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    Quelques jours plus tard, Raphaël s'offre une petite journée sur Klausdorf pour passer un peu de temps avec sa mère, afin de lui annoncer que dans moins d'une semaine, il s'envole avec ses amis pour Wilmington, la ville ou réside la tante éloignée de son comparse Tobias.

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    Sur le coup, Jeyne a bien évidemment un coup au coeur, avant de sourire très vite à son rejeton, avec une émotion infinie dans les yeux, que.. « Qu'elle est fière de son fils. » Qu'il a fait là le bon choix. Qu'il ne pouvait pas en faire de mieux...

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    Raphaël acquiesce à son affirmation, le coeur gros cependant... « Le bon choix? Ah bon... » Lui n'en est pas vraiment convaincu. Bien certain que les conséquences de son éloignement vers les états unis seront plus que désastreuses pour lui et son Eva, dans les jours, semaines, mois, à venir...

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    Mais pour l'instant, il préfère ne pas y repenser, afin de passer ces quelques heures avec sa mère dans la joie et la bonne humeur. Il a l'habitude, de cela. Mettre de côté ses désirs et envie pour satisfaire ses proches a toujours été son mode de fonctionnement, de toute manière. À torts, bien souvent...

     

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    Quelques heures plus tard et avant de retourner à la gare pour prendre son train retour, Raphaël s'en va saluer sa vieille comparse, Jane. Après tout, à elle aussi, il doit lui annoncer son futur départ. Elle reste une amie très chère à son coeur... Une amie qui lui annoncera très vite, Et avec un large sourire des plus radieux,

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    « - Gniahahahahahahhhhh!!!! Je pars avec toi! » « Ne discute pas! Je pars avec toi! J'ai toujours rêvé d'aller aux USA! ».

    -Euuuh.. Sera bien obligé de s'intriguer Raphaël, plus que perplexe, - Jane.. hmmm...! Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée, ta vie est ici, et puis...

    En effet, le jeune homme a plus que raison : que son ex-petite amie, premier grand amour de sa vie, à qui il a déjà poignardé le coeur à deux reprises, vienne avec lui à Wilmington, est une très, très mauvaise idée, selon lui...

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    - Tutututu!! Ce n'est pas pour ce que tu penses! Insistera la jeune fille en trépignant comme une enfant, - je veux vraiment venir avec vous, les USA quoi !! Je me ferais toute petite, je te le promets! Alors, emmène-moi! Je me débrouille déjà bien en anglais, et ça va me permettre de me perfectionner encore plus dans la langue! Et j'ai envie d'aventure, changer d'air, découvrir autre chose! Avec vous, mes têtes de biques préférées! Ça va être trop bien!! Yataaaaaaaa!

    - Attends Jane.. Tu ne peux pas décider ça comme ça! Et tes parents?...

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    - Ils t'admirent tellement qu'ils me laisseraient aller jusqu'au bout du monde avec toi, tu le sais bien !

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    Et voilà comment la jeune fille fut finalement de la partie. Du voyage... Et voilà comment rien qu'avec un doux minois et un grand sourire des plus innocents, une jeune allemande filera, aux côtés d'un petit groupe montant, aux états unis, pour découvrir, accompagnée de ses plus vieux amis, les terres américaines... 


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    Ce soir, l'ambiance n'est pas à la fête, mais plutôt des plus moroses, dans l'appartement du petit couple incestueux ; et pour cause...

    Après une longue discussion accompagnée de cris de colère, de mots durs et de larmes de désespoir, les deux amants se retrouvent finalement assis l'un à côté de l'autre sur leur lit, pour fixer tous deux un point invisible quelque part perdu dans la pièce. Ils ne savent plus quoi se dire...

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    « Les TroubleMaker prennent l'avion dès le lendemain pour la Caroline du Nord. »

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    Raphaël n'a plus la force d'ouvrir la bouche pour prononcer à sa petite amie le moindre mot, en effet... Il aimerait pourtant lui crier encore une fois la rage qu'il ressent au fond de lui de devoir suivre ainsi ses amis, mais à quoi bon... Tout ici a déjà été dit et il a bien conscience qu'en ce moment, ce n'est pas une nouvelle approche de la chose dont sa petite amie aurait besoin en ce moment...

    Surtout qu'elle a été la dernière mise au courant de la date plutôt précipitée du petit départ-surprise. Oui, en effet, le jeune Bauer a bien conscience que ses minutes sont désormais comptées et qu'il n'en faudrait pas beaucoup plus pour que sa douce lui arrache les yeux à vif.

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    Mais pour l'instant, les deux amants se contentent, dans ce silence des plus morbides, de réaliser lentement... : dans quelques heures, un avion les séparera, peut-être à tout jamais... sans doute, même, à tout jamais.

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    Eva se veut lucide, fixant désormais et de façon stoïque le plafond de l'appartement. « - Ils ont joué, et ont perdu? » Ils n'ont sans aucun doute que ce qu'ils méritent, après tout...

    Lasse, elle baisse alors les yeux en poussant un long soupir qui signe son abdication. Résignée, elle observe la moquette qui recouvre le sol, anéantie.

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    L'air désespéré, Raphaël se tourne soudain dans sa direction pour chercher à plonger son regard dans le sien. Il a l'air si abattu, et finalement plus innocent que coupable, que la jeune Beckers pivote enfin la tête vers lui.

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    Tendrement, il la fixe alors en la sondant pendant de longues minutes ; sa détresse est palpable et elle la lit bien, tristement logée au fond de ses beaux yeux vert olive.

