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    Quelques heures plus tard, c’est l’heure de la pause de la mi-journée pour les soldats. Ils se pressent donc vers leurs quartiers pour profiter pleinement de cette petite demi-heure de repos.

     

    — Le dernier arrivé à la cuisine fait la vaisselle aujourd’hui !!! Annonce Naruto en courant comme un dératé, suivi de prêt par Cloud qui rétorque aussitôt,

    — Et tu te mets à courir en l’annonçant ! Sale tricheur !!  

     

    Juste derrière eux,  Maxime marche rapidement, dépasse Caroline, en affichant un air hautain et indifférent. Si avec ça elle ne comprend pas sa colère… Se dit-il, fier de son comportement.

    Ça lui apprendra, a cette petite allumeuse ! 

     

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    — M...Maxime… Appelle timidement la jeune fille, un peu perdue.

     

    Elle ose l’appeler ? S’interloque Maxime en pensée. Comment ose telle, après avoir fait un tel cinéma avec leur chef ?

     

    Caroline presse le pas et arrive dans le dos de son petit ami,

    — M.. Max... Attends-moi !!..

     

    — Bouge de là ! Dégage. Vas chialer chez Seto, tu es bonne qu’à ça. Suce-le aussi, au passage. Marmonne-t-il froidement, en accélérant le pas pour la semer.

     

     C’est immobile et les yeux écarquillés que l’adolescente le regarde s’éloigner d’elle… 

     Décidément, t’aimer est vraiment une épreuve…

     

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    Peu après, les soldats sont rentrés en caserne et attendent de manger un morceau, préparés par le talentueux Naruto, expert des sandwichs jambon/emmental.... 

     

    — Ryo ! À table ! Appelle Cloud en cherchant son camarade du regard.

     

    Maxime avale tranquillement sa canette de bière. Il sait que Caroline n’est pas rentrée en caserne depuis qu’il l’a envoyée paître, mais il n’ira pas la chercher. Jamais il ne s’abaisserait à ça !

    Qu’elle crève de tristesse tiens, ça lui fera les pieds. 

     

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    — Elle est ou Caroline ? Demande soudain Cloud, qui semble être le seul à avoir remarqué qu’ils ne sont pas au complet.

     

    Maxime préfère garder le silence, ce qui fait comprendre à Cloud qu’il a dû se passer quelque chose entre eux…

     

    En effet, à l’extérieur de la bâtisse, la jeune fille semble préférer caresser un chien errant plutôt que de rejoindre ses compagnons. 

     — Vilain toutou va ! Si Seto voit ça, il va râler !

     

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    — Ah, tu es là ! Fais Cloud en arrivant a l’extèrieur et en constatant la présence de la jeune fille. — On va manger, tu viens ?!

     — Non merci, je n’ai pas faim ! 

    — Chica ! Qu’est-ce que tu as encore fait ?? S’agace soudain Cloud.

     — Tu connais ce chien ? s’étonne Caroline.

     —Évidemment, Chica vient toujours trainer chez nous. Et à chaque fois elle nous laboure la pelouse !! Il faut que tu la grondes quand tu la surprends en train de faire ses conneries !!!

     

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    — Vilaine ! Vilaine ! Vilaine !! Gronde Cloud en pointant énergiquement son doigt vers l’animal. Vilaine ! Vilaine ! Vilaine !

     

    Caroline ne peut s’empêcher de rire de sa manière d’éduquer cette chienne, qui rigolerait sûrement aux éclats si elle possédait la parole. 

     

    — Pourquoi tu te moques de moi ? Se vexe Cloud.

     — Tu es marrant dans le rôle du dresseur, te jures !! Mais ce n’est pas méchant, sourit la jeune fille.

     — Tu ne veux pas manger alors ? Relance Cloud. Ce n’est pas possible de ne pas avoir faim après l’entraînement !

     — Bah si tu vois, c’est possible… Soupire l’adolescente.

     — C’est à cause de lui ? 

     — Petit curieux !

     

    Cloud se gratte la tête, gêné. 

    — Oui c’est vrai que c’est indiscret et ça ne me regarde pas…

     

    — Tu sais te téléporter toi ? Demande Caroline.

     — Oui bien sûr, quelle question !! Rétorque Cloud. Mais pourquoi tu me demandes ça ? s’étonne-t-il ensuite.

     — Parce que je veux rentrer chez moi… Et je me demandais si tu pouvais m’emmener… ? demande l’adolescente en le fixant avec des yeux implorants.

     

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    — S’il te plaît.... Ajoute-t-elle. — Ça doit être super facile à faire pour toi.. Et moi ça me libèrerait… Je ne sais pas ce que je fais ici, j’ai laissé ma grand-mère, je ne lui ai même pas dit que je rejoignais Maxime !! J’ai envie de la revoir, elle, mais un ami que j’aime beaucoup et qui me manque, mon seul ami en fait… Je veux aussi retourner au lycée…

     — Je ne te comprends pas… Soupire Cloud.

     — Comment ça, tu ne me comprends pas ? Quand on est avec quelqu’un de méprisable, on fuit ! Alors c’est ce que je fais ! Je veux fuir loin de lui !

      — Il n’est pas méprisable… 

    — Pfffffft ! Qu’est-ce que tu en sais toi ?? S’agace la jeune fille. Ce n’est pas toi qui sors avec !! Ce n’est pas toi qui le subis !!

     —Oh oui c’est sûr.... Ce n’est pas moi… Et ça ne sera jamais moi… Soupire à nouveau le jeune homme, les dents serrées. 

     

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    — Hiiiiiiiiii.... Laisse échapper Caroline en se mettant rapidement les mains sur la bouche pour s’empêcher de crier plus. — Tu.. Tu.... Cloud… Tu es…

     — Oui je suis gay. Ça te choque ? Tu es homophobe ? 

     — N.. Non !! Ça me surprend c’est tout… J.. Je.. Je ne m’y attendais pas du tout… Et tu… Tu… Tu…

     — Oui. Je suis amoureux de ton mec. Répond simplement Cloud, avec une incroyable franchise. 

     — Ah… Ah… J.. Je.. Bafouille l’adolescente.

     

    Elle en perd son latin tant cette nouvelle la bouleverse.

    Cloud est gay et amoureux de Maxime, cet être ignoble…

    Qu’elle aime pourtant a la folie…

     

      — Mais ça devrait arranger tes affaires si je m’en vais, poursuit-elle en respirant un grand coup. — Tu dois me détester, si tu l’aimes aussi… 

     — Tu n’es qu’une gamine égoïste ! À croire que tu ne sais pas ce qu’est l’amour.

