• 026

     

     

    *

     

      La sonnerie vient en effet de retentir, et dans un des couloirs du lycée, deux jeunes adolescents discutent en attendant l’arrivée de leur professeur de français. 

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     — Alors, tu as fait quoi hier soir ? Minaude timidement Lorelei à son ami.

     — Boarf, rien, se contente de lui répondre évasivement celui-ci ; il pense à l’absence d’Emma

    . Les cours vont bientôt commencer et il ne l’a pas encore vue apparaître à l’autre bout du couloir... 

     — Kyl ? Fait soudain Hugo en sortant de leur salle de cours, tu viens deux minutes ? Faut que je te parle. 

     — Hummm... s’étonne Kylian, avant d’hausser les épaules en hochant la tête. OK, je te suis. 

    — Mais vous vous connaissez ? Fais Lorelei, plutôt surprise.

    — T’occupes Barbie girl, se moque Hugo en passant à côté d’elle pour s’engager dans le couloir, suivi de près par Kylian.

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     Sans se retourner, elle les écoute s’éloigner.

    Comment se fait-il qu’il connaisse Hugo ? C’est Emma.. C’est Emma qui l’a entraîné dans sa bande !!! Elle le savait... Elle lui a foncé dessus exprès, l’autre jour, pour se rapprocher de lui, et ensuite elle s’est débrouillée pour avoir des contacts avec, hors collège !!

    Quelques pas plus tard, et une fois qu’ils sont seuls a seuls, le rouquin se retourne vers son camarade, 

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     — Écoute, je tiens à te prévenir....

     — Elle est malade aujourd’hui ? L’interrompt Kylian, pourquoi est-ce qu’elle n’est pas là ?

     — Ce qui s’est passé entre vous hier, ça doit rester secret, imprègne le bien. Kain ne doit pas savoir, jamais.  

     — Elle est assez grande pour faire son choix, non..? Marmonne Kylian. 

    — Oui, mais si elle le fait, il va la tuer.

     — Pffft, n’importe quoi ! C’est pas un dieu non plus ton pote... Qu’il la touche et je l’éclate ! s’agace Kylian.

     — Il est armé et il n’hésitera pas à te descendre si tu fais le con Kylian. Informe tout bas Hugo, afin de ce passage de la conversation ne tombe pas dans une éventuelle oreille indiscrète. — Tu sais mec, t’es a Berlin ici, et pas dans ta campagne... Kain il hésitera pas a te descendre, toi et Emma, avant d’aller vous enterrer dans une cambrousse quelque part à perpèt... Et personne n’en saura jamais rien, vous serez portés disparus, c’est tout...

     — Emma... fait doucement Kylian en déglutissant péniblement. 

    — Si tu sais où elle habite, tu peux aller la voir après les cours, lui fait Hugo en lui tapant amicalement sur l’épaule — elle a voulu rompre ce matin et il l’a cognée... Alors évidemment, elle a pas voulu venir au collège avec un œil au beurre noir, je pense que tu peux comprendre... 

    — Qu... Quoi ? Il a fait quoi ????

     — Chut, y’a des gens qui arrivent, chuchote le rouquin en remarquant quelques personnes qui commencent à affluer, — viens on rentre en classe. Elle va bien Emma, tu iras la voir après les cours si tu veux.  

     — OK... arrive à peine à prononcer Kylian, encore sous le choc des dernières informations assimilées. 

    — Retiens juste que toi et Emma, ça doit rester secret, jamais Kain ne doit savoir.

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     Au premier étage, deux autres adolescents, plus vieux cette fois, se pressent vers leur salle de cours, main dans la main. 

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     — Oh oh... fais ironiquement une voix féminine, détenue par une jeune fille qui semble sortir de la bibliothèque de l’établissement.

     — Anja... rougit Tiphanie, en lâchant discrètement la main de son petit ami.

     — Il s’en passe des choses dans ce bahut... reprend froidement la jeune fille, en dévisageant avec mépris le couple devant elle et cette fille pour qui elle avait, hier encore, beaucoup de respect, — Hop un petit coup de peinture par-ci par-là, et on emballe !

     — Va te faire foutre Anja, la cingle méchamment Kurt en reprenant vivement la main de Tiphanie, pour la trainer derrière lui, dans la classe, loin de cette vipère aigrie. 

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     Et voilà, t’es tombée dans le panneau... songe tristement Anja, une fois seule. Et moi qui te pensais différente...  

     

    *

     

    — Tiens, un traître ! attaque ironiquement Kurt, dès qu’il aperçoit son ex-ami, assis a sa place habituelle. 

