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    Quelques minutes plus tard, et après que la jeune Ana ait fait un petit passage dans les sanitaires de la gare pour se changer avec hâte, s'ébouriffer les cheveux pour quitter ses allures de prostituée vulgaire et s'essuyer les lèvres afin de retirer son surplus de makeup, les tourtereaux arrivent enfin sur les quais pour attendre patiemment l'entrée en gare du train qu'ils doivent prendre pour disparaitre à tout jamais de la circulation. Devenir des gens nouveaux, ailleurs, et loin d'ici...

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    - Je me demande encore si ce que nous vivons est bel et bien la réalité, Jeff, avoue avec timidité la jeune prostituée, le coeur battant et les joues en feu, - mais une chose est sûre, il y a un raté inexplicable dans nos retrouvailles...

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    - Hein? s'étonne sans attendre Jeffrey, perplexe, - qu'est-ce que tu veux dire?

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    - Qu'on ne s'est pas encore embrassés! Est-ce normal?

    - Humm.. Provoque alors le jeune homme avec un clin d'oeil, - mais vient ma puce, je t'attends!

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    - Et au sujet de nos nouveaux noms et prénoms.. Je, euh.. Hum, disons que.. Que je suis surprise que.. Euh.. Qu'ils soient tous les deux.. euh.. Différents? Enfin, je, euh.. Puisque c'est toi qui les as choisis, disons que je.. euh.. Que j'aurais pensé que.. euh...Qu'ils seraient identi.. ques?

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    - Parce que je ne veux bruler les étapes, tout simplement! informe alors Jeffrey pour justification en attrapant tendrement son interlocutrice par la taille, - et le mariage est, à mes yeux, une étape que l'on ne truque pas! Mais si ça peut te rassurer, tu ne t'appelleras pas longtemps Béranger, foi de Jeffrey!!

    - Oh.. En a aussitôt les larmes aux yeux la jeune femme en agrippant nerveusement son partenaire, les doigts crispés et les lèvres de nouveau tremblotantes.

    Très vite, elle plonge son regard dans celui de son amant avec une tendresse infinie dans les yeux, avant de se hisser sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec tendresse et passion.

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    "Le couple heureux qui se reconnait dans l'amour défie l'univers et le temps, il se suffit, il réalise l'absolu" [Simone de Beauvoir]

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    Cet amour incroyable qui naissait entre un client et sa prostitué,Ana n'y croyait plus depuis tellement de semaines. Persuadée avec certitude qu'elle ne reverrait plus jamais son sale gosse d'amour, car il l'aurait sans doute très vite oubliée, puis remplacée.... Par une autre. De son monde à lui.

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    ~ Les plus belles histoires sont celles que l'on espère plus... ~

     

     

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    Pendant ce temps, et alors que Vanessa et Erwan commencent à sérieusement s'inquiéter de l'absence de l'adolescent du foyer ; en effet, il va bientôt être 20 h et demie et celui-ci n'est toujours pas rentré! "-En voilà un qui va se prendre un de ces savons.. N'attends pas pour maugréer Vanessa, furieuse";

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    ...Eva, de son côté, vient de finir de lire une lettre soigneusement pliée et camouflée aux trois quarts sous l'un des oreillers de son lit.

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     "Les larmes sont un don. Souvent les pleurs, après l'erreur ou l'abandon, raniment nos forces brisées" [Victor Hugo] 

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    "Hey...

    Bon.. Comme tu as pu le remarquer, je ne suis pas
     encore rentré, et à l'heure où tu liras ces lignes, je serais
     déjà loin et je ne sais vraiment pas quand est-ce que l'on se reverra...

    Mais ne me juge pas trop vite, s.t.p., et essaie tout d'abord
    de me comprendre, réaliser que pour être avec elle, je n'avais pas
    d'autre solution que la fuite sans laisser d'adresse...

    Et oui, je sais bien que là tu te mets brusquement
    à me mépriser aussi fort que tu m'aimes, hein!..

     Mais je te rassure, c'est dur aussi pour moi
    de m'en aller loin de toi.. Mais je n'ai pas le choix.

