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    Ces tatouages, Jeffrey les reconnaitrait entre mille. Dès le premier coup d'oeil...

    Ce papillon, sur le ventre. Ce petit coeur enlacé de ronces, sur la hanche gauche...

    Sans oublier, cette rose magnifique qui décore avec grâce l'un des plus beaux seins de la planète. Il en déglutit à ce souvenir. Dieu qu'elle lui a manqué...

    Mais le jeune Beckers a bien conscience que ce petit moment nostalgique n'est pas une raison pour ne pas remarquer les deux hommes à la mine renfrognée sagement postés un peu plus loin, les bras croisés et raides comme des piquets. Des maquereaux, sans aucun doute. Des maquereaux surveillants leurs prostitués d'un oeil attentif, au cas où...

    Évidemment. Avec toutes ses récentes mésaventures, l'adolescent a apprit les reconnaitre, ces salauds.

    Ce soir, il n'arrêtera donc pas son scooter devant cette femme qu'il a pourtant tant cherché. Non... Pas encore. Ce n'est pas encore le moment. Il n'a pas encore les moyens de revenir dans sa vie afin de l'extraire de ce monde. Pas encore...

    Il prend cependant bien note de la nouvelle rue dans laquelle la jeune femme sévit désormais.

    Mais ce soir, il ne tentera rien. Strictement, rien. Pas encore...

     

     

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    Deux jours plus tard, Erwan Muller se retrouve à sonner à la porte de cet appartement qu'il a habité pendant de nombreuses années.

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    Comme s'il pouvait faire autrement...

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    Et il est certain de faire là le meilleur choix, pour lui, et aussi sa famille...

    Et ce, malgré l'avis totalement inverse de son ex-petite amie, Cascada : "- Elle se sert de ses mômes pour te tenir en laisse, méfie-toi ", qu'elle tentait désespérément de le mettre en garde.

    Peut-être. Peut-être...Le célèbre pianiste n'en doute pas.

    Mais il l'aime encore, sa Vanessa... Et ça, il ne peut le nier, malheureusement. Que malgré tout, cette femme parfois vile et manipulatrice, il l'aime plus que tout. Et ce, depuis toujours...

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    Alors, une nouvelle fois, il va craquer. Lui pardonner, et accepter de l'aimer de nouveau. S'émouvoir devant ses grands yeux de biche d'un vert magnifique qui le supplient.

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    Il a craqué. Elle a gagné ; il a craqué.

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    Ensemble, ils reconstruiront donc, leur famille...

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    Cependant, Jeffrey semble se montrer réticent à ce soudain retour.

    - Pourquoi t'es revenu, on avait pas besoin de toi, qu'il ne tarde pas à lancer, peu après les retrouvailles -et étrangement dès que les deux hommes se sont retrouvés isolés loin des filles de la maison-.

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    - Pour te mettre les baffes que ta mère ne sait toujours pas te mettre, répond Erwan sans se laisser impressioner et avec une ironie non dissimulée. Car dans cette maison, le rôle de chef de famille lui appartient et il espère bien que l'adolescent rebelle des lieux finisse par le réaliser, une bonne fois pour toutes.

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    - Essaies toujours! lui rétorquait alors aussitôt Jeffrey, en sortant de la pièce d'un pas rapide et en songeant intérieurement que "- Il était temps qu'il revienne, cet empaffé de pianiste à la noix qui se paie le luxe de se taper des chanteuses laides et insignifiantes!!"

     

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    La solitude, il n'y a rien de pire et Eva Beckers le réalise de plus en plus au fil des jours, malgré le retour miraculeux de son frère adoré.

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    Frère qui a très vite repris ses petites habitudes, d'ailleurs.

    Sa petite vie discrète dont sa mère et son beau-père ne pourront jamais en imaginer le contenu : ces entrainements nocturnes de tirs sur ce terrain désaffecté, à la sortie de la ville.. Ces activités étranges et surement bien dangereuses qui font toujours hérisser les poils de sa soeur dès qu'il lui en touche un ou deux mots...

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    Mais elle n'a pas son mot à dire dans tout cela, elle ne peut que prier que son crétin de jumeau sâche dans quoi il met les pieds pour savoir, cette fois, rester en vie et entier, de préfèrence...

    Rien que l'idée de le retrouver de nouveau estropié par une balle la fait aussitôt frissoner de terreur.

     

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    La solitude étant donc un fléau, un vrai fardeau... La jeune Beckers finira donc par s'attendrir devant ce jeune homme qui lui offre décidément amitié et réconfort sur un plateau, presque tous les jours que Dieu fait.

    Le beau, le gentil, l'adorable Terry.

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    Un jeune homme pour qui elle a beaucoup d'affection et de respect. Un jeune homme qui ne lui a -et ça, elle doit bien le reconnaitre- jamais fait le moindre mal. Un jeune homme qu'elle a, elle... Presque ridiculisé devant ses amis et fait tourner en bourrique pendant très longtemps.

