• 026

     

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    Deux jours plus tard, et en plein cours d'allemand, le téléphone de la salle où a cours Raphaël Bauer, se met soudain à retentir.

    Le professeur actuellement présent  se hâte donc pour décrocher. D'un air las cependant : se faire interrompre de la sorte en pleine interrogation orale est franchement insupportable pour cette femme d'une quarantaine d'années.

    - Oui, monsieur le directeur? Qu'elle répond donc à l'unique personne qui peut être au bout du fil : les classes n'étant en lien direct qu'avec le bureau du gérant de l'établissement.

    - Oui, il est là, qu'elle poursuit ensuite, - mais nous sommes en plein cours, monsieur, alors.... [...] Non? Ça ne peut pas attendre?... [...] Ah, bon... D'accord, je lui passe le combiné, alors... [...] Oui, au revoir, monsieur le directeur.

    - Raphaël, fait-elle juste après en tendant le combiné en direction du concerné, sagement assis à sa table, - le directeur va te passer passer ta mère, sur cette ligne. Il paraît que c'est urgent. Alors si tu veux bien...

    - De.. De.. ? S'étonne aussitôt le jeune homme avec une profonde gêne. Il en déglutit d'agacement.

    - Raphaël, dépêche-toi! le presse sa professeur en le fusillant du regard, - n'espère pas me faire perdre plus de 5 minutes de cours!

    - Désolé. J'arrive, grommelle Raphaêl en se hâtant vers le combiné dont il se saisit d'une main fébrile et l'air honteux.

    - Le caïd des bacs à sable, qui se fait appeler par maman, chuchote tout bas Paula, d'un air amusé, en direction de sa meilleure amie qui elle, lui soupire avec lassitude,

    - Je me fous de lui et de tout ce qui le concerne.

    - Oui? Allo? Commence alors Raphaël avec le plus de discrétion possible – qu'est-ce que tu..

    - Mon chériiiiiiiiii!! lui crie immédiatement son interlocutrice dans le combiné, - enfin! Je peux t'entendre!! Enfin!! Tu m'as fais tellement peur!! Pourquoi m'as tu fais ça, idiot, idiot, idioooot!!!!

    - Comment m'as-tu...

    - Retrouvé? Voyons, mon chéri, tu pensais vraiment que je n'aurai pas appelé tous les lycées de Berlin pour leur demander s'ils avaient un Raphaël Bauer?

    - Ok.. Euh, c'est pas que tu me dérange, mais là je suis en cours.

    - Ça sent la fugue, ça, analyse tout bas Paula à sa meilleure amie, - une phrase qui commence par, « comment m'as-tu.. », moi je te dis, que ça parle de fugue.

    - Et moi je te dis, que je m'en fous comme de l'an quarante, lui marmonne à nouveau et en retour celle-ci avec un désintérêt profond.

    - Raphaël? grogne le professeur de la classe avec un soupçon d'énervement, - je ne veux pas paraître désobligeante, mais si tu pouvais abréger!!!

    - Je te rappelles, maman. Bye, fais en conséquences Raphaël, plus désireux que jamais de trouver un trou de souris où se terrer à jamais.

    - Non!! Chéri!! Attends!!

    - Je te rappelles ce soir. Promis, soupire t-il en raccrochant au nez de sa mère.

    - Je suis désolé, madame, s'excuse t-il ensuite poliment à son professeur, avant de se remettre en chemin vers sa table.

    - J'espère qu'il ne s'agit pas là d'une fugue, mon garçon. réagit la femme d'âge mûr avec suspicion.

    - Absolument pas. Où allez vous chercher cela ? Nie Raphaël avec calme pour brouiller les pistes, l'air anxieux cependant.


  • 027

     

    *

     

     

    - Eva, c'est ça? fait de son plus beau sourire Wilfrid en coinçant dans le couloir la jeune fille qu'il souhaitait aborder depuis la veille déjà.

    - Et Wilfrid, c'est ça? lui répond sans attendre la brunette sur le même ton.

    - Ouaip! Ettttttt, je voulais te demander.. Le cours d'après, c'est maths, c'est ça ? 

    - Tout à fait!

    - Et y'aurait moyen qu'on s'assoit ensemble, toi et moi? Ou tu décroches jamais de ta copine ?

    - De Paula? Ouais en effet ça risque d'être délicat! On est en en effet pacsées, elle et moi! Comme toi et, hum... Raphaël, c'est ça?

    Une question des plus subtiles que la jeune fille pose là. Une manière discrète et astucieuse de ramener le sujet de conversation sur le seul garçon des environs qui l'intéresse réellement.

    - C'est mon pote, ouais. Mais on décroche quand même très facilement pour vivre nos vies! rit Wilfrid dans un haussement d'épaules, - mais c'est vrai que les filles, ça sait pas se sevrer de ses copines!

    - Hum.. dixit celui qui est toujours collé à son pote! le taquine en retour, Eva.

    - Comment tu mens, là ! fait semblant de s'offusquer Wilfrid en riant.

    - Et sinon, vous vous plaisez, sur Berlin? Mais vous venez d'où, déjà?

    - Klaudorf. Eh oui, on se plaît, sur Berlin. Ça change de notre patelin! Ça n'a vraiment rien à voir.

    - Je connais pas du tout, c'est vers où?