    J'ai pourtant bien essayé de réfléchir a d'autres solutions,
    possibilités, moyens de la sauver,
    mais à part la faire fuir la ville, euh...Je n‘ai pas trouvé.

    Après c'est sûr que tu n'en as surement rien à foutre d'elle,
    mais je t'interdis de la haïr pour ce départ, parce que si
    à sa place l'on mettait ton Raphaël, tu tenterais aussi le tout
    pour le tout pour lui, exactement comme moi...
    Et ne le nie pas.

    Bref, je ne me cherche pas d'excuse..
    Et je tenais à t'annoncer moi même mon départ..
    (là tu es en train de penser : c’est la moindre des choses,
    connard! n’est-ce pas? xD *hug*)

    Enfin, je ne te dis pas adieu...
    Car je t'appellerais. Bientôt!!
    Enfin, dès que je le pourrais...
    Et je t'écrirais souvent aussi, promis!!!

    Bien sûr, je ne te dis pas où est-ce que je vais,
    au cas où maman et Erwan tomberaient sur cette lettre. 

    Parce qu'il est bien évident que je me
    débrouillerais pour ne reprendre contact qu'avec toi.

    Hummm... Je me doute que tu es surprise
    de lire ces lignes et que tu es déjà en train de pleurer :'(

    Et tout ce que je peux trouver à te dire pour me faire pardonner,
    c'est que ce n'est qu'un au revoir...

    Je te le jure sur ma vie.

    Bref, en attendant, je veux que tu fasses attention à toi..
    Aux gens chelous qui te rôdent autour..

    Et aussi, n'oublie pas que cette année c'est le bac! è_é

    pour tirer plus haut que le 04/20 lool ! xD ;)

    Allez, je te laisse... Mais je te dis à très bientôt.

    Faut que tu commences dès maintenant à réviser tes maths

    Bisous.. Je t'aime...

                                                          Jeff." 

     

    Il avait osé. Partir en courant, sans même se retourner. Et le pire pour la jeune fille abandonnée, ce n'est que de réaliser qu'elle n'est même pas surprise, ce soir. Elle s'y attendait presque!

    Mais où était-il donc, ce bon vieux temps qu'elle chérissait tant ?

    "Nous deux, c'est pour la vie".

    "Nous deux, jamais on se séparera!!"

    "NAN, c'est pas ma soeur, c'est ma JUMELLE!"

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    "Nous deux, jamais on se séparera!"

    "T'es maaalade! On n’est pas frères et soeurs, on est JUMEAUX!"

    "Nous deux, jamais on se séparera!"

    "Croix d'bois, Croix d'fer.

    Si j'mens, j'vais en enfer!"

    Foutaises! Balivernes! Promesse niaises de gosses attardés et naïfs! Puérile utopie.

    - Allo?

    - Hey, salue, toi! Ça va?

    - Non.. Mon frère est parti sans laisser d'adresse.

    - Oh merde.. Ça va, tu tiens le coup?

    - Non...

    - Tu veux que je passe te prendre quelque part?

    - Dans une heure.. Mes parents seront couchés, je pourrais donc sortir.

    - Ok, dans une heure, je serais en bas de chez toi.

    Ok, dans une heure, il sera en bas de chez elle. Ok, dans une heure et demie, ils seront tous les deux dans le nouvel appartement du jeune homme.


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    Ok, dans trois heures... Ils seront assis côte à côte sur ce grand lit, à siroter des bières en se visionnant quelques idioties à la télévision, tout en essayant de discuter de tout et de rien. Comme le font les bons amis. Les fidèles confidents. Voire parfois, les ex-amants.

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    Mais que les mauvaises langues restent muettes : il ne se passera rien de plus.

    Pour l'instant, du moins...

    Pour ce soir, en tout cas.

    Pour aujourd'hui, c'est certain.

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    Mais pour demain, voire pour après-demain, ou encore, le surlendemain.. rien n'est moins sûr!

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    Parce que la jeune fille au coeur gros commence désormais à hésiter, entre deux sanglots.

