• 007

    Pendant que Jun se prépare à partir pour une nouvelle planète, deux autres adolescents se réchauffent au coin d’un feu, dans une autre tout autre ambiance... 

    007

       Arkan et Evaï sont désormais, sur Balkania.

    Il fait nuit, plutôt froid, et ce petit feu de camp qu’ils ont monté est la bienvenue.

    007 

    L’ambiance est assez morose à cause de la tête d’enterrement qu'affiche Evaï depuis quelques heures ; elle semble lasse de ce voyage ridicule qui n'a pour but que de trouver quelqu'un qui se fichait sans aucun doute d'elle. 

    — On va le trouver, t’en fais pas... tente Arkan pour la rassurer, pensant que cela suffirait.

     — Je ne sais même pas si j’ai envie de le revoir.. Marmonne difficilement Evaï en déglutissant péniblement — je lui en veux tellement... comment a-t-il pu me laisser comme ça ?

     — Il ne l'a pas fait contre toi, j'en suis sur... C’était sur un coup de tête... Tu sais bien que Jun il veut toujours aider tout le monde...

    — Ça me gonfle ça. Il se prend pour qui à jouer le bon samaritain ? Ça me gonfle.. Ca m'énerve à un point, t’as même pas idée !!! 

    — Elle est moche cette planète, soupire Arkan pour changer de sujet. Il déteste que l'on critique son frère de coeur. 

    — Qu’est-ce que je fous sur une planète moche... continue de râler Evaï en monologue — qu’est-ce que je fous là a me geler les miches... Tout ça pour un type qui s’en fiche de moi !!!

     — Arrête, tu deviens idiote, l’arrête Arkan en haussant les épaules.

    — Moi idiote ?? Moi idiote ?? Ben ça c’est la meilleure, se vexe Evaï en le fusillant du regard.

    007

     

    — Oui, t’es idiote quand tu dis que Jun se fiche de toi, insiste l’adolescent — car tu sais que c’est faux.

     

    Et il a raison.. Evaï songe bien au fond d'elle-même qu'elle se trompe.

     

    — Si jamais on découvre qu’il se tape une blonde aux yeux bleus, marmonne-t-elle à nouveau, — je t’arrache les yeux mon chou... Parce que tu m’auras fait espérer pour rien ! 

     

     

     

    *

     

     

     

    007

    Pendant ce temps, Jun découvre Octavia.

    À première vue, cette planète est assez banales et le jeune homme pense être arrivé devant ce qui à l'air d'être un centre commercial.

      

    C’est parfait, songe-t-il plutôt satisfait.

    Un tel lieu public doit regorger d’individus.

      

    L’endroit n’a rien d’extraordinaire et plus ça va, plus il se demande ce qui peut bien différencier les différentes races de l’univers, à part le physique.

     Ils sont tous égaux... Identiques, au fond.
     

    Son regard se promène vers certains personnages ; deux jeunes gens, amants ou amis, assis sur un banc en train discuter.

    Leurs traits de visages sont différents, ils n’ont pas l’air d’être de la même race. 

    Zorétapo et Enkeli ne lui ont pas menti ; cette planète abrite bien des dizaines de peuples différents. 

    Assis à une table, à côté d’un grill à hot-dogs, un couple semble se détendre aussi.

    Ils ont une apparence que Jun n’a encore jamais vue, il ignore donc tout de leur planète à eux, mais soit, il s’en fiche vu qu’ils ne possèdent pas exactement les marques qu’il recherche.

    007 

     Fatigué, il décide de s’autoriser une pause sur un des bancs de l’endroit, pour souffler et réfléchir. 

     Deux regard le fixent  désormais d'une étrange façon ; le jeune couple désormais assis sur le banc d'en face.

    La femme du duo à l'air plus suspicieuse que son compagnon. Elle l’a évidemment reconnu, ce grand châtain ! Il s'agit du prince d’Eternia !

    Immédiatement, elle a fait passé l’information à son interlocuteur, dans une langue que Jun ne peut comprendre.

    L’alerte doit être donnée et l'homme du couple, celui à la peau grisée s'en charge au plus vite ! 

    Les Eterniens ne sont pas les bienvenus ici... Qu’ils aillent faire les beaux ailleurs, mais pas chez eux !

