• 004

    En moins de dix secondes, Jun apparaît donc dans le jardin de la maison familiale.

    En silence, il se hâte à l'intèrieur ; à cette heure-ci, toute la famille doit déjà dormir profondément et il n’a pas l’intention de les réveiller..

    004

    Il souhaite juste de leur laisser un mot.

    004

    Quelques phrases explicatives qui vont les rassurer et les empêcher de s’inquiéter en son absence..

    Son oncle Aaron lui a toujours répété que l’on doit secourir les gens en danger.

    Et elle... Elle est en danger.

    Elle a besoin d’aide.

    Elle l’appelle.

    Toutes ces raisons persuadent Jun de la rechercher. 

    Alors ce sont ces mots qu’il inscrit brièvement sur une feuille de papier blanc, avant de la mettre en évidence sur le bureau de l’entrée, pour que toute sa petite famille la voie et la lise. 

    Il reviendra bientôt, il les en assure.

    Mais pour l’instant, il doit la trouver.

    Il sait qu’ils le comprendront et lui font confiance car il n'est pas une tête brûlée. Il est juste et prudent.

    Ils ne s’inquiéteront donc pas.

    Il les aime fort et les embrasse. 

    Pour finir, il signe son mot puis se relève de sa chaise en bois, pour se téléporter et s’en aller. 

    Même s’il doit parcourir tout l’univers, braver tous ls enfers, il la retrouvera...

    Il lui en fait le serment. 

    004

    C’est Aaron qui trouvera et lira en premier le petit mot laissé par son neveu.

    Sa première réaction sera de sursauter en écarquillant les yeux, pour relire une bonne dizaine de fois ces lignes griffonnées par cette écriture qu’il reconnaît bien. Ensuite, il froncera les sourcils en essayant de comprendre quelle mouche semble avoir piqué son neveu bien-aimé.

    Quelques secondes plus tard, sa douce épouse viendra le rejoindre, en compagnie de son fils. Tous les deux liront à leur tour la fameuse lettre, pour arborer ensuite des expressions faciales plutôt douteuses.

    — Je comprends pas !! trépigne Aaron a sa petite famille ; la réaction de son neveu est totalement irréfléchie et des plus idiotes et il ne le comprend pas. 

    — Jun a toujours eu un cœur gros comme ça.. Tente Anne tout bas.. — s’il a senti quelqu’un en danger, c’est pas étonnant que...

     Quelqu’un ?? L’interrompt rapidement Aaron, — mais qui ça « quelqu’un » ??? 

    — J’en sais rien, reprend calmement Anne — mais Jun est un garçon sage et sérieux, je ne pense pas qu’on doive s’inquiéter... Je pense qu’il a besoin de changer d’air et de voyager.. Il est grand maintenant tu sais Aaron.. 

    — Et nous ?? explose le concerné, au bord des larmes.

    Depuis toujours, Jun est un garçon renfermé et il sait qu’il ne s’est jamais pardonné d’avoir tué de ses propres mains son propre père. Cette situation, cet éloignement, il la sentait venir, parce que cet enfant, devenu adolescent puis jeune adulte, n’a jamais réellement trouvé ses marques au sein de leur famille...

    Pourtant il a tout fait pour.

    Pourtant il l’aime profondément, autant que son propre fils...

    Mais apparemment, cela n’a pas suffi à le retenir.

    À la moindre occasion, au premier prétexte ridicule, il s’en est allé.

    Et ce pour combien de temps ? Sûrement longtemps... Il le connait si bien.

    Arkan est resté silencieux depuis qu’il a dévoré ces quelques lignes explicatives, écrites par son cousin et frère de cœur.

    Il préfère garder le silence, car s’il se décide à émettre des sons, cela sera pour hurler et insulter.

    Il lui en veut tellement... Ils n’ont jamais eu de secrets l’un pour l’autre et ils auraient dû partir ensemble rechercher sa mystérieuse personne.

    Même si cet être qu’il recherche n’est qu’un vulgaire rêve, lui il aurait adoré voyager avec lui... Découvrir avec lui...

    Mais non, au lieu de l’appeler il a préféré l’oublier et le laisser derrière lui. 

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     — Il reviendra.. Se décide à reprendre Anne avec un sourire — faites-lui confiance. Jun est un garçon bon et sage, moi je me fais pas de soucis pour lui. Et puis il est fort... Le premier qui se frottera à lui comprendra sa douleur, c’est moi qui vous le dis !