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    ~ La pire souffrance est dans la solitude qui l'accompagne... [André Malraux] ~


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    Au même moment, un petit couple s'enlace et s'embrasse sur la couchette de leur wagon-lit privé. Un wagon-lit première classe. Sur ce coup-là, Jeffrey n'a voulu que le meilleur pour sa belle et lui. Et pour cause..

    Le jeune homme savait bien qu'après toutes ces semaines de séparation, les deux amoureux auraient hâte de se retrouver dans l'intimité la plus totale.

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    - Tu as en quelque sorte, fugué.. Réalise avec douleur Ana en frémissant de plaisir aux baisers mouillés que son compagnon lui dépose délicatement dans le cou, - c'est.. comment dire.. Peut-être irréfléchi..?

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    - Dans la vie, on fait des choix. Et je ne regrette pas le mien, assure sreinement Jeffrey à sa belle en marquant une pause dans ses suçons.

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    - Mais tu te rends compte qu'après toutes ces semaines j'aurais pu t'avoir oublié ? Voire remplacé... C'est dingue ce que tu as été capable de faire, sans avoir la moindre certitude que sois encore là à ton retour, à t'attendre...

    - Tu aurais pu m'oublier? fait mine de se renfrogner Jeffrey.

    - Non. Bien sûr que non.. Mais je veux dire que..

    - Que rien du tout! Et je ne regrette rien de tout ce que j'ai tenté pour te retrouver.

    - Qu'est-ce que c'est que ça.. ? pâlit soudain la jeune femme en soulevant sensuellement le tee-shirt de son petit ami pour le lui retirer ; très vite, son regard se pose sur une large cicatrice qui parcourt presque toute la largeur de l'abdomen de son compagnon, - comment t'es-tu fait ça?!

    - L'une de mes nombreuses blessures de guerre! le prend a la plaisanterie Jeffrey avec un sourire amusé.

    - Sérieusement, Jeff!! Est-ce que c'est aussi à cause de moi..? Comme la balle qui t'a traversé l'épaule..?

    - Ah, non! Cette blessure-là ne vient pas du combat -Find My love-! Mais plutôt d'une vieille amie qui a, disons.. Un peu pêté les plombs!

    - Hein? Comment ça?

    - Laisse tomber, c'est une longue histoire et ce n'est pas quelque chose dont j'ai envie de me souvenir, conclue Jeffrey avec lassitude en embrassant de nouveau sa partenaire.

    Un long baiser qui cette fois se veut plus provocant et érotique que jamais.

    Un long baiser passionné qui s'accompagne très vite de sensuelles caresses et de mots doux murmurés, avant que quelques vêtements ne finissent par s'écraser au sol.. Une chemise, une jupe, un collant, un pantalon...

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    L'ambiance est clairement des plus torrides dans le petit wagon-lit secoué par les accoues du voyage et les deux amoureux se préparent, quelques minutes de préliminaires plus tard, a consommer complètement leurs retrouvailles toutes fraiches et bienheureuses, quand tout à coup...

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    ...Jeffrey commence à se sentir au plus mal en réalisant que malgré la créature délicieuse qui l'enserre de ses cuisses avec frénésie et qu'il caresse du bout des doigts, lèche avec avidité... Il ne sent strictement aucune réaction vers un certain endroit de son anatomie.

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    - C'est surement l'anxiété, finit par lui susurrer sa compagne en comprenant très vite la cause de son malaise, avant de lui murmurer tendrement qu'elle l'aime profondément.

    - Ça va venir! Tss, sois patiente.. En pique alors un far le jeune homme, brusquement pétrifié de honte de ne pas réussir a avoir une érection au moment où il aimerait tant faire l'amour a sa petite amie, - il faut juste que.. que.. Que je regarde un peu plus tes seins magnifiques! Et en moins de deux, ça va venir!

    - Ce n'est pas grave, ce sont des choses qui arrivent.. Tu as eu beaucoup d'émotions récemment, de stress, alors...

    ...

    ...

    ...

    ...