     — Pardon ? s’étonne la jeune fille, un peu vexée.

     — Il me plait, mais je veux son bonheur.

    — Qu’est-ce que tu peux aimer chez lui... Son physique ? Forcément.

    — Pas uniquement… Il a aussi de bons côtés…

     — Des bons côtés… Mais tellement peu… soupire la jeune fille, un peu gênée par leur amour mutuel pour le même homme…

     

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    — Bon, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec toi Cloud, poursuit rapidement la jeune fille, tu es un garçon très gentil, sans doute le plus gentil de la caserne, alors je ne veux pas me brouiller avec toi pour ce nul. Je veux m’en aller Cloud, aide-moi s il-te-plaît, et ainsi, il sera entièrement a toi !!!

     — Non. Fait simplement le jeune soldat.

     

    L’adolescente laisse tomber ses bras le long de son corps, pour exprimer son état de lassitude actuel.

     

    — Je ne veux pas le blesser. Ajoute Cloud. — ça se voit qu’il t’aime. Tu es sa stabilité…

     — J’aimerais tellement le blesser, pour m’assurer qu’il ait un cœur… Soupire Caroline.

     — Vraiment dommage qu’il ne soit pas gay, tu ne le mérites pas. Tu ne crois pas en lui… Alors que ça se voit qu’il est fou de toi.

     — Genre… répète la jeune fille, de plus en plus blasée. 

     

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    — Hey les jeunes ! La pause est finie, on y retourne ! s’exclame Seto en arrivant vers ses deux soldats.

     — Déjà ? Sétonne Cloud. 

    — Oui. Vous avez dépensé votre demi-heure a papoter comme des gonzesses, c’est dommage ! J’espère que vous n’avez pas la dalle, parce que vous allez vous la sauter jusqu’à ce soir maintenant !

      — Seto… j’ai un service à vous demander s’il vous plaît.. Demande timidement Caroline en voyant son chef passer à côté d’elle.

     — On verra plus tard. Rétorque celui-ci en continuant son chemin. Pour l’instant, c’est l’heure de bosser ! 

     

    Caroline les suit, un peu boudeuse, mais de toute façon, c’est sa dernière soirée ici…

     Seto ne semble pas gay et amoureux de Maxime, alors il n’y a aucune raison pour que lui refuse de la ramener chez elle.. 

     

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    Moins d’une minute après que la jeune fille se soit remise à frapper son sac de sable, les deux derniers soldats rappliquent vers la zone d’entraînement…

     

     Maxime fronce les sourcils en voyant sa petite amie, mais il n’arrête pas son chemin pour autant.

     Évidemment, elle est dans les premiers à reprendre l’entraînement, pour faire sa belle devant Seto !!

    Pense Maxime en serrant les dents. 

     

    Voyant cette nouvelle démonstration d’indifférence et de mépris, la jeune fille est maintenant persuadée que son petit ami n’est qu’un mufle de la pire espèce et qu’il faut qu’elle s’éloigne de lui le plus vite possible !

     

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    Au même moment, sur terre, il fait nuit depuis maintenant plusieurs heures et Sally Evans se presse, sous une pluie diluvienne, vers le domicile Daemon.

     — Tu peux entrer Sally !! C’est ouvert !! Lance Evy, car elle a reconnu la silhouette de la vieille femme derrière la porte vitrée. 

     

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    — Excusez-moi, je ne voudrai pas déranger… Dit timidement Sally en entrant.

     — Mais tu ne nous déranges jamais voyons ! s’exclame Hikague, interrompant sa conversation avec un vieil ami.

     — Tu veux boire quelque chose ? Propose immédiatement Evy.

     — Non merci.. En fait, je voudrais juste te parler quelques minutes Hikague, si c’est possible… Poursuit la vieille femme.

      — Bien sûr que c’est possible Sally ! Voyons ! Répond celui-ci.

     

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    — Il ne faut pas que Maxime oublie le lycée hein Evy !! Tu lui as amené ses cours ??

     — Hikague va le faire, ne t’inquiète pas Olivia, tout est sous contrôle !!

     — Chérie… Ce n’est pas tes affaires tout ça !! Rappelle l’homme brun à son épouse.

     — Oh, mais si, le petit Maxime c’est mon petit chou !! Et même si je le revois jouer dans son bac à sable, ça ne m’empêche pas de penser à son avenir !! Se défend Olivia.

     — Elle est terrible hein Dylan, rit Evy.

     — À qui le dis-tu ! pouffe celui-ci.  

    — Je suis à toi Sally ! Fais Hikague en se dirigeant vers sa vieille amie. — Vas-y, abuse de moi, ma femme n’est pas jalouse !!

     

    Tous éclatent de rire.

    Hikague est unique..

     

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    — Allez suis moi, que je te fasse découvrir ces plaisirs !! rit la vieille femme en se dirigeant vers la cuisine.

     — Tout de suite !!! Fait Hikague en la suivant.

     — Hey ! C’est plus drôle maintenant ! Boude Evy, en faisant semblant d’être jalouse.

     

     Une fois à l’écart du groupe, Hikague demande rapidement,

    — Oui je sais, Caro et Max ? C’est ça qui te perturbe Sally !

     —  Oh non, pas Max... Mais Caro oui… 

     

     

    — Ouéééé, j’ai encore gagné !! Je suis trop trop forte !! Crie la petite blondinette, parce qu’elle vient d’éclater Aaron a pierre, papier et ciseaux…

     — Je me rends Anaïs, tu es trop forte pour moi !! Marmonne le jeune rouquin.

     

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    — J’ai trop la classe !! Trop !!! Se vante Anaïs.

     — Allez, la revanche ! Faut que je t’écrabouille pour laver mon honneur ! Namého ! proteste Aaron. 

     — OK !!! Mais je vais gagner encore !!! Nia nia nia nia !!! Affirme la fillette.

     — On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tuée petite !! Tssss !! Rappelle Aaron. 

     

     

    Dans la cuisine, la discussion gagne en sérieux et inquiétudes...

     

     

     — Ramène-la-moi, je t’en prie Hikague… Tu veux bien ? demande la vielle femme a son ami.

     — Il n’y a pas de problèmes. Je te la ramènerai quand j’irai là-bas apporter les cours de Max.

     — Ce n’est pas parce que je n’ai pas confiance en Max hein… Poursuit Sally.

     — Je sais. Sourit Hikague. Et tu as tout à fait raison, elle n’a rien à faire là-bas, c’est la faute d’Aaron tout ça.

