant de se détester elle-même d'être ainsi charmée par un homme alors qu'elle est une guerrière fière et impitoyable qui ne doit pas se comporter comme jeune fille en Ruth !!!
Stressée, elle réalise que depuis qu’elle le connait, elle devient de plus en plus femme... C’est mauvais signe. Il faut qu’elle se reprenne rapidement et arrête de se laisser charmer par les airs de prince charmant de cet homme addictif...
Un prince charmant... Oh oui.. Voilà l’appellation qui lui convient...
Totalement.. Et encore, même les princes des contes de fées ont moins de charme que lui.

— Isis ? Ça va ? lui fait soudain Jun tout bas, un peu inquiète de la voir aussi mal a l’aise dans ses bras.
— Oui..Oui !! Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? Bien sûr que ça va ! Et puis pourquoi est-ce que ça n’irait pas ?!? Ca va toujours, moi ! Et toi ?! Tu es sur que ça va, toi ?!?
Mon dieu... Quelle cruche.. Songe-t-elle avec effroi : elle est en train de se ridiculiser dans les bras du prince d’Eternia...
Son nom est fichu ! Une corde, vite, une corde !
— Je... Je vais remonter, je pense, je me sens pas très bien... balbutie t-elle honteusement, l'air désespéré, — Je.. J’ai dû prendre froid... Tu.. Tu peux me lâcher dis ??

— Non.. Se contente-t-il de lui répondre de sa voix la plus douce — notre slow n’est pas fini, alors tu n’as pas le droit de t’en aller.
Ses yeux.. Pourquoi la dévisagent-il désormais ?!
Elle va finir par devenir folle... Seigneur, que lui arrive-t-il...
On dirait qu’il tente de la séduire, mais sans le vouloir réellement.
— Lâche-moi Jun, tente-t-elle de le gronder, les mains tremblantes — tu n’as aucun ordre à me donner alors.. Lâche-moi, tout de suite !!!
— Non... lui fait-il à nouveau, dans un souffle qu’elle peut désormais ressentir sur sa peau.
Délicatement, il la force à se rapprocher de lui pour la plaquer avec sensualité contre son torse.
Sale fourbe ! Qu’est-il en train d’essayer de faire ? Commence à prendre peur la jeune fille.

— Lâche-moi tout de suite, lui lance t-elle en essayant de lui asséner son regard impitoyable : celui qui rappelle son statut au palais ! — Je... Je.. Je ne suis pas une poupée de substitution !! Alors... alors...
Elle s'interrompt toute seule, brusquement très gênée par sa propre phrase.
Seigneur dieu... Quelle idiote.
Désormais au comble de la honte, elle tente de se débattre avec pour unique but de s’enfuir en courant jusqu’à sa chambre.
Mais il refuse de la laisser s’échapper, préférant la garder prisonnière dans ses bras.
— Une danse... lui murmure t-il tout bas, — calme-toi et arrête de me prendre pour un ennemi... Nous sommes amis, n’est-ce pas ? C’est toi qui me l’as dit... Alors, ne me laisse pas...
Son timbre de voix a changé et la jeune princesse ressent à nouveau l’étendue de son désespoir.
Quelle idiote décidément. Comment a-t-elle s’imaginer qu’il essayait de la séduire alors qu’en fait, il recherchait juste en elle une épaule amicale pour s’appuyer.
Quelle idiote.. Quelle cruche de ne pas savoir être une amie quand elle le doit...
Tendrement, elle se rapproche alors de lui pour se remettre à danser en silence, en lui murmurant un bref ; — au fait... c’est normal la chemise ouverte ?... Espèce de playboy !
Immédiatement, le jeune homme rougit et se recule pour reboutonner sa chemise, honteux. Isis rit aux éclats en constatant sa bouille cramoisie, avant de revenir se scotcher à lui pour continuer leur danse.