    En cas de troubles, de perturbations ou d’attaque, il faut composer un numéro d'urgence sur Octavia ; il a pour but de faire accourir un ou plusieurs soldats qui viendront aussitôt éliminer la menace.

    Et aujourd’hui la cible à faire dégager, c’est Jun, l'un des princes de cette planète détestée.

    Cet adolescent qui ne se doute de rien et qui se pose aussi sereinement sur l'un des bancs, à côté d’eux ! Non, mais pour qui se prend-il... !!! Ces Eterniens sont décidément sans gêne !

    007

    Moins de cinq minutes plus tard, une présence apparaît sur la droite du jeune intrus ; perdu dans ses pensées, le concerné ne la remarque que lorsqu’il aperçoit une forme masculine se dessiner plus en détail.

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    Ami ? Ennemi ?  

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    Octavien ou étranger ?

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    Ce sont les seules questions qu’il va avoir le temps de se poser, avant de ressentir une vive douleur en plein visage ; l’homme vient de le frapper brusquement et il n’a rien eu le temps de voir venir.

     C’était la dernière chose a laquelle alors qu’il chute lourdement sur le sol, en perdant connaissance.

    Une chose est sûre, ce ne sont pas vraiment dans ces conditions que Jun pensait découvrir le palais d’Octavia un jour.

    007 

    Il est désormais enchaîné, toujours à moitié inconscient, au fond de ce qui semble être une cellule.

    007 

    Sa vue se trouble lorsqu’il essaie de cligner des yeux pour distinguer la présence qu’il ressent en face de lui ; il a encore un peu mal aux côtes et au visage ; il en conclut donc qu’il a été battu.


  • 008

    La porte du cachot s’ouvre brusquement et une nouvelle pénétre dans la pièce en piaillant ;

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    — Yo ! Denzel ! Quel innocent es-tu en train de torturer encore ??

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    La réplique est prononcée de façon ironique. On sent que cette personne s'adresse icià un ami qu'elle apprécie et avec qui elle se permet quelques familiarités.

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     — La pêche a été bonne aujourd’hui Isis ! Regarde-moi ce que j’ai choppé en ville ! s'exclame le fameux Denzel à sa désormais interlocutrice,

    — C’est... commence la jeune fille avant de faire un bond en arrière, pour se préparer à hurler sur son camarade ;

    008 

    — ESPÈCE DE MALADE MENTAL !!! J’y crois pas ! C’est le prince d’Eternia que t’as massacré là !!

    — Ben oui.. Balbutie Denzel, un peu perturbé par la réaction de son amie ; lui qui pensait être félicité...

    008

    — Mais que tu es con ! Mais que tu es con ! L’insulte violemment Isis, — tu veux nous nous mettre Eternia à dos c’est ça ?? Putain, mais j’y crois pas, t’es assez con pour tenter de déclencher une guerre avec cette nation de brutes épaisses !! C’est toi qu’il faudrait enfermer et torturer dans ce cachot !! Ça te remettrait peut-être les idées en place !!

    — Mais Isis... tente honteusement Denzel — ils n’ont aucun moyen de savoir qu’il est ici alors ils nous attaqueront pas... 

    008

    — Abruti ! Parce que tu crois que ses proches vont pas le chercher ?? Putain de bordel de merde, t’es trop con décidément ! 

    — Mais Isis... 

    — LIBÈRE-LE TOUT DE SUITE ! On va le soigner et tenter de faire passer la pilule, c’est la dernière chose qu’on peut faire pour pas qu’il se plaigne à son crétin d’oncle ! 

    Penaud, et en silence, le soldat octavien obéit et part détacher les menottes du jeune prince d’Eternia. 

    008

    — Je vais le dire a Keichi ça, marmonne Isis, encore furieuse, — et crois-moi, il va pas te louper ! C’est une faute grave qui pourrait coûter cher au royaume ça ! 

     

     

    *

     

     

    Dix minutes plus tard, Jun est emmené dans une pièce à la décoration plutôt sobre ; une chambre ; et sa lèvre ensanglantée a été désinfectée.

     Seul son œil au beurre noir peut encore prouver qu’il a été frappé récemment et Isis le remarque rapidement en ne manquant pas d’incendier à nouveau son ami.