    Alors, c'est avec une tendresse infinie qu'elle lui rendra un sourire. Sans prononcer le moindre mot cependant... À quoi bon, de toute manière.

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    La parole n'ayant plus ni place, ni utilité en ces lieux, les lèvres des deux amants se joindront soudain. Presque dans un même mouvement, simplement dans un accord commun...

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    Pour un doux et tendre baiser qui va lentement redoubler d'intensité...

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    Fou de désir et de désespoir, Raphaël attrapera très vite et de ses deux mains le visage de celle qui est, et restera toujours, le grand amour de sa vie, pour amplifier l'ardeur de ses baisers, tandis que sa partenaire, elle aussi guidée par un coeur meurtri, ce soir, s'agrippera nerveusement à sa chemise pour, et plutôt rapidement, d'ailleurs, commencer à la déboutonner entre deux séries d'embrassades langoureuses.

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    C'est ainsi entre larmes discrètes de désespoir et cris de plaisirs que les deux amants incestueux feront l'amour une dernière fois, ce soir...

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    C'est ainsi partagée entre la panique profonde à l'idée de perdre son amour à tout jamais et le plaisir exquis de sentir de nouveau son corps tout entier vibrer sous ses habiles coups de bassin, sans aucune souffrance, qu'Eva Beckers savourera ces instants ambrosiens... Ces sans aucun doute, derniers, instants délicieux...

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    Elle avait oublié, à quel point son corps pouvait décidément être friand du sien. Quelques minutes de douceur et passion partagée qui effaçaient presque instantanément des mois entiers de terreur... Oui, il était sa lumière au bout du tunnel. C'est ce soir qu'elle s'en souvenait enfin, reprenant lentement goût aux plaisirs charnels, réalisant avec tant de certitude à quel point elle avait besoin de lui. À quel point il était sa raison de vivre..

    Mais le rêve laisserait bientôt place au cauchemar...

    Une nouvelle larme roule de nouveau, avec discrétion, le long de la joue de la jeune fille, tandis que les yeux de son amant, qui continue de lui embrasser le cou avec sensualité, ne sont pas moins humides que les siens...

    Lui aussi se doute bien que cette nuit sera peut-être, et très certainement d'ailleurs, même, leur toute dernière ensemble...

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    Leur dernier instant magique...

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    Qui prendra fin après un quatrième orgasme commun, pour que les deux amoureux s'endorment enfin, tendrement lovés et enserrés avec amour et peine, dans les bras l'un de l'autre.

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    Tous deux s'agrippent mutuellement avec tendresse ; comme si ce geste, cette pathétique tentative, pouvait avoir une quelconque influence sur leur avenir, leur destin... Comme si elle pouvait les sauver de la séparation. Déclencher un miracle. Qu'à leur réveil, tous les avions du monde aient soudainement disparu...

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    Que l'on ne puisse plus les séparer. Qu'ils puissent enfin être ensemble, pour l'éternité... 


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    Au petit matin, Raphaël émergera le premier pour constater constatant très vite que son amour est encore profondément endormi, les yeux encore rougis par sans aucun doute une crise de larmes nocturnes et silencieuses.

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    Le jeune homme en est ému et cette vision lui poignarde le coeur ; du coup, il en perd le sourire qu'il avait pourtant commencé à afficher.

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    Puis, et avec un désespoir palpable, il s'échappe discrètement des bras de son amour pour filer se préparer, à pas de loup, dans la salle de bain.

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    Il ne mettra pas plus de quinze minutes pour être fin prêt et sur le départ, son unique valise en main. Il n'a pris la peine que de se laver les dents, se recoiffer légèrement, avant de s'asperger légèrement de parfum, pour faire le moins de bruit possible... : il ne veut pas prendre le risque de réveiller son ange qui dort encore profondément.

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    Il veut s'épargner à tout prix des adieux douloureux. Il ne le supporterait pas. Il ne se voit pas partir d'ici, avec elle en larmes derrière lui.

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    Alors, c'est d'une main habile qu'il ouvrira tout doucement la porte d'entrée de son appartement. Posant une dernière fois son regard sur son amour endormi, il lui murmure un tendre et amoureux...

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    « - Je t'aimerai toute ma vie, tu le sais, ça, hein...? » à peine audible, avant de s'éclipser avec discrétion.

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    Mais sa tentative de fuite était dès le départ voué à l'échec : à cause de l'instinct de la jeune Beckers qui la tire soudain de son sommeil pour lui faire faire un bond sur elle-même en poussant un vif cri de terreur :

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    « Comment cela se faisait-il qu'elle soit seule dans le grand lit de la pièce?! »

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    Sans se poser plus de questions, elle se précipitait déjà vers le premier pantalon Jogging et le premier tee-shirt qui croisaient son regard pour les enfiler maladroitement, avant de courir vers la sortie de l'appartement, complètement guidée par cette force extérieure qui n'arrêtait plus de lui hurler le départ fourbe et précipité de l'amour de sa vie ; qu'elle peut sans doute encore rattraper... S'il n'est pas trop tard.

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    -RAAAAAAAPHAAAAAAAAEEEEEEL!! qu'elle s'est dépêchée d'hurler vivement en jaillissant hors de l'ascenseur telle une furie, au rez-de-chaussée.

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    « Il est que là ! Derrière la baie vitrée de l'appartement, il est que là ! Juste devant elle ! » En train de marcher d'un pas lourd vers la rue, sa petite valise en main, il est là...