    Elle termine sa phrase par un petit rire, pour tenter de dérider ces deux visages crispés ; en vain. 

     Soudain, son regard se dirige vers une forme bleue qui semble apparaître à l’extérieur. Elle s’exclame donc vivement ; — Evaï ! Elle savoir quelque chose, elle ! 

    Evaï ? Mais que fait-elle ici ? songe aussitôt Aaron, l’air perplexe ; Jun qui voyage sans elle, c’est presque impensable..

    Arkan lui, il est plutôt satisfait de constater qu’il n’est pas le seul a avoir été oublié.

    — Coucou tout le monde, salue timidement la jeune fille, avant d’ajouter,

    — quelque chose ne va pas ?

    Évidemment que quelque chose ne va pas et tous ces regards qui se dirigent vers elle le lui prouvent. 

    Ils vont tout lui raconter et lui faire lire la fameuse lettre, puis elle va leur expliquer que Jun était avec elle la veille, avant de s’enfuir après une sorte de malaise. 

    Aaron ajoutera que Jun cherchait à s'informer sur une race marquée au visage.

    C'est à ce moment-là qu'Evaï comprend que son petit ami l'a abandonnée la veille pour s'en aller retrouver la soi-disante fée de la peinture

    — Evaï ? Hey Evaï !! M’enfin arrêtes voyons !! fait soudain Aaron en se rapprochant pour prendre la rouquine dans ses bras ; 

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    Ses yeux pleins de larmes trahissent sa souffrance et il ne supporte pas de voir les femmes pleurer.

     — Faut pas pleurer, reprend-il de sa voix la plus douce, — Jun reviendra vite, ne t'en fais pas!

    Il tente de la faire rassurer ; en vain.  

    004

     — Moi je vais aller le retrouver, annonce soudain Arkan, sans bouger d’un centimètre du mur contre lequel il est adossé. — Laissez-moi voyager moi aussi et je vais le chercher.

    — Pardon ?? sursaute la mère surprise et paniquée à l’idée que son unique enfant quitte le nid plus tôt que prévu.

    — Arkan ? Sursaute à son tour le père, interloqué par cette étrange idée des plus saugrenues.

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    — Laissez-moi voyager ! Reprends l’adolescent très sûr de lui — je suis plus fort et entraîné que Jun ! Il ne peut rien m’arriver ! Laissez-moi aller le chercher, car je sais ressentir sa présence, je saurais donc le trouver facilement !

    — Ne sois pas idiot mon chéri, panique Anne en revenant vers son rejeton — l’univers est grand et si Jun est en quête de quelque chose ou quelqu’un, il va sûrement beaucoup bouger. 

    — Beaucoup bouger..Reprends Arkan — c’est aussi mon rêve ! 

     — Tu es trop impétueux pour qu’on dorme sur nos deux oreilles en te sachant loin Arkan, fait sagement Aaron, — Jun c’est pas pareil.. Il est réfléchi.

    — Je vais avec lui ! Lance brusquement Evaï — je vais le surveiller et ensemble, on ramènera Jun.

    — Mais.. Mais non !! s’obstine Anne, dont le stress est maintenant palpable — Arkan est bien trop jeune...

    — Les voyages forment la jeunesse, rappelle Aaron avec un sourire compréhensif, maintenant rassuré par le fait que quelqu’un se dévoue pour surveiller son fils — allez-y tous les deux. Je te le confie Evaï ! Tu as le droit de lui mettre des fessées s’il ne t’obéit pas... Soyez prudents et ne restez pas longtemps loin de nous, tu es la plus âgée alors tu es responsable de lui.... Je te fais confiance !

    — Tu peux ! lui sourit la concernée, — on en aura pas pour longtemps de toute façon, car je pense avoir visualisé les fameuses marques que Jun recherche...

    — Le tableau avec la fille blonde qu’il a peint !! intervient vivement Arkan — c’est à ça que tu penses aussi ?? Moi aussi j’suis sûr que tout est lié !! Il suffit de trouver quelle race est liée à ce tableau !!

    — Je peux pas vous aider, soupire Aaron — j’ai regardé attentivement ce tableau et cette représentation ne me dit vraiment rien. Et puis il y’a des peuples, comme Serenia, Octavia par exemple, qui ont tous des marques différentes dès la naissance...

