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    *

     

     

     Trois quarts d’heure plus tard ; Kylian rentre enfin chez lui, après avoir ramené chez elle sa nouvelle petite « amie ». 

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     Il est fourbu et ne désire qu’une chose désormais : dormir un peu, avant le hurlement du réveil matin. Heureusement d’ailleurs que demain, lui et sa sœur ne commencent qu’à 9 heures, il va pouvoir dormir un minimum. 

     Sa sœur... Oh celle-là, qu’est-ce qu’elle va l’entendre quand il va la revoir !

     Quoique... Si elle ne l’avait pas lâchement abandonné au Bricks, il n’aurait pas tenté de rentrer seul comme un pauvre malheureux, et il n’aurait jamais croisé Emma... À cette pensée, il sourit et se met à trotter plus gaiement que jamais, avant d’apercevoir une forme noire adossée contre un des murs de sa maison. 

     C’est son père. Il le reconnaît bien ; mais que fait-il assis tout seul, dans le froid de la nuit, avec un début de fine pluie de printemps.. Soudain, l’adolescent prend peur : s’il se fait remarquer, il va se prendre le savon de sa vie, pour avoir fait le mur. 

     Mais d’un autre côté, il lui est impossible de fuir discrètement a l’intérieur en laissant son paternel assis tout seul, comme un pauvre malheureux. 

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     Tant pis pour le savon ; il prend son courage à deux mains et s'avance vers son père. 

    — Papa.... ose-t-il appeler timidement.

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     — Tu fais le mur maintenant Kylian ? Souffle celui-ci sans lever un œil. 

     — Papa... Viens, on rentre.. Fais Kylian tout bas, en tendant une main à son père pour qu’il la saisisse et se relève.

      — Rentre a la maison, rétorque froidement Sacha, sans tourner la tête vers son fils — je ne dirai rien à ta mère si tu me fous la paix. J’ai besoin d’être seul. 

    Mais l’adolescent est têtu ; il s’assoit en tailleur aux côtés de son père, en soupirant

    — Vous vous êtes encore disputés avec maman, hein ? 

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     — Un jour tu connaîtras ça Kyle... laisse tomber Sacha avec un long soupir qui en dit long,

    — les femmes, ah les femmes... 

    — Mais pourquoi vous parlez pas pour tout arranger ? Vous vous aimez encore non ? Tente Kylian. 

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      — Je sais pas mon fils, je sais plus.. Oui... Oui je pense qu’on s’aime... Mais tout est si compliqué.. 

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     — Mais... Mais ça va s’arranger avec le temps hein ? Hein...? Vous allez pas divorcer hein ?... 

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     — Hola mais tu es bien pessimiste Kylian, s’étonne Sacha, — avant un divorce il doit se passer beaucoup de choses, et je ne pense pas qu’on en soit arrivés là avec ta mère... Enfin, j’espère pas !  

    — Donc, tu penses que tout va s’arranger, commence à sourire Kylian, un peu rassuré.

     — Je ne suis pas devin Kylian, soupire a nouveau Sacha, — je ne sais pas quoi penser en ce moment alors je laisse couler beaucoup de choses, on verra ce que l’avenir nous réserve... 

    — C’est Jonathan qui te fait peur, c’est ça ? Je sais qu’il a toujours couru autour de maman... 

    — Comment est-ce que tu sais ça toi ? L’interrompt vivement son père.

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     — Parce que ça se voit papa.. La manière dont il la regarde et tout... 

     — Et après elle dit que je me fais des films.... marmonne Sacha, — même vous, vous l’avez remarqué son manège ! 

    — Je l’ai jamais aimé ce nul moi.. Il a une tête bizarre, il m’énerve... Et maman l’aime pas, j’en suis sûr ! 

     — Ouèp ! Il va se casser les dents sur ta mère ! rit Sacha. 

    — Tout à fait ! C’est pas ce vieux plouc qui viendra perturber les Gutter ! Yataaaaaa ! chante Kylian avec un large sourire.

    — Bon allez, on rentre, sourit Sacha en se relevant, — il commence a pleuvoir bien comme il faut là, on se fait saucer la tête sans broncher, on est pas tarés nous sérieux, non mais j’te jure !

     — Tarés et fièrs de l’être ! sourit aussi Kylian en se relevant à son tour. 

     

    *

     

     

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     Le lendemain, Tiphanie se traîne aux pieds de son cadet pour s’excuser de son comportement de la veille : elle est rentrée tranquillement chez elle, après avoir passé la plus belle soirée de sa vie, pour se glisser dans son lit sans penser une seule seconde à lui. Ce n’est qu’il y’a quelques minutes qu’elle s’est souvenue de son existence, quand elle l’a vu dans le lit à côté du sien.  
     
