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    Pendant ce temps, un jeune couple nouvellement parisien se prélasse sur le lit -ou plutôt matelas- de leur appartement, peu après avoir essayé, pour la au moins énième fois, de consommer leur union.

    Mais la tentative n'a été qu'un échec de plus pour ces deux tourtereaux qui s'aiment pourtant éperdument.

    Et le pire, c'est qu'ils n'ont même pas le corps, ou la forme physique du jeune homme coupable d'impuissance, pour crier àa l'injustice divine puisque, cet après-midi, celui-ci s'est justement forcé a consulter un spécialiste qui lui a fait passer plusieurs dizaines de tests dans tout les sens -tout aussi chers les uns que les autres, bien évidemment!- pour finir par lui certifier, en long, en large, et en travers, qu'il n'était absolument pas censé avoir le moindre problème à ce niveau-là. Et qu'en plus, il était doté d'une grande fertilité.

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    - C'est de la magie noire! qu'il s'amuse alors a ironiser à haute voix en observant toujours le plafond, l'air las et dépité, - je suis maudit!

    - C'est psychologique, comme te l'a dit le médecin, lui répond gentiment sa petite amie avec sagesse, - et qui dit, "psychologique"..

    - C'est ça! Non, désolé! Je n'irai pas voir un psy pour lui demander comment bander! Plutôt crever!

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    - Évidemment, tu ne vas pas lui demander, "comment bander", mais plutôt parler avec lui... Tu sais, des fois, ça fait du bien d'être obligé de se livrer..!

    - NAN! Et puis c'est ma soeur qui m'a maudit, cherche pas! C'est pour ça qu'elle répond pas au tèl, elle a honte de sa malédiction!!

    - Tu crois au père Noel mon chéri?

    - Gné?

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    - Bah je sais pas, puisque tu crois à la magie, je me disais que...

    - Ha bah bravo ! Se moquer d'un handicapé, tu pouvais pas mieux faire ! C'est du joli !!

    - Je t'aime! Tu restes le meilleur, avec ou sans ton engin !

    - Cette sorcière m'a maudis. Je le sais, je le sens ! 

     

     

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    - Non mais je rêve! Dis-moi, que je rêve!! grogne avec ironie et agacement Tobias, chez son meilleur ami aujourd'hui. En effet, l'espèce d'empaffé qu'il aimerait bien étriper en cette triste fin de journée, vient de le décevoir au plus au point en lui apprenant son soudain désir de quitter leur groupe de musique, - je ne peux pas le croire! Non! Tu ne peux pas être devenu brusquement le plus grand des connards, non!

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    - Oh la ferme, c'est pas en m'insultant que tu changeras quelque chose à ma décision.. En serre les dents de rage Raphaël, planté devant son interlocuteur, avec cet air stoïque qui pourrait bien vouloir exprimer un profond désintéressement pour la conversation à laquelle il participe, si son meilleur ami ne savait pas l'interpréter autrement :une immense et bien abominable fierté..

    - À cause d'une chanson? Parce que tu ne veux pas que l'on sorte une certaine chanson, tu vas tout foutre en l'air? C'est cela? Veux-tu bien reposer le pour et le contre, vite fait, et me redonner une nouvelle réponse, s.t.p? Je ne suis pas certain de saisir le côté intelligent de ta décision!

    - Je ne jouerai pas cette chanson, qu'il a forcément écrite et composé pour elle vu le lyric!! Il est donc hors de question que j'aide à sortir ce truc de merde. Alors si vous, vous voulez la jouer quand même, et bah..

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    - MAIS BIEN SÛR, qu'on va la jouer! Parce qu'excuse-moi, mais elle est magnifique! Et on serait pathétique de passer à côté de ça juste parce MOSIEUR Raphaël se sent frustré que Terry écrive quelque chose qui pourrait être destiné à Eva! Non mais regarde-toi.. Ta réaction est minable!