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     — Je suis désolé, mais entre une fille en larmes et un salaud, je n’hésite pas. Soupire Dirk, — tu ferais mieux de parler a Elsa au lieu de... 

     — Ta gueule, l’interrompt violemment Kurt en cherchant du regard une nouvelle place a occuper : il est hors de question qu’il s’assoit a nouveau près de ce type qui l’a lâché comme une vieille chaussette, pour rejoindre une pleurnicheuse. 

     — Tif ? Viens ici ! ordonne-t-il ensuite en désignant deux tables côte à côte, au fond à gauche de leur salle.

     

     Blasée par la mauvaise ambiance qui règne ici, la jeune fille obéit sans rechigner, en soupirant tout de même

     

    — C’est un peu bête tout ça... Assois-toi avec Dirk, et moi je garde ma table...

     — Chut, l’interrompt Kurt, — on prend ces deux tables-là c’est tout, elles sont pile en dessous du chauffage en plus.

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     — OK... Je disais ça pour vous, moi je m’en fous. Soupire-t-elle à nouveau en tirant la chaise en arrière pour s’y asseoir.

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     — Tiens, Anja ! fait Dirk avec un large sourire, tu viens t’asseoir avec moi ?  

     — Hmmm, semble hésiter celle-ci, en analysant rapidement la situation : Kurt est isolé tout à gauche de la salle, avec Tiphanie.

     — OK, j’arrive, termine-t-elle avec un clin d’œil, avant d’attraper son cahier, sur sa table, pour rejoindre son nouveau compagnon de « table ». 

     La rupture entre Kurt et Dirk prouve qu’il y’a désormais une plaie dans cette bande, une plaie béante bien ouverte...

     — T’as vu le temps de chien qu’il fait dehors ? Souffle Dirk à sa nouvelle voisine. 

     — Oui, répond celle-ci, et vu la tronche du ciel, moi je dis que ça va tomber toute la journée ! 

    — Ouèp, c’est clair, lui fait à nouveau Dirk en souriant.

     Tiphanie se sent horriblement mal à l’aise dans cette ambiance : il y’a tant de secrets ici, on dirait qu’ils ont tous vécu énormément de choses, ensemble.

     Même ce garçon, à sa gauche, elle réalise qu’elle ne sait finalement rien de lui. 

     Pourquoi est-ce que Anja semble le détester à ce point-là ? Oui parce qu’il faut être lucide : elle a forcément quelque chose contre Kurt, et sans doute exclusivement contre Kurt, pour se précipiter aussi vite aux côtés de Dirk, dès qu’une faille semble apparaître entre les deux garçons...



  • 027

    *

     

     

    Toute la matinée, il va pleuvoir des trombes sur Berlin, sur le lycée Victor Hugo.

     Il est midi et demi. La sonnerie indiquant la pause de la mi-journée retentit dans tout l’établissement ; immédiatement après, tous les élèves se ruent dans les couloirs pour sortir le plus vite possible de cette bâtisse, où ils viennent de passer quatre heures pénibles.

      Presque toutes les classes sont donc rapidement désertées ; presque, car il en reste quelques-unes où certains lycéens préfèrent rester sur place, même pendant la pause ; ce sont souvent les plus grands qui agissent ainsi, préférant le calme des petits comités, au brouhaha de la cantine du rez-de-chaussée.

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     — Quel temps... soupire Tiphanie, le regard perdu dans l’horizon nuageux et noir que lui révèle une des fenêtres de la pièce. 

     — Il va pleuvoir jusqu’à ce soir au moins, fait Kurt — quand ça commence comme ça, on en a pour la journée.

     — Dis Kurt.... demande timidement la jeune fille en hésitant beaucoup a continuer sa phrase.

     — Oui ?

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     — Parle-moi de toi s’il te plaît.. Ose-t-elle enfin demander — je ne sais rien sur toi.. Je ne sais rien sur vous...

     — Je vois pas où tu veux en venir, marmonne Kurt en se redressant sur sa chaise

    . — Je veux juste te connaître un peu mieux, c’est tout. Depuis quand est-ce que tu connais Dirk, pourquoi est-ce que Anja réagit comme...

     — Ca suffit, l’interrompt Kurt, l’air apparemment agacé. — Je vois pas ce que tu cherches à faire là ! Vis ta vis sans chercher à comprendre celle des autres, tu verras que ça sera plus malin que de chercher des poux aux gens !

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     — Je veux juste te connaître un peu mieux, soupire Tiphanie en ramenant son visage vers celui de son interlocuteur. 

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     — Ça te dit de manger au Bricks ? Propose Kurt pour changer de sujet, — c’est un snack-bar entre midi et deux... 