     — Comment je crains ! Pardon mon Kyky ! Pardon ! supplie encore Tiphanie, plus honteuse que jamais. — Je suis la pire des soeurs, je suis désoléééeee, ça se reproduira plus !!!!
     
     — Oué oué... Tu as dû faire de ces choses avec Casper pour m’oublier comme ça... Beeeuuurkk !! J’ose même pas imaginer !!

     — Tu imagines même pas Kyky... se met à soupirer Tiphanie, rêveuse. — Il est.. Il est... 
     
    — C’est bon !! L’interrompt son frère, beeeuuuurk !! C’est Casper tout de même quoi !! Beeeeuuurkkk !!

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     Après avoir englouti leur habituel bol de céréales, les deux jeunes Gutter arrivent devant l’enceinte de leur lycée pour commencer une nouvelle journée de cours. 

     Tiphanie est terrorisée à l’idée de le revoir, car elle est évidemment persuadée qu’elle va se faire envoyer balader royalement, enfin non, ignorer totalement plutôt... ; pourtant elle s’est maquillée légèrement aujourd'hui en se coiffant comme la veille, en espérant qu’il lui retrouve des charmes, hors néons de boîte de nuit.. 

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      Et voilà qu’après une dizaine de pas, elle et son frère pénètrent enfin dans l’établissement, en passant devant la bande qu’elle souhaitait tant éviter ce matin..

     Il est là. Il est là. Pile devant elle, entouré de sa bande d’amis. Mais il faut rester fière et sereine ; elle ne va pas lui donner l’occasion de la ridiculiser devant toutes ces hyènes, oh que non !

     Elle marche tranquillement, sur les pas de son petit frère, en l’ignorant totalement, comme si la veille il ne s’était strictement rien passé entre eux. Et c’est évidemment la meilleure chose à faire dans sa situation !

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     — Tiphanie ? Appelle Kurt, sans bouger d’une semelle, faisant ainsi sursauter la jeune fille qui s’apprêtait à emprunter l’escalier pour rejoindre le premier étage. 

     Pourquoi l’appelle-t-elle ? Pour la ridiculiser sans doute... Salaud.. Salaud.. Se met-elle à fulminer intérieurement, tout en se demandant ce qu’elle va pouvoir renchérir à ça pour conserver un minimum de dignité.

      — C’est très mal poli de passer devant les gens comme ça, sans dire bonjour, poursuit calmement Kurt. 

     — Heeeeeeein ? gloussent Madga, Elsa et Karl, en chœur. 

     - Mais qu’est-ce que tu attends pour grimper ?? Cingle soudain Elsa ; qu’est-ce qui se passe ?

    Pourquoi est-ce que Kurt lui a adressé la parole ? Qu’elle décampe... Vite !!

    Il faut qu’elle disparaisse d’ici le plus vite possible ! Elle insiste,

    — DEGAGES ! Tu vois pas qu’on veut rester entre nous ?

     — La ferme Elsa, l’interrompt froidement Kurt en la bousculant pour s’avancer vers Tiphanie, toujours immobile. 

     — Quelqu’un m’explique ? intervient soudain Karl, dans un début de fou rire.

    La situation est tellement cocasse ! Elsa qui se fait rembarrer par son ex-amant, parce que celui-ci adresse la parole à la paysanne de leur lycée !

    Tout ceci est bien digne d’une série télévisée qui pourrait passer sur Comédie ! 

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     Mais pour Elsa, cette série télévisée ne devrait pas être diffusée sur une chaîne de rires, mais plutôt sur une de Dráma : voilà que le garçon qu’elle aime plus que tout au monde s’avance vers cette trainée pour l’attraper, de la manière la plus sensuelle qui soit, avant de se jeter sur ses lèvres... Elsa n’arrive même pas à hurler. Pourtant, elle entend Magda piailler sous la surprise. Normal. Tout le monde ici est interloqué ; et d’ailleurs même Karl s’exclame soudain un gros « Oooh, Fuck!! ».

     Comment... Comment est-ce que cela est pû arriver ? 

     — Oh fuck, de fuck, et de re-fuck... continu de balbutier Karl, complètement abasourdi par le spectacle.

    — Et ça s’est passé quand « ça » ?...

     Dirk n’ose pas répondre à son ami ni regarder les deux nouveaux amants à côté. Cette scène le débecte, non seulement à cause de ce manque de pudeur, mais aussi à cause de la douleur qu’elle procure la pauvre Elsa, qu’il apprécie tout de même, malgré ses nombreux défauts.

