• 121

    — On trouvera une autre maison de disques, tente Kylian lors d’une réunion que lui et son groupe se sont organisée dans leur habituel petit local — nous ne mourrons pas !

    — Laquelle ? Lui demande aussitôt Gérald en haussant les épaules, comme pour lui rappeler que sa tentative ne pourra se révéler que vaine et qu’il vaudrait encore mieux qu’il aille danser la macarena avec des cure-dents plantés dans les fesses.

    — Et si on changeait de pays ? Propose alors Yann très sérieusement — ici, on a un sale nom, c’est clair. Alors, autant bouger. Se refaire ailleurs, et loin.

    — Je suis plutôt d’avis de rester pour nous racheter aux yeux de la foule, le contredit aussitôt Romuald dans un soupir. 

    — Je suis d’accord avec Yann moi, ajoute calmement Zell, avant de diriger son regard vers la cause de tous leurs ennuis — mais seulement après sa cure. 

    — Je.. Je.. Se retrouve pris de court Kylian — en fait, c’est que je sais pas quand..

    — Il a raison Kyle, l’interrompt Yann avec sévérité, — C’est vrai qu’on ne peut rien prévoir avant que tu te sois fait soigner. 

    — En même temps, c’est pas vraiment le seul chanteur qui sniffe de la coke, tente de soutenir Gérald avec ironie.

    — Oui, mais c’est le seul qui se fait remarquer, rappelé rapidement Romuald au rouquin, — c’est le seul qui fait la une des people avec ça, le seul qui.. 

    — Ça suffit, l’arrête brusquement l’accusé de tous les maux avec violence, — OK je suis le démon noir ! Le vilain petit canard ! L’affreux qui vous a foutu dans la merde ! 

    — Oui Kyle, lui grogne alors Yann et sans attendre, pour l’enfoncer et le faire culpabiliser, — oui Kyle, tu es bien tout ça. 

    — J’en ai assez entendu, braille une dernière fois Kylian, avant de se précipiter vers la sortie.

     

    Sans hésiter, Zell lui barre aussitôt le passage pour l’empêcher de se saisir de la poignée de la porte

     — où vas-tu ? lui souffle-t-il, en lui faisant signe de faire demi-tour.

    — Bouge de là poil de carotte !

    — Retourne devant ton micro alors. Parce que la réunion n’est pas terminée.

    — Mais pour qui est-ce que tu te...

    — Il a raison, approuve Gérald en fusillant son chanteur du regard — ne crois pas qu’on va te laisser fuir comme un lâche ! Tu nous as mis dans la merde, alors tu vas rester pour réparer les dégâts, AVEC NOUS !

    — Ce qu’on va faire commence à proposer sagement Romuald — c’est le laisser aller faire une cure de quelques mois. Et puis dès son retour, on relancera la machine.

    — Tu veux qu’on fasse une pause ? s’effraie soudain Yann dans un sursaut.

    — Oui. Lui confirme alors son meilleur ami — parce que notre chanteur et pilier a perdu les faveurs de la foule.

    — En même temps, les faveurs de la foule, on s’en branle non ? Semble se ficher Gérald dans un soupir, — je veux dire que.. Qu’on a pas besoin de faire l’unanimité.

    — Non Gégé, le contredit sans attendre Romuald, — non. Il est hors de question qu’on devienne un groupe de Junkies ! Pas après l’image qu’on avait. En tout cas, si vous décidez de le faire, ça sera sans moi.

    — Il a raison, reconnaît sagement Zell — c’est pas que vous avez une image de marque.. Mais si un peu quand même. Vous êtes clean quoi.

    — Pourquoi tu dis « vous » toi ? Le questionne aussitôt Yann, — t’es plus dans le groupe ou quoi ?

    — Ça s’appelle un lapsus, macaque.

    — Hey ! Comment tu m’as appelé ?? Y’a que ma meuf qui a le droit de m’appeler comme ça !

    — Alors on fait comme ça ? Se met à siffloter Gérald pour conclure sagement et correctement cette conversation — on envoie Kykychounette en cure quelque temps, et à son retour on explose tout ?