    - Ca ne m'étais encore jamais arrivé, je ne comprends pas... se résigne finalement Jeffrey quelques minutes plus tard en se laissant retomber lourdement aux côtés de sa partenaire, - je peux normalement le faire plus de six fois par jour si je veux, voire plus, alors je.. je... je.. Qu'il maugrée ensuite dans plusieurs bégaiements plaintifs, la tête enfouie dans l'oreiller de la couchette.

    - Je le sais bien, n'oublie pas que je t'ai déjà vu a l'oeuvre! le rassure sans attendre la jeune femme rousse avec un tendre sourire, - mais tu ne dois pas oublier que l'anxiété joue beaucoup! Tu es sans doute un peu perturbé par notre départ, ta famille que tu laisses derriè..

    - Après ce coup de couteau, je suis tombé dans le coma, Ana.. Avoue soudain Jeffrey avec douleur, - ça m'a peut-être laissé des séquelles...

    - Dans le coma?! Mais combien de temps?!

    - Quasiement toute la période de notre séparation.

    - Eh... Alors, ça veut dire que tu.. que tu t'es précipité me chercher dès ton.. dès ton.. réveil? en reste bouche bée la jeune femme en sentant très vite les larmes lui monter aux yeux, - tu.. tu...?

    - Et si ce fameux réveil miraculeux qui a surpris tout le monde avait un prix... Et si je n'étais désormais plus qu'une loque humaine même plus capable de... sombre lentement Jefftrey dans un profond désespoir en se parlant presque à lui-même.

    - Tais-toi! C'est ridicule ce que tu dis là!

    - Ce qui serait ridicule, c'est que tu t'encombres d'un pauvre mec qui n'a...

    - Ah bon? Parce que tu penses n'être qu'un bon coup, c'est ça?! J'ai envie de t'arracher les yeux quand tu sors des âneries pareilles, c'est minable!

    - Le sexe est le ciment des couples, et..

    - Putain! C'est affreux ce que tu dis là! Et si tu n'avais pas été aussi merveilleux aujourd'hui, je partirais en courant en te hurlant que tu n'es qu'un crétin! Bordel, tu remets presque en question mes sentiments à cause d'une absence d'érection, j'hallucine! En plus, excuse-moi, mais crier au loup parce que pour une fois tu n'arrives pas à monter... C'est un petit peu risible! A moins qu'il y ait eu d'autres fois, avec d'autres? Depuis..

    - Non, après toi, il n'y a eu personne.. Continue de déprimer Jeffrey, la tête toujours dans son oreiller, - c'est la première fois que ça m'arrive, et c'est comme par hasard après que...

    - Alors de ta vie toute entière, tu n'as eu qu'une seule et unique petite panne, Jeff! Ce n'est strictement rien, et je suis persuadée qu'elle est due à l'anxiété!! Au fait de les avoir tous quittés! Ta famille... Ta soeur!

    - Humpf... Si tu le dis... ne peut que soupirer Jeffrey sans conviction, désormais allongé sur le dos, les mains derrière la tête, le regard dirigé vers le plafond du wagon, et l'esprit plus tourmenté que jamais.

    - J'en suis plus que persuadée! Petit Rocco sera bientôt de retour, ne t'en fais pas! le rassure une dernière fois sa compagne en l'embrassant tendrement.

     

     

     

     

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    Ailleurs, plus loin, dans une petite ville cotière, le premier fils du célèbre Kylian Gutter est presque dans le même état que son frangin de quelques mois plus jeune.

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    Quoique non, puisque Raphael, lui, est ici, ce soir, dans la maison familiale... dans un tel état de rage que même l'homme qu'il considère comme son propre père est bien surpris de le réaliser enveloppé par une telle aura de haine.

    Et pour cause.. l'adolescent vient de revenir de l'hôpital où a été emmenée sa mère suite à de nombreux viols, coups, et blessures.

    Il en fallait moins pour rendre le jeune Bauer fou furieux. Prêt a tout pour vengeance.

    - La violence n'arrange rien, Raph', peut bien tenter le vieux Jakob pour la énième fois, même s'il sait bien qu'il se fera aussitôt rétorquer qu'il n'a pas son mot a dire, que tout cela pourrait presque être de sa faute, tiens, puisqu'il n'était même pas là pour la défendre! Cette femme qui est sois disant son amie!

