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    - Je, je comprends que ça soit difficile à avaler après toutes ces années Tiph', mais dit moi au moins quelque chose...demande Kurt Cobain à son interlocutrice, peu après lui avoir narré toute son histoire, tout ce qu'il a vécu ces dernières années ; en effet, la mère de famille Foster est restée muette tout le long de son récit, avec un air abattu, sidéré, et désespéré, peint sur le visage.

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    - Je, je... qu'elle essaie tout de même, en ramenant vivement son regard vers la fenêtre du café pour observer les quelques passants qui se hâtent dans la rue en cette fin de journée glaciale, - je ne sais pas quoi dire.. Quoi te répondre.. Que.. Que.. Que veux-tu que...que...

    - Que?

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    - Laisse tomber, tout cela est incensé! qu'elle lui lâche soudain en se relevant furieusement de son siège pour se précipiter à l'extérieur. Évidemment, il l'imite dans la seconde. En l'appelant vivement,

    - Tiphanie, attend! 

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    - Laisse-moi!! qu'elle lui crie une fois qu'il l'a enfin rattrapée à l'extérieur, - je ne comprends rien à ton histoire et je ne veux pas comprendre!!!!

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    - Tiph'!!! la secoue alors Kurt en la forçant à se retourner vers lui, - c'est moi.. Tiph'! Moi! Moi! Moi! Ne le sens-tu vraiment pas au fond de toi? Ne me reconnais-tu vraiment pas...?

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    - M.. Mais non!! M.. Mais non.. C'est impossible!!! Sanglote Tiphanie en se débattant avec désespoir, - le destin n'a pas le droit de me faire un fist-fuckin pareil !! c'est trop injuste ! C'est dégueulasse !

    - C'est comme ça que tu le prends alors..? Comme une enculade ? semble blessé Kurt, l'air soudainement assombri.

    - J'ai subis ta mort, Kurt, j'ai vécu ton deuil, j'ai du survivre sans toi ! Je, je.. je... balbutie maladroitement Tiphanie, avant de se jeter furieusement sur les lèvres de son interlocuteur.

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    "Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé" [Lamartine]

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    - Oh mon dieu, je suis folle, mais si c'est un rêve, je ne veux plus jamais me réveiller...

    - Notre vie redeviendra un rêve, je t'en fais la promesse.

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    - Laisse moi t'observer. Laisse moi t'admirer. Laisse moi me prouver que tu es bien réel.. Je ne supporterais pas que tout cela soit une illusion. Cela me serait fatal...

    - Je suis toujours aussi beau, n'est-ce pas?

    - Je te reconnais bien là... Tu n'as pas changé!!


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    Dieu qu'Eva et Raphaël apprécient cet instant. Ce petit début de soirée qu'ils partagent, tendrement blottis l'un contre l'autre, sagement lovés sur le lit du jeune homme, pour regarder une série télévisée qu'ils ne calculent qu'à peine.

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    Ils sont deux.Rien que tous les deux....

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    Ils sont deux ; et ils s'aiment. Plus que tout au monde...

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    Pour toujours.

    Le vrai amour à un goût d'éternité...

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    Mais de sexe, aussi...

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    "L'amour sans passion, c'est une réforme sans pension" [Pierre Dac]

    Enfin, cela dépend pour qui, bien sûr. Parce qu'Eva ne semble pas vraiment de cet avis, lorsqu'elle repousse subitement les mains trop baladeuses de son compagnon.

    Elle n'est pas encore prête. Cette chose, cet acte, que tous ces gens font si simplement et avec tant d'envie, la terrifie encore au plus au point.

    - C'est vraiment Chuck Norris, Bauer, se résigne alors Raphaël en commentant les images que son petit poste de télévision lui dévoile ; en effet, dans 24 h chrono le héros semble toujours immortel et se sort de toutes les situations possibles! D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que l'on dit qu'il a déjà compté à l'infini! Deux fois. Ou que si certains portent un pyjama Superman, Superman lui en porte un Jake Bauer! Voire encore, on révèle parfois qu'il sait diviser par zéro.

    - Je suis désolée.. S’excuse honteusement Eva en baissant les yeux, abattue de se réaliser si risible dès que la température monte entre elle et son compagnon.

    - C'est pas grave. On n’est pas pressé, la rassure-t-il affectueusement - dans un soupir cependant - tout en l'enjambant pour se relever de son lit,

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    - Où est-ce que tu vas?

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    - Chercher à boire! Miss-Gestapo!

    - Hmpff!

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    Le bruit de la sonnette de l'appartement du jeune homme fait soudain sursauter les tourtereaux. Raphaël s'empresse alors de réagir à cet appel,

    - Oui?