    — C’est une quête absurde donc... soupire à son tour Anne en ravalant un sanglot.

    — Mais c’est une quête quand même !! reprend joyeusement Arkan, fou de joie à l’idée de voyager. — T’es prête poil de carotte ?? On y va dis ?? On y va ??

    — Hey, mais faut pas partir à l’aveuglette comme ça ! Gronde sévèrement Aaron pour inculquer un peu de sagesse à son fils — vous devez réfléchir à votre première destination d’abord !

    — Serenia ! s’exclame Evaï en tapotant sur l’épaule de son prince — hein, Arkan ? Sérenia ?

    — OK ça roule ! lui répond rapidement celui-ci en trépignant d'impatience.

    — Et pourquoi Sérénia ? Reprends Aaron, l'air suspicieux.

    — Parce que le nom est joli ! Rit Evaï en attrapant la main d’Arkan, pour qu’ils lancent, ensemble, leur téléportation.

    Aaron et Anne restent sur place, plus médusés que jamais.

    Ils sont partis, ça y’est.

    Ils sont partis vers une planète, parce que son nom est « joli ».

    Aaron n’en revient pas, mais il leur fait confiance ; ils sont insouciants, mais pas complètement fous au point de mettre leurs vies en danger.

    Et puis Arkan est puissant et connu comme étant un des princes d’Eternia... 

    Connaissant son titre, personne n’osera jamais lever la main sur lui, de peur de recevoir les foudres de l’une des plus puissantes planètes de l’univers.


  • 005

    Serenia n’étant pas très éloignée d’Eternia, les deux adolescents poseront le pied dessus moins de cinq minutes plus tard, grâce à leur téléportation Eternienne. 

    — Serenia, nous v’là !! s'exclame joyeusement Arkan une fois arrivé. Son regard curieux se promène très vite à l'horizon. Il a soif de découvertes ! 

    — Les Séréniens ne doivent pas savoir voler, fait remarquer Evaï en constatant une route à quelques mètres d’eux. — Tu sais que c’est la planète du printemps éternel ?

    — Ah bon ?

    — Oui, ils n’ont que cette saison eux ! C’est plutôt chouette je trouve.

    005

    — Bwahahahahah !! s’esclaffe bruyamment Arkan en désignant quelque chose du doigt — regarde Evaï, regarde !! Ils te connaissent ici, ils ont fait une statue à ton effigie !!

    — De quoi ? s’étonne la concernée en se retournant pour chercher du regard ce qui semble amuser son jeune ami. 

    — Bwahahahaha !! continue de rire aux éclats Arkan, — t’es trop sexe ma poule !!

     Arkan est pliée en deux devant la statue d'une gargouille difforme.
     

    — Et tu te crois drôle en plus ?? Marmonne la jeune fille, vexée

    — Oh ça va, si on peut plus rigoler !! rit encore l’adolescent en essayant de calmer son début de fou rire.

    — Allez viens, p’tit boulet, le taquine-t-elle en commençant a s’éloigner, — on va jeter un œil. Regardes là-bas y’a plein de maisons. Faut qu’on croise quelques habitants pour voir leurs visages ! 

    — Si ça se trouve, ce sont tous des monstres qui vivent ici, bouuuuh !!! 

    — Arkan, arkan, arkan, soupire Evaï, — vivement que tu sortes de l’âge bête, c'est plus possible! 

    — On est suivis, informe soudain Arkan en se retournant pour remarquer qu'une forme se rapproche d'eux plutôt rapidement. 

    — Hein ? Fais immédiatement Evaï en regardant dans sa direction, puis en esquissant ensuite un air déçu

    — C’est pas la planète que l’on cherche ça, il ne ressemble pas du tout à la fille de la peinture... 

    005

      En effet, le jeune garçon non loin d'eux a bien des marques au visage, mais sa peau verte révèle bien qu'il n'est pas du tout de la même race que la blondasse qu'ils recherchent.

    — Ohéééé du genou se met à appeler bruyamment Arkan en faisant des signes de mains en direction du jeune Sérénien. 

    — Sois poli voyons !! s’interloque Evaï devant la vulgarité de l’adolescent, — imagines qu’il comprenne l’Eternien...

     — Bonjour à vous, leur fait calmement le jeune Sérénien en se rapprochant — c’est pas courant, que des Eterniens prennent la peine de venir visiter notre humble planète...