    — Quelque temps où tu essaieras d’être irréprochable Kylian, reprend Romuald en direction du concerné — il faudra que la foule te voie clean, sage, et désireux de changer.

    — Ça va le faire ça, approuve positivement Yann — un camé qui décide de se remettre sur les rails, ça émeut toujours.

    — Merci pour le « camé », lui déglutit avec haine Kylian en le foudroyant du regard.

    — Ah ouais..Excuse-moi. Mais tu m’as compris

     

     

     

    *      *

    *

     

     

     

    — Alors c’est aujourd’hui qu’il est entré à Bradenbourg ? Demande Vanessa à sa colocataire, pendant le dîner qu’elles dégustent toutes les deux.

    — Oui, cet après-midi, lui confirme-t-elle sans attendre, — mais il avait l’air bien, correct et nickel. Je pense qu’il fera preuve de bonne volonté là-bas et qu’il guérira très vite.

    — Ils en ont eu de la chance, avec la Universal Music. On peut dire qu’ils ont été vraiment sympas avec eux.

     

    En effet, la maison de disques des « Apologize » a beaucoup apprécié que ceux-ci prennent eux-mêmes la décision d’envoyer leur chanteur dans un centre de désintoxication. Pour cette raison, et à peine trois jours plus tard, elle les a rappelés pour leur signer un nouveau contrat, qui débutera la fin de la cure du jeune Gutter.

     

    Il ne leur reste donc plus qu’à attendre.

    Attendre, patienter, toucher le fond, pour mieux rebondir.

     

    — C’est le Erwan qui doit jubiler, commence à ironiser Tiphanie en se remplissant un verre d’eau fraîche.

    — Non. Du tout, se dépêche de la contredire Vanessa, — il est même inquièt tu vois. Et un peu déçu aussi de les voir gâcher tout ce pour quoi il s’est toujours battu, lui aussi.

    — Et qu’est-ce qu’il va faire lui maintenant ?

    — Qu’il « fait » tu veux dire ? lui sourit Vanessa avec amusement — parce qu’il n’a pas perdu de temps ! Tout d’abord, il a signé avec une autre maison de disques..

    — La tienne, je suppose ?

    — La « Virgin », oui. Et puis en ce moment, il travaille sur son album solo. Où il y’aura ses deux tubes sortis du temps des Apologize, « Le Tunnel d’Or » et « Lili », avec en plus, bien sûr, une ribambelle de nouveaux titres ! Tous ceux sur lesquels il a toujours travaillé dans l’ombre en fait.

    — Tu es amoureuse Vanessa. Je me trompe ?

    — Hein ? Eeuh...

    — Tes yeux. Ils brillent lorsque tu parles de lui. C’est mignon.

    — Non. Je ne pense pas que... enfin.. Non. C’est trop tôt.

    — Tu penses encore à mon frère ?

    — Bien sûr, ne peut d’empêcher de rire la jeune femme — parce que c’est impossible d’oublier un Kylian, voyons !

    — Alors tu seras heureuse d’apprendre qu’il a rompu avec Avril Lavigne.

    — Pardon ???

    — C’était une interview d’Avril où on lui demandait ce qu’elle pensait de tout ça, et...

    — Et ???

    — Et elle a simplement répondu qu’ils avaient rompu et que cela ne la concernait plus.

    — C’est tout ? Et c’était dans quel journal ? Quel article ? Quand ??

    — Oh oh oh, tes yeux brillent encore plus que tout à l’heure !

    — C’est juste que je suis curieuse ! Rien de plus, ne peut s’empêcher de rougir de honte la jeune femme.

    — C’était ce matin, dans « Star’s life Magazine », lui apprend enfin Tiphanie avec un sourire complice, — c’était un article minuscule, certes, mais il nous a apprit le nécessaire je pense. N’est-ce pas ?

    — Hummm... J’en sais rien... Alors « Wait and see », comme on dit...

     

     

    Fin de la première partie


  • 122

     

     

    *        *

    *

     

     

    Je reconnaîs ce type. Ouais. 

    Je crois qu'il est le chanteur d'un petit groupe du pays.

     

    Ouais. C'est ça.

