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     Tout le monde est à table, sauf Ophélia qui joue encore à faire des bulles de savon ; il lui fait un signe de main pour lui rappeler qu’il faut qu’elle vienne s’asseoir avec les autres. Elle obéit immédiatement, dès qu’elle voit s’agiter la main de son père.

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     — Tu t’assois papa ? demande Kylian en tournant la tête vers lui. 

     — Euh... Non, en fait j’ai pas faim. J’embauche tôt pour ma première journée alors je vais regarder la télé avant d’aller me préparer. Annonce-t-il avant de détaler dans le salon, loin de cette ambiance glaciale qui règne dans cette pièce. 

     Mais les enfants ne sont pas dupes ; ils ont bien entendu crier hier, alors ils savent bien qu’aujourd’hui l’ambiance est orageuse entre leurs parents. 

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     Et puis il suffit de regarder Ophélia pour savoir que quelque chose de triste se passe dans la maison. Quand Ophélia sourit, c’est que son entourage est heureux ; et quand elle arbore une mine vide et sans vie, c’est que des gens souffrent autour d’elle. Et aujourd’hui, elle n’a pas encore décroché un seul sourire depuis qu’elle s’est réveillée. 

     — Et sinon, il est loin d’ici ce bahut ? demande Tiphanie pour relancer la conversation dans cette pièce qui s’enveloppe doucement d’une atmosphère plus que glaciale... 

     — Non, c’est vraiment pas loin, lui répond Claire, vous pourrez prendre le bus les jours de flemme, ou marcher quand vous voudrez vous faire un peu les mollets.

     — Le bus, le bus ! reprend Kylian, marcher c’est le mal, ça fait transpirer et puer !

    — Ca te ferai pas de mal, grosse fénéasse ! se moque Tiphanie en attaquant son bol de céréales.

      — Et sinon, commence Kylian, on fait quoi aujourd’hui nous ?

    — Quartier libre, répond sa mère, allez vous balader et découvrir un peu mieux Berlin, moi j’irai chercher vos uniformes et demain vous commencerez votre première journée.

    — OK, font en chœur Kylian et Tiphanie, avant de commencer à manger, en silence. Le déjeuner se déroule sans sourire et dans et dans une atmosphère des plus pesante et désagréable ; et Ophélia n’est pas dupe, elle se retourne sans cesse pour constater que son père est assis à part, isolé du reste du groupe. 

     Quelques minutes plus tard, les deux cadets de la maison se préparent à remonter dans leurs chambres respectives pour s’habiller correctement et faire ce qui était prévu : se balader dans Berlin aujourd’hui et découvrir un peu mieux leur nouvelle ville.

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     Mais Tiphanie reste plantée devant sa mère qui sort enfin de table. Les cris, hier soir, elle les a entendus, et elle n’est pas stupide : elle a bien compris qu’il y’a de l’eau dans le gaz entre ses parents, et ça lui fait terriblement peur.  

     — Qu’est-ce que tu veux Tif ? demande Claire en arrivant devant elle, tu rejoins pas ton frère et ta sœur ? 

     Elle lui répond par un mouvement de tête négatif, avant de la dévisager avec un air suspicieux.

    — Allez, file rejoindre les autres, reprend Claire, pour éviter de devoir commencer une conversation qu’elle ne souhaite pas vraiment voir débuter.

    L’adolescente est furieuse. Pourquoi ne lui parle-t-elle pas ? Elle a dix-sept ans maintenant et elle sait très bien analyser les problèmes qu’il y’a dans leur maison !! À croire qu’elle est mise au même niveau que les petits...

     Elle se retourne furieusement et s’éloigne sans dire un mot ; sa mère ne lui fait même pas assez confiance pour lui révéler que leur famille part en lambeaux !

     Claire regarde tristement sa fille s’éloigner ; elle soupire en réalisant que les disputes ont été parfaitement cernées et que les enfants ont maintenant peur. Il faut qu’avec Sacha ils se calment, pour le bien des petits au moins...  

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     Elle s’avance alors pour faire le premier pas ; il est toujours assis sur son canapé, rêveur, les yeux perdus dans le vague.

    — On a pas la télé encore... marmonne-t-elle en entrant dans la pièce. Qu’est-ce que tu regardes ?

