• 119

     

    *

     

     

    119

    - J'ai hâte de voir sa tête au lycée, ah ah ! taquine amicalement Paula en direction de sa meilleure amie qui est en train de chercher un livre dans l'un des rayons de la bibliothèque municipale.

    Les deux jeunes filles travaillent en commun sur un exposé qu'elles doivent rendre dans un peu plus d'une semaine et pour être honnête, elles sont pour l'instant très mal parties pour avoir une note supérieure à la moyenne!

    119

    - Et moi, je ne sais pas si j'ai hâte ou si je redoute ce moment, avoue avec franchise Eva dans un long soupir, - peut-être devrais-je l'appeler au plus vite et lui dire que ce ne sont que des paroles en l'air? Que le lyric ne lui est pas spécialement destiné.. J'ai honte, là. J'ai vraiment pris un risque de malades... 

    - Mais non!! Et arrête d'avoir peur, car je suis certaine qu'il a été bouleversé par ta chanson et que ça lui a éclairé un petit peu sa lanterne de petit boulet!!

    119

    - En parlant de boulet.. J’en connais un autre qui...

    - Ca va pas mieux, lui, alors?

    - Du tout! Et ça devient même très difficile de lui parler sans qu'il t'envoie sur les roses, alors je ne sais vraiment pas comment l'aider... Je me doute que ce qu'il traverse doit être horrible, mais s'il s'enferme et rejette tout le monde....

    119

    - Il allait entrer en équipe nationale tout de même, c'est énorme.. Quand j'y pense! Il était discret quand même le saligaud.

    - Trop. C'est ça son problème.. Il est "trop" discrèt! Avec lui, il faut être devin pour savoir quand il va mal, sinon jamais il ne viendra te le dire. Ça devient chiant!!

    - Et l'autre, comment elle vit ça? Niaaah, leur rupture, elle la vit comment? Ah la la la, que je jubile! Je suppose qu'elle souffre, cette petite truie! Téh! J'aimerai bien la voir effondrée, tiens. En train de se bouffer les ongles jusqu'au sang!

    - T'inquiète pas pour ça, elle souffre, oui! Il ne lui a plus adressé la parole depuis l'accident, alors tu imagines sa solitude..

    119

    - Oui Jeff est doué pour adorer puis sortir brusquement les gens de sa vie! Mais elle, elle l'a bien mérité, téh! Qu'elle crève, tiens!

    - Ne sois pas méchante, sachant qu'elle l'aime autant que toi tu l'as aimé, voir plus...

    119

    - Tu la soutiens maintenant?! Tu veux t'battre?!

    119

    - Je ne la soutiens pas! Mais je dis juste qu'elle aime profondément Jeff et que vous avez eu ça en commun.

    - On a eu que ça en commun alors, téh!

     

     

    *

     

     

    119

    Deux heures plus tard, les deux amis se séparent enfin pour rentrer chacune chez elles et Eva soupire en arrivant devant l'enceinte de sa résidence.

    119

    Elle a surement eu tort d'accepter de sortir cette chanson-là.. Et peut-être, voir sans doute, que cette erreur lui coutera très cher auprès des deux garçons concernés. Terry, s'il a compris son lyric, sera fou de rage, quant à Raphaël, il sera tellement honteux qu'il ne lui adressera surement plus jamais la parole...

    - Mais il m'aime, encore... Et moi je t'aime un peu... qu'elle se chantonne tout bas et tristement en pensant aux tragiques conséquences qui lui tomberont très vite dessus à cause d'un coup de folie. D'une tentative osée et vraiment culottée.

    119

    - Que..? qu'elle déglutit en réalisant la silhouette qui est en train de l'attendre sagement dans les jardins de sa résidence. Son coeur s'emballe et une peur panique la gagne soudain. Que fait-il là ? Est-il venu en personne en ces lieux pour l'insulter de toutes ses forces pour l'humiliation qu'elle a pu lui faire subir ? 

    119

    ~ Mais il m'aime, encore... ~

    119

    ~ Et moi je t'aime un peu, plus fort... ~



  • 120

    120

    - Hey.. Salut, toi!! arrive avec timidité Eva devant cette silhouette qui la met toujours dans tous ses états dès qu'elle l'aperçoit.