     — Oh, ce n’est pas la faute de ce petit chou Hikague… Il ferait tout pour elle, et à mon avis, Caro a dû le supplier avec ses yeux de merlans frits…

     — Oué… C’est pour ça qu’il m’a demandé de lui apprendre la téléportation ! Petit chacal… Mes enfants sont d’une fourberie.. Tsss.

     — Il a fait pour Caro ce que tu aurais fait pour Evy à l’époque, n’est-ce pas ? Sourit Sally. 

     — Oui, je l’avoue ! Mais il a trafiqué tout ça dans l’ombre avec elle, et c’est moyen niveau morale. Aaron m’avait habitué à mieux.

     — Maxime reviendra vite non ? Questionne Sally. — Sinon Caro risque de mal le vivre si tu la ramènes sans lui…

     — Il ne devrait pas rester longtemps non. Mais de toute manière, ce n’est pas plus mal qu’elle s’éloigne de lui… Maxime et les filles hein…

    Ça m’embêterait qu’il lui fasse du mal.. 

     — Tu as sans doute raison, comme d’habitude, sourit la vieille femme. Bon alors, moi j’attend sagement chez moi que tu la ramènes d’Eternia alors ?

     — Voilà ! Tu as compris la suite de l’aventure, c’est bien. Sourit Hikague.

     

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    Peu après, sur Eternia, l’entraînement de l’après-midi se poursuit de plus belle dans la petite caserne.

    Seto fait sa ronde habituelle entre ses soldats, quand son regard s’arrête soudain sur une silhouette familière qui semble les observer..

     

    Le roi d’Eternia ! Qu’est-ce qu’il peut bien faire ici ?

     

    Ça concerne encore ce sale gosse.. Pense-t-il en soupirant.

     — Continuez, je reviens dans une minute. Annonce-t-il à ses hommes en dirigeant ses pas vers son souverain.

     

    Hikague !! pense immédiatement Caroline en tournant la tête vers celui-ci. Le voilà, son échappatoire !


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    Hikague se décale sur le côté en attendant son soldat de première classe qui comprend que la conversation va être privée, loin des oreilles indiscrètes ; cette éventualité l’intrigue quelque peu.

     

    — Bonjour majesté, fait-il poliment en arrivant vers son roi. 

    —  Bonjour Seto, j’ai déposé les cours de mon fils dans la caserne et j’aimerais juste que tu me parles de Caroline. Si tu vois ce que je veux dire…

     — Majesté… Ils ont insisté.. Vous me connaissez, si ça avait été moi.. 

    — Jamais elle n’aurait touché à ce sac de sable ! Oui je le sais, Seto. L’interrompt-il en souriant pour le rassurer, car il le sent stressé. — Ne t’inquiète pas, je ne te reproche rien. Je connais mon fils et sa copine, ce sont de vraies têtes de mules. 

     — À qui le dites-vous.... Soupire Seto.

     

    Hikague étouffe un petit rire ? Apparemment son soldat commence à les connaître tous les deux ! 

    — Il faut qu’elle rentre, poursuit Hikague pour revenir dans le sujet. — Sa grand-mère s’inquiète et elle n’a rien à faire ici. Tu me l’appelles s’il te plaît ?

     — Vous pensez qu’elle va accepter de rentrer ? s’étonne Seto.

     — Parce que tu crois qu’elle a le choix ?

     

    Seto sourit d’un air amusé.

     

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    — Elle est à vous dans une minute, fait Seto en s’éloignant de son roi.

     — Merci. Répond poliment celui-ci. 

    — Caro ! On te demande à l’accueil. Annonce le jeune chef des soldats en arrivant vers l’adolescente, qui tourne vivement sa tête vers lui, comme si elle était ravie de cette information. 

     

    Maxime tend l’oreille et écarquille les yeux : il sent soudain un frisson le parcourir…

     

    Que fait son père ici ? Pourquoi est-il ici ? 

    Un mauvais pressentiment s’empare soudain de lui....

    Un très mauvais pressentiment… 

     

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    — Au revoir mademoiselle, fait Seto à la jeune fille qui passe à côté de lui pour rejoindre Hikague.

     

    En réponse, elle lui sourit : elle semble soulagée.

     

    C’est bien ce qu’elle pensait !! Hikague est venu la ramener. C’est parfait. Ça fera les pieds à Maxime et peut-être que ça lui fera mal... 

    Après tout, il n’y a pas de raisons qu’elle soit la seule à souffrir. 

     

    — Alors mademoiselle, on veut devenir soldat maintenant ? Taquine Hikague en voyant l’adolescente se rapprocher.  

     

    Gênée, elle se gratte la tête, lui dire la langue, et évite son regard.

    — On fait tous des bêtises !!

     

    — Toi plus qu’une autre, hein !! se moque gentiment Hikague.

     — Peut-être oui !! rit la jeune fille. 

    — Tu te doutes de la raison de ma visite, je suppose ? Demande Hikague en redevenant sérieux. 

    — Oui, tu me ramènes ? Merci encore… Mais j’allais demander à Seto de le faire.. Tu m’as devancé en fait !!

     

    Hikague est surprit de voir que la jeune fille semble ravie de s’en aller d’ici. Il en reste cependant soulagé, car il se voyait déjà se disputer pour la trainer de force ! 

     

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    — Ce n’est pas l’heure de la pause. Lance froidement Seto à Maxime, qui passe rapidement à côté de lui, en le bousculant presque.

     

    — Oh ça va lâches moi, je reviens dans 2 minutes.

     

    Cherches pas petit con… Tu l’as perdue. Les gens comme toi finissent toujours seuls… Tu n’as que ce que tu mérites. Songe Seto, assez satisfait de ce qui arrive à cet adolescent prétentieux et imbu de lui-même.

     

    Arrivé à destination, le cœur de l’adolescent s’arrête soudain de battre devant la vision de Caroline qui discute, d’un air enjoué et serein, avec Hikague.

     

    — Tiens, un fils ! Lance Hikague pour saluer celui-ci. 

     

    Maxime ne répond rien, il se contente de fixer la jeune fille avec des yeux accusateurs.

     

    — Tu as de la chance que je sois un père cool, car tu mériterais que je te ramène à la maison ! Elle n’a rien à faire ici Caro et tu te doutais que sa grand-mère serait morte d’inquiétudes… Vous n’êtes que deux écervelés ! Gronde Hikague.

     — Ça se reproduira plus, répond tranquillement Caroline en dévisageant l’adolescent en face d’elle.