    — Rien...

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     — Excuse-moi pour la gifle, lance rapidement Claire en évitant son regard. 

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     — Excuse-moi pour le « connasse », fait a son tour Sacha.  

     — J’avais déjà oublié, tente de sourire Claire, avec difficultés néanmoins ; ce mot lui a quand même laissé des séquelles.

    — Ce Jo... Il me rend dingue, je pourrai le buter tellement il me fout la haine.. Il peut pas se stabiliser et t’oublier un peu, dit ?

     — Mais il est stable Sacha, il a sa vie là-bas, soupire Claire, c’est juste un ami qui vient nous voir pendant ses congés... Il faut que tu arrêtes de le voir comme un rival, pas après dix-huit ans de mariage et trois enfants...

    — Je sais... Je réalise que je suis con, mais ce mec est une vraie fouine.. Marmonne-t-il en se triturant les doigts de stress, avant de reprendre, après avoir soufflé un grand coup, bon, je vais pas bosser aujourd’hui et on se fait une journée à faire les magasins de meubles pour la maison ?

     — Avec plaisir ! sourit joyeusement Claire en se retournant enfin vers lui, aux anges. 

     — Allez, c’est parti, fait-il en extirpant sa carcasse du canapé, vas te préparer, car tu mets toujours trois plombes !

    — Faut passer au lycée des enfants chercher les uniformes et finir les paperasses d’inscriptions aussi, informe Claire, tu viens ou tu restes ici en attendant ?

    L’idée n’enchante pas Sacha, mais vu qu’il n’a pas envie de replomber l’ambiance, il sourit et accepte de suivre son épouse.

    Claire n’en revient pas : les activités de ce style lui filent la nausée d’habitude, et là, aujourd’hui, il accepte de venir faire les magasins de meubles ET les formalités pénibles liées à la scolarité de leurs enfants ; elle est tout simplement ébahie, mais ravie.

     

     

    *

     

     

    Quelques heures et magasins divers plus tard... 

     — On a de la chance, fait Sacha, ils vont presque tout nous livrer demain ! 

     — Oui c’est sûr, ajoute Claire en sortant du réfrigérateur de quoi faire un fondant au chocolat. Tu as vu le salon qu’on a choisi comme il est beau ! On va vraiment être bien avec, le canapé c’est un vrai régal !  

     — Oui, il est pas mal... sourit Sacha en se rapprochant discrètement de la jeune femme.

    — Sacha, je t’ai vu ! rit-elle, mais sois sage et laisse-moi faire mon gâteau ! Il doit être prêt pour le dessert ce soir.

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     — Hmmmm.. Grommelle Sacha, comment tu me captes trop vite, y’a plus de suspens... termine-t-il d’une voix plus sensuelle en lui caressant le bras du bout de l’index.

    — Tututu petit coquin, taquine Claire en l’esquivant pour aller glisser sa préparation dans le grand four électrique.

     — Combien de temps de cuisson ? demande-t-il avec un large sourire qui en dit long, mais que Claire a vite compris puisqu’elle se jette avec passion sur lui en murmurant ; 

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    — On a vingt minutes...  

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     — Hmmmm, ça devrait suffire... murmure-t-il a son tour en glissant ses mains sous cette robe légère afin de chercher rapidement ce petit string rouge qu’elle doit porter... son préféré : le rouge en dentelle.

    — Mamaaaaaaaaaaaaannnnnnnnnnnnn, hurle soudain une petite voix stridente, suivie de plusieurs bruits de pas pressé qui se rapproche rapidement.

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     — Raaah, marmonne Sacha, quand c’est pas le portable c’est un des mômes..

    — Faites des gosses qu’ils disaient.. Rit doucement Claire en se décollant de son époux.

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     — Il est hors de question que j’aille en cours avec ce truc !!!!!!!! beugle Tiphanie en pénétrant dans la cuisine, oops... Je vous dérange ?

    — Non non Tif, sourit Claire, qu’est-ce qu’il y’a mon poussin ? Elle est pas bien ta tenue ?

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     — Tu te moques de moi ?? reprend l’adolescente. Nan, mais regardes ma jupe !!!!!! Elle est à ras-la-foune !!