    - Dans le nord. C'est un bled paumé. Raison pour laquelle notre groupe est descendu sur la capitale. Vu qu'on cherche à percer dans le monde de la musique!

    La carte « musiciens ». Oh que Wilfrid aime la jouer, celle-là, dès qu'il se trouve en compagnie de jolies filles.

    - Groupe? Musique?  Nonnn, sans blague? Vous avez monté un groupe?

    Bingo! Elle a sauté dans le panneau à pieds joints!

    - Et ouais, se remplit d'orgueil Wilfrid, - je sais, on dirait pas comme ça. Surtout quand on voit Raph'!

    Une petite pique amicale et ironique envers son ami, mais pour la bonne cause.

    « Femme qui rit, à moitié dans ton lit » 

    - Et vous jouez quel genre de musique? Vous avez déjà enregistré quelque chose? J'aimerai bien entendre quelques morceaux de vous! Vous avez des démos? enchaîne Eva, toute heureuse d'être en présence d'un groupe amateur ; le monde de la musique, la jeune fille connait ! De part ses parents, ainsi que les générations passées, dieu sait qu'elle connait...

    - J'ai pas de démo là sur moi, mais si tu veux passer au local, où on vit et répète, ça sera un plaisir de te faire écouter quelque chose ! Tu vas voir, on déchire nos races. Un jour, on enflammera l'Allemagne, ET PLUS ENCORE !!!! 

    - J'en doute pas !! Et j'accepte ton invitation !

    - Ce soir, après les cours, ça te dit?

    - Je serai avec Paula, ça ne dérange pas?

    - Tu rigoles? Plus y'a de filles, mieux c'est!

    - Ca m'aurait étonné, tiens! S'amuse Eva, - tous les mêmes!

    - On nous refera pas! Et puis genre, comme si vous, les filles, vous n'étiez pas des coquines!

    - On peut même être pires que ça, si tu veux tout savoir, hin hin hin ! 


  • 028

    À quelques mètres de là, est en train de se dérouler une tout autre conversation.
     

    Paula s'agace avec énergie contre le distributeur de boissons fraîches, tandis que Jeffrey, lui, est tranquillement assis sur un banc. La tête baissée et l'air songeur.

    Une attitude qui intrigue évidemment sa jeune amie.

    - Qu'est-ce qui ne va pas, Jeff? Qu'elle lui fait en choisissant enfin sa boisson gazeuse.

    - Hum, rien. Et toi? Ça va, en ce moment? Qu'il lui répond pour lui retourner habilement sa question.

    - Est-ce que ça a un rapport avec Angelika? Ose Paula, bien consciente de mettre, par cette phrase, lourdement les pieds dans le plat.

    - Peut-être. lui répond très honnêtement Jeffrey.

    - Vous sortez ensemble alors, ça y'est? grince des dents Paula, le coeur serré.

    - Euh.. Non.

    - Pourquoi est-ce qu'on sortirait pas ensemble, nous, alors ?

    -  De.. De quoi ?!

    - Ne me prends pas pour une curchasse, Jeff, s.t.p. Je sais très bien que tu te souviens aussi bien que moi de cette soirée.

    - Euh... Je... hésite un instant Jeffrey, avant de se reprendre plus énergiquement, - Ok, ok, ouais! Je m'en souviens.

    - Et si tu as fait l'autruche à ce sujet, c'est parce que je ne te plais pas, c'est ça?

    - Tu déconnes? Il n'y a aucun homme à qui tu ne pourrais pas plaire ! Tu es magnifique, Paula. Mais nous deux... Ça paraîtrait bizarre.

    - Tu préfères l'autre, la niaise, alors? Parce qu'elle termine toutes ses phrases par un sourire niais et un "hihi" horripilant ?

    - Arrête, tu es méchante, là.

    - Mouais.. Tu as sans doute raison. Je suis.. Méchante. Désolée de ne pas être une Angelika.

    - Je ne vois pas pourquoi tu fais une fixette sur elle, puisque je n'ai jamais rien fais pour faire croire à quiconque qu'elle me plaisait. 

    - Tu n'as rien besoin de faire, ce genre de choses, ça se sent.

    - Mais bien sûr.

    - Tu veux dire qu'elle ne te plaît pas ? Réellement ?

    - Arrête Paula, s'il te plaît. Et laisse-moi réfléchir. Pour nous deux... OK? Ça te va?

    - Je.. Je.. Ok! En bégaie d'étonnement la jeune fille : elle ne s'attendait vraiment pas à une telle réponse de la part de son ami Jeffrey et le fait qu'il soit prêt à envisager une éventuelle histoire avec elle la surpend au plus haut point, dans le bon sens du terme. Elle se retient d'en hurler un "Youpii" strident.

    - Ça sonne, je vais retourner dans mon couloir, moi, annonce Jeffrey à sa comparse alors que celle ci était déjà plongée dans ses songes ; un doux rêve où elle s'imaginait déjà blottie dans ses bras de son "Jeff" d'amour.

    - D'accord! Bon courage et à plus tard !! qu'elle lui lance, l'air radieux et des papillons pleins le ventre, tout en lui offrant son plus beau sourire.

    - Ouaip. À pluche.

    Angélika 0 / Paula 1 !

    Mesdames et messieurs, c'est un combat titanesque qui débute dans l'arène!