     — J’espère bien, car je ne vais pas faire le taxi tous les 4 matins, je vous préviens quand même au passage. 

     

     

    Musique, sudeki da ne

     

     

    Le regard de Maxime a désormais changé et Caroline peut désormais y lire une grande douleur. Sans doute voudrait-il le cacher, mais apparemment il n’y arrive pas.  

    Elle aurait presque envie de courir dans ses bras et tout lui pardonner, mais une petite voix lui rappelle sans cesse toutes les larmes qu’il lui a déjà fait verser… 

     Ne me laisse pas !!! Semble-t-il vouloir crier.

     

    Pitié, ne me laisse pas !! Tu as promis !!

    Tu… Tu m’as promis.. Tu m’as promis…

     

    — On y va. Dit soudain Hikague pour réveiller tout ce petit monde silencieux. Je n’ai pas que ça a faire moi.

     — Allons-y. Fait simplement Caroline en se tournant vers son taxi. 

     

    Elle ne veut pas lui céder, non. Cela serait trop facile sinon..

    Il suffirait de faire une mine désespérée pour tout se faire pardonner...

    Il doit subir les conséquences de ses actes, un peu.

     

     Hikague lui passe une main sur l’épaule et lance sa téléportation, sans dire un mot de plus.

     

    Et Maxime se retrouve là, seul et abandonné. 

     

    Seul…

     

    Alors qu’elle avait promis !!...

    Et qu’il lui a dit ce mot…

    Qui lui a presque arraché la gorge !

    C’était la première fois qu’il disait je t’aime à quelqu’un !!!

     

    Alors comment peut-elle oser le laisser comme ça, sans résister, presque avec le sourire aux lèvres ?!?

     

    De rage, de désespoir et de dépit, il en serre les poings et se retourne vivement pour revenir vers la zone d’entraînement.

     

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    Quelques heures plus tard, il fait maintenant bien sombre sur cette petite planète…

     

    … et comme à l’accoutumée, les soldats se détendent après une rude journée d’entraînement…

     

    Ryo rit et s’amuse de nouveau avec ses camarades, il semble de nouveau serein depuis que cette petite trainée a mit les voiles. Enfin non, il n’est pas serein, mais carrément heureux. Oui c’est ça. Heureux.

     

    Le bonheur des uns fait le malheur des autres, c’est bien connu…

    Et ce soir, Maxime comprend vraiment la signification de ce proverbe…

     

    Il se sent vide, inutile, haï.. Il ne sert à rien. Il a tout perdu. 

     

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    Dans son reflet, il ne voit désormais qu’un être méprisable, pourri, qui ne sert à rien et n’est aimé de personne…

    Une larme semble vouloir rouler le long de sa joue. Il la ravale immédiatement.

     

      Las de regarder ce reflet méprisable, Maxime se décide finalement à rejoindre les quartiers communs, où il entend des rires joyeux… 

    … ce qui le frustre terriblement et le fait préférer rapidement l’isolation à l’extérieur de la caserne, loin des regards....

    Loin de celui de Ryo, qui semble jubiler de cette situation…

     

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    Le voyant sortir de la caserne, Cloud se lève brusquement de son lit, posant précipitamment son livre par terre.

    Maxime peut parfois être pitoyable à certains moments, mais personne ne mérite de souffrir de la sorte et surtout, personne ne devrait  jamais rire du malheur d’autrui comme le fait Ryo actuellement.

     

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    — Il fait bon ce soir, tu ne trouves pas ? s’exclame Cloud en retrouvant Maxime, qui est plaqué contre le mur de la caserne, droit comme un piquet, immobile, les yeux dans le vague

     — Qu’est-ce que tu fous là ? répond froidement le rouquin.

     — Je prends le frais, comme toi. Ça ne se voit pas ? sourit le blondinet. 

     — Toi aussi tu penses que je suis une saloperie, hein ?

     — Elle n’a jamais pensé ça. J’en suis certain. Affirme Cloud d’une voix rassurante.

     — Fous-toi de ma gueule aussi !! S’agace Maxime en fixant un point imaginaire droit devant lui, pour ne pas offrir son regard a son interlocuteur.

    — Je ne me fous pas de toi, jamais je n’oserai… Souffle Cloud en se rapprochant.

     — Putain je suis un gros naze, se dépite Maxime, les mains sur la taille. — Elle était trop bien pour moi.. j’ai abusé… Je suis trop nul… J’ai tout gâché…

     — Non max, c’est elle qui a tout gâché. Corrige Cloud. C’est elle qui ne sait pas ce qu’elle perd…

     — Mais elle perd quoi ?? Ajoute Maxime. — Vas-y !! Dis-moi ce qu’elle perd !! À part un gros fils de pute ?!

     

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    — Ce qui me fait le plus mal, ajoute rapidement Maxime – c’est que je lui ai dit que je l’aimais. C’était la première fois de ma vie que je le disais a une fille… je ne sais pas ce qui m’a pris, normalement, les relations sérieuses c’est pas mon truc… je me sens humilié, c’est la première fois qu’on me largue…

     — Je comprends…

     — Tu as déjà dit « je t’aime » à une fille toi ?? Demande maxime en se triturant les doigts.

     — Non. Souffle Cloud, la gorge nouée. Décidément, parler de filles avec lui est douloureux..

     — Alors ne le fait jamais mec, car après, elles se sentent trop importantes !

     

    Il aimerait bien lui avouer que dire « je t’aime » à une fille est bien la dernière chose qu’il ferait au monde, mais il se contente de lui sourire gentiment.

     — Toutes des salopes quoi.. Toutes !!! Marmonne le rouquin.

     

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    — Hey, mais au fait ?? Fais soudain Maxime en faisant volte-face pour se retrouver face à face avec son interlocuteur. Tu peux me dire pourquoi je me fais chier avec elle ?? 

     — Pardon ? demande Cloud un peu surprit par ce revirement soudain de situation.

     — Non, mais attends, on lui dit je t’aime, et elle se casse comme ça, sans un mot, sans une explication, ce n’est pas la preuve que c’est une grosse pute ?? 

     

    Cloud se sent gêné et hésite a répondre, alors Maxime poursuit tout seul ;

    — Je ne vais pas me prendre la tête pour cette petite conne. J’ai toujours eu tous les culs que je voulais et ce n’est pas maintenant que ça va changer !!  

     — Ah.. Arrive enfin à prononcer Cloud, complément abasourdi par cette capacité de se ressaisir dont son camarade fait preuve.