    Sacha ne peut s’empêcher d’exploser de rire en entendant cette expression, surtout qu’il constate qu’en effet, cette jupe est tout sauf longue.

    — Le proviseur de ce lycée est un homme, obligé... lui dit-il en ne pouvant retenir un petit rire.

    — Vous vous foutez de ma gueule !!! s’énerve Tiphanie, furieuse de voir que personne ne réalise la honte qu’elle va avoir à porter ça toute la journée au lycée, elle qui ne porte d’habitude jamais de jupes !

    — Mais non ma chérie, on se moque pas de toi, tente Claire pour calmer le jeu, je t’assure que tu es très mignonne comme ça. 

     — Et les talons !! reprend Tiphanie, t’as vus les talons ?? On dirait une pouf !!! En plus je manque de me casser la tronche à chaque pas, c’est génial ! Sérieusement c'est quoi ce téléchargement douteux Minaya ?!?

    — Ca suffit maintenant Tif, soupire Sacha, de toute façon que tu sois contente ou pas c’est la même chose, ce lycée a une excellente réputation et il est près de la maison, alors tu iras là-bas, dans cet uniforme, que ça te plaise ou non. 

     — Trop trop marre !!!!! râle une dernière fois Tiphanie avant de disparaitre dans le couloir en titubant à cause de ses talons. 

     — Il va falloir qu’elle apprenne à marcher avec ça, rit Sacha une fois que l’adolescente les a quittés.

    — C’est pas bien dur, elle s’y fera vite, sourit Claire, ça va nous la féminiser un peu cet uniforme tiens, c’est pas si mal ! 

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     — Et sinon... On en était où déjà nous ? demande Sacha en attrapant vivement son épouse pour l’enserrer fermement dans l’étau créé par ses bras. 

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    — On a encore... disons.. Un quart d’heure... lui sourit Claire avec un air terriblement coquin qui veut tout dire.

    — Ne perdons pas une minute de plus !! s’exclame Sacha en se jetant littéralement sur sa proie pour s’emparer de ses lèvres avec avidité.

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     Affamée, Claire le serre aussi contre elle, répondant à ses baisers avec un désir non dissimulé et regrettant de ne pas pouvoir passer à l'acte immédiatement, sur le comptoir de cuisine !

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     Et cette envie semble totalement réciproque, vu qu’elle sent rapidement quelque chose de dur lui pousser le bas-ventre avec insistance ; elle en rougit et s’enroule autour de son homme de la manière la plus sensuelle qui soit, afin de l’exciter encore et toujours plus, avant de lui murmurer tout bas : —on monte, mon coeur?

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     — Qu’est-ce qui vibre dans ta poche ? Murmure soudain Sacha, entre deux baisers humides sur le cou de sa dulcinée qui se tortille de plaisir.

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     — Hein..? gémit à moitié celle-là, complètement obsédée par l’instant présent pour se préoccuper de son portable qui vibre en silencieux dans la poche de sa robe. 

     — Ton portable sonne ! reprend Sacha en interrompant momentanément son activité, c’est qui ? 


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     — On s’en fiche... je rappellerai... on va pas laisser ce maudit portable nous interrompre encore, non ? lui sourit-elle tendrement.

    Mais plus têtu que Sacha, ça n’existe pas : d’un coup sec, il glisse sa main dans la poche de la jeune femme pour en extraire lui-même l’objet et constater le nom de la gêneuse, voire du gêneur...

    J’en étais sûr ! hurle-t-il en agitant en l’air le fameux téléphone, c’est lui !!!!!! Putain, c’est lui !!!!!

    — De.. De quoi.. Réussis à balbutier Claire en faisant un bond en arrière, car il l’a lâchée brusquement pour se mettre à pester de toutes ses forces.

    — Vous vous foutez de ma gueule !!!!!!! hurle une dernière fois Sacha en jetant violemment le portable contre le mur d’en face, avant de faire demi-tour pour monter au premier étage en courant, pour y calmer sa rage, seul.

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     — Mon Nokia... souffle Claire, les yeux rivés sur la carcasse explosée de son téléphone.. Il a osé... il a osé... malade.. Espèce de malade... grommelle-t-elle avant de froncer furieusement les sourcils en hurlant de toutes ses forces ; 

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     — MALADE !! ESPÈCE DE MALADE !! REVIENS ICI TOUT DE SUITE !!!