    Des paroles en l'air, prononcées sous la colère, tentera de déglutir en restant calme le vieil homme, profondément blessé par ces accusations ; des paroles en l'air, totalement idiotes et irréfléchies... Car l'adolescent oublie que son mentor a, lui aussi, une vie plutôt bien remplie qui ne lui permet pas de suivre a la trace sa vieille amie, 24h/24, 7jours/7..

    Des paroles en l'air, qui claquent sous la colère...

    Une critique non justifiée, qui n'a pour but que de blesser.

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    - Tu sais où est-ce que je peux le trouver, j'en suis sûr! Alors donne-moi une adresse, tout de suite, où ça va très mal aller!!

    Une menace virulente,

    Des sourcils froncés, accompagnés d'un ton glacé,

    Ci-haut, les ingrédients d'une descente aux enfers surement des plus lentes...

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    - Et que vas-tu faire pour la venger? Tenter de le tuer? Je salue ton courage, mais il n'est jamais seul, tu sais. Et ta mère ne voudrait pas que je t'envoie risquer ta vie..

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    - Jakob.. Ne m'oblige pas à devenir violent.

    Des yeux qui s'embrasent,

    Deux regards désespérés qui se toisent,

    La fin de tout, le début d'autre chose, peut-être le commencement du pire...

    - Tu oserais? Envers moi?

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    - Oui.

    - Alors donne-moi une feuille, je vais t'écrire une adresse...

    - Merci.

    - Puisque c'est ici que nos chemins se séparent aujourd'hui.

    - Adieu.

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    - A..Adieu...

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    - Prend soin de toi et ne regrette rien..

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    - Mes prières t'accompagneront toujours, quels que soient tes chemins...

     

     

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    Des prières qui ne seront peut-être pas suffisantes pour aider et soutenir le jeune Bauer dans sa quête, lorsque celui-ci va se préparer enfin, une heure plus tard, à rendre justice : poignarder et donner la mort a un être qui ne mérite plus la moindre seconde d'existence sur cette terre.

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    ~ Mais ce n'est pas pour rien que les soldats composent des armées,

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    .. Ils savent très bien qu'en temps de guerre, celui qui reste seul sera toujours, à une mort certaine voué... ~

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    Et c'est pour cette raison que ce n'est pas encore ce soir que le bon vieux Jakob se décidera à lâcher son poussin dans la nature : il en a la garde, après tout.

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    Pour Kylian...

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    Pour Kylian Gutter.

    Pour ce jeune homme, qu'il avait pris sous son aile, à l'époque.

    Pour ce jeune homme, qu'il avait si vite considéré comme son propre fils.

    Pour ce jeune homme, qu'il revoit à chaque instant aujourd'hui dans le regard de cet enfant illégitime, aujourd'hui.

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    Enfant illégitime... qui lui grommellera très vite, quelques minutes plus tard, mais avec une honte cependant palpable, un hésitant, faible, et timide,

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    En effet, l'adolescent peut bien se résoudre à remercier son mentor, ce soir, puisque c'est grâce à lui qu'il a pu aller au bout de son assassinat, en gardant lui-même la vie sauve.

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    - Ce n'est pas pour toi que je l'ai fais, préférera répondre froidement le vieil homme, toujours aigri des désagréables petits reproches qu'il s'est pris en pleine figure, il n'y a pas si longtemps de cela.

    - Ah...

    - Ton père était impulsif, lui aussi, mais jamais il ne lui serait venu à l'idée de prendre un être humain pour déverser sa rage. Prends-en de la graine. Et redeviens celui qui me permettait de me souvenir de mon cher Kylian, car plus les semaines s'écoulent et moins je le vois ancré en toi. Et pour être honnête, cela m'attriste...

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    - Je.. Je suis désolé...

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    - Je l'espère. Maintenant, viens, on doit se débarrasser des corps au plus vite.

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    - Je te suis... et merci pour tout...