     — Poubelle caro, poubelle !! Je l’emmerde !! lance-t-il en faisant un geste de main pour signifier un ras-le-bol.

     — Tu te remets vite, ça fait plaisir à voir. Se contente d’ajouter Cloud. 

     

    019

     

    — Et comment que je me remets vite !! Non, mais attends, je ne sais pas pourquoi est ce que je déprimais, elle m’a sans doute un peu tourné la tête, mais le vrai Max revient !! Et je te jure mec que le vrai Max, ce n’est pas une lopette !! 

     — Je n’en doute pas… Sourit Cloud, trop surprit pour formuler des phrases complètes.  

    — Tu nous téléportes sur terre ? Je vais te présenter des copines, des canons !! Te jures, sur la vie de ma mère, elles sont bonnes, dedieu !! On va les inviter en boîte, et on va tirer nos coups comme des bêtes !!!

     — N.. Non ça ira pour moi… Mais si tu veux je t’apprends a te téléporter, parce que moi… Ce n’est pas mon trip ça… Bafouille Cloud, terriblement gênée.

     — Genre tu es un romantique ? se moque Maxime. 

     — Oui voilà, c’est ça… Sourit Cloud. Alors je t’apprends la téléportation… Tu feras ce que tu veux..

     — Ça craint, j’ai l’impression d’être le seul Eternien qui ne sait pas faire ça, non ? Rit Maxime.

     — Oui je crois bien que tu es le seul....

     — Même mon frangin sait le faire… La honte quoi. Allez apprends moi !! Apprends-moi vite !! s’exclame-t-il, désormais enjoué. — T’as des capotes au fait ???

     — Des quoi ? demande Cloud.

     — Capotes. Préservatifs. Une protection quoi ! Le truc pour ne pas les engrosser quand tu ne veux pas ! Vous n’avez pas ça ici ?? 

    — Je ne vois pas trop de quoi tu veux parler… Non ici je crois qu’on n’a pas de « protections » comme tu dis. En fait si on veut faire un enfant, elle tombera enceinte, et si on ne le veut pas, ça ne se produira pas…

     — Ah ouais elle est géniale parfois votre planète zarb ! s’exclame le rouquin. 

     — Allez, arrêtes de parler et écoute-moi, que je t’apprenne à te téléporter… L’interrompt Cloud pour le faire arrêter de débiter des âneries d’adolescents…

     

    019

     

    Et évidemment, la conséquence directe de l’apprentissage de Cloud est que, moins d’une heure plus tard, Maxime se téléporte, seul, devant une maison qui semble des plus modernes…

     

    Sans hésiter, il commence à grimper le grand escalier qui mène à la demeure puis une fois arrivé en haut, il sonne.

       Il est 4 heures du matin sur terre, mais il sonne.

     C’est une couche-tard, il le sait.

     Il la connait bien.

     

    019

     

    — J’arrive ! Fait enfin une voix fluette, possédée par une silhouette féminine qui se dirige vers l’entrée de la bâtisse…  — Maxime ! S’exclame-t-elle ensuite dès qu’elle a reconnu un vieil ami, et presque amant...

     — Ma beauté !! T’as pas changé ! Toujours aussi bonne ! Lance le rouquin pour flatter sa future proie. 

     — T’as vu l’heure ?

     — Oooh, j’ai déjà débarqué à des heures plus tardives que ça ma belle !

     — Oui, mais… C’était avant ! proteste la brunette.

     — Avant quoi ? murmure Maxime en se rapprochant sensuellement pour lui attraper les mains, tout en la dévorant du regard. 

     

    019

     

    — Avant Micka… Marmonne Natasha, un peu gênée par le regard que Maxime porte sur sa poitrine… 

     — Oh ? Vous êtes ensemble ? Se renseigne Maxime.

     — Depuis la soirée chez toi, oui. Et je n’ai pas envie que tu foutes tout en l’air !! Alors, éloigne-toi petit diable. Lui sourit-elle.

     — Pffft, mais c’est pas un bon coup Micka ! c’est sur moi que tu fantasmais !

     — Tu fais bien de parler au passé, car j’aime Micka ! On est bien ensemble et c’est pas ta belle gueule qui me fera changer d’avis. Affirme-t-elle en riant presque, avant de sentir un frisson la parcourir, car les mains de Maxime viennent de se poser sur ses fesses...

     — Arrête ça tout de suite max. Marmonne-t-elle en le repoussant doucement. — Va voir Mirabelle, tu sais qu’elle pense encore à toi..

     — Elle est trop laide Mirabelle.... Dit-il doucement, sur un ton glacial.

     

    019

     

     Musique, Das tier in mir

     

    D’un bon, la jeune fille se recule pour l’empêcher de caresser aussi vulgairement son anatomie…

    —  Max tu me saoules maintenant, va t’en s’il-te plaît. Il est tard. 

     — Et si je n’ai pas envie ? 

     — Max, tu deviens lourd là.. Va-t’en !

     — Non. Je vais te montrer que Micka est mauvais… Murmure-t-il en se rapprochant à nouveau... 

     — Et si je n’ai pas envie ? se moque Natasha. Je n’ai pas envie de toi max ! Alors maintenant, va-t’en !

     — Ne me cherche pas… Jusqu’à maintenant j’ai été gentil, mais je peux te traiter comme tu le mérites si tu continues à faire ta mijaurée…

     

     Agacée, la jeune fille pose sa main sur le torse de son ami et tente de le pousser en arrière doucement, pour lui faire comprendre la localisation de la sortie....

    — Au revoir Max... 

     — Ne refais plus jamais sa petite conne… Murmure-t-il en revenant vers elle pour la toiser d’un regard sombre et cruel. 

     

    C’est maintenant que la jeune fille commence à réellement avoir peur…

    — M.. Max.. Tu es normal là ? Tu as bu ?...Bafouille-t-elle en commençant à trembler...

     

    Pour unique réponse, il l’attrape par la taille et la ramène vers lui de force, pour attraper sa ceinture de cuir noir et la dégrafer de force, avant de la jeter vivement au sol.

     — M.. Max !! Qu’est-ce que tu fais, panique désormais la jeune fille. — Tu es malade ! Ne me touche pas ! Micka va te tuer ! Tu.. Tu as bu !! J’en suis sûre !!! Tu n’es pas notre Ma…

    Elle ne peut finir sa phrase, la main de son agresseur vient l’empêcher de parler davantage.

     

    Avec violence, il lui attrape ensuite son pull-over et le lui retire ; avec difficulté, car la jeune fille se débat désormais.