    Elle arrive donc au premier étage, après avoir couru comme une folle dans l’escalier, et ce malgré ses talons ;

    — OUVRE-MOI CETTE PORTE !!!!!! hurle-t-elle à nouveau en cognant à la porte de leur chambre ; il s’y est enfermé à clefs ce fumier ! 

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     — Dégages connasse !! lui répond Sacha en hurlant aussi fort qu’elle, voir plus. Sale pute hypocrite, tu voulais me faire cocu hein ?!?! Tu crois que je l’ai pas capté ton petit manège avec l’autre fils de pute ?? Hein ??? Connasse !!! 

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     — Tu es complètement malaaaaaade Sacha !!! hurle Claire folle de rage, derrière sa porte. Je te détestes !!! Va te faire soigner!!!!!!!! 

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     — Dégages alors si tu me détestes, poufiasse !!! lui rétorque méchamment Sacha, va le retrouver et fais-toi tirer dans tous les sens de toute façon t’es bonne qu’a ça !!!!  

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     Cette fois, s’en est trop, la jeune femme craque et le désespoir vient remplacer la colère ;
    — J’en peux plus Sacha... laisse-t-elle tomber, je te supporte plus...  

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     — Bah dégage alors, s’obstine Sacha, pourtant un peu perturbé par la nouvelle intonation de voix de son interlocutrice. 

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     — Y’a plus rien à tirer de notre couple Sacha... termine Claire les yeux inondés de larmes, avant de retourner en courant au rez-de-chaussée. 

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     C’est à ce moment-là que Sacha commence à réaliser, toujours derrière sa porte, l’ampleur de cette nouvelle dispute, et sans qu’il s’en rende compte, ses yeux commencent à s’emplir de larmes, avant de les déverser en grand nombre. 

     Il en tremble ; il n’imagine pas sa vie sans elle, et il l’imagine encore moins dans les bras d’un autre... 

     Et il n’est pas le seul à pleurer en silence ; 

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     ... Dans leur chambre, les deux adolescents sont aussi effondrés que lui : ils ont entendu toute la conversation, tous les hurlements, et ils sont terrorisés à l’idée de voir leurs parents divorcer. 

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     .. Tout comme Ophélia qui est traumatisée par tout le mal qui hante les cœurs des gens qu’elle aime. 

     Le visage défiguré par les larmes et le cœur en miettes, Claire dévale donc l’escalier pour revenir au séjour, où elle se met à chercher désespérément les morceaux de son téléphone portable, en espérant le retrouver et peut-être, le faire fonctionner un peu ; il n’y a pas encore la ligne fixe dans la maison, et dans un moment aussi douloureux, on ressent souvent le besoin de parler à des proches. 

     Par chance, elle retrouve sous une commode la batterie de l’objet qui avait valsé là, se séparant de son socle d’origine : elle tente alors de la raccrocher là où elle est censée être, et par chance, le téléphone accepte de s’allumer ensuite. L’écran est légèrement fissuré, mais il affiche quand même le nécessaire. 

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     Sans plus attendre, elle compose donc un numéro qu’elle connait par cœur, et même s’il est tard, tant pis, elle a besoin de lui parler pour chercher du réconfort et demander des conseils. 

     Première sonnerie, personne ne semble vouloir décrocher ; elle serre les dents en se disant qu’ils sont peut-être occupés en amoureux et qu’ils ne veulent pas gâcher leur moment « intime » à décocher un téléphone portable...

    — Hmmm... allo ? Réponds soudain une petite voix, après la deuxième sonnerie.

    — Dieu merci... se retient de pleurer Claire, excusez-moi de vous déranger à cette heure-ci...

    — Hmmm... Vous trouvez toujours bien vos moments pour vous disputer.. On dort nous là... 

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     — Excuse-moi... Tu peux me passer Cèdric s’il te plaît?.. Demande timidement Claire à sa meilleure amie.