    — Vous..Vous comprenez notre langue.. Marmonne Evaï en lançant des regards assassins à son jeune ami. 

    — Je m’appelle Alfsky, leur sourit le jeune Sérénien, — et oui je connais votre langue, mais qui ne sait pas parler l’Eternien dans l’univers ? 

    — Vous avez tous la même peau ? Demande Arkan en se grattant la tête, — parce qu'en fait, on cherche quelqu’un ici ! 

    — La même peau ? Répète Alsky en dévisageant avec suspicion les deux étrangers — je suppose que tu veux dire « la même apparence » ? Dans ce cas, oui nous avons tous la même, et nous en sommes fiers ! Certes nous ne vous égalerons jamais, mais Sérénia est belle ! 

    — Nous n’en doutons pas ! lui sourit Evaï, un peu gênée par le manque évident de respect dont fait preuve Arkan. 

    — Vous voulez que je vous fasse visiter l? Reprends vivement le jeune Sérénien. 

    — Nan c’est bon, on est pressés ! L’interrompt Arkan en se retournant vers son amie, — faut repasser à la maison prendre la peinture avec nous, comme ça on pourra la montrer aux gens. Ça sera plus facile, non ? 

    — Oui, oui, lui répond Evaï en lui tapotant sur la tête — on va faire ça... Au revoir Alfeu.... 

    — Alfsky !! Oui je sais, mon prénom est un peu compliqué à prononcer !!

    — J'avoue, Alfeusquaye, reprends Evaï en prenant la main d’Arkan, pour qu’ils se téléportent ensemble — on doit y aller nous, alors on vous dit à la prochaine !!


  • 006

    *

     

     

    006

    Ailleurs, sur une autre planète, l’ambiance est moins joyeuse...

    006

     En effet, ici il pleut des cordes et Jun s’est réfugié sous un arbre aux feuillages épais.

      Il était venu s’asseoir ici avant même que la pluie ne commence, pour réfléchir à sa bêtise...

    Pour réaliser à quel point il peut être idiot de croire qu’il pourrait trouver comme ça, par magie, une fille au hasard dans l’univers...

    Oui maintenant qu’il est seul et perdu sous ce ciel grisâtre, avec cette averse qui n’en finit plus, Jun aimerait hurler d'impuissance ; mais aussi de honte de se réaliser aussi ridicule.

    006

    Qu’est-ce qui lui a prit de se laisser ainsi entraîner par un vulgaire rêve?

    Que pensait-il trouver en allant se promener bêtement sur des planètes inconnues ?

    006

     Las, il lève les yeux au ciel pour constater la noirceur de celui-ci. 

    Il faudrait qu’il rentre chez lui maintenant. Revenir au bercail pour entendre son oncle lui hurler dessus, car il se sera fait un sang d'encre. Et pour cause... Jun reconnait avoir été odieux de partir ainsi en ne laissant à ses proches qu'un misérable bout de papier à peine explicatif.

    — Salut, tu t’es perdu chez nous ? Le fait soudain sursauter une petite voix fluette. 

    006

    — Je.. Je.. Réussit-il à marmonner en apercevant une fillette à la peau noire où des flammes se dessinent. 

    — Tu sais plus rentrer sur Eternia !! rit-elle, — c’est la honte pour un prince ça !! 

    — Oh, tu me connais...

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    — Bah oui, t’es un des princes d’Eternia !! dit joyeusement la fillette, souriante. 

    — Qu’est-ce que tu fais sous la pluie, toi ? La questionne Jun, de meilleure humeur désormais, — tu veux pas venir t’asseoir ici ? Cet arbre protège bien !

    — Trop cool ! Le futur roi d’Eternia m’invite sous son arbre ! Et si on se prend la foudre, il retiendra les éclairs pour me sauver d'un barbecue où j'aurais le premier rôle !! s’exclame vivement la fillette en sautillant vers son interlocuteur.

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    — Appèles moi Jun !! répond rapidement le concerné, un peu gêné par l’appellation « futur roi d’Eternia », sachant qu’il ne peut y avoir qu’un seul roi sur le trône alors qu’ils sont deux princes... — Et toi, comment est-ce que tu t’appelles ? 

    — Lino !!

    — C’est joli comme prénom, sourit Jun. 