     

     — Arrête, Maxime arrête !! Je t’en prie !! Arrêtes, crie-t-elle en se débattant de plus belles, alors que cela ne sert a rien, face a lui elle n’a pas la moindre chance..

     

     Mais il se fiche totalement de ses revendications et s’occupe désormais de dégrafer avec hâte son ridicule petit Jean moulant qu’il a toujours trouvé très moche et qu’il envoie vivement balader a quelques mètres…

     

    Une fois entièrement en sous-vêtements contre lui, il lui glisse un doigt dans son intimité, comme pour lui annoncer la couleur des évènements futurs....

     

    De nouveau elle tente de le repousser violemment, s’aidant de ses deux bras et mains, voir pieds, jambes, mais soit il est désormais très fort, soit c’est elle qui est terriblement faible, car elle se sent totalement impuissante dans son emprise et malgré tout ses efforts il la maîtrise parfaitement et la retourne même brusquement, la tenant dos a lui…

     

    Une peur panique saisit soudain la jeune fille ; il n’oserait tout de même pas ?

     

    Après avoir baissé sa braguette d’un mouvement vif, il l’attrape fermement et la pénètre violemment.

     

     Elle en hurle de douleur et terreur ; de sa main, il étouffe ses cris sans attendre. 

     

     Des larmes dégringolent le long des joues de l’adolescente et du sang le long de ses cuisses, qui s’arquent de force à cause des pénétrations brutales de Maxime.

     

    — M.. Max.. Je t’en prie… Gémit la jeune fille, entre deux sanglots et cris de douleur étouffés. — Pitié...

     — La ferme. Murmure-t-il en accélérant ses vas et viens.  

     

    019

     

    Quinze minutes plus tard, Maxime se retire d’un coup sec, en murmurant d’une voix glaciale,

    — Quand je dis qu’une nana est bonne, j’ai toujours raison ! Et là encore, je ne me suis pas trompé…

     

    La jeune fille souillée n’a pas la force de lui répondre. Elle est au bord de la perte de conscience et ne réalise pas ce qui vient de lui arriver…

     

    — Au revoir.. souffle Maxime en riant cyniquement, avant de se téléporter...

     

    Il est parti… Enfin.. Il est parti…


  • 020

    020

     

    Lentement, elle réalise ce qui s’est réellement passé. 

     Son ami Maxime est venu chez elle et l’a violé brutalement. 

     Pour ensuite repartir en riant froidement.

    Elle aimerait que tout ceci ne soit qu’un mauvais rêve, mais les douleurs qu’elle ressent entre les jambes lui affirment que tout est bien réel..

    Maxime l’a violé.

    Maxime Daemon… l’a.... Violée.  

    Tremblante, elle fait quelques pas en avant, elle titube, avance avec difficultés ; le monde vient de s’effondrer sous ses pieds… elle ne comprend pas ce qui vient de lui arriver.

     

    Pourquoi ?

     

    Elle s’est fait violer, traiter comme une moins que rien.. Un vulgaire objet sexuel…

    Par quelqu’un qu’elle respectait énormément. Un ami, probable amant, mais avant tout, allié sincère. Comment aurait-elle pu s’imaginer que lui...

    Que lui, pourrait lui faire subir une chose pareille ?!?

     

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    Et comment arrivera-t-elle à vivre après cette agression ? 

    Que verra-t-elle désormais dans tous les miroirs qui croiseront son chemin...?

     

    Le reflet d’une femme détruite… Le reflet d’une femme souillée…

    Le reflet d’une chose, d’un objet honteux… 

     

    Elle ne saura pas s’en remettre, elle ne veut pas vivre un jour de plus

    Elle ne saura plus croiser le regard de Mickaël

    Elle ne pourra plus accepter que ses doigts se posent sur elle

    À cette pensée, elle en frissonne d’effroi

     

    Désespérée, les mains tremblantes, elle ouvre brusquement l’un des tiroirs de la cuisine pour en sortir le couteau le plus aiguisé.

     

    C’est sans l’ombre d’une hésitation qu’elle l’utilise pour se donner un coup vif dans la gorge.

     

    Elle ne veut pas vivre une journée de plus.

    Non.

    Impossible.

     

    Son sang lui dégouline rapidement le long du cou, se frayant un chemin entre ses seins, puis le long de ses cuisses…

     

     Elle ferme les yeux pour se remémorer les plus beaux souvenirs de son existence…

    Elle est désolée pour tous ceux qu’elle laisse derrière elle…

     

    Mais elle ne veut plus vivre une journée de plus…

    Perdant énormément de sang, elle commence à perdre connaissance…

     

    020

     

    Sans attendre, elle s’abaisse vers le carrelage glacé, puis s’y allonge lentement.

    Elle ferme ensuite les yeux pour se laisser emporter par cette douce brume qui ne semble qui lui vouloir du bien. Bientôt, elle s’endormira et ne souffrira plus jamais…

     

    Bientôt, cela sera le néant… 

    L’endroit où l’on ne ressent plus rien, l’endroit où l’on ne sait plus rien…  

     

    020

     

    Le lendemain, c’est un sombre samedi d’Automne qui se lève sur les petites maisons voisines. Il commence à faire froid, l’hiver approche et ça se sent, ce qui est déprimant à remarquer pour les habitants du coin. Bientôt il leur faudra se remettre aux manteaux et aux parkas, pendant un peu plus de trois mois…

     

    Mais ce n’est pas à cause du temps qui se gâche que Caroline descend l’escalier en soupirant de lassitude. 

    En effet, l’idée de retrouver ce train-train quotidien la fait grimacer de dépit : le réveil, le Nesquick avec Mémé, l’après-midi avec Aaron… 

    Elle trouvait beaucoup plus entraînant de se réveiller aux aurores pour aller frapper ce maudit sac de sable, car là, elle avait l’impression d’avoir un but… Une raison de se lever…

     … Différente de celle de toutes les adolescentes banales de 15 ans…

     

    020

     

    — Bonjour mamie ! Fait l’adolescente avec un faux air enjoué. — Bien dormi ? 

    — Ah bonjour toi. Sourit Sally. J’ai dormi comme une pierre ! Et toi ? Ça va ? Tu ne m’en veux pas trop ? ajoute-t-elle ensuite avec un petit pincement au cœur. 

     

    Oui c’est sûr qu’elle doit lui en vouloir, se dit-elle.

    Elle a abandonné le garçon qu’elle aime pour revenir et doit en souffrir…

     

    — Ce serait plutôt à moi de te demander ça non ? répond l’adolescente en arrivant vers sa grand-mère. — C’est moi qui suis partie comme une voleuse…

     — Mais non ma chérie… La rassure immédiatement Sally. 