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    - Si tu n'as rien d'autre à me dire, tu sais où se trouve la sortie.

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    - Jane? Qu'est-ce que tu penses de sa réaction, toi? se dirige alors Tobias vers la concernée, l'air plus dépité que jamais, - puisque tu es au courant, toi aussi, de "la petite histoire secrète de ses origines!", que penses-tu de sa réaction face a une éventuelle histoire entre Terry, et..

    - Je ne me mêle pas de ça, Tobias, l'interrompt la jeune fille dans un soupir, - vous avez tout les deux tort et raison, et je ne veux pas prendre parti. Désolée!

    - Toutou, va, lui grommelle Tobias avec agacement, avant de revenir vers son meilleur ami pour lui soupirer avec lassitude,

     

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    - Tu ne peux pas nous quitter parce que tu ne cautionnes pas qu'Eva se rapproche de Terry.. Car si jamais ce n'est pas lui, cela sera forcément un autre, Raph', un jour ou l'autre! En plus, ils ne sortent même pas encore ensemble, alors ta réaction est vraiment trop excessi..

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    - Elle va lui tomber dans les bras après cette chanson, obligé. Et tu veux que moi, je joue tranquillement un tel morceau, en sachant très bien qu'elle en seront les conséquences? Conséquences que j'aurais ensuite sous les yeux, tout les jours que Dieu fera?! Je peux pas, Tob'! Et encore, je suis honnête de te le dire maintenant, car je pourrais très bien accepter de le faire et prendre un malin plaisir à saccager toutes les répétitions et enregistrements en studio!

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    - Admettons que tu aies raison, admettons que cette chanson lui soit en effet destinée et qu'ensuite elle lui -tombe dans les bras-, comme tu le dis si bien... Et alors, Raph'? Et, alors... ? Qu'est-ce que cela peut te faire, bordel? Puisqu'entre elle et toi, cela ne sera JAMAIS possible! Franchement, je n'arrive pas à cerner les raisons de ton égoïsme.. Ton attitude est moche. Vraiment très, très, très moche.

    - Elle pourrait ne jamais être au courant...

    - Tu plaisantes? à l'air de se retenir de rire Tobias, tandis que son amie Jane semble en faire autant, les yeux soudain écarquillés.

    - Bah quoi.. ? reprend alors timidement Raphaël, un peu honteux d'avoir si ça se trouve, sorti ici la blague du siècle.

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    - Une histoire entière basée sur le mensonge? La vache! continue le batteur.

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    - Il faudra alors que tu te fasses passer stérile, intervient enfin Jane dans la conversation pour ironiser de plus belle, - parce que les enfants nés d'unions consanguines, c'est-à-dire que, euh.. Mais remarque, ça pourrait être sympa! S'il a trois bras, ça pourrait être bien pratique dans la vie de tous les jours!

    - Ok, fermez-la tous les deux, commence lentement à perdre patience Raphaël en déglutissant avec honte et douleur, - je n'ai rien dit, et entre Eva et moi c'est impossible, c'est clair, mais c'est aussi clair qu'entre moi et les TroubleMaker, c'est terminé! Voilà. POINT BARRE! Et longue vie à Terry et Eva, le couple le plus naze de l'année!

    - Tu veux que je te dise? reprend tout de même Tobias, mais en se dirigeant cette fois vers la porte d'entrée de l'appartement de son ami, - tu es mauvais perdant. Parce que Terry, à l'époque, lorsque tu lui as fait le pire coup de pute qu'un mec puisse faire à un pote, et bien il a été fair-play. Il a joué franc jeu. Il a fermé sa gueule et enduré ton bonheur avec Eva, même quand elle te chantait des "Printemps", et des "Comme des enfants"...

    - Waouh, quel homme! ne manque alors pas d'ironiser Raphaël en haussant la voix avec colère, - je suis impressionné!! Ouhhh!! Qu'il est géniaaal, ce Terry!!