     Jun aussi c’est joli ! Mais dis-moi, qu’est-ce que t’es venu faire ici ?? J’ai jamais vu d’Eterniens venir chez nous, alors voir le grand prince, c'est chelou !

    — Je cherchais quelqu’un.. Soupire Jun en haussant les épaules — et puis on peut dire que j’avais envie de voyager.. Voilà... Mais toi, je répète, que fais-tu sous la pluie toute seule, as ton âge ? 

    006

    — Je chassais les grenouilles !! Y’en a plein plein plein quand il pleut comme ça !!

    — Tu chasses dans les petits lacs qu’on voit partout ? 

    — Oui oui !! Tu veux que je te montre ? 

    — Oh non merci, moi je suis un petit vieux alors je rouille sous la pluie.. 

    — T’as l’air tout triste dis donc, t’es malheureux ?

    — Oui et non.. Mais c’est compliqué à expliquer et je pense pas que tu comprennes quoi que ce soit..

    — Mes parents eux ils comprendront !! affirme la petite Lino avec un large sourire, avant de se relever du sol, — debout !! Viens !! On va aller à la maison et puis je suis sûre que papa et maman ils sauront t’aider !! Ils savent tout, eux !! 

    — Non arrêtes, ça se fait pas de s’imposer chez les gens.. Marmonne Jun un peu gêné.

    — T’es sur Sylphania ici, tu sais !! Chez nous, ça se fait d’aller chez les gens pour demander de l’aide ! 

    Et sur Eternia, c’est vrai que ce genre de choses ne se font plus vraiment... songe soudain Jun la gorge nouée. Un peuple trop fier. Un peuple trop fort. Un peuple qui a oublié que derrière les sois-disant sous-races se cachent aussi des cœurs et des êtres vivants...

    — Alors tu viens ?? Magne-toi !! insiste la fillette, comme si elle s’adressait à un ami de longue date.

    Cette familiarité amuse rapidement le jeune prince qui se décide à obéir en se levant à son tour.

    — Il faut y aller à pieds ? Se renseigne-t-il avec un sourire.

    — Oh non non, le contredit vivement l’enfant, — je connais le sort de téléportation moi !! C’est mon papy qui me l’a appris !! 

    C’est vrai que le peuple de Sylphania, comme beaucoup d’autres, n’a pas de pouvoirs dès la naissance.. Ce qui les force à apprendre par eux même la sorcellerie. Se souvient Jun en se remémorant ses cours sur les diverses races de l’univers.

    — On y va ! Informe joyeusement la fillette en posant les paumes de ses mains sur le torse de son nouvel ami, avant de se mettre a réciter tout bas, — Déesse Ino-Mata, offrez-moi une once de votre pouvoir... Téléportez-moi ! 

     

    *

     

    C’est environ une heure plus tard que la jeune Lino apparaît devant chez elle, en compagnie de son nouvel ami.

    Rapidement, elle réalise, avec le sourire, que la pluie a cessé.

    Tant mieux ! 

    — C’est ici que tu vis alors ? Demande Jun en constatant les lieux : une jolie petite maison blanche dont le jardin semble parsemé de pâquerettes

      — Oui oui ! lui répond-elle rapidement en s’avançant, — viens, je vais te présenter d’abord mini-Deva !! 

    Sur ce, elle s’avance vers ce qui semble être un chien.. Une minuscule petite boule poilue. 

    — C’est ton petit chien ça ? Elle est mignonne ! sourit Jun en regardant la fillette se préparer à gronder l’animal. 

    — Vilaine Deva ! Vilaine ! Combien de fois est-ce qu’on va devoir te dire qu’il faut pas manger les fleurs de maman ? Non mais vraiment, t’es vraiment qu’une unbrain décidément ! Je l’avais bien dit moi, qu’il fallait pas prendre un chihuahua, blond de surcroit ! 

    — Oh tu es dure avec cette petite bête, remarque Jun en se retenant de pouffer de rire.

     — Moi je voulais un labrador ! C’est maman qui a voulu prendre ce mini-truc ! 

    — C’est drôle, elle fait la taille des fleurs, t’as vu ? Rit doucement Jun, amusé par la situation.

     — Oui oui, c’est une pâquerette poilue sur pattes ! 

    Après avoir étouffé un petit rire, la fillette se dirige vers l’intérieur de la maison, en appelant son invité ; — viens, suis-moi !!

     — Chef, oui chef ! lui répond amicalement Jun en obéissant sagement.