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    À ce souvenir, elle en déglutit de honte, avant d'accepter chaleureusement l'invitation du concerné à l'autre bout du fil : "- se faire un p'tit chinois, demain.. "

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    Elle lui doit bien ça, après tout. Elle n'a pas à tout lui refuser en bloc, après tout.

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    Et surtout... Et surtout...Elle doit bien réaliser que aujourd'hui où elle est plus seule que jamais, avec cette meilleure amie très accaparée par sa nouvelle vie amoureuse... Il n'y a presque plus, dans sa vie a elle, que ce jeune blond qui se soucie encore un tantinet de sa petite personne!

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    Déjà beaucoup plus qu'un certain autre, en tout cas. Qu'un certain autre... qui reste désespérément le seul qui hante son esprit jour et nuit.

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    Comment en était-il arrivé là, et si vite, alors qu'elle l'aime tant et que lui aussi, lui avait prononcé des mots d'amour, vrais et sincères.

    La jeune fille ne comprends pas. Mais comment avait-ils finis par en arriver là?! Aussi vite et de façon aussi abrupte...

    Leur histoire, projets, ainsi que tout ce qu'ils avaient pu vivre en cette si courte période n'était finalement, qu'un beau gâchis qui n'aurait jamais du exister.


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    - Tu n'as pas d'ordre a me donner!!! hurle ce soir Jeffrey Beckers a son beau-père qui a tenté de lui interdire de sortir en pleine semaine, sois-disant parce qu'il est plus de 22h et que le lendemain, le jeune homme a cours...

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    - Tu changes de ton tout de suite, lui répond simplement -et avec un calme horriblement stressant- celui-ci tout en le dévisageant avec dépit : un regard qui veut tout dire et que l'adolescent rebelle comprend très vite, "- regarde toi.. Qu’es-tu devenu? tu es pathétique..."

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    - Tu sortiras ce week-end, tente d'intervenir Vanessa en direction de son fils, dans ce qui semble être un début de dispute entre les deux hommes du foyer, - la semaine est bientôt terminée, mon chéri..

    Évidemment, la mère de famille qui vient tout juste de récupérer son Jules se plie a toutes les décisions de celui-ci, pour ne pas frustrer le grand prince et éventuellement lui donner envie de repartir, en est persuadé Jeffrey avec rage, en essayant brusquement de forcer le passage vers la sortie de l'appartement, alors que l'objet de sa colère se place très vite devant lui pour lui barrer le chemin, en lui rappelant que,

    - Ne me force pas à t'en coller une, Jeff...

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    S'en est trop, l'adolescent furieux pousse violemment son beau-père contre la porte fermée pour le faire aussitôt réagir en le giflant sèchement ; le jeune homme en titube sous l'impact, surpris.

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    - Jeff! se dépite aussitôt sa soeur avec agacement -clairement déçue de son animosité envers leur beau-père- tandis que lui se jette a nouveau sur le concerné pour entamer avec lui une lutte qu'il juge justifiée : il ne peut y avoir qu'un chef de famille dans cette maison et ce grade, ce connard l'a bien perdu le jour où il s'est décidé a abandonner sa famille pour aller sauter une poufiasse décolorée dans les coulisses d'une tournée!

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    Ouais, en effet... Jeffrey Beckers est bel et bien du genre rancunier et ce n'est pas parce que sa mère et sa soeur semblent avoir décidé d'offrir une nouvelle chance à l'enflure qui se prend soudain un violent coup de poing de sa part, qu'il a l'intention de les imiter un jour.

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    - Arrêtez, ça suffit maintenant! Vous êtes ridicules, tous les deux!! peut bien tenter désespérément sa très chère génitrice en braillant comme un pou ; en vain cependant ; car ce n'est pas parce qu'il vient de se faire plaquer contre la bibliothèque avec force qu'il va abdiquer et se rendre. Bien au contraire ! Le combat n'en devient que plus palpitant...

    Mais il ne le gagnera malheureusement pas.

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    Car quinze minutes de bagarre plus tard, il se réalisera une nouvelle fois les fesses au sol, tandis que son adversaire se tiendra toujours debout, stoïque, et face à lui ; le visage bien amoché cependant !

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    - Tu sais te battre, c'est bien, mais c'est moi le chef, ici.

    Qu'il vient justement de lui faire avec amertume, avant de reprendre un peu sur le même ton, quoiqu'avec un peu plus de compréhension,

    - Allez va te nettoyer le visage maintenant. Et allez vous coucher.

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    - Bonne nuit, se presse aussitôt de faire la bise à ses deux parents, l'adolescente de la maison, profondément blasée d'avoir dû assister à une telle scène. Il n'y a décidément rien de plus pathétique au monde qu'une famille qui se déchire pour des broutilles et elle n'a vraiment pas l'intention de cautionner le geste de son frère ce soir...

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    Frère qui se relève très vite du sol en bourgonnant de façon puérile pour aller s'enfermer dans la salle de bain.

    - Et lave toi bien les dents, sale gosse !

    - Taggle !!! grogne Jeffrey à travers la porte, tandis qu'Erwan soupire en riant derrière, l'air amusé. Ces petites querelles sans queue ni tête lui avaient presque manqué !