    Les...« Apologize »

     

     Amusant.

    Au premier regard, je ne l'aurai jamais imaginé pouvoir un jour attérir ici.

    Comme quoi...

     

    122

     Cocaïnomane ? Vient de nous révéler la doc'.

    Ah ah. Drôle de coincidence.

     

    Une chose est sûre, il n'est pas là de son plein gré. Vu la tête qu'il tire...

    Peut-être pour une femme. Lui aussi.

     

    Ou pour sa carrière. Hmmm.. Oui, cela semble encore plus crédible. 

    D'ailleurs, en parlant de femmes, on dirait que Jeyne ne lui est pas indifférente.

     

    Ah la la, rouquine.

    Toujours a déguster du regard les petits nouveaux lors des réunions d'acceuil. 

     

    Tiens. Lulu nous fait sa tête des mauvais jours.

    Serai-ce la tête du boysband qui ne lui revient pas ? 

     

    Je me fais des films ? Mouais. Sans doutes.

    Quoique...

     

    Je peux évidemment me dire qu'il ne s'agit que d'une pure coincidence si leurs regards se croisent si souvent, ou alors je peux aussi supposer qu'ils se connaissent déjà de l'extèrieur, et chercher a en savoir plus.

     

    Mouais.. Et pourquoi est-ce que je ferai cela ?

    Peut-être pour animer un peu ma misérable petite vie de paria de la société.


  • 123

    « Bonjour a tous. »

     

    « Je m’appelle Matthias Kayne, et cela fait maintenant 4 ans que je suis héroïnomane. »

     

    « Bonjour Matthias »

    « Bonjour Matthias »

    « Bonjour Matthias »

     

    « Et si j'ai décidé de commencer cette cure, c'est parce-que je veux que ça change. Et vite. »

     

    « Bien. »

     

    123

     

    « Nous sommes heureux de t'accueillir parmi nous »

     

    — Eeeuh... Salut... Alors, je...

     

    « Et blablabla, et blablabla.... Pauvre p’tit père va. »

    « Allez, courage ! »

    « On est tous passés par là à notre arrivée. »

     

    « Le pénible moment où l’on se retrouve ici, au milieu de cette pièce, seul devant tous, pour expliquer nos réelles motivations pour entamer une cure de désintoxication. » 

    — Et bien une nouvelle fois, bienvenue parmi nous, Kylian.

     

     

     

     

    *

     

     

     

     

    — Matt, dis, t’en penses quoi toi, du nouveau ? 

    — Il est... plein d’espoir. 

    — Et il a l’air de connaître Lulu.

    — Aussi.

    — Bon je monte moi. Bonne nuit.

    — Bonne nuit, « rouquine ».

     

    Il exactement comme moi à l’époque.

    Trop plein... d’espoir.

     

     

     

     

    *

     

     

     

    123

     

    — Hey Candide, qu’est-ce que tu fous ici tout seul ?

    — Je m’appelle Kylian.

     

    Regardez le qui grogne et me fusille du regard. Je suis mort de rire. Bambin, va.

     

    — C’est dur, hein ?

     

    Là, il est censé m’envoyer paître.

    Parce qu’il commence à être en manque, mais qu’il veut tenir bon.

    ...À cause de cette petite chose fragile qu’il possède encore : l’espoir.

     

    — J’aimerai être seul, c’est possible ?!?

    Tiens, il reste courtois... ?!

    Alors qu’un autre m’aurait sans doute hurlé « d’aller me faire enculer chez les Grecs »

     

    — J’étais exactement comme toi, je tente de meubler pour engager la conversation. Ce gamin m’amuse et j’ai envie d’en savoir plus. Il n’est si naïf..

     

    — Ah ouais ? Pourquoi « étais » ? Tu es guéri aujourd’hui ? Alors qu’est-ce que tu branles encore ici ?

     

    Oula, il m'enchaine le petiot. Je vais donc me dépêcher de rétorquer,

    — Je ne suis pas « guéri ».

     

    Je termine ma phrase et m’assois sur un autre banc. Celui le plus proche du sien. Immédiatement, il grimace avec colère pour, je pense, me faire comprendre qu’il maudit ma présence.