    — Crétin, tu l'as vraiment amoché ! 

    008

    — On le garde ici jusqu’à ce qu’il soit guéri et après on le libère ?? Propose Denzel pour amadouer la demoiselle et princesse d’Octavia. 

    008

    Désormais requinqué, Jun commence à émerger doucement de son état comateux et sa vue s’éclaircit peu à peu.

    La première chose qu’il remarque est évidemment cette tenue des plus affriolantes que la jeune fille porte ; des seins à moitié nus ainsi qu'une mini-jupe terriblement courte..

    Et en haut.. Ce visage.... Qu'il reconnait !

    N’y croyant pas encore, il écarquille et cligne des yeux, affichant un air surprit.

    Elle ? Sa demoiselle de la peinture ?

    — Bon je te laisse, je vais voir si Keichi a besoin de moi. Fais Denzel en sortant rapidement de la pièce ; vu la bêtise qu’il a faite avec le prince d’Eternia, il juge bon de disparaître de la vue de son amie qui a décidément bien l’intention de lui rappeler sans cesse a quel point il est inutile et bon a rien. 

    — C’est ça ! Casse-toi boulet ! Le cingle-t-elle méchamment pour lui faire accélérer le pas. 

    008

    Maintenant seuls a seuls, Jun continue de cligner des yeux pour s’assurer qu’il est bel et bien éveillé et non endormi.

    — Écoutez, lui soupire Isis, — on vous a soigné soignés, on a été sympas et tout, alors en retour vous êtes sympa aussi et vous gardez cette petite bavure pour vous ? Vous savez, on aime bien Eternia et on a pas envie d'embrouilles...

    — Je t’ai enfin retrouvé... se contente de lui sourire Jun, sans faire attention à tout ce qu’elle vient de lui débiter.

    — De quoi ? Lui répond-elle un peu perplexe. — Qu’est-ce que vous me bavez ?

    Cette phrase réduit Jun au silence ; le silence de l’incompréhension.

    Elle est bien trop différente de la nymphe de ses rêves... 

    008

    — Je pense que cet idiot vous a frappé trop fort sur le ciboulot, ça a dû vous mélanger un peu les neurones majesté.. Reprend-elle ironiquement, — hey au fait, comment vous appelez-vous ? Moi c’est Isis !

    — Jun.. Réussit-il à marmonner en baissant les yeux, l’air déçu.

    Ce n’est vraiment pas elle.

    La jeune fille de ses rêves était une nymphe gracieuse, délicate et charmante.

    Et non une fille mal élevée et vulgaire qui n’a de féminin que des formes délicieuses, il doit bien l'avouer...

    — On va faire un truc, majesté, reprend la jeune princesse, — vous restez ici jusqu’à ce que votre œil au beurre noir soit parti, comme ça, on garde toute cette histoire débile pour nous ! D’accord ? Ça roule ?

    Jun meurt d’envie de lui répondre qu’il se fiche de son œil comme de l’an quarante et qu’il n’a jamais eu l’intention d’aller chouiner chez son oncle, mais il va tenter de rester aimable en souriant simplement ;

    — D’accord, ça marche.

    De toute façon, il n’avait pas prévu de rentrer sur Eternia dès aujourd’hui alors il peut bien se permettre de rester un peu ici...

    Il faut qu’il en découvre plus sur cette jeune fille à l'éducation douteuse ; il faut qu’il comprenne pourquoi elle est physiquement identique à sa nymphe...


  • 009

    Pendant ce temps, deux amis se détendent dans ce que l'on peut appeler, un salon de thé.

     009

    — Une tasse et on s'en va, prévient Evaï pour rappeler à Arkan qu’ils ne sont pas là pour faire du tourisme, mais pour rechercher Jun !  

    — Oui oui, acquiesce l’adolescent avant d'ajouter, — mais il faut bien qu’on découvre les coutumes des planètes qu’on visite ! Sinon notre voyage aura servi à rien !

    — Certes, ne peut s’empêcher de rire Evaï devant l’habituel optimisme de son jeune ami. 

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     — Tiens, tiens, qui voilà... résonne soudain une voix féminine pour faire lever la tête aux deux jeunes Eterniens.

    009

    Surpris, les deux zigotos se demandent aussitôt ce que peut bien leur vouloir cette femme qui s'avance désormais vers eux.