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    ...avant de se hâter vers sa porte pour ouvrir à ce qui semble être un visiteur nocturne.

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     - Bonsoir! Je suis ta voisine! La porte juste-derrière, à droite!

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    - Ah, euh... Bonsoir! Hum.. Et tu désires quelque chose?

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    - Oui, voilà! reprend la jeune intruse au physique plus qu'avantageux, en remettant sa longue mèche qui lui pend devant le visage en arrière, - en fait, si tu pouvais me dépanner de trois ou quatre carrés de sucre, je reçois des amis et j'ai oublié de passer à la superette cet aprèm!

    - Euh, oui, bien sûr, acquiesce sans attendre Raphael en se mettant aussitôt en chemin vers sa cuisine, - si tu as deux minutes..

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    - Merci encore! se dépêche-t-elle de lui minauder en prenant bien soin de se tenir plus droite et sexy que jamais : tout de même, ce n'est pas tout les jours que l'on a un voisin aussi attirant qui emménage devant chez soi.. qu'elle se dit rapidement, en constatant aussitôt après la présence d'une autre jeune fille assise sur le lit à quelques mètres,

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    - Salut! Moi c'est Silvia, qu'elle se présente alors et sans attendre, en direction de ce qui semble être la petite amie de son apollon de voisin.

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    - Coucou. Eva, enchantée.

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    - Enchantée alors!

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    - Tiens, revient Raphaël dans la direction de l'invité-surprise, une boite de sucres en morceaux a la main.

    - Merci beaucoup, tu ne fais pas les choses à moitié, toi dis donc! La boite, carrément! T'es adorable! Je te la ramène le plus vite possible!

    - Y'a pas de souci. C'est pas pressé.

     

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    - Oki! Je te dis à plus tard alors, Raphaël! Oui, ta boite aux lettres n'est qu'une traitresse!

    - Eh eh, tu as l'oeil! A plus tard alors.

    - Byouuu! Et à toi aussi, euhhh...

    - Eva.

    - C'est ça, à peluche Eva!!

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    - Pourquoi tu lui as filé la boite et pas seulement 3 morceaux? râle aussitôt Eva une fois lseule avec son petit ami.

    - Ouh, la jalouse! Ouh, la jalouse! taquine Raphaël en retour.

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    - Elle aurait été un mec, elle n'aurait pas eu la boite, avoue le au moins!

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    - Tu m'excites quand t'es jalouse, toi, c'est un truc de malade!

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    - Si je la tues, tu m'aides à cacher le corps ?!

    - Ca dépend, si tu paies mes services en nature, ça peut se faire !


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    Pendant qu'Eva et Raphaël discutent meurtre et assassinat sanglant, Jeffrey, lui, traine des pieds dans la rue en direction de cet habituel bar qu'il affectionne tant, le "Blue's"...

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    Oui, il a bien l'intention de s'y rendre pour y boire comme un perdu jusqu'à l'aube.

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    Enfin, ce projet était disons encore d'actualité avant qu'il ne s'aperçoive brusquement de son pathétisme et en arrêtes ses pas pour s'adosser contre l'enceinte d'un établissement. Il en arriverait alors à tomber aussi bas? 

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    Il semblerait que oui. 

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    Même si d'ordinaire il est de ceux qui se battent. Même si d'ordinaire il est de ceux qui ont la gniac, la rage, l'envie, de tout affronter, même le pire! Il faut croire que lorsque celui là arrive réellement, il ne le fait pas sans évincer les bons principes. Parce que ce soir, Jeffrey n'en a réellement plus rien à faire. De tout...

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    Il est seul et soumis à un destin dégueulasse et tragique ! Il serait fou d'accepter de vivre ainsi, finalement.. Puisqu'il ne lui reste plus rien à part une vie de regrets et remords! 

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    Soudain, des bavardages féminins le tirent de brusquement de ses songes noirâtres pour le forcer à ramener son regard vers le bout de la rue.

    Trois jeunes femmes, à première vue.

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    Trois prostituées, vraiment très peu vêtues malgré ce temps d'hiver, après observation. Elles doivent être gelées... qu'il songe.

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    Ca y est. Elles l'ont aperçu et leurs trois regards se tournent vivement vers lui, dans un même mouvement. Elle le dévisagent avec désir et l'une d'elle lui offre même un clin d'oeil. Jeffrey soupire.

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    Et encore plus lorsque l'une d'entre elles s'avance enfin vers lui, un sourire plus que provocant esquissé sur le minois et avec une démarche qui en dit long sur ses pensées du moment.

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    - Je ne suis pas intéressé, désolé, qu'il devra alors lui lancer dès qu'elle arrivera devant lui pour lui minauder un sensuel, "Bonsoir, toi!"