    — Et moi, je pue ? Boude celle-ci à l’autre bout du fil, avant de tendre le téléphone à son époux qui dort encore, enfoui sous sa moelleuse couette. C’est pour toi, ta cousine ! le remue-t-elle doucement en lui mettant le portable sous le nez.

    — Hmmmmm.... Rrrrrrr.... grmblblblbl... Oué ? Marmonne Cédric dans le combiné, qu’est-ce qu’il y’a encore les Gutter ? 

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     — Je.. Je m’en vais Cèd.. Je reviens à Mannheim.. Balbutie Claire en tremblant comme une feuille.

     — Gné ?

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    — Tu m’héberges le temps que je me re-installe toute seule ?....

    — Attends, je m’installe bien pour t’écouter, deux minutes !

    Il s’étire quelques secondes, s’adosse contre le rebord de son lit, un oreiller dans le dos, avant de reprendre,

    — Alors ? On en était où ? Tu es énervée et crois que tu veux quitter Sacha, c’est ça ? 

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     — Je crois pas... Je m’en vais Cèd !! Je rentre à Mannheim..

    — Mais non.. Expliquez-vous et excusez-vous gentiment.... soupire Cèdric, c’est pas la première fois que...

    — Mais c’est la dernière en tout cas, l’interrompt vivement Claire, avant de sursauter, car des bruits de pas arrivent rapidement vers elle ; Sacha.

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     — Clio... fait-il en arrêtant sa course effrénée, qui est-ce que tu appelles... 

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     — J’appelé Jo ! cingle-t-elle méchamment, comme pour se venger, et dégage-toi ! Je veux pas te voir !

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     — Clio... raccroche le téléphone s’il te plaît... reprend Sacha, il faut qu’on parle....

    — Je te laisse, fait Cédric dans le combiné ; il pense avoir compris le problème vu qu’il entend très bien tout ce qui se dit du côté de son interlocutrice. — Expliquez-vous calmement, c’est la meilleure chose que vous puissiez faire, sur ce, bonne nuit ! Moi je retourne me coucher !


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    — On a plus rien a se dire Sacha, laisse tomber Claire en éteignant son téléphone, dès que son cousin a raccroché, quelles insultes tu veux me lancer encore ?

    — Rien... Qu’est-ce que tu as dis a Cedric ? interroge Sacha, inquiet, que tu veux me quitter ?

    — Qu’est-ce que ça peut te foutre ?

    — Clio...

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     — C’est toi qui m’as dit de dégager, reprend-elle en lui tournant le dos, je l’ai pas inventé.

    — Arrête, tu es ridicule... Tu sais que je le pensais pas... C’est l’autre là, il me rend dingue...

    — Ca pour être devenu dingue, tu es devenu dingue ! confirme-t-elle.

    — Ben oué... Je suis dingue de toi... tente t-il pour l’amadouer, je suis jaloux comme un pou d’un bouffon qui court après ma femme...

    — La confiance est le ciment du couple... À croire que tu l’ignores.

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    — Je sais... soupire Sacha avant de s’interrompre pour laisser le silence envahir la pièce ; il ne sait plus quoi ajouter de plus pour sa défense.

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     — Mais c’est peut-être mieux comme ça... se décide à dire Claire, après de longues minutes.

    — De quoi ? Qu’on se sépare?.. Tu le penses vraiment ?

    — J’en sais rien...

    — Tu ne m’aimes plus ?... 

     — Ça n’a rien à voir Sacha... Mon amour n’est plus à prouver désormais, mais je me demande si on est vraiment compatibles tous les deux...

    — Mais arrêtes !! l’arrête vivement Sacha, comment est-ce que tu peux dire ça après dix-huit années de...

    — Et toi, comment est-ce que tu peux me parler comme ça, après dix-huit années ?? Hein ?? HEIN ??

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     — Joker... soupire Sacha, je suis un gros con, voilà, t’es contente ?? Je te présente mes plus plates excuses oh madame Claire Gutter, ma précieuse et bien-aimée épouse... Je suis un gros con qui parle trop vite sans peser ses paroles ! Je suis Sacha Gutter, ton époux impulsif et jaloux ! termine-t-il en se rapprochant d’elle pour poser sa tête sur ses épaules. Pardonne moi...

     — Eh oui, tu es comme ça, souffle tristement Claire, et tu ne changeras jamais...