     Une fois à l’intérieur, Lino appelle un homme assit confortablement devant le poste de télévision, 

    — Papa ! Papa ! On a de la visite ! 

    006 

    — Oh!!! Ben ça alors, fait le père de la fillette en s’extirpant de son canapé, pour venir à la rencontre de son invité surprise, — si on m’avait dit qu’un jour Lino me ramènerait l'un des princes d’Eternia à la maison, je crois que j’aurai éclaté de rire à m’en déchirer les mâchoires ! 

    — Je.. Je suis de passage.. Rougis Jun en baissant les yeux.

    Jun en perd ses mots. Il a beaucoup de mal à réaliser qu’il est, aux yeux de tous, le prince de la grande Eternia, un être à respecter et à vanter en permanence... Ce statut agace profondément le jeune homme trop humble quand à l’inverse, son cousin Arkan l'adore, lui !  

    — Vous voulez boire quelque chose ? Se presse de demander le père de Lino à son précieux invité. — Un café, un soda, ou un cocktail ? Au fait, je me présente, je m'appelle Henri ! Non je déconne, moi c'est Zorétapo. 

    — Non merci, et enchanté, répond poliment Jun, avant de se faire interrompre par Lino qui intervient vivement ; — Il cherche quelqu’un papa !! Et je lui ai dit que vous, vous saviez tout !! 

      — Asseyez-vous déjà, propose le père de la fillette, — mettez-vous a l’aise et ne soyez pas timide voyons, vous êtes ici dans une famille simple ! 

     Rassuré et encouragé par ces paroles, Jun rejoint son hôte, en silence, autour de la table à manger. 

    — Alors vous recherchez quelqu’un sur notre petite planète ? Reprends le père de la petite. 

    006

    — Ben en fait.. Marmonne Jun — oui et non, disons.. En fait je sais plus trop ce que je fais là.

    — Pas vrai !! pas vrai !! contredit vivement Lino en allant s’asseoir à sa droite, — tu cherchais quelqu’un !!

     — Je sais pas ce que vous lui avez fait à ma fille, rit le père de l’enfant, — mais elle vous aime beaucoup !

     — Bah oui, Jun il est kawaï quoi !! rit Lino en se redressant sur son siège.

    — Bonjour ! Fais soudain une voix qui interrompt les rires qui ont commencé à fuser après la dernière phrase de la fillette.

     — Tu as vu qui Lino nous a ramené? s’exclame le père de la concernée à son épouse qui arrive rapidement vers eux. 

    — Restez assis, j’arrive ! fait la jeune femme en direction de Jun qui se préparait à se lever pour la saluer. — et bien ma chérie, tu te fais de chouettes amis maintenant !! 

    — Oui t’as vu ?? s’exclame celle-ci, — mais il est a moi hein, alors attention !! 

     006

    — T’inquiètes je te le laisse ton beau prince ! Rit-elle en rejoignant la troupe à table. 

    — Il cherche quelqu’un, lui fait son époux en redevenant sérieux — et je crois que Lino veut qu’on l’aide dans sa quête... 

    — Moi c’est Enkeli et mon mari c’est Zorétapo, sourit la jeune femme a l’invité de la famille, — c’est pour que tu sais que tu peux nous tutoyer et nous appeler par nos prénoms ! Il ne faut pas te sentir gêné parmi nous. 

    — D.. D’accord Enkeli, tente timidement Jun, avant de se décider à dévoiler, — je fais des rêves idiots en fait, où je vois tout le temps une femme avec des marques que le visage.. Et dans un moment de folie passagère, j’ai décidé de la chercher dans tout l’univers. 

    Ses trois interlocuteurs le dévisagent avec un sourire amusé, mais tous se retiennent de pouffer de rire. 

    — C’est une quête amusante... se décide a lui souffler gentiment Enkeli. 

    — Dirige-toi vers Octavia, informe sagement Zorétapo, — il y’a tellement de races différentes qui ont migré chez eux que si y’a une planète où les marques au visage sont diversifiées, c’est bien celle-là... 

    — Chéri !! semble s’énerver son épouse, — pas Octavia... 

    Son regard a changé brusquement ; d’un air enjoué et joyeux, elle est passée rapidement à une mine attristée et presque désespérée. 

    J’un le remarque immédiatement ; — Quelque chose ne va pas, madame Enkeli ? 