    — Sisi, je n’ai pas pensé à toi sur le coup, c’était vraiment égoïste… Je m’excuse !! Tu me pardonnes dis ? Je recommencerai plus ! Promis ! Promis ! Promis !

     — Il n’y a pas de mal ma chérie, je savais où tu étais… Sur la planète d’Hikague, avec Maxime.. Comment veux-tu que je m’inquiète ? Sourit la vieille femme, avant de poursuivre d’une voix plus sombre, — j’espère juste que tu ne regrettes pas d’être revenue… Maxime te manque, n’est-ce pas ? Et il te manquera encore plus au fil des jours… C’est ce qui me fait le plus peur… conclue-t-elle avec un long soupir.

     

    020

     

    — Si je te dis qu’il ne me manque pas, ce serait un énorme mensonge.... Mais j’ai appris a le connaître un peu plus là-bas, et j’ai découvert un nouveau Maxime avec un comportement qui m’agace et m’insupporte…

     — Mais tu l’aimes.

     — Oui… Mais je vais l’oublier !

     — Avec Aaron ? Taquine Sally.

     — Mamie !!! Se défend la jeune fille en devenant écarlate de honte. Y’a pas que les Daemon sur terre ! 

     — Non c’est sûr, mais Aaron est tellement chou, rit la vieille femme. 

     — Mamie !! Arrête ça tout de suite ! Et puis d’ailleurs, je vais rester célibataire, car comme on dit, vaut mieux être seul que mal accompagné !

     

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    Peu après, et après avoir englouti son bol de Nesquik, et parce qu’elle commence a s’ennuyer terriblement, Caroline décide d’aller saluer son vieil ami, son voisin, son ami d’enfance… 

    Elle se dirige donc d’un pas lent vers cette maison qu’elle connaît si bien, jusqu’à ce qu’elle s’arrête brusquement devant la scène que lui dévoilent ses yeux…

     ...et à laquelle elle ne s’attendait pas du tout !  

    Mais après réflexion, elle se dit rapidement qu’il n’y a pas vraiment grand-chose d’étonnant à ça... Même si cette vision la perturbe un peu…

     

     — Hey !! lance-t-elle d’une voix enjouée, en continuant son chemin vers son ami. — Ça va p’tit roux ??

     

    020

     

    Mais celui-ci semble tellement occupé avec… ? Zut ! Elle ne voit pas son visage. 

    Elle doit la connaître, forcément. Elle connaît tous les amis d’Aaron !

     

    — Vive le vent, vive le vent ! Tu pourrais dire bonjour espèce de mal poli ! Ça fait tout de même deux jours que tu ne m’as pas vue ! Taquine-t-elle en essayant de replacer un prénom sur cette brunette qui semble ravie de partager sa salive avec le jeune Daemon...

     

    À force de se rapprocher, Caroline reconnaît enfin le visage de l’une de ses camarades de classe..

     

    Anne Taylor ! 15 ans, une fille assez sérieuse en cours, voir très. le genre de filles sans problèmes ni chichis… elle ne pourra en dire plus que la brunette, car Anne ne fait pas vraiment partie de son cercle de connaissances…

     

    En fait, aucune fille n’en fait réellement partie… réalise-t-elle soudain.. 

    À part les Daemon.. Qui fréquente-t-elle régulièrement ?

     

    020

     

    — Salut Caroline ! fait soudain Anne en se décollant d’Aaron. — Ça va ?

     — Oui, oui. Et toi ? Enfin.. Et vous ! Répond la concernée.

     — Qu’est-ce que tu fous là ? Demande Aaron sur un ton assez froid, agacé d’avoir été interrompu dans sa délicieuse activité.

     — Sympa… Soupire Caroline. — Je passais te dire bonjour, mais vu que je dérange, je me casse....  

    — Maxime t’as jeté ? se moque Aaron sans vraiment savoir pourquoi : c’est sorti tout seul, et c’est une fois que sa phrase a été entièrement débitée qu’il réalise sa cruauté. 

     

    Caroline ne répond rien, car elle est déjà sur le chemin du retour, en accélérant ses pas.

     Quel con.. Quel con.. Quel con !!  

    Décidément, entre les deux frères.. Il n’y’en a pas un pour rattraper l’autre… songe-t-elle avec douleur.

     

    020

     

    Quelques heures plus tard, c’est l’heure du diner…

     — Avant de manger, pensez à faire une prière pour cette pauvre fille… Souffle Hikague, la gorge encore nouée d’avoir apprit, il y a moins d’une heure, aux informations, puis à nouveau par le célèbre bouche-à-oreille, le suicide d’une adolescente qu’ils connaissent assez bien…

     

    020

     

    — C’est monstrueux, tout simplement… J’espère que ce salaud sera vite identifié par les tests d’ADN et qu’il finira sa vie en prison… C’est monstrueux… On l’aurait en face de nous je pense que je le tuerai sur place… Ajoute Evy en tremblant de rage.

     

    Elle ne digère pas d’avoir appris que cette petite brunette, si sympathique, qui venait régulièrement chez eux, s’est fait violer par une ordure de la pire espèce… 

     

    — Eh oui il y’a des enflures sur terre… Poursuit Hikague. — Tu vois, chez nous, les types comme ça sont abattus sans préavis.... Nous on chipote pas avec des êtres pareils...  Vous êtes tellement compliqués sur terre que ces salauds n’ont peur de rien et se comportent comme des animaux… 

    — Oui chéri, Eternia c’est super, c’est mille fois mieux que la terre et un Eternien vaux a lui seul, 100 humains… Soupire Evy pour taquiner son mari, trop fier de sa patrie.

     — Pfft ! rétorque Hikague, un peu vexé. — Tiens ! Au fait, Aaron ! Tu es allé voir Caro ? Elle est revenue, si tu n’es pas courant… Apprend-il pour changer de conversation.

     

    020

     

    — Oui.. Je.. Suis… au… courant… répond Aaron, un peu gêné. 

     

    Il faut qu’il aille la voir pour s’excuser d’avoir été aussi nul et cruel.. Il ne sait pas ce qu’il s’est passé entre elle et son frère, mais si elle s’est vraiment fait jeter, elle doit en souffrir terriblement…

     

    — Ça m’a surprit que Caro accepte de rentrer si facilement. Elle m’a presque demandé de la ramener ! Moi qui pensais que j’allais me battre avec pour la traîner de force… informe Hikague.