    - Continue comme ça, ouais. Car du coup, je regrette de moins en moins ton départ du groupe, tellement tu te révèles minable quand tu perds!

    - C'est ça! Maintenant, dégage de chez moi!

    - Avec plaisir!

     

     

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    Au même moment, et après un petit -mais très désagréable- accrochage avec sa petite amie, Jeffrey sort rageusement de sa résidence pour s'en aller prendre l'air!

    Sa blondinette aux reflets roux -grâce à une teinture rousse qui s'estompe lentement- l'a profondément agacé tout à l'heure avec ses "tu as répondu à l'annonce de Pizza Hut?", "Et à celle du lavage auto?", et "gnagnagna", et "gnagnagna"! Dieu qu'elle le pouvait le gonfler lorsqu'elle faisait sa stressée de la vie à propos du travail, des finances et de leur avenir! Jeffrey a toujours destesté les ordres et les obligations!

    Bon d'accord, il doit bien avouer que sur un fait, elle a totalement raison : ils ont besoin de travailler et de gagner de l'argent! Et vite!

    Cependant, lui, et a l'inverse d'elle, nepeut se résoudre à viser le premier métier de pecnots qui passe! Pizza Hut? Mac Donald? Et puis quoi encore!! Pour être exploité et ensuite payé avec un lance-pierre, très peu pour lui!

    Alors il préfère attendre encore un peu, pour que l'occasion avec le grand O se présente enfin à lui. Oh non, il ne songe pas à la chance de sa vie, m'enfin! Il ne vit tout de même pas dans un conte de fées en s'imaginant se voir proposer, un beau matin, un poste à des milliers d'euros, c'est certain, mais en tout cas, une chose est sure : il ne fera pas le premier "taff" du coin pour étudiant boutonneux, c'est certain!

    Il n'est pas prétentieux, non, mais il vise tout de même plus haut. Il ne souhaite pas commencer à manger des pâtes au beurre dès le 15 du mois. Il veut une vie décente sans avoir à craindre la facture d'électricité dès que l'hiver se termine.

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    Bref, c'est donc bien agacé et l'esprit un peu perturbé par un probable avenir de chômeur longue durée qu'il marche d'un pas nerveux juste à l'extérieur de sa résidence, quand tout à coup...

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    .. Il fait une bien intrigante rencontre!

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    Un jeune adolescent aux cheveux blond foncé, avec quelques mèches plus claires par-ci, par-là, vous savez, ces adolescents au look surfer qui ont un peu trop regardé certaines séries américaines au cours de leur enfance? Et bien, ici, vous avez un spécimen bien représentatif de ce type de gamins.

    Et ce môme, le jeune allemand est bien certain de l'avoir déjà croisé dans la cour de sa résidence. En compagnie d'un gosse blond, il lui semble bien. Un enfant à lunettes, son petit frère, surement, qu'il avait très vite déduit à ce moment-là.

    Mais ce n'est pas l'arbre généalogique de l'Alerte à Malibu français qui le perturbe au point qu'il fronce soudain les sourcils dans sa direction, mais plutôt.. Le fait qu'il soit en train de récupérer un paquet des mains d'un autre adolescent -qu'il ne reconnait pas, cette fois-, tout en lui faisant passer ce qui semble être quelques billets.

    Il n'en faut pas plus pour le jeune Beckers pour comprendre qu'il s'agit là d'une transaction de drogue : de shit, sans aucun doute.

    Et il ne se trompe pas! Il est certain de ne pas se tromper. Ces gestes, ces regards perturbés sur quiconque pourrait éventuellement les surprendre, il les connait. Il en a vu plus d'un, des loustics pareils, lorsqu'il arpentait encore les rues sombres de Berlin pour préparer sa fuite vers Paris.

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    - Hey! l'appelle soudain le jeune décoloré en enfonçant ses mains dans ses poches ; dissimulant ainsi fébrilement sa came, bien évidemment, n'est pas dupe Jeffrey, - qu'est-ce que t'as vu? T'as un problème? qu'il continue ensuite de lui marmonner, presque avec agressivité.