    — Octavia c’est là où est partie Asuka, dévoile timidement Lino, la tête baissée. 

    006 

    — Asuka ? Reprends Jun en dirigeant son regard vers une peinture accrochée au mur, devant lui — c’est elle ? 

    — Notre fille aînée, oui, lui répond tristement Zorétapo. — elle a toujours eu honte d’être Syphanienne, à cause de notre faiblesse... 

    — Faiblesse ? Continue de questionner Jun, un peu surpris. 

    — Sylphania est faible oui, lui répond Enkeli — enfin, comparé à beaucoup de peuples.. On maîtrise un peu la sorcellerie, mais ce sont surtout des sorts utiles dans la vie de tous les jours.. Nous sommes tout sauf des combattants... 

    — Et Asuka a toujours eu honte de cette planète trop pacifiste, ajoute Zorétapo dans un soupir — elle respecte les peuples forts.. Comme Eternia ! Elle vantait constamment ta planète... 

    — Ah... laisse tomber Jun, un peu gêné.

     — Alors comme l’armée d’Eternia ne recrute que des Eterniens, poursuit Enkeli, les larmes aux yeux — elle est partie sur Octavia. Ça fait deux ans aujourd’hui... 

    — Je connais mal cette planète... avoue Jun — en fait je ne m’occupe pas vraiment de tout ce qui est politique... 

    — Octavia, c’est une sorte de petit Eternia, informe Zorétapo, — tout le monde sait que ce peuple ne rêve que d’être le plus puissant de la galaxie. Les Octaviens sont avides de gloire et jalousent ta planète. C’est drôle que tu l’ignores... Ton oncle ne t’en a jamais parlé ? Vous n’abordez jamais ce genre de sujets ? 

    — Non... avoue à nouveau Jun, — à la maison on parle de tout et de rien... Mais jamais de politique... 

    Et si la fameuse jeune fille de la peinture était Octavienne ? songe soudain le jeune homme avec effroi.

    Et s’il la retrouvait et qu’elle se mettait à le détester à cause de ses origines ?

    — Vous allez y aller...? Laisse tristement tomber Enkeli — je veux dire... Sur Octavia...

    — Je pense oui, répond aussitôt Jun, — mais pas uniquement pour mon but idiot. Je chercherai aussi votre fille, pour lui dire qu’il y’a ici une famille effondrée depuis son départ... Si vous me l’autorisez bien sûr. 

    Ce sont des yeux brillants et pleins de larmes qui vont le dévisager dès sa dernière phrase terminée. 

    — Merci !! Merci !! arrive à peine à prononcer Enkeli, tant sa gorge est nouée par l’envie de fondre en larmes. — Merci.. Merci... 

    — Elle va sûrement rire et vous envoyer bouler... laisse tomber Zorétapo, l’air las et pas du tout convaincu.

    Cet homme ne croit pas aux miracles, car il a vu sa fille partir de chez eux en claquant la porte.

    Ça fait deux ans aujourd’hui.

    Deux ans qu’elle a disparu de leurs vies.

    Deux ans qu’elle ne donne plus de nouvelles.

    Si ça se trouve, elle est morte au combat ; l’armée d’Octavia se bat beaucoup pour annexer des planètes plus faibles.

    Si ça se trouve, ils ne la reverront plus jamais... 

    Le père de famille déglutit péniblement en ajoutant avec un sourire forcé ; — merci quand même pour la proposition, vous êtes bon. Comme votre oncle... J’espère que vous la trouverez, la jeune fille que vous recherchez... 

    — J’espère qu’elle n’est pas Octavienne ! L’interrompt vivement Enkeli qui déteste le peuple d'Octavia, réputé pour être vil, fourbe et sans pitié.

    Un peu comme les Eterniens, mais qu'eux soient fiers et prétentieux, à la limite, cela peut se comprendre. Mais qu’un peuple aussi faible que sont les Octaviens, qui se prenne pour des dieux alors qu’ils ne sont puissants que grâce à d’étranges manipulations et sortilèges...C'est un comble, aux yeux d'Enkeli.

    — Je vais y aller... fait timidement Jun en se relevant, — merci encore pour tout et comptez sur moi. Je ferai tout pour vous ramener.... 

    — Asuka ! Lui rappelle Lino avec un sourire affectueux. 

    — Merci mini-Lino ! Rit Jun en lui rendant son sourire.