*

— On est bientôt arrivé, t’en fais pas ! informe Tania en marchant aux côtés de celui qui la ramène, ce brave Romuald !
— On pourrait en avoir encore pour une heure que ça ne me dérangerait pas ! J’aime bien marcher, moi, surtout quand je suis aussi bien accompagné !

Le blondinet sourit. Comme presque tout le temps, d’ailleurs. Tania réalise de plus en plus à quel point son caractère doux et calme peut être reposant pour ceux qui l’entourent. Il est aux antipodes de Yann, cette pile électrique vraiment agaçante et épuisante...
— Faut pas que tu t’en fasses, il est comme ça avec tout le monde tu sais, ajoute le blondinet en tournant la tête vers son interlocutrice.
La demoiselle rougit aussitôt, pétrifiée de honte.
— Eeeeuuuh, qu’est-ce que tu veux insinuer là ?
— Que tu es une fille très expressive et qu’on a tous compris que Yann te plaît.
— Au moins t’es cash comme mec toi ! T’y vas franco !
— Toujours, oui ! Ça évite de perdre son temps !
— Tu m’étonnes !
— Il ne t’a pas quitté des yeux de la soirée, tu sais, alors ça prouve que tu lui plais aussi, précise Romuald pour recentrer la conversation sur son ami — par contre, c’est vrai qu’il a un vieux caractère de chien et parfois de sales réactions...
— Tu crois ? Que... que..
— Que tu lui plais ? Oui. Y’a aucun doute là-dessus !
— Mouy.... Enfin, en tout cas je voulais te remercier de t’être proposé pour me ramener ! C’était super sympa !
— Je t’en prie, c’est normal, si on a joué au jeu de « qui la ramène », c’était surtout pour embêter Yann, tu sais !
— Comment ça ?
— Parce qu’actuellement, il a la haine que je sois avec toi pardi ! Il aurait vraiment préféré que Kylian te ramène, vu qu'il n'a rien à craindre de lui puisqu'il est en couple !
— Oh, tu crois ?
— À fond, je connais bien Yann !
— N’empêche, c’est gentil de me dire tout ça, mais... Et si j’en avais rien a fiche de ce sauvage sans éducation ? Admettons que... Que j’ai subitement succombé aux charmes d’un gentil blond ! Qu’est-ce que tu en dirais ?
— Ne me cherche pas ou je te prends direct ici, sur un banc ! A l’arrache ! Comme un sauvage, comme un « Yann » !
Les deux adolescents éclatent joyeusement de rire en s’imaginant cette scène qui serait vraiment des plus burlesques.
*

Après une courte marche, Kylian est enfin arrivé devant le domicile de sa dulcinée.
— Alors je te laisse, comme ça ? marmonne-t-il en faisant la moue. Il aurait évidemment apprécié une prolongation de soirée.... mais sa petite amie semblait réfractaire a l’idée.
— Comme je te l’ai dit, je ne vis pas seule Kyle...
Cette grande maison est à ses parents. Ici, elle ne possède qu’une grande chambre, aménagée tel un studio, au premier étage. Cet hébergement, offert par les siens, lui permet d’être logée sans avoir à débourser le moindre centime pour un éventuel loyer.
— Je comprends, lui souffle Kylian, sans un sourire.
Il est loin d’être idiot et il comprend rapidement qu’elle ne veut pas de lui chez elle.

— Je t’appelle demain ? Tente-t-elle doucement, pour tenter de dérider son compagnon
— Comme tu veux.
— Hey, arrête de bouder ! Déglutit-elle en se rapprochant sensuellement jusqu’à se coller contre lui — ne doute pas de moi, car je suis sincère, je te le jure...
Il ramène alors ses bras autour de sa taille pour l’enserrer tendrement.

Cet acte fait naître un doux sourire sur le visage de la jeune fille, qui se dépêche de lui murmurer les yeux brillants
— Tu me manques déjà ! À demain alors ? Je t’appelle dès que possible...
Elle termine sa phrase en se hissant sur la pointe des pieds pour l’embrasser délicatement.

Ensuite, et après s’être échangé les derniers mots doux de circonstances, ils se séparent enfin pour partir chacun dans une direction différente.


Vanessa est rongée par la culpabilité alors qu’elle attend avec impatience ce fameux coup de téléphone qu’elle est censée recevoir.
Son Ulrich...
Alors qu’elle est si bien, dans les bras de son Kylian. Elle ne peut pas le nier, qu’elle l’aime déjà énormément...
« La meilleure façon de résister à la tentation, c’est d’y céder »
~ Oscar Wilde ~
*
À quelques kilomètres de là, la troupe étudiante est enfin de retour dans leur résidence universitaire.

— Hey, Yann, taquine ironiquement Gérald — ça sonne bien Romu et Tania, non ? Tu trouves pas ?

— Pardon ? J’ai pas compris la blague là... grince des dents le concerné en imaginant son camarade rôtir en enfer pour l’affront qu’il est en train de lui faire !
— La blague c’est qu’elle te plaît grave, mais que tu joues au con, vient résumer tranquillement Erwan dans un soupir.
— Arrêtez là, vous commencez vraiment a me casser les couilles, tous autant que vous êtes !!! commence maintenant a s’agacer Yann, — c’est bon quoi, je lui ai roulé deux pelles a cette meuf et vous nous croyez mariés. Décoincez-vous !
— Alors si l’un de nous se la tape, cela ne te fait ni chaud ni froid ? Enchaîne tranquillement Erwan d’une voix trop calme pour être honnête.
— Absolument, prenez-la en gang-bang si ça vous chante, j’en ai rien à cirer, se contente de répondre Yann en bombant le torse.
— Intéressant ! vient appuyer Gérald pour tente de faire réagir leur ami trop prétentieux.
En vain.
Celui reste silencieux et ne semble plus réagir.
Lui et Erwan restent tout de même sceptiques sur cette fausse attitude désintéressée.
Ils ne connaissent trop bien pour se laisser berner aussi facilement...
*

Le lendemain, le temps pluvieux imposé par dame nature est en harmonie avec l’humeur d’une jeune fille perdue et noyée dans ses doutes.

Elle ne peut pas le nier : elle l’attendait avec impatience ce coup de téléphone.
Dès son réveil, elle s’est dépêchée de s’asseoir autour de la table a manger, devant son portable, pour attendre la sonnerie tant espérée.
Seulement, l’objet n’a pas retenti pour lui annoncer que cet homme voulait reprendre contact avec elle, mais pour lui afficher un message SMS de sa meilleure amie :
« Fé pa de conneries. Lui répon pa ! »
Comment sa meilleure amie peut-elle la connaître à ce point-là ?
Vanessa en a presque honte, d’être aussi prévisible.

Alors, à cause de ce SMS, Vanessa va se recroqueviller devant sa cheminée pour ruminer et chouiner en silence.
Ca y’est.
La sonnerie tant attendue.

Vanessa peut enfin l’entendre !
Mais elle tient bon. Elle ne décrochera pas.

Elle se l’interdit.