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    Oui presque, parce que même s'il le voulait, cette bouille ronde ne ferait pas peur à une mouche.. C'est triste, mais ironiquement, quand dans la vie il y'a des faciès qui font changer de trottoirs dès qu'on les croise, d'autres ne rappellent que le Muppet Show, même lorsque leurs propriétaires ont des soudaines envies de meurtre!

    - I have see nothing, répond alors l'ex-Allemand dans un soupir et dans un anglais scolaire et saccagé qui fait mal aux oreilles, tout en continuant sa route, - but it's not good thing what you do. You know? qu'il termine avec nonchalance en s'éloignant de plus en plus pour laisser derrière lui un très jeune adolescent terrifié a l'idée de se faire éventuellement, "cafter a ses parents!".


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    Travailler. Travailler. Travailler, travailler, travailler...

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    Avoir un travail, bénéficier d'un salaire, percevoir une rémunération...

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    Travailler, travailler, travailler... continue de se grommeler à lui-même Jeffrey en trainant désormais la patte.

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    Travailler, travailler, travailler... Mais dans quoi?

    Travailler, travailler, travailler...

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    - Hep! l'appelle vivement une petite voix qu'il replace très vite sur le visage du dealer dAlerte à Malibu Boy lorsqu'il se retourne dans sa direction,

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    - Yeah? qu'il répond alors en haussant les épaules, - no thanks, i'm not interested.

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    - You say something about what u seen, you're dead. Okay?

    - Gné.. But how old are you, little boy?

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    - Fourteen, Why?!

    - Tssss, so, you are a BabyDealer... and you try to make me affraid?! So, so funny...

    - You.. You.. You laugh about me?! But are you crazy, or?!

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    - Or it's normal to laugh about a BabyDealer! Cuz you're really too young for deal drugs.

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    - Fuck you! Fils de pute! I surely earn more money than you, so, shut up! Et va sucer des bites en enfer!

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    Cette dernière phrase fait brusquement l'effet d'une bombe dans l'esprit du jeune Beckers, très vite arrêté sur un seul et unique terme : Money.

    - How many? qu'il n'attend alors pas pour demander à son jeune interlocuteur qui semble maîtriser aussi mal la langue anglaise que lui.

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    - Sometimes, 200 euros per day. Sometimes more! Did u want to cry? P'tite bite! Ah ah ah!!

    - Uh... No. Surely, no. But now, I really want to meet ur boss.

    Une affirmation de l'ex-allemand qui fait brusquement éclater de rire le surnommé BabyDealer, sans vraiment que cela surprenne son interlocuteur, désormais impassible devant lui, plus armé d'assurance que jamais,

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    - Hey, little boy, it's not a joke, and I don't want to beat you, or talk to another about your little "work", so...

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    - Fuck you, go to hell! My boss didn't recruit, bouffon!

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    - Humm, i repeat, BabyDealer.. I'm not joking... I really don't want to beat you. But if u continue acting like that, you won't celebrate ur fifteenth birthday.

    Et c'est grâce à ce visage parfois terrifiant lorsqu'il fronce les sourcils en menaçant froidement, que cet allemand à l'anglais bancal fera finalement céder son petit interlocuteur, brusquement terrifié par ce jeune adulte à l'assurance inébranlable et au regard glacial.

     

     

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    C'est d'un geste nonchalant qu'Eva Beckers ouvre le réfrigérateur, ce soir, dans l'optique d'en extraire quelque chose de buvable. Une boisson gazeuse, de préférence.

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    Un pepsi fera l'affaire, qu'elle songe très vite en en récupérant une canette, tandis que sa mère arrive tranquillement derrière elle pour lui soupirer un las et abattu,

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    - Toujours rien...

    Évidemment, l'adolescente n'ignore pas ce dont à quoi sa mère fait référence dans un tel soupir de lassitude : la disparition totale de son frère jumeau.