    Tant de sentiments aussi brusques et inexpliqués qui se bousculent toujours dès qu'elle croise son chemin. Inexpliqués ou limpides comme de l'eau de source... Là est la question.

    120

    - Coucou.

    Un doux sourire accompagne cette réponse et la jeune fille sent à nouveau son coeur s'emballer à grande vitesse et le feu lui monte aux joues.

    120

    - Tu m'en veux pour.. Je.. Je suis désolé.. Patapay!!!

    « Je regrette, mais je ne regrette pas! »

    « Je n'aurai pas dû, mais je devais pourtant le faire! »

    « Oublie tout!! Oui, oublie tout! Mais n'oublie rien!! »

    120

    Qu'elle est mignonne lorsqu'elle se met ainsi a rougir, bégayer, jusqu'à ne plus pouvoir sortir un pauvre petit mot de ses lèvres tremblantes, s'amuse rapidement son interlocuteur, les yeux débordants de tendresse, avant d'avancer ses mains vers elle pour la ramener contre lui et s'emparer de ses lèvres avec tendresse et sans un mot de plus.

    120

    Cet échange de baiser enchainera très vite avec un long et langoureux jeu de langues effréné ; lorsque complètement sous le charme, sa partenaire se laisse enfin aller et guider par ses gestes sensuels et habiles.

    "Amour donne moi ta force, et cette force me sauvera" [William Shakespeare]

     

     

    *

     

     

    120

    Au même instant, Kurt Cobain toque fébrilement à la porte d'entrée de l'appartement de sa mère. Bien sûr, il sait bien qu'il ne sera à ses yeux que l'image de son frère jumeau, Hanz, mais cela lui est égal. Car au fond de lui, et malgré tout ce qu'il a pu endurer avec elle par le passé, il a besoin de la revoir. Elle reste sa mère...

    120

    - Hanz! lui sourit affectueusement la femme d'âge mûre en lui ouvrant enfin sa porte,  - quel honneur! Enfin, tu viens me rendre visiter? Petit saligaud, va!

    120

    - Eh eh, oui, j'ai été très occupé récemment, se justifie avec difficulté le voleur d'identité, brusquement transpercé en plein coeur par un millier de flèches acérées ; jouer ainsi le rôle de son propre frère devant sa propre mère est finalement une épreuve titanesque...

    120

    - Allez, entre, mon grand! Tu veux boire quelque chose? se presse de proposer la mère comblée de recevoir ce soir, le dernier fils qu'il lui reste.

    - Un petit café ne serait pas de refus! Mais si tu veux, je m'en occupe!

    - Non, non! Toi, tu vas t'asseoir, je me charge de tout! insiste la mère Cobain, tout sourire.

    Tout sourire, mais cependant légèrement perturbée par un petit détail. Un petit détail assez... surprenant.

    120

    - Tu t'es rasé finalement!

    120

    - Oui, je n'en pouvais plus de cet infect début de barbe!

    120

    - Hum.. C'est fou ce que tu lui ressembles, ainsi... lui retourne-t-elle en s'approchant doucement de lui pour se mettre a l'observer avec attention.

    - Euh... Il y a un problème, maman ?

    - Je, je.. Qu'elle lui marmonnera à peine, avant de lui glisser une main dans les cheveux pour les remettre en arrière. Les arranger. Les coiffer légèrement a l'aide de ses doigtsCe regard si particulier... Elle le reconnait au plus profond de sa chair et sait bien qu'il n'appartient qu'à un seul homme. Elle en reste persuadée.

    - Hum.. Maman..?

    120

    - M.. Mais.. Mais non!! C'est impossible! Tu, tu ne peux être... Tu ne peux être..

    - Attends maman, attends!! Je vais t'expliquer!! se lève brusquement Kurt Cobain pour s'avancer vers sa mère qui commençait à reculer pour s'éloigner de lui. Sans attendre, il lui attrape les deux mains et plonge son regard dans le sien, pour lui marmonner d'un air anxieux et perdu,

    - Je sais que c'est difficile à croire, mais c'est bien moi..