• 114

    *

     

    Pendant que son frère maugrée tout ce qu'il peut sur son banc de touche, sa soeur jumelle est encore en studio d'enregistrement avec son beau-père pour réfléchir et travailler sur le contenu d'un nouveau clip, alors qu'elle déteste tout ce qui a à un rapport, de près ou de loin, avec les maisons de disques.

    114

    Mais dès qu'elle aura enfin l'occasion de se retrouver seule entre quatre murs avec son beau-père, elle se dépêchera de lui parler d'un musicien qu'elle connait bien et qui a du talent à revendre et qui, lui, rêverait d'être trainé dans des studios d'enregistrements!

    114

    Sans attendre et bien entendu, Erwan Muller se dépêchera de la questionner sur l'identité du fameux jeune homme et sur sa probable appartenance à cette bande d'amis qu'elle fréquente désormais tout le temps! Un petit rire accompagnera la réplique, évidemment, et Eva s'empressera de lui avouer que oui. Qu'en effet, elle lui parle bien là de l'un de ces jeunes garçons!

    - Ton petit ami? ne manquera alors pas de titiller Erwan, avec un clin d'oeil.

    114

    - Euh.. Non. Un autre. Qui fait de la guitare électrique! Il chante aussi! Divinement bien!

    - Quel genre?

    - Euh, rock, je crois.

    - C'est vague comme réponse, sourit Erwan, - et je ne peux rien pour lui rien qu'avec ça. J'aimerais bien voir ce qu'il vaux réellement, lui et ses amis, il a une sorte de groupe, non ? Alors s'il pouvait me faire parvenir des démos, par exemple.. je pourrais éventuellement lui filer deux, trois, coups de pouce.

    - Euh, Erwan, en fait, le truc c'est que je me demandais si cet ami, là, pouvait.. Euh.. S’en sortir sans ce groupe! Les quitter, quoi! Donc, euh.. Bah, je vois que tu peux beaucoup pour moi qui n'ai pas le quart de son talent, alors peut-être que pour lui... euh... Est-ce que tu vois ce que je veux dire?

    - Une carrière solo? Il abandonnerait son groupe de rock pour chanter seul? C'est pas mes oignons et je juge pas, mais c'est la même procédure que s'il est accompagné, il faut qu'il présente quelque chose, un titre dont il est fier, par exemple. Il en interprète souvent seul? Il écrit et compose?

    - Euh.. Je sais qu'il a écrit et composé une chanson d'enfer.

    - Vu comme tu as l'air au courant, mon petit saint-bernard préféré, qui veut juste que j'aide son "rocker" chéri, taquine Erwan, on va rester sur la démo qu'il a qu'à m'envoyer, ok? Au pire tu lui files mon portable, et qu'il m'appelle. On discutera de tout ça tranquillement.

     

     

    *

     

     

    114

    Le prochain quart-temps ne va plus tarder à retentir au gymnase Berlinocht et Jeffrey commence à prier sévèrement le ciel pour que la nouvelle stratégie qu'il a mise en place avec son entraineur porte ses fruits lors de la deuxième partie du match.

    114

    Normalement, il ne devrait pas y avoir de soucis, n'arrête-t-il pas de se répéter en se disant qu'il a bien analysé l'attaque et la défense adverse et qu'il ne peut conseiller de mauvaises stratégies à ses amis.

    114

    Seulement, ill a bien constaté que son absence affaiblit beaucoup les siens qui manquent aujourd'hui cruellement de coordination, autant en attaque qu'en défense.

    114

    Si bien que le score continue de s'envoler en faveur du côté ennemi. Équipe qui prend de plus en plus d'assurance au fil des minutes.

    114

    À tel point que même leur entraineur, assis là-bas devant, à l'autre bout du terrain, commence à aimer narguer son grand rival. L'entraineur de cet autre lycée. Celui qui se vantait d'avoir dans son équipe la future révélation du basket allemand, Jeffrey Beckers. 

    Quelle ironie, décidément! Que la petite révélation soit aujourd'hui sur le banc de touche! ne manque pas de rire cet homme moqueur et sans scrupules, tout en affichant son sourire abject en direction de son rival.

    114

    - Ok, Jeffrey, à la mi-temps, tu les rejoins.

    - Heinn ?? C'est vrai ?? en sursaute de surprise et joie l'adolescent, - vous me laissez y aller ??

    - Oui. Et je t'en prie, fais ravaler à cet enculé son sourire de merde.

    - Ah ah ah, ne vous inquiétez pas, on va faire ce qu'il faut!!

    - Tu ne fais aucun saut, Jeff. Alors les dunks et tout, tu oublies. Tu te contentes simplement de récupérer les balles et de faire des passes. C'est d'accord?

    - Oui, pas de problème!