     — Ils se sont peut-être disputés. Maxime n’est pas spécialement facile à vivre, alors ça ne m’étonnerait pas. répond simplement Evy.

     

    S’ils se sont disputés, ça pourrait bien arranger ses affaires, se met à songer Aaron. Cependant, il ne faut pas oublier Anne, qui est très sympa et vraiment très jolie… 

    Non. Il faut vraiment qu’il arrête de penser à Caroline. Ça serait ridicule de ruiner une chouette relation avec une fille géniale, pour un amour impossible et à sens unique. 

     

    020

     

    Après un rapide petit diner et débarrassé hâtivement la table, Caroline s’éclipse au premier.

      Du rez-de-chaussée, Sally perçoit des sons de piano et se dirige rapidement au premier, attirée tel un aimant par ces notes délicates…

     

    — Ça fait longtemps que tu n’as pas joué ce morceau ! affirme-t-elle en rejoignant sa petite fille. 

     — C.. C’est vrai.. répond l’adolescente d’une voix faible.

     — Caro.... ça va ? demande immédiatement la vieille femme, inquiète. 

    — Si ça va… enfin non.. Mais je vais m’en remettre. Laisse-moi du temps… se contente de répondre l’adolescente, les yeux trempés de larmes. — Je ne peux pas l’oublier comme ça, en claquant des doigts.. J’aimerai bien, mais apparemment je tiens a lui plus que je ne le pensais… 

     — Mais va le voir un peu… Propose Sally. Pourquoi est-ce que tu ne demanderais pas à Evy de t’apprendre son invocation de téléportation ? Tu sais qu’elle sait aller sur Eternia elle… Avec ça, tu pourrais aller le voir quand tu veux… 

     — Je ne sais pas mamie… je ne sais pas si c’est à moi de faire le premier pas… Lui aussi il pourrait apprendre la téléportation et venir ici… Aaron sait bien le faire… 

     — C’est sur qu’il pourrait faire le premier pas… Poursuit Sally. 

    — Je suis partie comme une voleuse mamie.. J’ai été méchante. Il doit m’en vouloir terriblement… je pense même qu’il me déteste à l’heure qu’il est…

     — Tous les couples se font des coups vaches mutuellement ma chérie. Il a dû te pousser à bout…

     — Je le connais… Il doit être furieux…

     — Moi je pense que non. Contredit Sally. Apprend la téléportation avec Evy et va t'expliquer avec lui. 

     — Tu me dis presque de retourner sur Eternia. Ça ne te fait rien ? s’étonne la jeune fille.

     — Si tu vas le voir et que tu reviens, il n’y a pas de soucis ma chérie…

     — D’accord, je vais voir.... conclut l’adolescente avant de se lever de son piano pour rejoindre la salle de bain, afin de se laver le visage et admirer la tête pitoyable qu’elle peut avoir, quand elle est malheureuse.

     

    020

     

    Deux jours plus tard, c’est lors d’une cérémonie silencieuse et glaciale que les obsèques de la jeune Natasha ont lieu, en présence de sa famille et de certains amis… 

    Personne ne parle. Personne ne pleure. Tous écoutent sagement le discours prononcé par le prêtre, chargé d’accompagner la jeune fille au cours de son dernier voyage…

     Un discours banal… Où il leur dit qu’elle sera heureuse désormais.. Et que là où elle est désormais, elle ne connaîtra plus jamais la souffrance… 

    Foutaise ! songent certains intérieurement. Car la ou elle est, c’est le néant. Le vide. Le rien du tout. Alors oui elle ne pourra plus jamais connaître la souffrance, en effet, vu qu’elle ne connaîtra plus jamais rien ! 

    Pourquoi est-ce que ces maudits prêtres essaient-ils toujours de vous faire croire n’importe quoi, quand vous souffrez déjà terriblement ? À croire qu’ils sont réellement sadiques…

     

    020

     

    Mickaël a l’air calme. Le regard vide, il se contente de fixer un point imaginaire, au loin, dans l’horizon.  

    Il a beaucoup pleuré, sans doute trop. Peut-être n’a-t-il plus de larmes en réserve. Peut-être les garde-t-il précieusement pour les verser lorsqu’il sera seul…  

    Le décès de sa petite amie est déjà difficile à supporter, mais savoir en plus que celle-ci s’est fait violer et qu’il ne connaît pas encore l’identité du coupable…

     Une chose est sûre : lorsqu’il le saura, il le tuera. De ses propres mains.

    Quitte à finir ses jours en prison. Il s’en fait la promesse. Il la vengera !

     

    020

     

    Pour certains, cet enterrement est encore plus douloureux, car il en rappelle un autre…

     Celui où ils les ont enterrés… 

     Mais ça évidemment, la nouvelle génération l’ignore. Eux, ils pleurent Natasha, et uniquement elle… 

     À bout, car il ne supporte plus de rester dans ce cimetière, Hikague prend l’initiative de s’éloigner du groupe. Il n’a pas le courage d’Evy pour rester face à ces tombes. Certes ce ne sont pas les leurs, car eux sont dans un autre petit cimetière, mais cette vision reste tout de même insoutenable pour le souverain d’Eternia, qui a trop perdu lors de la grande bataille contre le Chojin..

     

    020

     

    Deux minutes plus tard, Evy part à la recherche de son époux, qui s’est éclipsé a quelques mètres à l’extérieur…

     

     Elle sait pourquoi… Trop de souvenirs ont dû le submerger et il veut éviter d’avoir les larmes aux yeux en public…

      — Chéri ? Ça va ? demande-t-elle tendrement en arrivant vers lui.

     — Non. Répond-il immédiatement. — Comment est-ce que tu voudrais que ça aille, alors qu’on enterre encore des gens ?

     — Hikague.... 

     — J’en ai marre Evy ! J’en peux plus d’enterrer des proches. Je le supporte plus.

      — Je ne sais pas quoi  te répondre, balbutie Evy… 

     — Je le tuerai ce salaud. Attends seulement qu’il soit découvert et je le bute. Je te le jure, sur ma vie ! 

     — Mon chéri…

     — Je le téléporterai sur Eternia et je le buterai là-bas. Poursuit-il froidement. Comme ça il subira la justice Eternienne...  Parce qu’ici, il prendra quoi… vingt misérables années… logé, nourrit, blanchit… puis il sortira et ira recommencer… Non. J’en fais le serment, lui, là, ce chien qui a osé faire ça, a une pauvre fille innocente, il ne subira pas que la justice pitoyable de votre planète… Conclue-t-il d’une voix glaciale et déterminée.