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    - Il va bien, c'est l'essentiel.

    - Ce n'est pas parce qu'aucun hôpital, ni service de secours quelconque, n'a encore pu signaler sa présence, que tu peux déjà assurer cela! Je sais bien qu'il est débrouillard et tout et tout, mais...

    - Arrête de flipper, moi je sais qu'il va bien.

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    - Le célèbre lien des jumeaux! ne peux s'empêcher de sourire ironiquement Vanessa Beckers sans conviction, - si seulement cette légende urbaine n'en était pas une, je serais bien rassurée par tes certitudes...

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    - Où est Erwan? Pourquoi n'est-il pas là? Tu ne devrais pas être avec lui?

    - Il est en studio.

    - Sans toi? Est bien évidemment étonnée l'adolescente, perplexe, - hmmm..

    - Je fais une sorte de break avec le groupe, Eva. Et lui, en compagnie des autres, il tente de rejouer les morceaux Apologize.

    - Tu t'es fait jeter? Étrange, les médias n'en ont pas parlé.

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    - Parce que ce n'est pas le cas! Mais merci d'avoir si rapidement envisagé la possibilité! Et en parlant de médias, je crois qu'il y a un magazine pour jeunes qui a annoncé quelques soucis au sein du petit groupe de tes amis. "Fan de", il me semble... Une histoire de départ, non?

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    - Tu lis les mags pour ados, toi, maintenant? se moque amicalement la jeune fille en direction de sa mère, sans se préoccuper du sujet que celle-ci vient d'énoncer.

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    - Lorsque je suis seule en studio, je n'ai rien d'autre à faire que lire les premiers canards qui passent et "Fan de" me rappelle mes lectures de jeunesse! J'adorais ce magazine! informe Vanessa avec nostalgie, avant de reprendre très vite avec suspicion, - ton portable, Eva ?

    - Humpf, oui, n'attend alors pas pour réagir la jeune fille en récupérant l'objet dans sa poche,

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    - Allo ? qu'elle décroche sans attendre, pour qu'une voix qu'elle reconnait parfaitement lui fasse en retour,

    - Evaaaaa!!

    - Désolée, cela doit être une erreur, au revoir!

    Et clac, l'adolescente raccroche ainsi au nez de son frère jumeau : brusquement prise de panique par le fait que sa mère ne réalise l'identité de son interlocuteur, elle n'a pas hésité à couper vivement ce début de conversation.

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    Mais elle est cependant -et bien égoïstement - très rassurée par cette microseconde de dialogue avec lui : il va bien! Il est vivant.. C'est déjà un bon point.

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    Vanessa, quant à elle.. Observe sa fille retourner dans le salon en sautillant, l'air sceptique...


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    Comme la majorité des fins de journées, Jeffrey constate, tout en rentrant chez lui d'un pas tranquille, qu'aujourd'hui encore les enfants de sa résidence jouent joyeusement dans la cour de celle-ci.

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    C'est avec émotion qu'il les observe : et pour cause, c'est au basket-ball que ces chenapans s'éclatent toujours!

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    Des frimousses qu'il reconnait bien aujourd'hui : un petit quatuor composé de quatre petits garçons et d'une fillette.

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    Dans le lot, un petit blond.

    Dans le lot, le petit frère du principal client de son jeune collègue, BabyDealer.

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    Un petit blondinet aux allures timides, puisqu'il le constate toujours a quelques mètres de ses amis garçons, mais jamais complètement avec eux... Ou uniquement en compagnie de la fillette de la bande. Alexia, que Jeffrey semble avoir entendu, un jour où la mère de la concernée appelait ce prénom de toutes ses forces.

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    - Pédale!! fuse soudain dans l'air une insulte qui fait brusquement se retourner Jeffrey, perplexe.

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    - Piiiiiiiierre, c'eeeeest, une pédaaale! Piiiierre, c'eeeest, une pééédaaale!