    — Prince Arkan... reprend-elle en fixant le concerné — vous savez que vous n’êtes pas le bienvenue ici ?

    Provocateur et presque arrogant, le jeune garçon commence à amplifier son aura combative en faisant mine de se relever du coussin sur lequel il était sagement assis.

     — Vous donnez une vilaine image de votre planète prince, glousse la jeune femme à destination de l'adolescent Eternien, — et vous ne ferez pas le poids lorsque j’aurai appelé le reste des troupes...

     009

    — Nous allons nous en aller, intervient Evaï — veuillez nous excuser, mais nous ignorions être en conflit politique avec Octavia... 

    — Nous ne sommes pas en conflit... Enfin, pas encore, informe la jeune femme dont la peau noire dessinée de flamme rappelle celle des Sylphaniens. 

    — Parce que vous avez l’intention d’entrer en conflit avec nous ? ironise ouvertement Arkan en laissant échapper un petit rire ironique.

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    — Si vous restez là, vous serez attaqués et sans doute tués, reprend la jeune femme, - et cela déclenchera forcément une guerre. CQFD.

    — Laisse-moi rire ! Pouffe vivement Arkan — parce que vous pensez pouvoir me vaincre ??? Moi ?? MOI ??? Nan, mais vous avez fumés quoi !!

    — Nous nous en allons mademoiselle, intervient a nouveau Evaï, — notre but n’est pas de créer un conflit diplomatique...

    — Tu es un soldat d’Octavia ? Revient à la charge Arkan en croisant les bras — pourtant lorsque je regarde ta peau, je peux dire que tu es Sylphanienne !

    — Je suis en effet soldat et je vis sur Octavia depuis deux ans... répond la jeune guerrière — et c’est tout ce que tu as besoin de savoir sur moi jeune prince ! Apprends à te mêler de ce qui te regarde un peu... Ton statut ne te dispense pas de courtoisie et de respect ! 

    Honteuse, Evaï attrape vivement son jeune ami par le bras pour le tirer vers la sortie de l’endroit, en bredouillant un bref

     — excusez-nous, au revoir.

    Arkan aimerait bien répliquer, mais pour une fois il va garder le silence. Cependant il se dit qu’elle ne perd rien pour attendre s’il la recroise ! Si Evaï n’était pas là, il lui aurait bien cloué son bec à cette petite pimbêche...

     

     

    *

     

     

    009

    Au même moment, dans le palais de la famille royale, sur cette planète même, Jun admire les jardins de l’endroit, de la chambre qui lui a été affectée.

    009

    Apparemment on le traite comme un invité de marque et on lui a proposé de rester pour la nuit, pour-soi disant lui faire découvrir l’hospitalité des gens d’Octavia...

    Évidemment, la vraie raison de tout ce cinéma est surtout politique et ça, Jun l’a vite compris.

    Cependant, lui, la seule chose qui le préoccupe réellement, c’est de savoir pourquoi est-ce que la jeune fille qui a hanté ses rêves pendant de nombreuses semaines, semble l’ignorer et ne pas le reconnaître, maintenant qu’il la retrouvé.

    Parce que c’est elle.

    Il en est sûr, physiquement, c’est elle.

    Sa chevelure, c’est la sienne.

    Ses yeux sublimes, ce sont les siens.

    Ces marques rosées au visage, ce sont les siennes...

    La fille de ces rêves et cette princesse, sont liées, forcément.

    009

    — Hey, Keichi ! Piaille Isis en pénétrant dans l’antre de son frère jumeau et roi du royaume.

    009 

    Ce peuple est gouverné par ce garçon aux cheveux d’or, qui est épaulé par de nombreux ministres et sa sœur jumelle.

    Ils ont perdu leurs parents il y’a quelques années et il a été décidé, presque a l’unanimité, que le trône reviendrait au jeune prince Octavien.

    Isis n’a rien trouvé à redire, car la situation lui convenait ; un royaume c’est difficile à gérer et elle préférait largement épauler son frère qui gouverne que le faire elle-même.

    — Isis, combien de fois t’ai-je dit de frapper avant d’entrer dans ma chambre, bordel ? Marmonne Keichi en tisonnant les braises encore brûlantes dans sa cheminée.