     

    *

     

    Ça y'est, la sonnerie de la mi-temps retentit enfin et tous les joueurs quittent le terrain en courant pour rejoindre leurs entraineurs respectifs.

    Jeffrey commence à faire quelques étirements et enroule sa cheville blessée dans une nouvelle bande plus élastique et résistante. Il gobe aussi deux anti-douleur histoire de pouvoir jouer dans les meilleures conditions.

    Ils peuvent gagner, il le sait.

     

     

    *

     

     

     

    Pendant ce temps, de l'autre côté du terrain, on ne quitte pas le joueur vedette de l'équipe adverse du regard et on commence à se poser quelques questions,

    - Si Beckers entre sur le terrain, vous vous occupez de son cas, Mark et Kopfell, prévient l'entraineur de cette équipe, - vous vous démerdez, mais vous l'empêchez de jouer.

    114

    - On a pas besoin d'être à deux sur lui, monsieur, marmonne le fameux Mark, pas du tout désireux de quitter sa place d'attaquant pour faire le toutou derrière un joueur adverse, - et puis là, de toute manière, je match est déjà gagné, hein!! Ils ne pourront jamais se refaire, Beckers, ou pas!

    114

    - La ferme, Mark! D'où est-ce que tu te permets de discuter mes ordres, toi?! Beckers est leur capitaine et leur principal attaquant! Alors vous avez intérêt à le marquer de près, ou tu auras notre élimination du championnat sur la conscience!

     

     

    *

     

     

    La mi-temps se termine et tous les joueurs reviennent à la queue leu leu sur le terrain.

    Certains avec un large sourire scotché aux lèvres, parce que déjà persuadés de leur future et écrasante victoire, et d'autres ont un air anxieux peint sur le visage parce qu'ils ont un capitaine sacrément handicapé et énormément de points à rattraper pour espérer une égalisation...

    114

    Dès les premières minutes de la reprise du match, les fameux Mark et Kopfell se mettent à respecter avec assiduité les ordres de leur entraineur, en ne quittant pas d'une semelle le capitaine adverse. Si bien que celui-ci a bien du mal à participer à la partie, essayant tout de même, tant bien que mal, de se dépêtrer de ses deux pots de colle.

    114

    En vain, malheureusement. Car ceux qui disent qu'une sangsue, ça colle, n'ont jamais été poursuivis et surveillés de prêt par ces deux là qui ne le lâchent pas d'une semelle.

    114

    Seulement, le fait de mettre deux joueurs importants aux trousses du jeune Beckers affaiblit considérablement l'équipe des deux pots de colle et Jerty, en compagnie de Niklas, réussit enfin à se frayer un chemin jusqu'aux lignes adverses, pour se lancer dans un saut plutôt impressionnant, jusqu'au panier.

    Et voilà. Deux nouveaux points bien mérités. Jeffrey et les siens poussent un cri de joie pour s'encourager. Tout n'est pas perdu! Ils reprennent espoir.

    Furieux de n'avoir rien pu faire pour empêcher ses adversaires de marquer ce panier, Mark décide brusquement de ne plus suivre les consignes de son entraineur et retourne à son poste d'attaquant. Il n'est pas babysitter! Et tant pis pour la sois-disante petite star allemande qui pourrait changer la donne malgré sa cheville tordue!

    « Non mais qu'elle bonne blague! », pourrait en rire de dépit le jeune homme. Comme si cette brebis fragilisée pouvait les effrayer aujourd'hui! Alors que ça doit être à peine s'il tient debout!

    Et cela est une grave erreur, de penser cela. Car désormais libéré du capitaine adverse, Jeffrey peut esquiver sans soucis le jeune Kopfell, plus maladroit qu'habile, pour se précipiter en attaque avec ses amis, récupérer la balle, et courir à pleine vitesse vers le panier ennemi.

    Et tout cela en une poignée de secondes. Il impressionne par sa vitesse et son agileté et ses adversaires hallucinent, s'agacent, avant de se mettre aussitôt sur ses talons pour tenter de l'arrêter. Ils l'ont peut-être sous-estimé, finalement...

    114

    Et ils s'en mordent désormais les doigts en le réalisant en train de faire une passe décisive à l'un de ses alliés pour que celui-ci saute jusqu'au panier afin de marquer deux nouveaux points.

    « Ouiiiii!! » crie aussitôt la foule en délire, folle de joie de voir l'équipe perdante revenir doucement dans le jeu alors qu'elle était très mal partie, « Ouiiiii! », continue-t-elle de hurler, « Vous êtes les meilleurs!!! »

    Alors, poussés par la foule en délire, Jeffrey et les siens se regonflent d'une énergie nouvelle et redoublent d'efforts, multipliant les attaques et défendant leur panier comme de vaillants chevaliers.