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    Vu la façon dont ce mot, "pédale", est chanté, Jeffrey comprend très vite qu'il désigne une insulte des plus moqueuses et les index des deux jeunes basketteurs pointés en direction du petit blondinet lui confirment très vite que sa déduction n'est pas erronée.

    Arrêtant quelques secondes de chanter, le petit magrébin lance sa balle de basket en direction du panier : il manque le point de peu, dommage, la balle cogne le rebord avant de retomber au sol à l'aide de plusieurs rebonds.

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    Le jeune africain la récupère très vite, pour la lancer à pleine vitesse vers Pierre-la-Pédale, qu'il insulte joyeusement.

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    Il n'en faut pas plus à Jeffrey pour comprendre les -ou l'unique?- raisons de ces moqueries : il sait bien que les petits garçons entre eux sont parfois durs et cruels lorsqu'ils pensent l'un des leurs plus faible ; et dans le cas ici présent, il est bien évident que le blondinet du groupe n'est pas -contrairement aux deux autres garçonnets- ce que l'on peut appeler un grand sportif très doué.

    Il n'a surement pas encore fait ses preuves, à leurs yeux.

    Le jeune allemand interviendra donc pour lui filer un coup de pouce : tranquillement, il s'approchera du petit groupe d'enfants pour arriver au niveau du petit blond.

    Puis, une fois arrivé à destination, il attrapera vivement le concerné pour le mettre sur ses épaules, sous les regards ébahis des autres petits qui baragouineront assez forts quelques mots, exclamations incompréhensibles pour le nouveau français qui n'hésitera pas à piquer des mains du jeune africain sa balle de basket pour la donner à celui qui gesticule sur ses épaules.

    Le volé maugréera sans attendre!! Et pour cause : non mais, pour qui se prend-il ce "grand", là, de lui piquer ainsi son ballon!?!?!

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    Ce grand, là, qui sautera brusquement en direction du panier pour s'y accrocher fermement, comme s'il venait soudain de marquer un Dunk.

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    - GO! qu'il n'attendra ensuite pas pour ordonner au gamin perché sur ses épaules.

    Gamin qui très vite, et pour la première fois de sa vie, réagira brusquement et aussitôt, sans réfléchir, sans peser le pour et le contre, sans se demander quelle blessure il pourrait éventuellement se faire en tentant telle ou telle action..

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    Oui. Aujourd'hui, et pour la toute première fois de sa vie, Pierre-la-pédale va impressionner ses amis.

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    Amis qui trépigneront ensuite au sol avec une jalousie brillante dans les yeux, criant et encourageant le nouveau kangourou du millénaire!

    Skippy, deviendra très vite le surnom qu'ils lui donneront.

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    Bien évidemment, ces deux garçonnets fous de sensations fortes n'attendront ensuite pas pour se mettre à sautiller devant leur désormais idole en lui montrant du doigt le panier de basket, les yeux suppliants et brillants d'admiration,

    - Moi aussi!! Moi aussi!! Stp!! Stp!!! Stppp!!

    - Eh eh! Leur fera alors Jeffrey en leur tapotant amicalement sur la tête, avant de se diriger d'un pas rapide vers son appartement : sa cheville abimée n'aura pas vraiment apprécié son petit numéro de cirque et il sentira bien qu'il devra très vite aller se faire pardonner auprès d'elle en lui offrant quelques massages et une bande pour la soutenir.

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    Mais cela n'est pas grave, car même si ce soir, il souffre le martyre, il aura au moins fait briller les regards de trois jeunes garçons passionnés de basket et ça, et bien cela sans aucun doute ce dont il sera le plus fier aujourd'hui!

     

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    Aujourd'hui, Eva Beckers a décidé de se rendre dans un petit hôpital psychiatrique du centre-ville berlinois afin de rendre visite à une vieille, très vieille, connaissance...

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    Angelika Ritter.