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    - Oh, désolée.

    - Y'à pas de mal.

    Voilà. Ce n'était pas compliqué. Par ce simple et poli refus, il l'a forcée a rebrousser chemin pour revenir vers ses amies prostituées. Pour qu'elle se mette ensuite - et avec elles justement - à piailler bruyamment, créant ainsi une sorte de brouhaha féminin bien agaçant, jusqu'à ce que soudain, une belle voiture de sport blanche freine sa course et s'arrête sur le trottoir.

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    Et les braillements reprennent.

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    Sans doute sont-elles cette fois en train de se disputer le riche possesseur de la voiture de bourge, se soupire à lui-même Jeffrey, toujours aux premières loges de la scène.

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    Hum.. A moins que, qu'il réalise rapidement en constatant que l'une des jeunes filles semble reculer de quelques pas pour s'éloigner du groupe ; justement la jolie blonde aux yeux bleus qui était venu l'allumer il y'a quelques minutes de cela.

    Des bras s'agitent, et la blondinette s'énerve rapidement en direction de ses collègues : apparemment, elle ne veut pas se charger du pervers en manque, au volant de sa belle caisse de riches, en déduit sans attendre Jeffrey.

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    Peut-être devrait-il intervenir... qu'il se demande alors en conséquence, avec suspicion. Après tout, cela ne mange pas de pain, d'aider une prostituée à échapper à un vicieux sadique qui ne semble avoir remarqué qu'elle dans un lot de trois donzelles.

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    - Finalement, je suis intéressé! qu'il se dépêche alors d'aller faire au troupeau féminin et surtout, à destination de la blondinette qui l'avait justement abordé il y a quelques minutes de cela.

    Mais sans perdre une seconde, la concernée le dévisage avec agacement, plus que surprise de le voir revenir vers elle et son groupe.

    - NON, je l'ai vue le premier!! se met à grogner de rage le pervers dans sa voiture de sport en baissant un peu plus sa vitre pour converser plus convenablement avec son nouvel interlocuteur, - alors tu dégages, moustique, ou tu vas avoir affaire à moi!

    - Bah, viens! Lève-toi de ton siège, je t'attends! le provoque Jeffrey avec beaucoup d'ironie, en haussant les épaules, juste avant que la prostituée brune s'adresse à la blonde aux cheveux longs,

    - Ok, Ana, va avec le moustique et moi je prends monsieur... Hum, monsieur "qui", mon mignon?

    - Edgard! informe sans attendre le vicieux véhiculé, de nouveau tout sourire pour afficher au moins la moitié de ses nombreux plombages.

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    - Ok, Edgard, mon chou, je vais te faire grimper au septième ciel ce soir, parce que l'autre anorexique là, elle avait déjà un client avant que tu n'arrives!

    - Humpff.. Mais euh..

    - Oui je sais, la vie c'est dur, on a pas toujours ce qu'on veut ! Mais je la vaux largement cette maigrichonne, crois moi!

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    - Vous auriez pu vous décider plus vite! marmonne avec aigreur la blondinette en direction de Jeffrey, tout en lui faisant signe de la suivre pour que tous les deux s'éloignent du groupe.

    - C'était surtout pour vous aider, hein... lui répond Jeffrey pour justification en marchant sagement à ses côtés, - mais je vois que vous grelottez! Vous voulez mon pull?

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    - Euh? M'aider à quoi?

    - Ben.. Pour ne pas que vous alliez avec l'autre laid, là.. Vous sembliez réticente..

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    - Mais de quoi je me mêle, blanc-bec?! Tu te prends pour le prince charmant, ou quoi?!

    - Euh... Mais vous...

    - Jamais deux fois avec le même client, voilà pourquoi je ne voulais pas monter avec lui! C'est tout!

    - Ok, ok! Pas la peine de piquer une crise non plus!

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    - Bon, si j'ai bien compris, tu m'as fais me déplacer pour rien, grogne la jeune fille, aigrie.

    - Hum.. Ben non. Puisque je suis tout de même "client", il me semble.

    - Faudrait savoir! Bon, vous voulez aller où? Vous avez une voiture? Ou une chambre à l'hôtel?

    - Ni l'un ni l'autre.

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    - Ok... grommelle entre ses dents la jeune femme, plus dépitée que jamais d'être tombée sur un petit jeune qu'il va falloir qu'elle guide de A à Z, - J'ai un appartement pas loin d'ici. Et mon tarif c'est vingt-cinq euros la demi-heure.

    - Euh....Boarf..

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    - Tu t'es déjà pris un coup de pelle derrière la nuque, toi??

    - Maaaissss... je comprendrais jamais rien aux femmes!