    Seulement, leurs ennemis ne sont pas des poupées sans vies ni réflexion, puisqu'eux aussi se réveillent et se remotivent rapidement pour tenter de récupérer leur avance sur ces mécréants qui croient pouvoir rivaliser contre eux...

    Jerty arrive à son tour sous le panier adverse pour se lancer dans un puissant saut, pour offrir deux nouveaux points à son équipe. Il est à fond, aujourd'hui. Jouant un petit peu la vedette, ainsi en l'air, devant ce panier, il est aux anges. Au feu de l'action et sous tous les regards, il est aux anges.

    Mais ses adversaires n'ont pas l'intention de le laisser faire le beau trop longtemps.

    Hop. Voilà qu'un défenseur ennemi vient de sauter juste après lui pour repousser vivement la balle alors qu'elle allait s'engouffrer avec précision dans le panier.

    Jerty fulmine et retombe habilement au sol, fou de rage.

    Sans laisser une seconde aux siens pour se remettre de cette triste tentative manquée, Jeffrey récupère avec hâte le ballon et revient en courant vers ce maudit panier pour tenter un saut.

    Oui. Un saut.

    Un puissant saut qui l'amène tout droit au niveau de son objectif, pour qu'il y lance avec force et habilité son ballon, avant de s'y accrocher pendant quelques secondes.


  • 115

    115

    Jeffrey vient de Dunker. Il lui avait été interdit de le faire, mais il en a prit le risque pour assurer ce nouveau point à son équipe. 

    115

    - Yeeeeeeees!!! qu'il crie ensuite, toujours accroché a son panier, tandis que la foule hurle déjà pour féliciter l'égalisation des deux équipes.

    115

    Mais après le saut, il y'a la descente. Ce qui signifie pour le jeune blessé, une chute qui pourrait lui faire très mal. Voire être fatal à sa cheville. Il en déglutit à cette pensée.

    115

    Alors il va rester quelques secondes agrippé à son panier, puis fermer les yeux et se soupirer quelques mots. Sans doute une prière pour sa blessure.

    "Aide moi papa...."

    Avant de lâcher prise, pour retomber habilement sur ses deux pieds. Bien sûr, la douleur qu'il ressentira après cette réception sera des plus horribles, mais il ne laissera rien transparaître sur son visage.

    - Ca va, nickel! qu'il se contentera de rassurer ses amis, lorsque ceux-ci le regarderont, l'air inquièt.

    115

    Le match reprend alors. Plus énergique et serré que jamais.

    115

    Les deux équipes sont toutes les deux animées par une rage de vaincre sans pareille et Jeffrey motive ses troupes du mieux qu'il peut, menant encore l'attaque avec précision et fermeté, sous le regard sceptique de son entraineur.

    115

    La réception qu'il vient de faire lui a forcément laissé des séquelles, même si elle semblait parfaite. Il le sent bien, aux quelques grimaces de douleur qu'il arrive parfois à cerner sur le visage de l'adolescent.

    Le souci, c'est qu'ils doivent gagner ce match.

    Le soucis, c'est que s'il demande au jeune Beckers de revenir sur le banc de touche, il enlève à son équipe son meilleur atout, aussi bien en défense qu'en attaque.

    Alors.. La raison devrait-elle l'emporter que les désirs de victoire?

    Il se le demande rapidement en se mordant les lèvres, les yeux toujours rivés sur son meilleur élément qui est en train de percer de nouveau vers les lignes ennemies.

    Et le désir de victoire prit le pas sur la raison... Mais l'entraineur anxieux prit tout de même que son blessé ne tente plus de saut. 

    115

    Et en effet, l'adolescent a la sagesse nécessaire pour faire une passe à son coéquipier Kirian, pour que lui se propulse d'un bond jusqu'au panier adverse, afin de tenter d'y jeter cet objet rond et orange que tous les passionnés de baskets vénèrent.

    115

    Mais un défenseur ennemi vient de sauter à cet instant précis pour empêcher le jeune attaquant en maillot bleu de donner l'avantage à son équipe. Poisse.

    115

    Alors Jeffrey n'a plus le choix : il se joint à la fête et saute lui aussi, précipitant habilement sa main droite pour gêner celle de son ennemi, afin que celui-ci ne puisse empêcher son collègue d'enfoncer la balle dans le panier.

    115

    Enfin! Son équipe prend l'avantage! Il hurle de joie avec tout ses amis, en restant solidement accroché à son panier. La foule hurle et est de nouveau en délire, tandis que son comparse Kirian - ainsi que le joueur adverse - retombe tranquillement au sol.

    Alors, et pour la seconde fois, Jeffrey va prier tout bas pour sa cheville en soufflant un grand coup, avant de se laisser tomber à son tour et en grimaçant déjà de douleur.