     

    J’adore ! Pour cette raison, je resterai ici le plus longtemps possible !

    Il est trop marrant, ce petit chaperon bleu. Un vrai clown sur pattes.

     

    — OK, alors tu restes par plaisir si je comprends bien. Ca dois t’éclater de faire une désintox dans le vent. 

    — Je ne m’étais donc pas trompé sur ton compte, je me moque alors, pour le faire cruellement réfléchir — tu possèdes encore l’espoir.

    — Ca y’est, je vois quel est ton problème, commence-t-il a ironiser a son tour, comme s’il allait réussir à me blesser, tssss, — en fait tu as tenté de nombreuses cures, sans jamais réussir à te sevrer. Et maintenant, tu cherches désespérément à plomber le moral des autres, pour qu’ils suivent tes traces. Pfiou... C’est pathétique.

     

    Non. Il ne m’a pas atteint. Au contraire même, puisqu’il m’amuse encore plus.

     

    — Personne ne t’attendras, Candide. Parce que pendant que tu es là à te battre contre ton corps qui souffre et te réclames ce dont il a besoin pour aller mieux, et bien eux, de leurs côtés... Ils vivent. Et t’oublies. 

    — C’est peut-être ce qu’il t’est arrivé, persiste-t-il avec entêtement, d’une voix que je réalise tremblante, — mais moi, j’ai une famille. Ainsi que des amis.

    — Exactement comme moi. Qui avait surtout, en plus, une fiancée.

    — Ah ouais ? S’intéresse-t-il soudain.

     

    Tiens, il semblerait que j’ai touché le jackpot.

     

    — Ouais. Et c’est même pour elle que je suis entré ici.

     

    — Oh... Je suis désolé. Souhaite-t-il rapidement s’excuser, sans sincérité cependant, car il ne me connait ni d’Adam ni d’Ève, alors on ne me fera pas croire que mes malheurs le chagrinent un minimum. 

    — Tout a commencé après cette violente dispute. Elle me hurlait qu’elle n’en pouvait plus, que cela devait cesser. Que je devais « arrêter mes conneries, avant qu’il ne soit trop tard ». Qu’elle n’en supporterait pas davantage.

     

    Son visage s’obscurcit peu à peu pendant mon discours. Peut-être suis-je en train de lui rappeler ses propres expériences.

    Sans attendre, je reprends alors,

     

    — Alors j’ai fini fini par céder. J’ai acquiescé, puis accepté de me faire soigner. Plein de bonne volonté, j’ai donc décidé de suivre une cure draconienne, ici même. Zephy était ravie. Elle s’en était même mise à pleurer de joie. En se blottissant dans mes bras.

     

    À ce moment-là, j’étais alors, moi aussi, plein d’espoir.

     

    — Et elle t’a remplacé, pendant ton séjour ici ? Se met soudain à m’agacer Candide, en m’interrompant dans mon discours.

     

    L’air de rien, je reprends, comme si de rien était. Oui, je déteste que l’on me coupe la parole. Je trouve cela très impoli.

     

    — Inquièt, je lui ai demandé si elle saurait m’attendre. Si elle saurait m’aimer encore, même si je suis loin d’elle quelque temps.

    — Loin ? Elle ne vit pas à Berlin, ta copine ?

     

    C’est la deuxième fois qu’il m’interrompt... Je vais finir par le jeter dans la fontaine.

     

    — Lorsque tu es en cure, tu n’es pas censé sortir du centre. Et enfreindre cette règle, sans autorisation, signe ton renvoi immédiat.

    — Ah ouais, c’est vrai. Désolé, j’avais oublié. 

    — En réponse, elle m’a immédiatement sourit, puis taquiné qu’elle viendrait me voir très souvent. Tellement, que je finirai même par être lassé de sa présence. Ses paroles m'avaient réconforté, tout comme ses bras, qui m’ont enlacé tendrement, me rappelant son amour sans failles. À ce moment-là, j’étais alors plus confiant que n’importe quel homme sur terre. Confiant et plein d’espoir. J’allais donc entrer dans ce centre, et m’en sortir.