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      — J’aurai aimé voir Anja quelques minutes en fait, j’ai pas compris pourquoi elle me snobe comme ça maintenant, je dois lui parler.

     — Mais on s’en fout d’Anja ! reprend Kurt — elle ne te parlera plus à cause de moi, c’est tout, c’est une aigrie de la vie. 

     — Et pourquoi c’est « une aigrie de la vie » ? soupire Tiphanie. — Je l’apprécie moi et j’ai pas l’intention de la laisser me faire la gueule dans le vent...  

    — Mais Anja c’est du vent ! l’interrompt froidement Kurt. — Tu comprends pas ou quoi ? Elle est insignifiante... 

    — Ça t’arrive de laisser les gens finir leurs phrases de temps en temps ? marmonne Tiphanie, — tu passes ton temps à me couper la parole, c’est d’un gonflant...

    Aussitôt sa phrase terminée, elle se lève d’un bond, en annonçant tout de même

    — Elle doit être à la biblio, je vais aller la voir. 

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     — Tu préfères Anja a moi, c’est ça ? se vexe Kurt en affichant la mine boudeuse de circonstances. 

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     — C’est pas vraiment comparable, lui sourit-elle, touchée de voir qu’il peut être jaloux et possessif : cela la flatte. 

     — Et je fais quoi moi ? Laisse tomber le boudeur — j’y vais seul ? Tu me poses un lapin quoi.. 

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     — Mais non ! sourit à nouveau Tiphanie en se rapprochant pour lui caresser tendrement les cheveux, — je veux juste papoter avec un peu, je suis sûre qu’on peut tout arranger. Je peux te rejoindre au Bricks si tu veux ?

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     — Mouais... marmonne celui-ci en ne manquant pas de ramener sa main gauche la cuisse de son interlocutrice. 

     — Tu crois que je t’ai pas vu ? Taquine Tiphanie, en interdisant à cette main baladeuse de rejoindre son entre-jambes. 

    — Fait comme si tu n’avais pas aimé, va...

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     — Allez, je te laisse quelques minutes, lui fait doucement Tiphanie en se baissant pour lui déposer un tendre baiser sur le bout des lèvres, qu’il va accentuer pendant quelques secondes, 

     — Allez files, murmure-t-il en la libérant enfin, — si tu continues comme ça je vais te prendre sur le bureau du prof...  

    — Idiot, rit Tiphanie en lui tapotant gentiment la tête, avant de commencer à s’éloigner. — À tout de suite ! 

     — À tout de suite, au Bricks ! Et pas dans une heure hein...

     — Oui oui, promis ! 

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     Cette fille lui plait énormément. Se met à songer Kurt, en la regardant s’éloigner et sortir de la salle. Elle lui tient tête, lui dit clairement qu’il est « gonflant », ne se plie pas à ses moindres désirs, et pourtant, il n’a même pas envie de l’insulter, comme il l’aurait fait avec une autre, qui se serait permis la même chose, voir moins.

     Pourvu qu’Anja ne gâche pas tout avec sa langue de vipère... Espère t-il en extirpant sa carcasse de sa chaise, pour sortir à son tour et se diriger vers le Bricks.

     

    *

     

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     À quelques mètres, Tiphanie pousse la porte de la bibliothèque pour découvrir, deux pas plus loin, une Anja accroupie ; sûrement en train de farfouiller, à la recherche d’un nouveau roman. 

     — Qu’est-ce que tu fais ? tente-t-elle, pour surtout signaler sa présence a son ex-amie. 

     — Ça se voit pas ? Je danse la macarena ! souffle froidement la jeune fille, encore plongée dans ses recherches. 

     — Arrête, intervient vivement Tiphanie, il faut qu’on parle Anja. Explique-moi pourquoi tu me jettes comme ça...  

    — Je te dis des trucs et tu ne m’écoutes pas...

     — Tu m’as dit de ne pas m’approcher de leur « ruche », et ça, je l’ai fait Anja ! Et Kurt n’est plus dans cette « ruche », mais tu sembles avoir un problème avec lui, et exclusivement avec lui !  

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     — Je ne le supporte pas c’est tout... Mais tout ça s’est compliqué. Laisse tomber Anja en s’appuyant sur la bibliothèque, — en fait c’était de lui que je ne voulais pas que tu t’approches, c’est tout. Finalement, la ruche, je m’en contrefiche, tu sais...

     — Anja... Tu es amoureuse de Kurt ? ose demander timidement Tiphanie, la gorge nouée. — P.. Pourquoi tu me l’as pas dit avant ? Si j’avais su...