    — Faux ! À partir de ce soir j’ai décidé de changer, l’interrompt-il vivement, tout ce que je vais dire désormais passera par la case cerveau, je te le jure, je t’en fais la promesse !

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     Tendrement, il l’attrape pour la ramener vers lui et l’enserrer le plus affectueusement possible, les yeux débordants d’amour et de désespoir ;

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     — Je veux pas te perdre mon ange, je vais faire de gros efforts, je te le jure sur la vie de mon père, sur ma vie, sur la vie des enfants même !

    Touchée par tous ces mots et nouvelles résolutions adorables, elle se décide à soupirer, avec un sourire tendre et timide ;

    — Ok... De mon côté, Je te promets de prendre de la distance avec Jo... Je ne l’inviterai plus à la maison, s’il veut venir nous voir, il ira à l’hôtel... Ça te va ? 

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     — J’en demandais pas tant, murmure-t-il en la prenant tendrement dans ses bras, mais je suis tout de même ravi !!

    ... Et c’est reparti pour un nouveau départ. Songe Claire, à la fois heureuse de le retrouver encore, et malheureuse à l’idée qu’ils puissent a nouveau se déchirer lors d’une éventuelle nouvelle dispute... 

     

    *

     

    Sont-ils vraiment compatibles ? Il est si difficile de se dire que l’on est peut-être pas faits pour vivre avec quelqu’un que l’on aime plus que tout au monde... 

     

    *

     

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     Lycée Victor Hugo, Berlin, 7 h 30.

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     Ce matin, le petit-déjeuner s’est très bien passé chez les Gutter, l'ambiance était très bonne et leurs parents semblaient s'entendre comme au premier jour ; ce qui a évidemment surpris Tiphanie et Kylian, qui avait entendu les concernés hurler violemment la veille. 

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      — T’as vu, fait Kylian à sa sœur, ils ont pas les mêmes uniformes que nous, c’est normal ?


    — Mais tu écoutes pas quand on te parle ou quoi ? lui répond Tiphanie en soupirant, maman t’a expliqué hier que les uniformes c’est en fonction des classes...

     — Ah oui, c’est vrai ! Mais j’en vois aucun comme moi, ça veut dire que je prends des cours particuliers ? ironise-t-il en riant. 

     — Non, ça veut dire que les gamins sont plus loin dans le bâtiment, c’est tout !

    — Gamiiine toi-même, avec ta jupe à ras-le-string !! se venge Kylian.

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     — Hey, regarder les filles, fait un jeune garçon en se retournant vivement vers les nouveaux arrivants, on les a jamais vu ceux-là non ? 

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     — Pourquoi il nous mate celui-là ? Marmonne Kylian à sa sœur en remarquant qu’on les dévisage sans discrétion. 

     — Si ça l’amuse... répond Tiphanie en haussant les épaules, on va aller voir à l’accueil pour demander où est-ce qu’on doit aller, ça a l’air d’être vachement grand ici..

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     — Karl, arrête de les mater, fait une jeune fille la plus maquillée. T’es vraiment pas discrèt... 

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     — Elsa, elle est dans ta classe la nouvelle, ajoute l’adolescente blonde, tu as vu son uniforme ?

    — Oui Magda, et alors ? Qu’est-ce que ça peut me faire qu’une campagnarde moche vienne dans ma classe ?

    — Je disais ça comme ça... balbutie Magda, honteuse de s’être fait reprendre aussi sèchement.

     — Retourne-toi maintenant Karl, arrête de mater, ordonne Elsa au jeune indiscrèt, tu payes la honte là !

     — Oops, oui, oui, fait timidement celui-ci en revenant vers ses camarades féminines.  

     — Lui, il m’énerve !! fait kylian a sa sœur, en se retournant vers le banc des voyeurs, pourquoi ils nous matent comme ça ?? Ils veulent notre photo ou quoi ??

    — Magne-toi Kyky au lieu de stresser ! se moque Tiphanie, déjà à l’intérieur du bâtiment. 

     — Oué, oué, marmonne celui-ci en reprenant son chemin, toujours aussi agacé par tous ces yeux qui semblent les regarder comme s’ils venaient d’une autre planète...