     — CONNARD !! se décide enfin a réagir Elsa avec un hurlement strident, avant de se jeter a l’intérieur du gymnase, les yeux pleins de larmes et le cœur en miettes.

     — ELSA, ATTENDS !!! hurle à son tour sa meilleure amie en se précipitant sur ses pas, pour la récupérer. 

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     — C’est vraiment laid ce que tu fais là Kurt, soupire Karl les bras croisés, dégouté de voir que la détresse de son amie ne l’empêche pas de continuer de rouler galoche sur galoche à cette campagnarde. 

      — Bon moi j’en ai assez vu, je me casse, t’es vraiment trop pitoyable mec ! termine-t-il avant de pousser a son tour la porte du gymnase, en jetant un dernier œil a Dirk, pour lui faire comprendre qu’il doit les rejoindre eux, au lieu de rester avec ce salaud. 

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     — Kurt.. Arrête.. Se débat Tiphanie, au comble de la honte. Mais Kurt ne semble pas décidé à arrêter le cinéma gratuit dans ce couloir ; il continue ses baisers, encore et encore, et ce malgré les quelques élèves qui passent de temps en temps, les yeux écarquillés. 

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     — Tu t’arrêtes pas là ? se décide enfin a cingler Dirk, — tu t’es pas assez donné en spectacle pour aujourd’hui ? Il t’en faut plus ?

     — Je t’emmerde, rétorque froidement Kurt, entre deux baisers humides sur le cou de sa proie délicate.  

    — Plus naze, tu meurs, soupire Dirk en rejoignant le reste de sa bande. Le choix, s’il faut le faire, il le fait sans hésiter, car son ami n’a aucune vergogne.. 

     Enfin seul, Kurt arrête enfin ses baisers provocants et sensuels. À croire qu’il en faisait exprès pour tous les choquer. 

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     — Kurt.. Hésite à prononcer Tiphanie, en le dévisageant avec suspicion. 

    — Quoi ? se contente-t-il de lui répondre en haussant les épaules. 

    — Tu viens de faire hurler tous tes amis... au cas où tu l’aurais pas remarqué.. Lui rappelle Tiphanie. 

      — Et ? Reprends Kurt, d’une voix glaciale. — Il faut que saches une chose Tif, je fais ce que je veux, quand je veux, et où je veux. Et celui qui est pas content, il dégage, c’est tout. Je n’ai aucun compte à leur rendre. Aucun. Termine-t-il enfin, en insistant sur le dernier mot de sa phrase. 

     Sans scrupules ni vergogne... C’est bien comme ça que l’on peut définir ce garçon, songe avec effroi Tiphanie, en commençant peu à peu à cerner l’animal. Il est charmant, mais il ne faut apparemment pas être du mauvais côté, avec lui...

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     — Je les déteste !!! hurle Elsa, en regardant tour à tour chacun de ses amis, je le hais !! Je LA hais !! Qu’elle crève cette pute !!! Qu’elle crèèèèève !!!

     — Calme-toi Elsa... console gentiment Magda, — elle va payer.. On va lui faire payer, t’en fais pas ma chérie... Calme-moi.. 

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     — P...Pourquoi est-ce que je l’aime ce salaud... Pourquoi... Pourquoi... gémit Elsa, complètement effondrée. 

    — Ils vont payer Elsa, je te jure qu’ils vont payer pour tes larmes, poursuit Magda de sa voix la plus douce. — Allez reprends toi, tu ne dois pas pleurer toi, imagines que tous les péons te voient ! Ils vont croire que toi tu peux craquer...

     — Men fou ! Je m’en fous de tout si j’ai pas Kurt...  

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     — Il est seul maintenant, fait Karl pour rassurer son amie effondrée, — comme tu peux le voir, on est tous là, autour de toi Elsa. Kurt, il est seul désormais... 

      — Mais tu es con ou tu le fais exprès ? Cingle froidement l’adolescente en larmes — Kurt se fiche d’être seul contre tous ! Tu le sais très bien.. Il s’en branle de tout ! C’est une charogne !!!!

     — Ohhh, dis pas ça ma chérie, fait gentiment Magda, personne n’aime la solitude, au bout d’un moment il sera malheureux...

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     — Oué c’est clair Elsa, confirme Karl — il est peut-être indifférent là maintenant parce qu’il veut se tirer sa paysanne, mais tu vas voir qu’avec le temps on va lui manquer, en plus il a perdu Dirk si tu l’avais pas remarqué..

     — Allez ma chérie, sèches tes larmes, reprend Magda, — y’a la sonnerie là.. Faut qu’on y aille... Sois forte et t’inquiètes pas, on est tous là pour toi, alors que lui il a plus personne, et je peux te jurer qu’il va craquer ce connard !!